‹ Œuvres diverses de Lord MacaulayChapitre 41 sur 46 · PRES A · texte numérisé non relu

PRES A

deux fractions opposantes qui pendant la campagne déjà n'avaient pas été très-fidèles à leur trêve plâtrée. Les questions réservées se présentèrent en foule; mille prétentions élevèrent la voix. Impossible de suivre une ligne politique qui ne blessât pas le plus grand nombre des vainqueurs ; impossible de trouver des places pour la dixième partie de ceux qui pensaient y avoir droit. Tandis que les chefs parlementaires prêchaient la patience et la confiance, tandis que leurs bataillons demandaient leur récompense à grands cris, une voix plus haute retentit du dehors, le cri terrible d’un peuple “irrité sans trop savoir contre qui, et impatient sans ‘pouvoir dire de quoi. Le jour de la rétribution était venu : l’opposition récoltait ce qu’elle avait semé. Enflammée de haine et de cupidité, désespérant du succès par les moyens de guerre ordinaires, fermant les yeux aux conséquences certaines quoique éloignées de ce qu'elle allait faire, ellé avait imité ce sorcier qui évoqua un démon-qu’il ne sut plus comment exorciser. Elle avait enivré-l’opinion publique de ses déclamations et de ses calomnies; elle avait fait naître des espérances qu’elle ne pouvait satisfaire. La chute de sir Robert Walpole devait amener un âge d’or ou la fameuse ère millénaire, et chacun s’était peint cet âge d'or ou ce millénaire selon les fantaisies de son enthousiasme ou selon le rêve de ses désirs. Les républicains espéraient que les priviléges de la couronne seraient réduits à une ombre, les tories-jacobites que les Stuarts seraient restaurés, les toriès plus modérés qu'ils allaient voir renaître les beaux jours dont l'Eglise anglicane et la propriété avaient joui pendant les dernières années de la reine Anne, Heût été impos-

sible de, satisfaire, tout le monde : les oeuus ne satisfirent. personne... he:

Nous n'avons aucun dmectÿ pour la mérmnire. de ceux qu'on appelait alors.les patriotes ; nous sommes pour les principes d’un bon gouvernement contre. sir R. Walpole, et pour sir R. Walpole contre l'opposition. Qu'un système plus pur fût.substitué au sien, c'était chose très-désirable; mais si l’on. maintenait le système de celui-ci, nul homme n'était aussi propre que sir R. Walpole à conduire les affaires. Il existait d’etfrayants abus dans le gouvernement, des abus plus que suflisants pour justifier une vive opposition ; mais les adversaires de sir R.. Walpole excitaient la fureur du peuple sans s’inquiéter-de la mieux diriger : ils firent pire encore. Après avoir présenté le mal sous de fausses couleurs, ils y appliquèrent des remèdes. impuissants et pernicieux ; ils dénoncèrent un seul homme comme l'unique cause de tous les vices d’un mauvais système qui avait été mis en œuvre avant son début dans la carrière publique, et qui gouverna encore le pays lorsque quelques-uns de ses censeurs succédèrent à son pouvoir. Ils entravèrent ses meilleures mesures ; ils le poussèrent malgré lui à une guerre injuste, Parlant sans cesse en phrases oratoires de tyrannie, de corruption, de ministres détestables, de courtisans serviles, de libertés anglaises, de grande charte, de droits arrosés du sang de nos pères, de Timoléon, de Brutus, de Hampden, de Sydney, que proposaient-ils pour corriger et améliorer nos institutions? Rien, Au lieu dediriger l'esprit public dans la voie des réformes réalisables et bien définies, qui auraient complété l'œuvre de 1688, au. lieu-de mettre par là notre législalion-en-harmonie 14,

avec la constitution, au lieu d'enlever à la couronnele moyen de faire par influence ce qu'elle ne pouvait plis faire par sa prérogative, ils excitèrent un vague besoin de changement dont ils profitèrent péndant un #Homent 6 pour en être bientôt et justement les victimes. +4

‘Parmi les réformes qu'exigeait alors la situation du: . payé; il-en était deux d’une importance incontestable; | deux qui seules auraient remédié à presque tous-les . abus, et sans lesquelles tous les'autres palliatifs eussent été inutiles :c'étaient la publicité des débats du Parlément et la suppression des bourgs pourris. On-ne son gea ni à l'unerni À l'autre. Sans ces deux réformes, cependant, ilnous paraît démontré que toutes les autres deévenaient illusoires. Quelques-uns des: patriotes suggérèrent des changements qui auraient-centuplé sans aucun doute les maux ‘existants. ‘Ces politiques prétendaient transférer la disposition dés. places et le. commandement des troupes de la couronne au Parle: ment, et cela sous le prétexte que le Parlement était depuis longtemps-un peuple corrompu . Etait-ce done une garantie contre la corruption que les membres dé la représentation nationale, au lieu de recevoir du ministre ie A du fillage sen se states à mêmes ? : . ee

D'autres née dont. on: -arrusa le: Sears étant, moins dangereux que celui-ci; quelques-uns dans le nombre étaient même innocents, {rès-pou auraient fait du bien ; la “plupart étaïent-absurdes. Ils nous. sont.en grande partié révélés par lés mandats où-instructions qu'après le changement de ministère divers Corps électoraux envoyèrent à Jeurs représentants: On°ñe * peutimaginer un plus déplorable: ramassis de folies,

En première ligne est la demande de la tête de Walpole, puis viennent des doléances amères sur le déclin du commerce, déclin qui, selon ces esprits éclairés, n'avait d’autres causés que. Walpole et la corrup- ‘ tion. Hs auraient été plus près de la vérité s'ils s'en étaient pris à la guerre à laquelle ils avaient poussé Walpole par leurs eriailleries. 1 avait parfaitement prédit les résultats de son assentiméent forcé. Le jour où l'on avait proclamé les hostilités contre 1 Espagne, lorsque lés hérauts d'armes furent escortés dans Ja. Cité par les chefs de l'opposition, Jorsque le prince de Galles lui-même s'arrêta à Temple-Bar pour boire an succès des armes anglaises, le ministre, entendant re- | tentir joyeusement tous les catillons de la Cité, avait dit : «JS peuventsonner les cloches Ge Ar ils ne tarderont pas & se tordre les mains{, »

Un autre grief, dont nécessairement sir R. Wrapôle et la corruption devaient être responsables, était l’exportation exagérée des lainies d'Angleterre. Au jugement des habiles électeurs de, plusieurs grandes. villes, porter remède à ce mal: était “presque aussi urgent, presque aussi essentiel que de pendre sir Robert. «Votez contre le maintien d'armées permanentes én temps de paix, » recormandait-on encore aux membres de la Chämbre des communes ; recommandation -ridieulé . au milieu d’une guerfe qui probablement devait durer et qui dura en effet aussi longtemps que le Parlement, « Abolissez l'acte des Parlements septennaux, » Rien de plus naturel que de voir les électeurs désirer le re - 1 Sir Robert, qui aïiait les jeux de mots, employait i ici les déux

verbes ring èt wring qui se prononcent de même et LME l'un sonner et l'autre ve,

tour triennal du marché où ils vendaient leurs votes et. se grisaient avec la bière des candidats: mais le rap- -pel de l'acte de septennalité eût été un fléau pour VAngleterre, sans la réforme totale de la constitution du corps électoral. L'unique recommandation raisonnable que nous trouvions dans ces instructions, c’est celle de réduire le nombre des fonctionnaires siégeant au Parlement, et d’en exclure les pensionnaires de la courônne, Il est clair toutefois que cette réforme n'allait pas à la racine du mal, et que, si elle eût été adoptée, très-probablement la corruption secrète aurait été plus pratiquée que jamais. agi Citons encore un exemple des illusions absurdes que les déclamations des ennemis de sir Robert. Walpole avaient fait naître dans le pays. Akenside était un des plus ardents et des plus exaltés parmi les jeunes patriotes hors du Parlement ; lorsqu'il vit.que le changement de ministère n’avait produit aucun changement de système, il éxhala son indignation dans son Epitre -

à Curion, le meilleur de ses poëmes, et qui semble indiquer que, s’il eût laissé la composition lyrique à Collins et à Gray pour se livrer à la satire noble et grave, il aurait pu disputer la palme à Dryden; mais, quel que soit le mérite littéraire de cette épitre, nous ne saurions louer les doctrines politiques que le poëte y prêche. Akenside, dans une apostrophe enthousiasteaux grands hommes de l'antiquité, nous dit ce qu'il.attendait de

Pulteney äu moment de la chute du ÉYraR à se = Voyez les arts former les mœurs à la sagesse, =, De plus nobles plaisirs séduire la jeunesse, © Et vos vœux les plus chers s'accomplir ici-bas, Pourvu que Curion ne nous déserte pas,

C'était donc, à ce qu'il paraît, l'affaire de Curion ou de Pulteney d’abolir le pharaon et les bals masqués, de réduire le jeune duc de Marlborough à la ration d’une bouteille d’eau-de-vie par jour, et de persuader à lady Vane qu’elle devait se contenter de trois amants à la fois.

Quel que fût le vœu du peuple, il n’obtint certainement rien. Sir Robert Walpole se retira en sûreté, et Ja multitude n’eut pas son exécution à Tower-Hillt, L'acte septennal ne fut pas aboli, les fonctionnaires ne furent pas exclus de la Chambre des communes; on continua d'exporter la laine, les mœurs privées continuèrent leur scandale comme sous le règne de Walpole le corrupteur; la jeunesse, ne se laissant pas séduire par de Plus nobles plaisirs, battit toujours les watchmen , et paria avec les escrocs des courses de chevaux tout comme auparavant.

Les collègues de sir Robert Walpole, qui avaient, après sa retraite, admis dans le cabinet quelques-uns ” des chefs de l’opposition, se trouvèrent bientôt forcés de se soumettre à l’ascendant de l’un de leurs nouveaux alliés. C'était lord Carteret , depuis lord Granville, Aucun politique de cette époque n'avait plus de courage, plus d’ambition, plus d'activité, plus de talent pour les discussions de tribune ou pour la déclamation; aucun politique ne possédait une érudition si profonde et si étendue. Familier avec les auteurs anciens , sa connaissance des langues modernes était prodigieuse. Le Conseil privé, lorsqu'il était présent, n’avait plus besoin d’interprète. Il parlait et écrivait le

® Cour de la Tour de Londres, où l'on exécute les criminels d'Etat.

français, l'italien, l'espagnol, le portugais, l'allemand et même le suédois. Il avait poussé ses recherches jusqu'aux plus obscurs recoins de la littérature. Aussi versé dans le droit canon et la scolastique que dans les ouvrages des poëtes et des orateurs, il avait lu tout eè que la Saxe et la Hollande avaient produit sur les questions les plus ardues de la législation et du droit publie. Harte, dans sa préface de la seconde édition de -én Histoire de Gustave-Adolphe , rend un hommage ‘rémarquable à l’universalité du savoir de lord Carterét*t « J'ai eu la bonne fortune ou la prudence de conserver intégralement mon corps d'année, ou, en d’autres termes, mon corps de preuves. Feu le comte de Grañville voulut bien se déclarer de cette opinion, surtout lorsqu'il trouva que j'avais choisi Chemnitius pour un de mes principaux guides ; car Sa Seignéurie craignait que je n’eusse pas vu cet estimable et authentique oùvrage qui est extrémément rare. Je m'estimai héureux d’a= voir satisfait Sa Seigneurie n'importe à quel minime degré, car le comte de Granville connaissait ent perfection les historiens d'Allemagne et de Suède. »

Avec tout son savoir, Carteret n'était pas un pédant ni un de ces esprits froids qu'on peut comparer à ces feux dont le bois étouffe la flamme. Pans le conseil, dans la discussion, dans le monde, il brillait par sa vivacité, par son énergie: Fermeté, promptitude, hardiesse, distinguaient toutes ses mesures; sa parolëé avait l’éclat et l'animation de la belle éloquence ; aucuri malheur, public ou privé, ne pouvait abattre cet esprit toujours ardent et déterminé. Il fut à la fois le plus heureux et le plus malheureux des hommes d'Etat.

Déjà secrétaire d'Etat sous le ministère de sir Robert

Walpole, il ay ait “acquis beaucoup d'influence sur » 82 prit.de Georges Je, Les autres ministres ne savaient pas l'allemand, le roi ne sayait pas l'anglais ; ; toutes. les communications entre Walpole et Georges avaient lieu en’ très-mauvais latin. Carteret.étourdit ses collègues par la volubilité avec laquelle il | s'adressait à Sa Majesté en allemand; ils écoutaient avec envie et, terreur ces mystérieuses diphthongues gutturales qui. pouvaient bien glisser dans l'oreille du monarque certaine suggestion peu d'accord avec leurs idées. Sir Robert Walpole n’était pas. homme à.subir un. collègue tel. que Carteret : le: roi fut amené à abandonner son favori. Carteret se jeta dans l'opposition,et se signala à sa tête jusqu'à ce que la retraite de son ancien rival lui rendit son titre de secrétaire d'Etat, ; er Pendant quelques mois il fut premier miniathes ou - ” plutôt ministre unique; il gagna la confiance et l'estime de Georges II sans perdre la haute faveur du prince de Galles. Dans les débats de la Chambre des lords, il n’avait point d'égal parmi ses collègues; parmi ses adyersaires, Chesterfield seul pouvaitlutter avec lui. Confiant: dans ses talents et la faveur royale, il négligea. tous les moyens par lesquels sir Robert. Walpole. s'était fortifié et maintenu, La tête remplie detraités et d’expéditions; de plans pour soutenir la reine de Hongrie et de projets pour humilier la-maison de Bourbon, il abandonna dédaigneusement à d’autres Lous les menus détails, et avec ces détails tous les-fruits de la corruption : le patropage de l'Eglise et du. barreau échut aux Pélham; c'était une bagatelle indigne deses soins. Un des douze . juges d'Angleterre, le chief- justice Willis, si nous ayons bonne. PAPA étant allé Jui demander quelque hé-

252 ROBERT WALPOLE, nétice ecclésiastique ‘pour un ami, Carteret lui répondit qu’il était trop oceupé de la politique continentale pour songer à distribuer des places et des bénéfices. « Vous pouvez compter sur une chose, lui dit le chief-. justice; ceux qui ont besoin des places et des bénéfices iront à ceux qui ont plus de loisir.» La prédiction s’accomplit. Il aurait fallu que les affaires fussent bien impôrtantes et bien nombreuses pour que les Pelham manquassent de loisir pour l'intrigue. La meute des coureurs de places et de pensions s’adressa done aux Pelham. L'influence parlementaire des deux frères s’étendit de jour en jour jusqu’à ce qu’enfin ils fussent à la tête d’une majorité rer dans 1. Chambre des communes.

Leur rival, cependant, sûr de sa lo, s 'éxaltant de ses espérances, et fier del’orage qu’il avait conjuré sur le continent, ne voulait tolérer ni supérieur ni égal. «Ses rodomontades sont étourdissantes, dit Horace Walpole; mais son courage et son talent sont à la hauteur de son emphase.» Il brava l'opposition de ses collègues, non pas avec la hauteur superbe du premier Pitt ou la froide et roide arrogance du second ; mais avec une joyeuse véhémence et une bonne humeur imbérieuse qui renversait tout devant lui. On avait surnommé son administration le cabinet ivre, et cette expression ne doit pas s'entendre seulement au figuré. Carteret avait les mœurs d’un très-bon convive, et probablement que le vin de Champagne contribuait à l’entretenir dans la joyeuse extase de sa vie politique.

-On ne peut être surpris qu’un esprit aussi téméraire et aussi impétueux que Carteret se laissât vaincre sur le ‘téérain ‘parlementaire par les artificieux et égoïstes

ROBERT WALPOLE. 253 Pelham; mais ce quiest plus difficile à comprendre, c’est qu'il ait été généralementimpopulaire dans le pays. Ses brillants talents, san caractère hardi et ouvert, auraient dû, ce nous semble, leréndre le favori du publie. Mais le peuple avait subi d’ämères-déceptions, et Carteret eut à supporter la première explosion de son mécontentement. Sa liaison intime avec Pulteney, devenu l'homme le plus détesté d'Angleterre, fut pour luiun -incident malheureux : il n'avait par le fait que trois hommes de son parti : Pulteney, le roi mr prinee de Galles; singulier assemblage ! PASSA Carteret fut foreé de se démettre. pou Séitie après il fit, pour reconquérir le pouvoir, une tentative hardie, désespérée ; elle ne réussit pas. De ce moment -il abandonna tout espoir ambitieux, et se retira en riant avec ses livres et sa bouteille. Jamais politique ne jouit du succès avec un bonheur si’ franc, jamais politique ne se résigna à sa chute avec une gaieté si naturelle. tQuelque maltraité qu'il eût été, il ne parut pas, dit Horace Walpole, éprouver le moindre ressentiment, ou même d'autre sensation que celle de la soif.» + Quelles bonnes histoires sur lord Carteret dans les lettres d'Horace Walpole ! quelques-unes sans doute beaucoup exagérées: On y voit comment, au faîte de sa grandeur , il devint amoureux à première vué de lady Sophia Fermor, la jolie fille de lord Pomfret; comment il fatiguait ses collègues en leur lisant les lettres de cette aimable lady, comment il la conduisit à Vautel et puis chez li, combien de riches bijoux il : donna à sa fiancée, que d’attentions il avait pour elle au Ranelagh, et quel train dexeine elle menait à son hôtel d'Arlingtôn-street. Horace Walpole a parlé de Carteret : 15

avec moins d’ameértume que. d'aucun autre. homme politique de son temps, Fox excepté; circonstance d'autant plus remarquable que Carteret. était un, des plus acharnés ennemis de sir Robert. Dans .ses . Mé- #moires, Horace -Walpole, après avoir passé en revue tousles hommes éminents que l'Angleterre a vus naître et dont il a souvenance, conclut en disant qu'aucun d'eux n’a eu plus de talent que: lord Granville, Smollett, dans son roman d’Æumphrey Clinker, prononce le même jugement en termes plus vulgaires ; «Depuis qué Granville a été mis à la porte; il-n'y.a eudans ce pays aucun membre qui vahût la “ièn dont il pour dréit sa perruque, »

--Htomba. et le règne des: Pelham: nn Ge fut

le malheur de Carteret d'arriver au pouvoir au moment -où le peuple souffrait d’une. déception récente ; Je peuple avait été dupe-et-était: avide de. vengeance $.il fallait une victime, et: dans ees occasions les victimes de la rage populaire sont choisies comme les victimes

de Jephté : la première personne qui se présente.est-

sacrifice, Les ressentiments du peuple étant satisfaits, à une émotion excessive succéda un calme plat; à Ja soif désordonnée du nouveau, une disposition également déraisonnable d'acquiescer à tout ce qui était un fait accompli. Quelques mois auparavant, le peuple aceusait volontiers de tous les crimes les hommes du pouvoir, et prêtait l'oreille à toutes les-professions de foi de l'opposition ; il se laissait maintenantconduire aveuglémént par les ministres, et regardait d’un œil soup- -conneux toutes les prétentions au patriotisme, Le nom

de patriote devenait un nom de dérision. Horace Wal-

- pole n'exagérait gnère en disant que dans ce temps-là

ROBERT : : WALPOEE, du

un candidat éligible ne-pouvait mieux se popularisersur les hustings qu'en gs qu il n'avait Semi été et ne serait jamais un En cette “éoigonc tree da rébelion dos:montagnards d'Ecosse (4745); l'alarme ‘causée par cet événement apaisa le: bruit des factions intestines. La défaite‘ de Charles-Edouard, à Culloden, ét la suppression | de l'insurrection étouflèrent, à jamais le parti jacobite. On fit place dans le gouvernement à. quelques tories ; ‘on -brocha la: paix avec Jà France et l'Espagne. La mort enléva le prince de Galles, qui avait-essayé de rallier une fraction de cétte opposition formidable dont ‘iLavaitété lé chef eontre sir Robert Walpole: Presque tous les hommes. de quelque valeur dans la Chambre des communes s’attachèrent officiellement au gouvermement: Le ealme-de Ja session des Chambres ne fut téoublé que par une harangue accidentelle de lord Egmont sur Farmée. Pour la pr emière fois depuis l’avénement des Staarts il n'y avait plus d'opposition; cette singulière bonne fortune; refusée aux plus habiles politiques, à Salisbury, à Straflord, à Clarendon, à Walpois; avait été réservée. pour-les-Pelham. in ET Henri Pelham, il : este vrai, - n'était nait: un homme à mépriser ; sa capacité élait eelle de sir Robert Walpole sur -une moindre échelle. Sans être un | brillant -orateur, il était, comme son maitre, assez fort dans la discussion, bon:tacticien parlementaire, habile homme d’affaires. Comme son maitre, il se distinguait par la netteté et. la clarté de ses exposés de finances. Là s'arrêtait la réssemhlance ; leurs caractères. difréraiént-du-tout au tout. Walpole était d'une humeur facile, maisil voulait ce qu'il voulait ; ardent, vif, mais

franc jusqu’à Pimpolitesse, Pelham cédait, mais en boudeur ; il était régulier dans ses mœurs, mais jaloux du décorum. Walpole était hardi par tempérament, et Pelham timide. Walpole avait à lutter contre une forte opposition, mais aucun de ses collègues n’osait lever le doigt contre lui. Presque toute l’opposition qui fut faite À Pelham lui venait des membres du cabinet dont il était lé chef. Son propre payeur parla contre sès évaluations financières; son ministre de la guerre parla contre son bill de régence. En vingt-quatre heures Wa pole renvoyait de la maison du roi lord Chesterfield, lord Burlington et lord Clinton ; privait de leurs postes les hauts dignitaires d’Ecosse, et ôtait leurs régiments an duc de Bolton ét à lord Cobham, parce qu’il les soupçonnait d’avoir encouragé la résistanee à $on bill de l’excise, Il aurait plutôt combattu avéc une forte minorité sous d’habiles chéfs, que toléré la mutinerie dans son propre parti, Ilen aurait coûté cher à çelui de sescollègues qui eût osé diviser la Chambre des communes contre lui, Pelham, lui, était disposé à tout supporter plutôt que de renvoyer un homme autour duquel aurait pu se grouper une nouvelle opposition; il toléra donc avec une patience boudeuse l’insubordination de Pittet de Fox; il erut plus sûr de fermer les yeux Sur leurs infractions à la discipline que de dés entendre tonner contre la’ corruption et les ministres corrupleurs sur les bancs de J’ opposition.

Le duc de Newcastle devint enfin le ministre dirigeant.

Nous sommes surpris que sir Walter Scott : n'ait jamais introduit dans ses romans le duc de Newcastle. Une entrévue éntre Sa Grâce et Jeanie Deans aurait été dé-

ROBERT WALPOLE, 257 licieuse et naturelle ; il n’est guère d'hommes publics dans notre histoire dont on ait conservé tant d’anecdotes. On a pu, en citant ses conversations el ses manies, exagérer une scène; cependant on en cite un si grand nombre qu'il faut bien y croire quand elles sont racontées, non pas seulement par les petits auteurs de Grub-street qui n’avaient pu qu’entrevoir son étoile de la Jarretière à travers les panneaux de son carrosse, mais encore par des gens qui le voyaient sans cesse au Parlement, ou assistaient à son lever dans Lincoln's- Inn-Fields. On ne peut pas plus différer de goût et d’opinion qu'Horace Walpole et Smollett, ni fréquenter des sociétés plus différentes : l’un, jouant aux cartes avec des comtesses et correspondant avec des ambassadeurs ; - l'autre, passant sa vie au milieu de scribes faméliques ; cependant le duc d'Horace Walpole et le duc. de Smollett se ressemblent comme si les deux portraits étaient de là même main. Le Newcastle de Smollett sort de son cabinet de toilette, la face toute barbouillée d’écume de savon pour aller embrasser l’envoyé de Maroc. Le Newcastle de Walpole force la porte du duc de Grafton malade pour baiser les emplâtres du vieux seigneur. Jamais homme ne fut plus impitoyablement immolé à la satire ; mais par le fait il était lui-même sa propre satire ; tout ce que l’art de la satire fait pour peindre les ridicules des autres, la nature l'avait fait contre lui; tout ce qu’il y avait en Jui d’absurde ressortait en relief grotesque sur le reste de son caractère; il élait une caricature vivante, ambulante et parlante; sa démarche était un trot de coursier étourdi ; son parler était un bredouillement rapide ; il était toujours pressé el jamais à temps ; il se répandait en ten-

dres caresses et en lafmes hystériques. Son éloquence rappelait celle du juge Shallow dans Shakspéare. C'était une déraison exaltée par la vivacité et l’impertineuce ; son ignorance a fourni maintes anecdotes, les unes authentiques, les autres probablement inventées dans les cafés, mais toutes admirablement caractéristiques : « Ah !'oui, oui, bien sûr, Annapolis doit être défendue ; ilfant envoyer des troupes à Annapolis. — Dites-moi, je vous prie, où est Annapolis ? — Le cap Breton est une ile !—C'est étrange ! Montrez-la-moi sur la carte... C’est bien vrai; elle y est, mon cher monsieur... Vous nous apportez toujours de bonnes nouvelles ; il faut que j'aille dire au roi que le cap Breton est une île. »

Et cet homme fut, pendant près de trente ans, secrétaire d'Etat, et pendant près de dix ans premier lord de la trésorerie. Son immense fortune, ses alliances héréditaires, le nombre de voix qu'il avait dans un Parlement de bourgs pourris, ne sufliraient pas pour expliquer ee fait extraordinaire. Son succès est la preuve signalée de tout ce que peut un homme qui se dévoue de cœur et d’âme à un but unique. Il était dévoré d'ambition. Sa soif d'influence et de pouvoir ressemblait à Pavarice du vieil usurier dans les Aventures de Nigel. C'était une passion si intense, qu'elle lui tenait lieu de talents, qu’elle inspirait des ruses à la nullité même. « N'ayez aucune affaire d'argent avee mou père, dit Marthe à lord Glenvarloch, car, tout radoteur qu'il est; il vous fera sà dupe. » Il était aussi dangereux de faire de la politique avec Newcastle que du commerce avec le vieux Trapbois. Il avait pour le pouvoir une avidité touté particulière; il était jaloux

ROBERT WALPOLE, 259 de tous ses collègues et presque de son propre frère. Sous un semblant de légèreté, il était le plus faux des hommes d'Etat ; toutes les fortes têtes de son temps en riaient comme d’un sot, d’un bredouilleur, d’un enfant qui ne savait ce qu’il voulait... Il les joua tous les uns : après les autres.

Si le pays était resté en paix, il n’est pas Mapoisitle que cet homme eût été maintenu à la direction des affaires, sans admettre personne à partager son pouvoir, jusqu’à ce que le trône fût rempli par un nouveau prince qui eùüt apporté avec lui de nouvelles maximes de gouvernement, de nouveaux favoris et une volonté . ferme. Mais les tristes préludes de la guerre de sept ans causèrent une crise au-dessus des forces de Newcastle. Après un calme de quinze ans, l’Angleterre fut encore agitée jusque dans ses plus profondes bases. En peu de jours FRE de la scène politique allait changer {.

1 Cet article, comme on voit, conduit les événements de l'histoire d'Angleterre jusqu’à l'avénement du premier Pitt (lord Chatham).

Depuis que cet essai sur les deux Walpole a été publié pour la première fois, M. Pierre Cunningham a publié en neuf volumes in-octavo la collection complète des Lettres d'Horace Walpole, classées dans l’ordre chronologique, de manière à composer une véritable histoire de son temps, sous la forme épistolaire. Cette édition, publiée par M. R. Bentley , est enrichie des notes de tous les éditeurs successifs d'Horace Walpole, entre autres de celles de lord Dover, de M. Croker, des misses Berry et du révérend J. Mitford. Trente-cinq portraits admirablement gravés ajoutent au luxe de cette édition. |

Olivier Goldsmith, un des plus agréables écrivains anglais du dix- huitième siècle, était d'une famille saxonne et protestante, établie depuis longtemps en Irlande, et qui, comme tant d’autres familles saxonues et protestantes, avait été, dans les temps de trouble, tourmentée et alarmée par la population indigène. Le père d'Olivier, Charles Goldsmith, avait, sous la reine Anne, étudié à l’école diocésaine d’Elphen. Ayant conçu un attachement pour la fille du maître d’école, il l’épousa, prit les ordres et se fixa dans un lieu appelé Pallas, faisant partie du comté de Longford. Là, il ne put qu'avec peine faire vivre sa femme et ses enfants avec ce qu’il gagnait, soit comme desservant de paroisse, soit comme fermier.

C'est à Pallas que naquit Olivier Goldsmith, en novembre 1728. Ce hameau, pour ce qui est des détails pratiques de la vie, était alors presque aussi éloigné de la riche et active capitale où Goldsmith passa ses dernières années, que peut l’être aujourd’hui n'importe quel défrichement du haut Canada ou n'importe quel canton de dépaissance en Australie. Aujourd’hui même, les enthousiastes qui se. hasardent à entreprendre un pèlerinage au pays natal du poëte sont forcés de faire

262 OLIVIER GOLDSMITH. | à pied la dernière partie du trajet. Le hameau est loin de toutes les grandes routes, au milieu d’une triste plaine qui, dans la saison des pluies, se change souvent en lac. Les chemins de traverse mettraient en pièces le char à bancs qu’on voudrait y faire rouler : il est même des fondrières et des ornières où ne pourraient pénétrer les roues les plus solidement construites. Olivier était encore enfant lorsqu'on offrit à son père une cure avec un revenu de deux eents livres sterling environ, dans le comté de Westmeath-La famille quitta donc la chaumière du désert pour une maison spacieuse sur'une route fréquentée, près du village de Lissoy. Là, une servante apprit ses lettres à l’enfant qui, lorsqu'il eut sept ans, fut envoyé à une école de village, tenue par un vieux quartier-maitre en retraite. Ce magister n’énseignait que la lecture, l'écriture et l’arithmétique ; mais il possédait”un fonds inépuisable d'histoires sur les revenants, les banshies ct les fées, sur les fameux chefs dé bandits irlandais, Baldearg O’Donnell et Hogan le Galopeur, sur les exploits de lord Peterborough et de lord Stanhope, sur la surprise de Monjuich et le glorieux désastre de Buhuéga. Cet homme devait être de la religion protestante, mais il appartenait à la race aborigène, parlait l’idiome irlandais, et, qui plus est, ‘improvisait des vers. Olivier devint de bonne heure et toute sa vie il ne cessa d’être un admirateur passionné de la musique irlandaise, principalement des compositions de Carolan, et il entendit la harpe de ce ménestrel exhaler ses dernières notes". Il faut ajouter qu'Olivier, quoique Anglais de

* Thorlogh Carolan, né à Nobber en 1670 el mort en 1738 à Ros=

OLIYIER GOLDSMITH. 263

naissance et ayant de nombreux lieris avec l'Eglise établie, ne montra jamais le moindre signe de cette méprisante antipathie avec laquelle, de son temps, la minorité dominante en Irlande regardait trop généralément la majorité conquise. Et, de fait, bien loin de partager les opinions et les sentiments de la caste à laquelle il appartenait, il conçut une aversion pour la Glorieuse et Immortelle Mémoire, ainsique. Fon désignait Guillaume III, et, même quand Georges IT fut sur le trône, il soutint que la restauration de la dynastie exilée pouvait seule sauver lé pays.

A l'âge de neuf ans, Goldsmith quitta l’humble ie tenue par le vieux soldat et fut envoyé à diverses écoles élémentaires, où il acquit quelque connaissance des langues mortes. Il semble qu’à cette époque son existence n’était rien moins qu'heureuse. D’après l’admirable portrait qu’on voit de lui au château de Knowle!, il avait une dureté de traits qui allait jusqu’à la laideur. La petite vérole lui avait laissé ses plus eruelles empreintes. Il était petit de taille, avec des membres mal attachés. Entre énfants, on n’est guère indulgent pour les défectuosités corporelles, et au ridicule. provoqué par l'aspect du pauvre Olivier s’ajoutaient une simplicité et une prédisposition naturelle aux bévues dont il ne se défit jamais. Il devint donc le plastron et la

common, Ce ménestrel aveugle parcourait l'Irlande, improvisant ses airs et ses ballades, toujours le bienvenu dans toutes les maisons et payant ainsi l'hospitalité qu'on s’empressait de lui offrir, Goldsmith avait pu l'entendre chez son oncle Contarine, lorsque celui-ci habitait Roscommon.

1 Gé portfait de Goldsmith est par Reynolds. Le château de Knowle . est aujourd'hui à lord Amherst.

risée des autres enfants et des maîtres, montré au doigt comme un épouvantail à faire peur aux oiseaux dans la cour de récréation, et fouetté comme un imbécile dans la classe, Lorsqu'il se fut élevé à da célébrité littéraire, ceux qui l’avaient raillé autrefois interrogèrent leurssouvenirs pour raconter les incidents de son premier âge : ils citèrent des reparties et des épigrammes improvisées par lui !, et qui, quoiqu’elles eussent passé inaperçues dans le temps, furent, vingt-cinq ans plus tard, supposées l’indication.précoce. du talent. auquel on doit le Vicaire de Wakefield et le Village abandonné.

Dans sa dix-septième année, Olivier Goldsmith entra comme*boursier au colége.de la Trinité de Dublin, Les boursiers ne payaient rien pour leur nourriture ni pour leur instruction, et.très-peu de chose pour leur logement ; mais. ils avaient à remplir certaines obligations serviles dont ils sont depuis longtemps affranchiüs. Ils balayaient-la cour, ils portaient le diner sur la table dé Jeurs supérieurs, changeaient les assiettes et ver-

* Quoique Goldsmith fit déjà des vers à l’âge de sept ans, quelquesunes de ces reparties pourraient bien avoir été faites après coup, par exemple celles qui ont plus d’une variante; en voici une : dans un bal villageois, surexcité par la cornemuse, le jeune Olivier se met tout à coup à gambader seul entre deux contredanses, et le ménétrier de s’écrier : « Venez voir danser Esope. » Sur ce mot, Olivier lance au ménétrier un distique, dont M. Forster cite le.premier vers de deux manières : D ne s

Danseur et musicien sont plaisants, je l'avoue ; C'est Esope qui danse et son singe qui joue.

Le second vers, qui contient tout le sel de la repartie, est traduit littéralement :

+ * See Esop dancing and his monkey playing.

saient l’ale aux autres membres du collége. Goldsmith fut logé, avec d’autres, dans un grenier où l’on lit encore avec intérêt son nom, griffonné par lui-même sur une fenêtre. De ces greniers, maint étudiant, avec moins de talent que lui, s’est frayé une voie jusqu’à la balle de laine du lord-chancelier ou au banc des évêques. Mais Goldsmith, tout en subissant les humiliations de sa position, en perdit tous lés avantages. négligea les études scolaires, et fut mal noté aux examens ; relégué au dernier rang de sa classe pour avoir fait le bouffon dans la salle des leçons, il se fit sévèrement réprimander pour avoir fait jouer la pompe sur un constable, et reçut des coups de canné, qui lui furent administrés par un professeur brutal, pour avoir donné un bal sous les combles à de joyeux camarades et à des demoiselles légêres de la ville.

Pendant qu'Olivier menait à Dublin une vie partagée entre uné sale détresse et une dissipation peu décente, son père vint à mourir, lui laissant tout juste un mor ceau de pain. Le jeune étudiant obtint son grade de bachelier et abandonna l’université. Il n'eut d’abord d’autre domicile que l’humble logement où sa mère se retira après son veuvage. Il avait atteint sa vingt et unième année. Il était nécessaire qu’il s’adonnât à quelque travail lucratif, et il semblait que son éducation ne l’eût rendu propre à autre chose qu'à s’habiller avec des étoffes de couleur voyante qu'il aimait comme une pie, qu’à faire une partie de cartes, qu’à chanter des airs irlandais, à jouer de la flûte, à pêcher pendant la belle saison, et à raconter des histoires de revenants au coin du feu pendant l'hiver. Cinq ou six professions furent éssayées par lui tour à tour sans suc-

cès. Il se mit sur les rangs pour l’ordination ecclésiastique, mais, s'étant présenté en habit écarlate, il fut immé:diatement mis à la porte du palais épiscopal. 11 devint ensuite précepteur dans une famille opulente, mais quitta biéntôt ces fonctions à là suite d'une dispute au jeu. Il résolut alors d'émigrer en Amérique. Ses parents furent enchantés de le voir partir pour Cork sur un bon cheval, avec trente livres sterling dans sa poche. Mais, au bout de six semaines, on le vit revenir sur un misérable bidet, sans un penny, et il informa sa mère que le bâtiment à bord duquel il avait pris son passage, ayant voulu profiter d'un bon vent qui s'était élevé pendant qu’il faisait une partie de plaisir, avait-mis à la voile sans lui. Il prit alors le parti d'étudier lé-barreau. Un parent généreux lui avanñça ciriquante livres sterling {. Avec cette sommé, Goldsmith ‘partit pour Dublin mais il s’y laissa entraîner dans une maison de jeu et perdit jusqu'à son dernier shilling. Il songea alors à l'étude de la médecine. On se cotisa pour lui faire un petit pécule, et il fut envoyé à Edimbourg. Il avait vingt-quatre ans. À Edimbourg il passa dix:huüit mois, étant censé suivre les cours, et il glana quelques connaissances superficielles en chimie et en histoire naturelle. I 8e rendit de là à Leyde, toujours prétendant étudier la médecine. Il quitta cette célèbre université, la troisième université où il eût résidé, âgé de vingt-sept ans, sans avoir pris un grade, avec quelques mots de la langue médicale pour toute science, et ne possédant rien que l’habit qu’il avait sur le corps,

1 Son oncle, le révérend M. Contarine, qui avait épousé une sœur «de son père.

OLAVIER GOLDSMITH, 261.

avec sa flûte. Celle-ci lui fut cependant une amie utile ll eria pédestrement-à travers la Flandre, la France et la Suisse, jouant des airs qui, partout ; sinvitaient les paysans à la danse, et qui souyent lui procuraient un souper avec un. lit. Ses’ pérégrinations. le menèrent ainsi jusqu'en Italie. Les: Italiens. nepouvaient goûter. aussi facilement un pareil musicien, etil lui faut, pour vivre, avôir recours &ux-aumênes-qu'on distribuait aux portes des couvents. IL est juste toutefois de remarquer ici que les histoires-racontées par lui sur cétte partie. de sa vie ne:doivent être acceptées qu'ayec beaucoup.dé. réserve. La striete véracité no fut-jamais une de. ses vertus; et un homme qui-est habituellement inexact dans ses récits est plus qu'ordinairement-inexactquand il'parle de ses voyages. Par le fait, Goldsmith. avait assez peu de respect de -la, vérité; pour écrire -et.imprimer qu'il avait assisté à une conversation intéressante entre Voltaire ét Fontenelle, et que cette. conversation s'était tenue à “Paris. Or, il est certain que Voltaire n’était pasà moins de cent-lieues de Paris pendant tout le. A que FR passa sur. Je.

continent 4 & TS TRES En 1756, au jrs ‘de: ses. soiiete Goldsmith débarqua à-Douvres sans un shilling, sans un ami, säns une profession, H'avait, il est vrai, — sion pouvait.s'en rapporter à. son propre témoignage, dénué de preuves, : — il avait obtenu un diplôme de docteur à l’université de Padoue ; mais ce titre lui fut complétement inutile.

1 C'est-à-dire de 1750 à 1768. — Le fait est que Geldsmith fut réellement reçu par Voltaire aux Délices, pres de Genève. Un libraire le: «æelrargea; en 1759, de composer.une Vie de Voltaire, ” parut en eff. Voltaire snrvécut à sou biographe, 1°: 2

268 OLIWIER GOLDSMEE, En Angleterre, onw’avait nul besoin de sa flûte; in'y avait pas de eouvents, et il fut forcé de recourircà une suite d’expédients désespérés. Il se fit comédien ambulant; maïs ni son visage ni sa tournure n'étaient propresrà faire fortune sur les planches d'aucun théâtré; même du plus humble. H- se mit à piler-des-dio- gues dans un mortier de pharmacie, et à courir d’une . rue-de Londres à une autre, en portant les fiolesdontie chargeaient des apothicaires charitables, 11 se joignit à une bande de mendiants qui avait sa nichée dans Axe- Yard', 1l-fut quelque: temps maître d’étude-dans un pensionnat, et ressentit si vivement les misères et les humiliations de ce métier, qu’il s’estima heureux de Je laisser à pour gagner son pain à Ja solde d'un libraire, autre joug qu'il trouva plus dégradant-encore ; aussi s’empressa-t-il de redevenir maître-d’étude, Il obtint une nomination de médecin en: sous-ordre au service de la Compagnie des: Indes orientales, nomination-qui fut. bientôt révoquée. Pourquoi ? C'est ce qui ne nous est pas dit: C'était là un des sujets dont Goldsmith n’aima jamais à parler. ILest probable qu'il dut en aecuser son incapacité à remplir les devoirs de la place, I se présenta ensuite à l'examen du Collége des ehirurgiens pour-devenir aide dans un hôpital de marine: autre humble poste pour lequel il fut encore jugé inca- -pable : Sur ces entrefaïtes était mort le-maître d'école dont il ayait été le sous-maître pour un morceau de pain et le tiers d’un dit: Il ne lui restait plus d'autre alternative que de *etomber dans les bas offices dé la 1 M. F, Forster appelle cette localité Axe-ane ; elle est située daus un des plus affreux quartiers de la Cité, |

Httérature Goldeiih loua un grenier dans uné misérable côur, à laquelle à] lui fallait grimper du bord du ruisseau dé Fleet-Ditch;par‘ume suite denoirs escaliers appelés Breakneck Steps Escalier Casse-cou):La cour et l'escalier ont depuis longtemps disparuÿ mais’ les vieux habitants. de Londres se-souviennent bien de tous les deux. Ce fut là qu’à Mâge de trente ans l’infortuné Goldsmith s'installa pour travailler comme- un forçat.

Pendant le cours des dix ans qui se eubeédèrént, Goldsmith fit imprimer des œuvres, dont quelques-unes ont survécu, et dent là plupart ont péri. Il produisit des articles pour les revues, les magazines et les journaux; des livres d'enfants qui, reliés en cartonnages, dorés et ornés de hideüses gravures sur bois, figurèrent à la vitrine de la boutique jadis fameuse de l’angle de la place du Cimetière-Saint-Paul; ane Rechérche sur l'état des belles-lettres en Europe, lequel ouvrage ; quoique de peu de valeur, est encore réimprimé dans ses Œuvres; une Vie du beau Nash, qui mériterait d’être réimprimée, quoiqu'elle ne le soit pas; une superficielle et inexaete mais très-bonne à lire Æistoire d'Angleterre, sous la forme de Lettres adressées par un noble lord à son fils; et quelques très-amusantes ÆZsquisses de la société de Londres, sous la forme de Lettres d’un voyageur chinois? : tous ces livres furent publiés

1 Ouvrage publié aussi en 4755, sous le litre du Citoyen du monde. On cita dans tous les magazines et journaux anglais de 1792 ce passage où Goldsmith avait prédit la Révolution française : « Les Français marchent imperceptiblement à üne ère de liberté. Quand je considere même que les Parlements (dont les membres sont tous nommés par-la cour, qui ne permet aux présidents que de suivre humblèement

LA

270 OLIVIER. GULDSMITH, anonymes, mais on sut très-bien que Goldsmith était:

l’auteur de ceux que nous venons de désigner; et il -

monta peu à peu en crédit dans l'estime-des libraires.

pour qui illes. avait écrits. Il devint: mêmece: qu'on

appelle un écrivain populaire. Ni la nature ni l'éducalion ne luiavaient donné.les qualités nécessaires à qui veut se livrer aux recherches érudites-et- aux graves, dissertations. Il ne savait rien très-sérieusement + tous tes ses lectures avaient été faites à bâtons rompusyæet il n'avait jamais profondément médité sur ce qu'il avait.

lu. Sans doute Goldsmith avait connu ow couru.beaus.

coup le monde, mais, de tout ce qu'il,y avait vujtik n’avait observé ou retenu que quelques incidents, quels,

‘ques caractères grotesques qui, par hasard, -avaient.

frappé son imagination. Cependant, si son espritne s'était meublé ainsi que’ de quelques matériaux rares,

il employait ces. matériaux de manière-à produire un.

effet merveilleux. ILa existé de plus grands écrivains, mais peut-être il n'én a existé aucun qui ait été plus. constamment agréable. Son style était toujours pur et

facile, ou même, dans l’occasion, vif et énergique. Ses narrations amusaient, ses descriptions étaient pittoresques, sa-gaieté richement humoristique, non sans une teinte d’aimable mélancolie: Bref, dans tout ce qu'il: écrivait, sérieux ou plaisant, Goldsmith avait une eer-.

taine grâce naturelle et décente, qu'on n'aurait guère

sa direetion immédiate) osent parler de leurs priviléges et. de liberté, *

jene puis m'empêcher de eroire-que le génie de la liberté est-réelle ment entré dans ce royaume sous un déguisement. Qu'il y ait seulement trois faibles monarques qui se succèdent sur le trône, le masque sera mis de côté, et .le pays redeviendra grid vista » bus Cilisen of the world, letier LVI.) d à

| OLAYIER GOLDSMITH. Er diattendre d'umhomme qui avait passé la majeure partie de sa vie-dans-les' sales repaires, honte des grandesscapitales, parimidlesvoleurs et les mendiants; les’ coureurs de rues. et lesisaltimbanques.r& ©; - A mesure que son nôm-devenait connu, Goldsmith vosnit s'étendre le cercle de ses relations. Il fut présenté au docteur Samuel Johnson qui: “étaite alors considéré comme-le premier des auteursanglais vivants; à Reynolds, le premier des peintres anglais; età Burke, qui n'était pas encore entré au Parlement, mais-qui.s’était distingué par ses écrits et par l’éloquence de sa convérsation, Goldsmith gouit de l'intimité de ces hommes

éminents, En 1763 il était un des: neuf membres pri-

mitifs de cette célèbre Société fraternelle qu’ on a-quelquefois appelée le Club littéraire,;mais qui à toujours répudié l’épithète, et quise pare encore GRAN de-ce simple nom : LE CLUB. X

: Cependant Goldsmith avait quitté son: mivissble Fr gement-auhaut des escaliers du Brise-Cou, etil aÿait pris uñ appartement. dans la région plus civilisée où demeurent les avocats: “et les stagiaires de: Lendres{,

Mais-à aussi il fut maintes foisxréduit à de pitoyables |

expédients. Vers la fin de 4764, son loyer était depuis si longtemps arriéré, qu’un matin son hôtesse lui rendit-visite eseortée d'un hüissier. Le débiteur, en sa perplexité, dépêcha un messager à Johnson. Johnson, toujours amical, quoique souvent grondeur et bourru, renvoya le messager avee une guinée, en promettant ne lui-mêmè En PTS ; S ardife, et Fed

1 Inns of Court, dans le rayon sde: Tenghehur et surtout due la direction de la Gite. ; A

Goldsmith. qui, ayant changé la guinéé, raillait son hôtesse en dégustant-une bouteille de vin de Madère, Johnson remit le bouchon sur la bouteille, etconjura son ami d'examiner avec calme par-quels moyens-il pouxraitse procurer.de l'argent. «J'ai un roman qu'on pourrait livrer à la presse, » répondit Goldsmith. Johnson parcourut le manuscrit, vit qu'il y avait de bonnes choses, et alla le montrer:à un éditeur qui lui em donna | soixante livres sterling. Johnson revint bientôt avec cette somme;:le loyer fut payé, et huissier: se retira. D'après une des variantes de cette histoire, Goldsmith reprocha vivement à son hôtesse son manque d'égards; d’après une autre, il l'invita à prendre sa part d’un bol de punch, Les deux versions probablement-sont vraies, Le roman qui vitle jour de cette faton était Ze Vicaire de Walkbfield, : : 4%: A UML + 4 Mais avant que le Vicaire,de Wakefield fût imprimé et publié, arriva la grande crise de la vie littéraire de Goldsmith, Dans la semaine de. Noël de l’année 4764 parut le poëme intitulé : Ze Voyageur. C'étaitle premier ouvrage auquel il mettait son nom, et ee poëme le plaça tout d’abord au rang des auteurs classiques dela langue anglaise. Les critiques les plus compétents émirént Lo pinion qu'iln’avait-été publié aucun poëme supérieur au Voyageur depuis le quatrième livre de {a Duneiade de Pope! :;::4 ; TE FKs 8 Fe Sous un-rapport, de Voyageur de Goldsmith diffère de toutes ses autres compositions ; en général, son plan était défectueux et son-exécufion bonne. Dans Le Voyageur, l'exécution, quoiqu’elle ait de grands méri-

1 V'ope était mort en 1744.

tes, est bien inférieure au plan. Aucun poëmé philosophique ancien ou moderne n’a un plan aussi noble et en même temps plus simple. Un voyagenr anglais, assis sur un rocher des Alpes, près du point où confinent trois grandes contrées, contémple Pimmense panorama qu'il a sous les pieds; pais il rétracé tous les pas de son long pèlerinage, rappelle la diversité des sites, des chmats, des gouvernements, des religions et des nationalités qu'il a observés, pour arrivér à cette Conelusion, vrâie-ou fausse, que notre bonheur dépend’ hién peu des institutions politiques, mais beaucoup plüs de no tre caractère et de la modération de nos désirs. Pendant que la quatrième édition du Vogageur était sur les comptoirs ct à l’étalage de tous les libraires, le Vicaire de Wakefield parut et obtint rapidément la popularité qu’il a conservée jusqu’à nos jours, et qui, probablement, durera aussi longtemps que la langue anglaise. La fable du roman est peut-être une des plus mal construites’ qu'on puisse s'imaginer. Il lui manque non-seulement l& vrafsemblance qu’on doît trouverdans tonte histoire fondée sur'les mœurs de l’Angleterre, mais encore cette consistänce qu'on doit exiger aussi de la fiction HR plus étrange où figurent des sorciers, des géants et des fées. Mais les premiers chapitres du Vicaire de Wakefield ont toute la suavité de la poésie’ pastorale et en même temps toute la vivacité piquante de la comédie. Moyse et ses lunettes, le vicaire ct sa monogamie, le fripon et sa cosmogonie, le squire prouvant, par Aristote, que «les relations sont relatives,» Olivia se préparant à convertir un amant libertin par l’étude de la controverse entre Robinson et Vendredi, les prétendues grandes dames avec leurs

274 - OHVIER GOLDSMITH; . médisances scandaleuses ;à propos des amours de sir Tomkins et des vers.du docteur. Burdoch 3 ef, M. Burchell avec le mot de. fudge qui lui-sert desrefrain, | ont fait rire i innocemment plus de lecteurs-que n’en à jamais fait rire un si petit nombre-de pages. La dernière partie. du roman, n’est pas digne de la première. Asmesure que nous approchons de Ja catastrophe, les invraisemblances, s ‘ajoutent aux invraisemblances, et les éclairs du comique deviennent de plus en plus rares: Le succès de Goldsmith comme romancier l'encouragea à tenter Ja fortune-conme. acteur dramatique: HN composa / Bonhomme, pièce qui méritait un. meilleur sort que. celui qui l’attendait.Garriék refusa de Ja jouér à Drury-Lane ; elle futjouée à | Covent-Garden en 1768, mais y reçut. un froid accueil, Cepéndant, :par les re celtes des représentations à son bénéfice etla vente du | manuserit, Goldsmith en retira cingeents livres sterling, autant que,ee qu'il avait. gagné avec le Voyageur etle Vire de. Wakefield. réunis. L'intrigue du, Bonhomme est, comme-presque tous les plans de Goldsmith, trèss anal construite. Mais quelques.scènes-sont réellement d'une bouffonnerie exquise et beaucoup. plus. bouffon- L : nes que ne Le comportait le goût du publie à ce momentlà. Un drameséntimal et d’une morale fade, la Fausse Délicatesse}, venait d'avoir un immense succès. La : sensiblerie était à la. mode. Pendant quelques années, la comédie fit versérplus de larmes.que Ja tragédie, et Von traitait -de vulgaire toute plaisanterie qui provo- quait quelque chose de. plus qu'un: grave sourire, 11 n "est done pas étrange que la meilleure scène du Éon-

Th aie Decacy ar Ke. 6 y but OR S

OLIVIER GOLDSMITH. 275 homme ait étésifflée:sans pitié à la première représentation et omise à la seconde, celle où miss Richland trouve son amant escorté pa l'huissier et son recors en habits de cour.

En:1770 parut. Village nds. Par le bi et la versification, ce célèbre poëme est parfaitement égal et peut-être supérieur au Voyageur. Il est même généralement préféré au Voyageur par les lecteurs nombreux qui sont de l'avis du poëte Bayes dans la comédie satirique de da Répétition, lorsqu'il dit qu’un plan n’a d'autre utilité que; d'encadrer de belles choses !. Des juges .plus. délicats, cependant, tout en admirant les beautés de détail, sont choqués par un défâut impardonnable qui envahit tout le poëme. Ce défaut-là n’est pas la théorie sur la richesse et le luxe, si souvent eritiquée par les économistes. La théorie est fausse, cela est vrai, mais le poëme, considéré simplement comme poëmeÿw'est pas nécessairement plus mauvais à cause de-cette théorie. Le plus beau poëme de la langue latine, le: pluscbeaugpoëme didactique d'aucune langue, fut composé pour défendre le plus-absurde.et le plus vulgaire de tous les systèmes de philosophie -moralé et naturelle, On peut facilement pardonner à un poëte de mal raisonner ; on ne peut lui pardonner de mal décrire, d'observer l8 monde où il vit si peu atientivement que ses portraits n'aient aucune ressemblance avec les originaux, de nous donner enfin, comme tableaux exacts dela vie réelle, de monstrueuses combinaisons de choses qui n’ont jamais et ne peuyent jamais

1 The Rehearsal, comédie satirique du duc de Buckingham, qui tournait Dryden en ridicule sous le nom de. Bayes.

avoir été vues ensemble. Que penserait-on d’un peintre qui accouplerait janvier et mai dans le même paysage, qui reproduirait un fleuve arrêté par la glace dans une scène de là moisson ? Suffirait-il, pour défendre unspa-

—reïl tabléau, de nous dire que la couleur-de chaquedé:

tail est. exquise, que les haies vertes, les pomn chargés de fruits, les chariots chancelant sous les-ger bèes dorées, que les moissonneurs essuyant.la sueur de leurs fronts brûlés du soleil sont superbes, et que su- L perbes aussi sont la neige, la glace etes enfants-patinant? C'est à ce tableau que ressemble beaucoup de Village abandonné, parce ‘qu'il. se compose de: parties. qu’on s’étonne de trouver dans le même cadre. Le village dans sa prospérité est un véritable village. -d’Angleterre : le village. dans st décadénce.et sa désolation est-un village d'Irlande. La félicitéet la misère que Goldsmith a mises à côté l'anedeVautre appartiennent à deux pays différents et à. deux périodes différentes dans Je progrès social.Iln'avait jamais vu certainement dans son ilesnatale un paradis champêtre, un.iséjour d'abondance; de contentement et de calme comme son village d'Auburn. Iln'avait jamais vu.certainement-en Angleterre tous les habitants d’un semblable paradis renvoyés le même jour de leurs maisons et forcés d'émigreren:masse pour l'Amérique. Le hameau, il l'avait probablement vu-dans le comté de Kent ; J'émigration, il l'avait : probablement vue dans le comté de Munster ; mais en réunissant les deux, il a produit ce qu'on m'a jaihais vuÿfee qu’on ne verra jai dans ac cs Die. ” RS AN + ARR a DE X ne etre tint ah 2 Dans notre notice sut Goldsmith (aa ‘étranger 5) fous si-

En 1773, Goldsmith se présenta au directeur. de Covent-Garden avec une nouvelle comédie : Ze s'abaisse pour vaincre. Ce ne. fut pas sans. beaucoup de peine. que le directeur se décida à monter et à représenter cette pièce, La comédie, sentimentale. régnait encore, et .les comédies de Goldsmith.n: ’étaient pas sentimentales.

Le Bonhomme avait été, trop. plaisant pour avoir du succès, el la gaieté du Zonhomme était bien-sobre, comparée à la verve bouffonne d'ZUe s'abaisse pour vaincre, qui. est par le fait une incomparable faree én cinq actes. Cette fois-ci, cependant, le talent, de Goldsmith. triompha. Parterre, loges et galeries: s’abandonnèrent aux éclats de rire peudant cinq actes. Si quelque. fanatique admirateur de Kelly et de Cumberland.osait essayer de sifller, il était immédiatement réduit. au silence par.ce cri général : « À la porte ! à la porte! ».ou: «A bas! à. bas ! » Deux générations ont eRont depuis le ver- . dict prononcé ce soir-là.

- Pendant que Goldsmith écrivait de. Village abosdin et Elle & AARgeR pour vaincre}, iL s’oceupait. dapaie

î PCT", CE CAD 2 URL ANT 1. je gnalions avec Camp une. certaine ressemblance entre la ue philosophique de ce charmant poëme et la célèbre lettre de J.-J. Rousseau sur l'influence des sciences : « Goldsmith et Rousseau, disionsnous, arrivent aux mêmes conclusions contre le luxe, Goldsmith sur lès ruines d'un village, Jean-Jacques en contemplam la chute des em. pires: Le poële anglais a moins de verve et d’éloquence; où trouver un autre foyer de chaleur comme l'âme de l’auteur d'Emile ? Mais si Goldsmith est plus modeste dans ses sentiments, il est moins paradoxal et ne blasphème point contre la philosophie et le savoir en maudissant le luxe, »

L She stoops lo conquer : « Ee-s’abaisse pour vaincre. » Nous traduisimes eette comédie pour la eollection des Théâtres étrangers; sous

le titre : les Méprises d'une nuit.

378 OLIVIER GoLbSMiTH.

d’uh äutré géhre quiné pouvaient pas coütribuer b coup à sa À it qui devaienit lui tré fn éièrement utilès *: Il compilait pour l’usagé des écôlé in Histoire de Rome, Qui lüi valut trois cènts livrés | sterling ; né Aistoire DD AE aquellé reçut. Six. cènts livres; une Histoire Grèce, vendit deux cent cinquante livres stérling ; tune is. toire natürelle, qui, par un traité fait avec les libfäirés éditeurs, devait être payée huit cents guiñiées. L fe lui fallut pas des études bien laborieuses pour produire ces ouvrages; il se conténtait d'extraire, ne à | traduire dans s4 prose clairé, correcte et :

qu'il trouvait duns des livres bien connus, inais { lumineux et trop arides pour la jeunesse des. deu sexes. C'était s'exposer à commettre d'étranges bévuës, car il ne savait rien. d’une mañière exaéte. Ainsi , dans son Histoire d'Angletérré, il fous dit que Näseby dans le comté d’York, érreur géographique | “côrrigéa pas en réimprimant l'ouvrage. Il s’en peu qu’il ne fût dupe d’une imystification qui fait placer dans son Âistoire de la Grèce le récit d’une bataille entre Alexandre le Grand et Montézuma: Dans . sün Histoire naturelle, il Pa art crédüulité et une gravité parfaites tous les plus a pro e q qu'il avait pu, trouver ( dans les (livres dé voyage

pet qui “répètent de. jongaeb:so: versations. «Si peut pe vâolie d'un No dant un

au / 18! RAT .

‘4 mc père critiques lai ont attribüé l'Histoire du géant Bickathrift, titée par lord Macäiulay dans la Vie de J: Buñyan. M. Thackeray l’auribue à Fieldiug.

QHIYIER GOLPSNITH. 270

ce qu'il sait en zoologie, » disait Johnson, Denx anee: dotes prouvent suffisamment combien -peu Goldsmith était capable d'écrire sur les sciences physiques, Vainement lui citait-on l'autorité de Maupertuis. « Manpertuis ! s'éériait-il, je sais tout celamieux que Maupertuis ! » Une autre fois, contrairement au témoignage de ses propres sens, il soutint obstinément, etmêmeen se fâchant, qu'il mâchait son dtner en trans aRyDie sa mâchoire supérieure. À A

. Néanmoins, bee, -comme * était Go] smith WF dé peu d'auteurs qui aient contribué plus que Jui à perdre agréables et faciles les premiers pas dans la voie pénis ble de l'éducation élémentaire. Ses compilations difrèrent grandement des compilations d’un faiseur de livres ordinaire. C'était un maître, ét peut-être un maître sans égal, dans l’art de choisir et de condenser, Sous ce rapport, ses Histoires de. Rome et d'Angleterre, ou, mieux encore, les abrégés de ces histoires, méritaient bien

d'être étudiés, Rien n'est moins attrayant qu'un abrégé,

en général; mais les abrégés de Goldsmith, même les plus concis, sont toujours amusants, et les enfants in- "teHigents considèrent cette lecture plat pre ‘un plaisir que comme nne fâche. + k

Goldsmith pouvait, dès lors passer pour. un bois heureux. Il avait les moyens de vivre confortablement et même de vivre dans un luxe. relatif, lui qui avait si souvent dormi dans des granges et contre une borne. Sa renommée était grande et croissait continuellement. re vivait dans la meilleure société dn royaume, au point de vue intellectuel, dans une société où tous :les talents étaient représentés, dans une société où l'art de Ja conversation étail cultivé avee. le plus brillant suéRts

ntm LÀ

Il n'existait probablement pas quatre causeurs plus admirables, chacun dans son genre, que Johnson, Burke,

Beauclerk et Garrick : or, Goldsmith était lié intimement avec tous les quatre. Il aspirait à causer aussi bien qu'eux; maïs jamais ambition fe fut plus malheureusé.

Il péut sembler étrangé qu’un homime qui écrivait avec tant dé clarté, de vivacité et dé grâce, ne pût prendre part à une conversation sans sé môhtrer un vide et bruyant bavard, à qui il échappait les plus grosses bévues. Sur ce point l'évidence est accablante: Tel était l'extraordinaire contraste entre les ouvräges publiés de Goldsmith et les balourdises qu'il disait, qu'Horäce Walpole en parlait éomme d’un idiot inspiré. Garrick répétait : « Noll écrit comme un ange ‘et patle comme Pol ‘. » Chamier prétend qu'il fallait être doué d'une foi robusté pour croire qu’un bavard si ennemi du bôn sens fût réellement l'auteur du Voyageur. Boswell luimême disait aÿéc une compassion méprisante : «J'aime à entendre Goldsmith quand il se lance ! — Oui, monsieur, lui répondit Johnson ; maïs il ne devrait pas aimer à s’écouter lui-même. » Il'existe différents esprits | comme différéntes rivières ; il existe des rivières t'ansparentes dont on boit avec plaisir F eau petillante : t'est à ces rivières qu’on peut Comparer l'esprit” ‘dé Burke et l'esprit dé Johnson; mais il existé des rivières dont l’eau turbulente et trouble à besoin de se repôser pour être bue, et dévient,'lorsqu’elle a déposé Son sédiment, limpide et délicieuse au goût. C’est là le type de l'en # Sr ane 28h Ses As idées sur am

se

1 Noll, abréviation finhitre d'Olivier, et Pol, ‘nom douis aux perroque!S en ‘Angleterre (synonyme de Jacquot en français).

OLIYLER GOLDSMITH. 281

les sûjets étaient confuses jusqu’à l’absurde ; il leur fallait un peu detenips pour se décanter et se clarifier. Lorsqu'il écrivait, elles avaient eu ce temps-là, et c'est pourquoi ses lecteurs le déclaraient un talent remarquable ; mais parait-il, c’éfait pour outrager le bon sens et se réndre la visée de ses auditeurs. Goldsmith était péniblement sensible à cette infériorité de sa conversation ; Chaque échec le mortifiait, ét cependant il n'avait ni assez de jugement ni assez d'autorité sur luimême pour retenir sa langue. Sa. spontanéité: iréféchie et sa vanité le poussaient sans cesse à essayer de faire la chose qu'il ne pouvait pas faire. Après chaque tentative, il sentait qu’il Yenait de se livrer au ridicule et s’irritait de sa honte; mais le moment d'aneue il recommençait.

Ses amis semblent l'avoir regardé avec une bienveillance qui, malgré leur admiration de ses écrits, u’était pas sans un mélange de mépris. Et il faut bien avouer que s’il avait dans son caractère de quoi se faire aimer, il avait aussi bien peu dé ce qui inspire le réspect. Il avait un bon cœur, bon jusqu'à Ja faiblesse ; il était si généreux qu’il oubliait d'être juste, pardonnant les injures si promptement qu’on pouvait dire qu'il les encourageait; si libéral pour lés mendiants, qu’il ne ni restait rien pour payer son boucher et son tailleur, Vain, sensuel, frivolé, prodigue, imprévoyant, il se fit accuser gene d'un vice plus odieux : l'envie. Mais il n'y a pas le moindre motif de croire que cette mauvaise passion, qui le faisait quelquefois tressaillir et proférer des exclamations de mauvaise humeur, l'ait jamais poussé à nuire par dés artifices perfides à la ré-

putation d'aucun de ses rivaux. Pour rester dans le 16,

#4 282 QHIYIER GOLDSMITH.

1H vai, il fant dire que probablement Goldsmith n'était +14 pas plus envieux, mais simplement moins pradent que | da son prochain. T1 avait le cœur sur les lèvres: toutes ; FRE ces petites jalousies qui ne sont que-trop €

entre gens de lettres, mais qu'un homme du monde. tout son possible pour dissimuler, Goldsmith les a L Eat ayec la naïveté d'un enfant: Quand il était piqué du déqe mon de l'envie, au lieu d'affecter l’ ‘indifférence, aulieu de dénigrer sous forme de faibles louanges, an lieu d'attaquer sournoisement et dans l'ombre, il disait tout le monde qu’il était envieux. « Ne parlez pas, j vous en prie, ne parlez pas de Johnson en de pareils termes, disait-il à Boswell, vous me déchirez l'âme.» Georges Steevens et Cumberland étaient des pannes trop rusés pour dire de pareilles choses; ils auraient fait écho à l'éloge de l’homme enyié par eux, et. puis ils auraient envoyé aux journaux des libelles anonymes contre lui. Mout ce qu’il y avait de bon et de mauvais dans de caractère de Goldsmith était pour ses amis une double garantie qu'il ne commettrait ] jamais de ces làchetés. 11 n’était ni assez méchant ni assez persévérant dans ses idées pour être coupable d'aucun acte malicieux qui eût exigé une combinaison et ne RENE ment.

“Goldsmith a été quelquefois représenté comme un a de talent seen AS pps Fes s

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à faire qu'â lui-même, s'il fut- dans la détresse. La moyenne de ses revenus, pendant les.sept dernières années de sa vie, dépassa positivement quatre cents livres sterling par an,et quatre cents livres sterling par an, dans les revenus de cette époque, équivalaient pour le moins à huit cents livres dans les r seyspus dan: jourd’hui. Un célibataire qui résidait dans les-quartiers du Temple pouvait alors passer pour-opulent. Sur dix jeunes gens de famille qui étudiaient le droit, il n'y en avait pas un qui en eût autant. Mais tonte. la richesse que, lord Clivé avait apportée du Bengale, ajoutée à celle que sir Laurence Dundas avait apportée d’Allemagne, n ‘aurait pas s suffi à Goldsmith ; il dépensait le double de ce qu'il avait: Il portait de. beaux habits, donnait des diners de plusieurs services,’ aisait la cour à des beautés vénales. Il avait aussi, qu'on s'en #ouvienne à l'honneur de son cœur, sinon de sa tête, une guinée, ou cinq, ou dix, selon l'état de sa bourse, an service de celui. ui venait lui raconter une infortune vraie Qu is M Lie pag Fe S sera ou

! Une des plus comiques mystifegtions ra PE Goldsmith lui-même est celle que lui fit subir ie Pllkingion, qui yvin{ le trouver un jour, les yeux rayoñiants, se frottaut les mains d’un air de bonheur, et s'écriant: « Ma fortune est faite l=— Et comment céla ? demande Goldsmith avec un intérêt affectueux, — Apprenez, Jui dit Pilkington, que la princesse de Galles avait depuis longtemps la plus grande envie de posséder € des souris blanches. — Eh bien ?— Eh bien ! un dé mes anis, arrivant des Jades, vient de. m'en apporter quatre. Je. cours chez Son Allesse Royale les lui offrir respectueasement, et vous, savez si elle.est sensible aix moindres altentions — Comment ne les Vi avez. “Vous pas déjà ôffèrtes ? — Hélas t répond Pilkingtow, passant de Texpression de “a joie à celle de la tristesse, il n’y a qu’une difficulté : Pme faudrait deux guimées pour & acheter” une belle cage, él

284 LU OLAY sua coupure.

en festins, en impru en impr dentes pan 06 Ma principale dépense : il avai

un joueur dès l'enfance, et à la fois le plus dent el Me maladroit dés joueurs. Pendant quelque te aps il recula l'heure d’une ruine inévitable par * des 6xf 6diénté tempôraires. Il obtenait des avances des ibrair l en promettant des ouvrages qu'il ne com jamais. Mais à la fin cette ressource lui mänq

riv un jour où il devait plus de deux mille livres s : ling, et sans entrevoir aucune espérance de se tire: rd ’e barras. Le-courage et la santé l'abandonnèren ent. atteint d’une fièvre nerveuse qu'il se crut capable de traiter lui-même, Malheureusement il n 'appréciai im sa capacité médicale aussi justement qu'elle éta préciée par les autres. Malgré le titre de docteur qu ] prétendait a avoir reçu à Padoue, il ne put jamais se procurer un malade. « Je ne pratique pas, disait-il un jo

à Beauclerk : je me suis imposé pour règle de né faîre d'ordonnances que pour mes amis, — - Gher ‘docteur, ve pondit Beauclerk, faites miéux, je vous en “prie, n'en faites que pour vos ennemis. » En dépit. de cet excellent conseil, Goldsmith Me se ae lui-même, e so re-

are

ss 2e hagthre és £. Ra eur “à je tie tés ai pas, < Quel sbs ju ne Su fonds moi-même ce matin. = Mais vous avez re vouliez, je pourrais la mettre en gage pour un jour où smith lui remet la montré etPilkingtonl'emporie, Qu Quelq pes our ôn lui apprit que Pilkington £e van{ait lui-même d’avoir levé u sur sa erédulité. Ge

e qui ne empêcha pas, lorsqu'il su , ce. mystificateur mourait dans une misère bien méritée, d lui ae

F aumône d'u une guinée,

OLIVIER GOLPSMITH. 285

rent d’abord l'avoir guéri, mais la faiblesse et l’insomnie persistaiént éncôre { il ne pouvait plus dormir et né pouvait plus prendre éhpurturs ‘Un dé ses médecins lui dit :« Vous êtes plus mal que vous ne dévriez être d’après le degré de fièvre qui vous reste. Avez-vous l'esprit calme? Non, je ne l'ai pas. » C6 furent les dernières paroles qu'on entendit de la ‘bouche d'Olivier : Goldsmith. Il mourut le 3 avril Fr apaalartiesixième année.

“On lensévelit dans le Gndètière dot'églisedi Pérple : mais aucune inscription n'indique l'endroit précis de sa sépulture qui ‘est maintenant oubliée. Le cercueil fut suivi par Burke et Reynolds. Ces deux hommes éminents étaient sincèrement aflligés. Burke, en apprenant la mort de Goldsmith, avait fondu en larmes, et Reynolds avait été si touché, qu'il jeta sa brosse-et-sa palette de côté sans les reprendre ces jour-là !

Une quinzaine de j jours après la mort de Goldsmith pärut un petit poème qui, tant que durera la langue dans laquelle il-est écrit, associera, les noms.de ses deux illustres amis'au sien. Iba déjà été dit qu'il ressentail vivement les sarcasmes que lui attiraient les balourdises qui lui échappaient dans là conversation : ce fut seulement un peu avant sa dernière maladie qu'il fut provoqué à prendre sa revanche, et il eut la sagesse d’avoir recours à sa plume, Avec cette arme ilse montra capable de tenir tête à tous sesassaillants ensemble. Dans un cadre restreint il traça avec une facilité et une vigueur singulières les portraits de neuf ou dix de ses connaissances intimes. Quoique .ce petit ouvrage (intitulé Retaliation, les Représailles) n’ait pas reçu sa dernière retouche, il sera toujours regardé comme un

Fa première fois p

286 OUVIER. GOLPSTH.

chat sÎLOn} iarmanihie vie pendant da ose |

gretter de trouver dans cette noble galerie quatre s. qfigures ui sont sane té poux La postérité,

sui aurai agssi heureusement esquissés qu

Quelques-uns des amis et des admirateurs de . smith l'houorèrent d’un cénotaphe dans: l Westminster, Nollekins en fut le sculpteur et Job

en. composa l'inseription. IL est bien à regretterque

a pamiet. SR PE 2 1 Èe Le 472 RÉ “4

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de V'antre, Garrick, qui avait préparé la sienne, ou “doi Vimproviss,

lui lança d'abord ee distique auquel il ‘est déjà fait allusion” dans: le texle :

KT EL a PnHADE

lei git-Ouyier, de son petit nom, Noux.

Ecrivant comme un ange, il parlait comme Por.

Gette antithèse entre l'ange et lé perroquet (Pol) excita un rire cor-

dial ; Goldsmith réfléchit un moment, et puis renonça à improviser à

son tour; mais quelques semaines après, il revint avec la première esquisse de sa salire les Représailles, où il suppose tous les membres du Club morts, et fait successivement les épitaphes de Garrick, de Burke, de Reynolds, de Cumbérland, etc, ete. Dans la note de Garrick, celui-ci nous apprend que les Représailles n'exciterent que la bonne humeur de tous ceux qui y saine Le que tous survécurent au pauvre Goldsmith.

day ooalc

oki codée: | 287.

min dns pérsonné né éon-

#, M Wat ( par M. res EE méritent d'être louées ; le style de M. Washington Irving est toujours. charmant ; inais “la palme ;*en toute justice, revient à l'ouvrage éiiniérament intéressant vi M. Forster. Ras

4 ee BY PRE æ . S +) nn S anne mer Re

L’épitaphe latine de Goldsmith, que S. Johnson re- Fnsa de modifier et de traduire en anglais, étant restée

gravée sur le marbre de Westminster, noûs croyons devoir la transcrire ici :

OLIVARIE GOLDSMITH POETÆ, PHYSICI, HISTORICI, QUI NULLUM FERE SCRIBENDI GENUS -NON TETIGIT, HULLUM QUOD TETIGIT NON ORNAYIT :

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