‹ Œuvres diverses de Lord MacaulayChapitre 37 sur 46 · LUE · texte numérisé non relu

LUE

“#Lord. Subtiôge db toute cette. létire dans lébindté du téoisibime, volume de soû . Wistoite d'Angleterre - Elle est datée du 49: novembre 4751 et signée E: Roerex (Episcopus Roffensis est le, A tin d'évéque de Rochester). Atterbury avait, dans sou Phaidoyer à

‘ barre des Jords, comparé sa destinée à celle de lord Clarendon: ;

: * Mourners, Jès pleureurs Salariés be ésoorient les convois en. ae

; flelerre.

si

murailles de la grande nécropole nationale, car Ru n'a rien écrit de pire depuis Colley Cibber....,+

. Ceux qui voudraient une vie plus complète. d’ Atterbury pourraient en recueillir les, détails dans ses, sermons et ses, écrits de controverse, dans Je compte rendu de son procès qui fait partie de la collection des procès politiques, dans les cinq volumes de sa correspondance, édités par M. Nichols, et dans le premier volume des pièces relatives ‘aux Stuarts , éditées par M. Glover. Un récit très-indulgent, mais très-intéressant, de la carrière politique de l’évêque de Rochester, se trouve aussi dans la précieuse Histoire d' Angleterre. de lord Mahon (lord us

« Même dans son suaire, remarque lord Stanhope, Atterbury ne put reposer en paix, Son corps ayant été transporté en Angleterre, le gouvernement donna l’ordre de saisir et de fouiller son cercueil. Le cri de la réprobation publique s’éleva contre les ministres à cette occasion, comme si leur animosité voulait poursuivre Atterbury au delà de la tombe; et assurément un pareil acte ne pouvait s’excuser que par les plus fortes raisons. Les ministres avaient reçu avis que quelques papiers secrets du parti jacobite devaient être expédiés en Angleterre par un moyen de transport qui semblait sûr et à l'abri de tout soupçon. Ils résolurent de débrouiller ce mystère, et ce fnt aussi . par le même motif que M. Morice (le gendre d’Atter-

bury) se vit arrêté pour être examiné devant le Conseil privé. » (History of England, by lord Mahon, t. I). — Lord Stanhope ajoute qu'Atterbury laissait des papiers réservés à ses exécuteurs testimentaires, et pour lesquels il réclama la protection de l'ambassadeur lord Waldégrave. Ce-seigneur s’y refusa sous prétexte que l'évèque de Rochester avait perdu ses droits de sujet anglais. Les papiers mis sous le scellé furent déposés aux archives du collége des Ecossais de Paris.

Entre la biographie d’Atterbury et le récit historique de lord Stanhope il y a toute la différence de l’impartialité d’un whig à l’impartialité d’un tory. Lord Macaulay parle de l’indulgence de lord Stanhope qui pourrait à son tour parler de la sévérité de lord Macaulay. Nous les croyons tous les deux justes et impartiaux, mais chacun à son point de vue. Un écrivain jacobite pourrait nier que lord Stanhope ait été indulgent. Nous aurions pu trouver dans lord Stanhope de quoi rendre le contraste plus piquant; mais nous ne ferons plus qu'une citation qui explique à.la fois le jacobitisme de l’'évèque de Rochester et de quélques-uns de ses contemporains qui, comme lui, auraient dû plutôt, comme anglicans, se rattacher à la cause du roi Guillaume. 11 s’agit de l'ouvrage qu'on l'avait accusé à tort d'avoir : . tronqué ou falsiñé.

Lord Stanhope, qui, par parenthèse, croit qu "Atterbury avait concouru avec ses deux amis, Aldrich et

142 ATTERBCRY.

Saétiée/# à éditer P'Aistoire de la Rébéllioh, ‘de 16H laréndon, nos dit que cét ouvragé dvait produit time itdble recrüdéseence de jatobitisié :"« Combien Re paraît le caractère de Pautéur ! qüéllé digiité il prête aux principes qu'il défend êt aux actions qu'il Fe conte! Qui pouvait lire cés volutnes du coté de Cl rendon sans être d’abord/émü ét enfin gagné par Son invincible sentiment dé loyalismé chevaléresque, par son ferme attachemeñt aux rois vairiets, par Sa pérsévéranté et juste confiance en Dieu, quand il semblait qu'on ne pouvait plus rien attendre des hommes? Qui pouvait, én le lisant, fé paé pardonner à ce monarque envers qui on eùt plus de torts qu’il n’en eut lüimême, à cette tête grise découronnée qui s’appuya sur uni orëiller d’épinés & Caïisbrook et allà roülér sur le billôt à Whitéhäll? Quenté füaginalion pouvait ne pas s'exalfet à la-pétisée de son fils exilé, exposé à tontés disgrâces 64 à toutés 168 détresses, toujours déçu däns $e “éntatives, voyant toutes ses espérances 8’évaniouir, ét puis tout À coup rélabli sur son trônié contre toutés les chañices probables ‘et au milieü d'une unänime acclamation de joie ? Combien cette histoire düt patler haut à tous ceux (il ÿ en avait beauCoup en de temps-là) dont 16s ancêtres et les parents sont glôorietsémént célébrés dans ces pages, aux soldats de Rüpért -où aux arnis dé Falklähd! Pouçons-hiüus dotié nous étohnèr, où exprimer un blâtie sévère, sileuis pénisées dcécétidirent düelquéfois un peu plus Bas et &6 “our- nèfént vers le petit-fils, ekilé âuski pour üne futé qui n'était pas la sienne, et languissant sur da Me Hs gère, dans unë situaioh qui rappélait celle de les Stuart ? Je fais la différénce dés ni tas, 8t

| ATSERBURY. 143

palenient en ce qui.regarde ce -qu'Atterbury n ‘aurait pas dà. oublier : la religion. Je ne plaide pas pour le jacobitisme, mais je plaide pour la loyale illusion et la pardonnable faiblesse de plusieurs de ceux qui épousèrent cette eause : je tiens à montrer que la plupart ‘de ceux qui Soupiraient pour la restauration de Jacques n'étaient pas de vils et infatués misérables, comme on nous accoutumé à les considérer. » (Lord Stanhope, AP of England. t. LE p-, 36.)

Ceux qui, comme nous, déploreraient le scandale donné par un évêque (n'importe le culte) infidèle à la religion révélée, trouveront dans la correspondance de Pope la preuve qu’Atterbury partit pour l'exil, chrétien

convaincu, s’il ne l'avait pas toujours été.

Quoique souvent cité comme écrivain controversiste, orateur et écrivain épistolaire, l’évêque de Rochester mérite aussi de l'être comme poëte, plus remarquable peut-être par sès vers latins que par ses vers anglais. Homme du monde, se piquant d'être aimable, Atterbury excellait dans ce qu’on appelle les vers de so-. ciété. Nous avons traduit de notre mieux ceux qu'ik

composa sur léventail d'une coquette. Il n’est pas le seul évêque anglican qui ait écrit des madrigaux.

L'éventail de Laïs, qui pour une autre belle Ne serait qu'un hochet, est une arme pour elle, Uue arme dont Laïs se sert avec tant d'art

. Qu'en son carquois l'Amour n’a ni flèche, ni dard Qui puissent vous causer blessure plus mortelle.

Pour attiser les feux qu’allume son regard

Laïs ne fait qu'un geste et le même Zéphire Entretient la fraicheur de l'air qu'elle respire : Pour la coquette ainsi quand brülent tous les cœurs, Le sien reste de glace et rit de leurs ardeurs.

Samuel Johnson, un des écrivains anglais les plus éminents du dix-huitième siècle, eut pour père Michel Johnson qui était, au commencement de ce siècle, un juge de paix de Lichfield et un libraire très-considéré dans les comtés du centre. Michel Johnson paraît avoir été un homme remarquable par ses talents et son instruction. Il connaissait si bien le contenu des volumes qu'il exposait en vente, que les recteurs ecclésiastiques du Staffordshire et du Worcestershire le regardaient

1'En publiant cette biographie par lord Macaulay, nous devons dire que l'illustre écrivain avait déjà, il y a vingt-cinq ans, écrit sur le docteur Johnson et sur Boswell un article de critique littéraire, dont nous traduisimes nous-même un extrait pour le recueil que nous dirigions à cette époque. Quelques traits de l'ar/icle doivent naturellement se retrouver dans la biographie ; mais ce dernier travail est d’ailleurs une composition toute nouvelle et une des productions les plus originales de lord Macaulay. En 1856, M. Reynald, ancien élève de l'Ecole normale et docteur ès lellres, a publié à Paris une-étude sur S, Johnson qui mérile d'être signalée à tous ceux qui s'occupent de littérature anglaise. M. Reynald, qui cite le premier article de lord Macaulay, ne pouvait citer la biographie, dont la publication est postérieure à son excellente étude, |

comme un oracle à consulter sur les quéstions de science. Entre le clergé et lui, en effet, il existait un lien étroit de sympathie religieuse et politique. C'était un zélé partisan de l'Eglise établie, et, quoiqu'il se fût mis en règle pour exercer les fonctions municipales, par la prestation du serment au souverain de fait, il resta toute sa vie jacobite dans l’âme. On montre encore sa maison à tous les voyageurs qui visitent Lichfield, car c’est celle où naquit son fils Samuel, Je 18 septembre 1709.

On put distinguer de bonne heure chez l'enfant les traits physiques, intellectuels et moraux qui devaient plus tardcaractériser l’homme : une grande force museulaire accompagnée de beaucoup de gauclierie et de plus d’uneinfirmité, un esprit très-vif avec un penchant maladif-à l’indolence, un cœur bon et généreux avec une huméur sombre et irritable. Il avait dans lé sang ux.vice, sérofuleux héréditaire qui défiait toutes les méthodes curatives de la médecine, et ses parents eurent la faiblesse de croire que la main royale seule serait eflicace contre cette maladie superstitieusement appelée autrefois le mal du roi. A l’âge de trois äns, Johnson fut, en conséquence, transporté dans la capitale. Le chirurgien de la cour l’examina, les chapelains de la cour prononcèrent sur lui leurs prières, la reine Anne le toucha de son augusté main, et lui donna une pièce d'or. Cet incident resta lan de ses souvenirs d’enfance ; il se rappelait la reine comme une dame majestueuse qui portait un corsage en diamants et une longuc coiffe noire. L’attouchement royal fnt inefficace, Les sérofules altérèrent les traits d’un visage naturellement noble et régulier, et laissèrent de profondes cica-

SAMUEL JOHNSON. “447 trices sui “s68 joues. Johrison perdit mème quelque temps là vie d'un œil; etil ne vit jamais qu'imparfaitemént de l'autre. Mais krforce de son âme triompha de tous les obstacles que la nature semblait avoir voulu Jai opposer. Indolent comme il était, il s’instruisit si facilement et si rapidement; que, danis toutes les écoles où il fnt envôyé, il devenait bientôt l’écolier le plus fort. De seize à dix-huit ans, ilrentra dans là maison paternelle ét füt livré à$es propres ressources. Il “apprit beaucoup à cette époque, quoique: étudiant sans guide ee ét.sans plan. Lés rayons de la librairie étaient à sa disposition : ily trouvait ne multitude de livres dont il fit son profit eir choisissant ce qui l'intéressait, en laissant ce qui lui semblait ennuyeux: Uh enfant ordinairen’eût - ps ainsi acquis beaucoup-de savoir ni beaucoup de tonnaissances utiles ; mais combien de choses qui. aurent paru. énnuyeuses à un efifant ordinaire étaient intéfessantes pour Samuel! 1 lut peu de gree, ear il

n'était pas, assez. heléniste pour trouver un grand plaisir dans lès œuvres dés maîtres de la poésie et de l'éloquence athénienties. Mais il était sorti bon latiniste de Yécole, €t il ne tarda pas. à être très-versé dans Ja littérature latine, grâce aux aûtenrs qu'il eut.si nombreux ous la main. Jamais il ne posséda eetté déliea- .: tessé de goût que les grandes écoles anglaises se van-

tént d'inspirer à à leurs élèves nourris dans le eulté du siècle d'Auguste ; mais il se familiarisa de bonne heure avec quelques d'ateurs-classiques qui étaient tout à. fait

inconnus aux meilleurs rhétoriciens dû collége d'Eton. Les‘illustres esprits à qui VPEnrope moderne doit la rénaissance | des lettres euretit un'altrait particulier pour Hi. Un jour-qu'il allait chercher des pommes dans un

verger, d trouva par hasard un gros in-folio des œuvres de Pétrarque. Ce nom excita sa curiosité, et il dévora des centaines de pages de l’in-folio. Par le fait, la diction et la versification de ses propres compositions latines montrent qu’il n'avait pas moins étudié les copistes du style antique que les modèles originaux.

Tandis qu'il perfectionnait ainsi irrégulièrement son éducation, sa famille tombait dans une indigence désespérante. Le vieux Michel Johnson était plus propre à méditer sur les livres et à en parler qu’à en faire un aïticle de commerce. Ses affaires alèrent en déclinant, et ses dettes en augmentant; c'était avec difficulté qu'il défrayait la dépense quotidienne. de sa maison. Il n’avait pas les moyens d'entretenir son fils dans l’une des deux universités; mais un riche Yoisin offrit de l'assister, et, comptant-sur des promesses qui finirent par être à peu près illusoires, Samuel fut immatriculé parmi les étudiants du collége de Pembroke, à Oxford. Quand le jeune homme se présenta aux dignitaires de ce collége, ils ne furent pas plus étonnés de sa tournure gauche et de ses étranges manières que de la masse d'instruction curieuse qu’il avait recueillie pendant plusieurs mois de ces lectures faites sans ordre mais non sans profit. Dès le premier jour de son entrée il cita Macrobe à ses maîtres, et l’un des plus-savants d’entre eux déclara qu'il n’avait jamais vu un élève de première année aussi avancé.

Johnson passa trois ans à Oxford. Il était pauvre et presque déguenillé, Son aspect excitait tour à tour-une moquerie et une pitié également insupportables à son orgueil. Ce fut ce qu’il éprouva surtout un jour qu'il traversait la cour quadrangulaire de Christ-Church, où

les étudiants aristocrates de ce collège lorgnèrentavec ironie. les trous de ses souliers: Un charitablé inconnu en déposa une paire neuve à sa porte; maisilla repoussa avec ‘colère. L'indigence le rendait ombrageux et indomptable, j jamais servile. Aucun. de ces nobles étudiantsquiattendent avecimpatience leur vingtetunième année ne fraitait moins respectueusement que Johnson les autorités universitaires. On voyait ordinairement le scholar pauvre sous le porche de cé collége de Pembroke, décoréaujourd’hui de sa statue; il y-haranguait un cércle de condisciples sur lésquels, en dépit de sa robe en haïllons et de son linge salé, il exerçait l'irrésistible ascendant de son esprit et de son audace. Une révolte éclatait-elle contre la discipline académique,

c'était Johnson qui en était le chef.On pardonnait beaucoup cependant à un jeune hommé si distingué par son savoir et ses talents. Il s'était fait connaître de bonne heure en traduisant en vers latins le Messie de Pope. Le style et le rhythmé de cette version n'étaient pas précisément virgiliens, mais elle trouva de nombreux RATES et fat lue avec pisse ges ec même.

Le temps prtiate où FAT abat du, par le cours ordinaire des ‘choses, devenir bachelier ès. arts. Mälhetreusetent il était au bout de ses réssources: On n'avait pas tenu les promesses qui lui avaient été faites.

Sa. famille né’pouvait rien pour lui. Ses dettes chez les

marchands d'Oxford n'étaient pas considérables... trop considérables toutefois pour qu'il püt les payer. L’automne de 4731 le vit quitter l’université, sans aucun des grades qu’elle confère: L'hiver suivant, son père mourut : le pin oi ne laissait que peu de chose, et, de ce

150 SAMLEL AOHNSON.

peu de: chose, presque. la totalité revenait à Sa euvés La suceession personnelle de Samuel éghivalait à une vingtaine de livres sterling. ta fa LE : Pendant les trente années suiventbs, ‘on vie fut uI lutte douloureuse contre la pauvreté. Les pénibles tails de cette misère s aggravaient encore par les: sonffrances d'un Corps malsain et d'un esprit qui n'était | guère plus sain que le corps. Ayant que l’étudiant-eñt quitté l’université, son vice héréditaire s'était manifesté

Ya

sous-une formé singulièrement cruelle. IL était devenu

un hypocondriaque: incurable. Il disait S longtemps après, avoir été fou. toute sa vie, on pour le moins n'avoir jamais. -eu toute sa raison, et, en vérité, des bizarreries moins: étranges’ qué les-siennes ant ‘souvent été jugées suffisantes pour acquitter des prévenus en jnsz tice et pour faire casser un testament. Ses grimages, sa gesticulation, ses propos décousus, quelquefois amu= saient et quelquefois épouvantaient les gens qui ne le tient pas. Assis à la table d’un diner, il lui aprivait, dans un accès de distraction, de se. baisser et d'enlever le soulier d’une dame. Au milieu d'un salon; il intérrompait soudain l’entretien en se mettant à déclamer un verset de lOraison dominicale. Telle rue ou tel passage lui inspirait tout à coup une inexplicable aversion,-etil faisait un long détour pour éviter ces lieux abhorrés. Il se mettait dans la tête de. toucher tous les poteaux des rues qu'il iraversait. En manquaitilun par hasard, il faisait cent pas en arrière pour réparer lomission. Sous l'influence du mal ,-ses sens étaient frappés d’une morbide torpeur, et son imagination d’une morbide-activité : tantôt il restait planté devant D ha ag pouvoir dire Rue heure marquait

“rs JOHNSON. [ETS

l'aiguille du cadran ; tantôt il entendait distinctement sa mère l'appeler par son nom, quoiqu'il y eût entre. elle et Jui plusieurs milles-de, distance. Ce fut bien pire encore, quand une prafande mélancolie s’empara de lui et étendit un voile lugubre sur-toules ses idées de la nature humaine et de la destinée, Les tortures endurées par éet homme ont déterminé plus d'un infortuné à se jétér à l’eau ou à se brûler la cervellez- mais Johnson était à l'abri de la tentation du suicide. IL était fatigué de la vie, et il avait peur de la mort, frissonnant à chaque objet où à chaque son qni venait lui rappeler l'heure inévitable. La religion ne lui procurait que peu de consolations pendant’ ses longs et fréquents accès de découragement, ear sa religion à lui participait des bizarreries de son caractère. La lumière du ciel rayonnait sur Johnson, sans doute, maïs nop en ligne directe niavec sa pure splendeur. Cette lumière divine traversait un milieu qui l'altérait au passage; elle lui arrivait .… réfractée, assombrie ou décolorée par les ténèbres qui

. énveloppaient sûn-âmé ; elle l'éclairait assez pour lui montrer son chemin, pas assez pour nn sa Rafrs tristesse.

Gé fut avec de pareilles infirmités de carpe etd'es prit que, parvenu à l’âge de vingt-deux ans,eet homme célèbré ent à se frayer son chemin dans le monde. I démeura pendant cinq ans dans les comtés du centre. A Lichfield, sa ville natale et la résidence de ses premièrès années, il avait quelques amis, les uns qui avaient | étéeenx de son père, les autres qu'il s'était acquis Inimème. Ts attira, entré autres, la bienveillanté attention dé Henry Harvey, aimable oficier “d'ung famille noble, en garnison dans la ville, Gilbert Walmesléy,

greffier de la cour ecclésiastique du diocèse, ho de mérite, “homme du monde et homme lettré, se: F1 honneur en accordant son patronage à ce jeune étadiant sans fortune, dont la personne repoussante, les manières sans politesse et la tente sale n’excitäientqu le riré ou lé dégoût de la petite aristocratie du pays. Cependant ce ne fut pas à Lichfield que Johnson put trouver un moyen de gagner sa vie. Après avoir suc cessivement exercé les fonctions de sous-maîtré (ushér) dans une école élémentaire du Leicestershire, et résidé comme compagnon. subalterne chez un gentilhomme de campagne, la vie dépéndante parut insupportable à son esprit hautain. Il se rendit à Birmingham e et y gagna quelques guinées par des travaux littéraires dont un libraire lui fit la commande. A Birmingham encore il imprima la traduction d’un livre latin sur l'Abyssinie, ouvrage peu remarqué en ce temps-là et depuis long- | temps oublié f. Il proposa ensuite de publier, par souscription, les poëmes de Politien, avec des notes conte= nant une histoire de la poésie moderne latine; mais la souscription né vint pas et le volume ne parut jamais. Johnson ménait cette vie errante et misérable quand il tomba amoureux. L'objet de Sa passion était mistréss Elizabeth Porter, veuve qui avait des enfants aussi . âgés que lui. À ds indifférents, cette mistress Porter paraissait être une femme petite et laide, grasse, vül- Criud "avec un couche né fard d’un Pré cs Po

24 C'était le ovegs bé du père doi La relation de jésuite portugais avait été traduite en français par l'abbé Joachim Legrand; Paris, 1798, La. traduction de Johnson fut faite sur la version française. Le souveñir de ce travail, entrepris pour le. libraire Warren, eut quelque influence sur l’idée de Rasselas.

paisseur sur les j joues, vètue. de robes -voyantes, enchantée de ses airs et de ses grâces de province, qui

po pas précisément les airs et les grâces des bel-

les dames de la cour, ni des Queensberty, ni des Lepel!.

| Pour le passionné Johnson, dont la vue était trop faible

pour distinguer la céruse et le carmin d’une peau blanche et d’un teint vermeil, pour. Johnson qui jamais ou bien rarement ue s'était trouvé dans le même salon avec une femme du beau monde, sa. Titty, comme il l'appelait, était la beauté la plus gracieuse et la plus accomplie de son sexe. On ne saurait douter. que son admiration. ne fût sincère ; Car mit était aussi pauvre que lui. Elle agréa, avec un empressement qui lui fit peu d'honneur, l’hommage d'un galant qui aurait pu être son fils. Toutefois, malgré quelques ments querelles conjngales, ce mariage fut plus heureux qu'on n’aurait pu s'y attendre. L'époux de Titty conserva les illusions de son premier jour de noces jusqu’à ce que sa compagne- chérie mourût dans sa soixante-quatrième année. Il grava sur sa tombe une épitaphe qui exaltait les aftraits de sa personne et de ses manières. Longtemps après son décès, toutes les fois qu'il avait occasion de

parler d’elle, il s’écriait avec une tendresse moitié bur- Jr moitié pathétique : « Charmante créature!»

Son mariage lüi imposa la nécessité de travailler plus rudement encore qu’il n'avait fait jusque-là. 1l loua une maison dans les environs de sa ville natale et annonça

a ouvrait uné école, Mais, au bout de dix-huit mois,

pr VAT L : KL à DURE PE 7

2 La duchesse dé Queeñsberry et Marÿ Lepel Gay Hervÿ) avaient

été les 'arniés et les correspondantes de Pope. La belle Mary Lepel faisait avec Pope dés promenades au clair de la lune.

154 SAMUEE AOHNSON. il ne lui était Dur que trois élèves. Il fant @ uer qu'avec un aspect si étrange et une humeur si violente, : sa. classe devait ressembler à la caverne d' ogre. Ajoutons que cette bonne maman fardée. et-pa ée, appelait « sa Dity, n'était guère propre à préndre soin de, jeunes pensionnaires. Dayid Garrick, qui fut | un des élèves € de ce singulier couple, fit par la suite mourir de ire la meilleure société de Londres en. répétant, mime. ere qu'il élait, les caressants goliques dont LR gardé un malicieux souvenir. HE

Enfin Samuel Johnson, à l'age de vingthuit ans, se. à décida à aller chercher fortune à Londres,-comme. lite térateur, IL partit avec quelques guinées, trois actes de la tragédie d'Jrène.en manuscrit et deux ou trois lettres de récommandation $ lui FRRARR PARA sage Walmesley,

Jamais, depuis: que la ‘itérature était evene ue métier en Angleterre, ce. métier n'aÿait-élé moins. due ‘cratif qu'à l'époque où Johnson : sé fisa à Londres. Dans | la génération précédente, un écrivain éminent: élait. certain d’être. maguifiquement rémunéré par le gou= vernement, Len moins. qu'il pouvait attendre était uno. - pension ou une : cure ; montrait-il quelque aptitude pour la politique, iLpouvait espérer de devenir membre du Par lement, lord-de la Trésorerie, ambassadeur, se colails dpt, ÿ érait facile, d'u un AUtRe: cutéde,

{ « Les chefs des ‘deux ce perds qui dftsaient l de protégeaient à l'envi les lettres. La première comédie de Congreve lui valut, à vingt et un ans, des places qui le rendirent indépendant toute sa vie... Rowe fut non-seulement poëte lauréat, mais encore inspecteur des douanes et secrétaire des conseils du prince de Galles ; Hughes fut secrétaire du. Comité des juges de paix; Philips, juge de

—c—. pen TT .— -

SAMVEL JOHSSOY. 155 nommer plus d'un auteur du dix-nenvième siègle, dont paie henrenx a reçu quarante mille livres sterling des libraires. Mais Johnson commençait sa carrière daps la partie la plus stérile du stérile intervalle qui sépare deux siècles de prospérité. La littérature avait cessé d’être florissante sous lé patronage des grands, etelle n'était pas encore entrée dans l'ère où elle devait être florissante sous le patronage du publie, Un homme de lettres, il est ses eu avait acquis Ds sa plume ce qui 6 était con comme une jolie fortune :

Pope vivait sur qn Did d'égalité avec les nobles et les ministres; mais c'était un'exemple solitaire. Un auteur même dont la réputation était établie, et dont les oùvrages étaient populaires, — tel que Thomson, dont. le poëme des Saisons se trouvait dans foutes les biblio= thèques, — ou un auteur tel que Fielding, dont le Pasquin avait obtenu un plus grand succès qu'aucune autre pièce de théâtre depuis l’opéra du Gueux, —s’estimait quelquefois heureux de pouvoir obtenir, en meftant son habit en gage, le moyén de diner avec un plat * detripes dans un cayeau dé fraiteur!, où il essuyait ses mains tachées de graisse aux poils d’un chien de Terre-Neuve. On peut donc aisément imaginer quelles c Pre et és humiliations devaient EE le

LR - -

la Got des prérogalives en Irlande; bois, commissaire de ja Cour d'appel et du Comité du commerce ; Newton, directeur de la Monnaie; Stephen et Prior, secrétaires d'ambassade et chargés d’affaires ; Gay, secrétaire de légation ; Arthur Mainwaring, commissaire des douanes; Tickel, secrétaire des grands-juges d'Irlande ; Addison, secrétaire d'Etat, etc. » (Article de lord Macaulaÿ sur Boswell et Johnson.) ; 1 Ilexiste encore à Londres À gli de: ces cuisines souler- raiues. -

novice qui avait encore à conquérir un nom. Un des libraires à qui Johnson s'adressa pour avoir du travail mesura d’un regard dédaigneux cette espèce d’athlète difforme et s’écria : « Vous feriez mieux de vous procurer un crochet de commissionnâäire et de porter des malles ! » Le conseil n’était pas si mauvais : un portefaix avait la chance d'être plus abondamment nourri et mieux logé qu'un poëte.

Ilse passa quelque temps, à ce qu’il paraît, avant que Johnson püt former une liaison littéraire qui lui procurât quelque chose de plus que le pain quotidien qu’il lui fallait pour ne pas mourir de faim. I n’oublia jamais la générosité avec laquelle Hervey, qui résidait alors à Londres, pourvut à ses besoins pendant cette époque d’épreuve. « Harry Hervey, répéta maintes fois le philosophe, dans son âge avancé, était un homme qui avait des vices ; mais il fut très-bon pour moi. Si un chien s'appelait Hérvey, j'aimerais ce chien-là.» A la table d’Hervey Johnson fit quelquefois des repas que le contraste lui rendait d'autant plus agréables. Mais généralement il dinait et croyait bien diner à raison de six pence pour la viande et un penny pour le pain, dans un cabaret à bière (ale-house), près de Drury- Lane.

Son caractère et son humeur se ressentirent toujours de ces privations et de ces souffrances qu'il avait endurées en arrivant à Londres. Ses manières n'avaient jamais été fort courtoises, elles devinrent presque féroces. Etant souvent forcé de porter des habits râpés et du linge sale, il finit par être la malpropreté même. Etant souvent affamé quand il prenait des aliments, il contracta l'habitude de manger avec une avidité dé-

vorante. Même aux dérnières années de sa vie, même lorsqu'il fut invité à la table des grands, la vue des mets l’affectait comme la vué de leur pâture affecte les bêtes fauves et les oiseaux de proie. Ses goûts en cuisine, formés dans les tavernes souterraines, n'avaient rien dé délicat. Chaque fois qu’il était assez heureux pour avoir à sa portée un lièvre conservé trop longtemps, où un pâté fait avec du beurre rance, il se gorgeait si gloutonnement que ses veines se gonflaient et que son front se couvrait de sueur. Les affronts que lui attirait son indigence de la part des âmes stupides et basses auraient fait un syeophante- d’un homme. moins naturellement fiér, mais elles ne provoquaient en lui qu’une farouche rudesse. Malheureusement cette

insolence, très-pardonnable ét en quelque sorte respec-

table lorsqu'il était sur la défensive, Johnson la portait dans les sociétés où on le traitait avec bienveillance et politesse. Il 86 laissa aller plus d’une fois à frapper ceux qui prenaient des libertés avec Jui. Mais ceux qu'il faisait ainsi repentir d'une provocation ne s’en vantaient päs, ‘excepté Osborne, le: plus rapace et le plus brutal

des libraires, qui proclama partout qu’il avait été as-

sommé par ce gros butor dont il avait pris la-plume à

|sés gages pour vanter la Bibliothèque Harléienne.

Aü“bout d'uné année de séjour à Londres, Johnson fut assez heureux pour obtenir un travail fixe et régulier chez Cave, libraire actif et intelligent, le propriétaire et lPéditeur du Gentleman's Magazine. Ce journal, qui entrait alors dans da neuvième année de son existence, était la seule publication périodique du royaume quiet ce qu’on pourrait appeler aujourd’hui une circulation considérable, C’était, à vrai diré, de

158 SANDER ONNSON.

principal écho des débats parlementaires, On ne pou vait alors, même entre deux sessions, reproduire, sans. le déguiser sous une forme fictive, ce qui se passait dans Puñe:ou Fautre Chambre. Cave avait imaginé de donner à ses lecteurs un compte rendu des délibérations du sénat de Lilliput. La France était Blefuseu, Londres Mildenda. Le duc de Newcastle était le Nardaë, sectétaire d'Etat; lord Hardwieke le Hurgo Hickrad ; et William Pualteney -Wéngul Pulnub. La rédaction des discours des orateurs fut confiée pendant plusieurs années à Johnson. Généralement on Jui fournissait des notes, assez maigres sans doute: et -inexactes, mais souvent il lui fallait trouver des arguments etde V'é-. loquence pour les ministres comme pour l'opposition: I'était lui-même tory, non par conviction rationnelle, far son apinion sérieuse était que toutes les formes de gouvernement sont également bonnes ou également mauvaises, = mais «c'était par passion, par la même passion. qui enflamimait les Capylets contre les Mon taigus à Vérone, ou les bleus contre les verts dans le cirqué romain. Dès son plus-bas âge, on avait tant parlé devant lui de la scélératesse des whigs et dés angers de-lEglise, qu'il avait éprouvé toutes les haïines du parti contraire dès-qu'il avait pu bégayer uné parole. Il n'avait pas encore trois ans, qu'il avait absolument …voulnse-faire porter à la cathédrale de Lichfield pour entendre prêcher Sacheverell : il avait écouté le sermon “avec autant de respect: et probablement aussi: avec autant d'intelligence qu’aueun des squires de la consrégation. L'université-compléta cette-éducation, po

litiqué de la nourrice. Oxford, quand-Johnson y âlle

étudier, était la ville la plus jacobite de toute l'angle

SAMUEL JOHNSON. 159 terre, et Pembroke un des colléges les plus jacobites

d'Oxford. Les préjugés qu'il-apportait à Londres.n'é-

taient guère moins absurdes que ceux qu'il a attribnés à son personnage de Tom Fempest. Pour lui Charles I]

etJaeques étaient deux.des meilleurs rois qui eussent

jamais régné. Laud +-pauvre-esprit qui ne fit, ne dit on-n’éerivit jamais rien qui anngngât.une capacité audessus de la capacité ordinaire d’une vieille femme —

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