‹ Œuvres diverses de Lord MacaulayChapitre 2 sur 46 · ED · texte numérisé non relu

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Le lendemain de la mort bien inattendue de lord Macaulay, lorsque la tombe est à peine refermée sur son cercueil, nous ne pouvons encore, comme la presse anglaise elle-même, qu’exprimer en quelques lignes nos sympathies personnelles et rappeler ses principaux titres de gloire littéraire aux lecteurs de cette traduction de ses Essais et de ses Biographies.

Ce n’est pas J’Angleterre seule, c'est le monde littéraire tout entier qui, dans lord Macaulay, perd un génie presque universel, un poëte, un orateur, un critique, ur historien, un biographe, ét ses amis un (les plus merveilleux causeurs de ce temps-ci, un causeur si charmant à écouter, que ceux qui ont quelquefois dit épigrammatiquement qu'il abusait du monologue auraient été les premiers bien fàchés de l’interrompre quand, encouragé par ses auditeurs ravis, il s’abandonnait à sa verve. Nous lui devons ce témoignage, et cependant nous l'avons moins souvent entendu parler l'anglais que le français, qui n’était pas sa langue maternelle, mais qu'il parlait avec un choix d'expressions littéraires, expliqué par

x LORD MACAULAY.

la richesse de ses lectures et son goût pour la Jittérature française, dont se ressent aussi son style d'écrivain. Sa mémoire verbale était si prodigieuse, que nous nous souvenons qu’un jour, déjeunant Lêle à tête. avec lui, dans son appartement d’Albany, comme il nous arriva de nommer M. Guizot, lord Macaulay nous dit qu à la même table et sur la même chaise il avait eu souvent M. Guizot lui-même pour interlocuteur, et il nous éita toute une conversation dans laquelle certes M. Guizot avait été écouté à son tour, car nous reconnaissions des phrases textuelles entendues par nous de la bouche de cet aütreéloquent historien. Causer en français avec M. Guizot, n'étaitce pas de la part de lord Macaulay un désintéressement de causeur qu'on aurait pu opposer à Sydney Smith et à Jeffrey, lorsqu'ils revenaient quelquefois sur l’épigramme à laquelle nous faisons allusion 1?

1 Nous devons citer ici textuellement cette critique plaisante de peur qu’on n’y attache une importancé qu’elle n’avait pas. D'après lady Holland, la fille de Sydney Smith, ce fut chez M. Romilly qu'eut lieu cette discussion sur l'Enfer du Dante, dans laquelle son père, s'adressant aux diverses personnes présentes, leur dit: « Dante pouvait être un grand poëte, maïs c'était un écolier dans l’art d'inventer des ‘tortures ; pas d'imagination, pas la moindre connaissance du cœur humain, Si je m'en mélais, je vous ferais voir comment on compose un enfer. Vous, par exemple, mistress Marcet, ma vicille amie, qui avez mis les sciences en dialogue, je vous condamnerais à écouter pendant mille ans des conversations entre Emilie et Caroline, où Caroline expliquerait tout de travers des expériences de chimie, et où Emilie finirait par ne plus distinguer un acide d’un alcali. Vous, Macaulay, voyons un peu... Ah! j'y suis : vous seriez muet. On vous crierait aux oreilles de fausses dates et des faits controuvés du

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