‹ Œuvres diverses de M. le baron Auguste de Staël: précédées d'une notice sur (volume 2)Chapitre 11 sur 18 · LETTRE XIV · texte numérisé non relu

LETTRE XIV

sure» du MiiiB iuibt.

Nous nous sommes entretenus , dans ma dernière lettre, des élections publiques et populaires des comtés et des grandes villes. Il me reste maintenant à. vous parler des deux dernières classes d'élections que je vous ai indiquées; celles des villes soumises à l'influence d'une corporation , et celles des bourgs clos x à la disposition d'une famille ou d'un individu.

Cette distinction, quoique fondée d'une- manière générale , n'est pourtant pas d'une exactitude rigoureuse. Rien en Angleterre ne se laisse soumettre à une classification si méthodique. Je me plaignais un jour à un homme d'esprit des. irrégularités sans nombre de la langue anglaise. « Vous vous trompez, me répondit -il plaisamment, notre langue est très régulière; mais il y a une règle particulière pour chaque mot. » Ce qui est vrai du langage, "« l'est pas moins des différons faits de l'ordre social et politique. Quoiqu'ils soient liés entre eux par de certains caractères communs, il n'en est guère qu'il ne faille étudier séparément.

Ainsi l'on pourrait citer mainte ville où l'influence électorale se partage entre un riche propriétaire et une petite aristocratie bourgeoise qui lui vend ses suffrages par une sorte de convention tacite et permanente. De ce nombre sont la plupart de ces quarante-quatre bourgs de Cornouaille , qui depuis long-temps excitent le blâme des publicistes et les plaisanteries des hommes d'esprit, aussi-bien que les plaintes de la population du comté même, l'un des plus fiers et des plus indépendans qu'il y ait en Angleterre,

Telle autre ville qui compte plusieurs centaines de votans, et où le droit électoral appartient indistinctement à tous les contribuables, n'en est pas moins un bourg clos, parce que des circonstances particulières la mettent dans ta dépendance absolue d'un grand propriétaire.

Telle autre , au contraire , où le droit électoral est concentré dans une petite corporation, ne reconnaît d'autre influence que celle de l'argent, et la députation en est accessible à quiconque veut payer le prix convenu.

C'est incontestablement dans les élections de petites villes que la corruption est le plus fréquente, je dirais presque le plus naïve. Un des amis de Sheridan s'occupait de le faire élire dans la ville de Hereford, autant que- je puis m'en

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souvenir; il allait de maison en maison, recueillant des promesses de vote , et faisant ce travail préparatoire de la candidature que l'on désigne en anglais sous le nom de canvass. Après avoir vanté le talent de son illustre ami , il faisait valoir ses principes politiques, et surtout son attachement à la doctrine de, la réforme parlementaire. «Ah, monsieur! s'écrie un des électeurs en l'interrompant, que vous avez bien raison , et que M. Sheridan est un brave homme ! Oui, certes, le parlement a besoin de réforme; qui le sait mieux que nous ? Depuis quelque temps, le croiriez- vous, ces messieurs delà Chambre des Communes sont devenus si avares , que bientôt les pauvres bourgeois ne pourront plus vivre, et qu'un honnête électeur sera obligé de donner sou vote pour un morceau de pain. > ■ Mais comment se fait-il, me demanderez-vôus peut-être, qu'un système si patent de corruption puisse se maintenir, en dépit des lois destinées à le réprimer, sous l'empire de la publicité, et en présence d'une opinion publique si sévère sur d'autres points? A cela, je n'ai rien à répondre, si ce n'est que c'est une bizarrerie entre mille, et que, chez les peuples même les plus avancés en liberté, les progrès de la morale sont beaucoup plus lents dans l'ordre politique que dans les relations privées.

Œoviis do s™ Adg. di Staël, m. t{

aïo LETTRES

Un défenseur acharné de tout ce qui existe ajouterait, peut-être qu'il importe peu que les élections soient vénales , tant que personne ne réclame, et que les choix tombent sur des hommes dignes de siéger dans le parlement; que, d'ailleurs , dès qu'il y a plainte , dès que la corruption peut être prouvée, la Chambre exclut de son sein le député dont l'élection est attaquée , et punit le bourg coupable par la privation de ses franchises.

Nous avons vu en effet deux exemples récens de ce châtiment mérité. Mais une pareille procédure, instruite devant des juges dont plusieurs n'ont pas de titres plus légitimes que ceux de l'accusé , n'en reste pas moins fort étrange.

Les bourgs soumis à une influence individuelle ou collective peuveut se ranger sous trois catégories.

i°. Ceux qui sont à vendre au plus offrant et dernier enchérisseur;

. a . Ceux qui peuvent être achetés, mais seulement par des candidats du même parti politique que le vendeur; .

3*. Ceux que les grands propriétaires distribuent gratuitement à leurs pareils, à leurs amis, ou aux hommes de talent qui peuvent donner de l'éclat à leur cause.

Vous serez peut-être bien aise, a cette occt-

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sioa , de pénétrer ira peu avec moi dans les secrets de la tactique ministérielle.

Parmi les propriétaires de bourgs il en est plusieurs qui , étant liés d'opinion ou d'intérêts avec le gouvernement, viennent lui offrir les voix qui leur appartiennent , soit gratuitement , soit en échange d'un certain nombre d'emplois publics à distribuer à leurs protégés , soit pour une somme inférieure à celle qu'ils seraient en droit d'attendre de tout autre acheteur. Vous croirez sans peine que les ministres accueillent et sollicitent avec empressement de pareilles propositions. Cela fait, ils commencent par assurer l'entrée gratuite de la Chambre des Communes à eux-mêmes et aux acteurs qui doivent figurer dans leur drame politique , puis ils revendent avec bénéfice, à des hommes riches de leur parti , le reste des bourgs qu'ils ont accaparés, et en rachètent d'autres avec les profits de ces premières reventes.

Georges III, m'a-t-on assuré, ne manquait jamais de contribuer de quelques milliers de livres sterling pris sur sa cassette, pour alimenter ce petit commerce électoral. Il ne s'en est abstenu qu'en 1 8o6 , sous le ministère de M. Fox , trouvant sans.. doute, que l'occasion était belle pour faïfe des économies , et que c'était bien assez de se résigner à des ministres amis de la

aia

liberté , sans chercher encore à augmenter leur

influence.

Je m'attends, de votre part, à une objection fort naturelle. Vous parlez, allez-vous me dire, de propriétaires de bourgs, d'hommes qui vendent, qui achètent, qui donnent des places au parlement. Mais quelque illusoires que soient de pareilles élections, les votans sont pourtant des êtres humains , des créatures douées d'intelligence et de libre arbitre. H'arrive-t-il jamais qu'ils aient un sentiment, une volonté propre, et qu'ils repoussent les candidats qu'on veut leur imposer?

Cela arrive en effet, quoique rarement; il en est de l'influence électorale comme de l'influence aristocratique en général : un long usage l'a consacrée,. et le peuple anglais s'y soumet volontiers ; mais c'est à la condition seulement qu'on □é heurtera ni de certains-droits ni de certains sentimens des convenances morales. Pour peu que l'on franchisse la ligne de ce qui lui paraît légitime, on voit reparaître toute sa fierté et toute son indépendance native.

. Je pourrais vous citer tel bourg, situé dans le parc même d'un grand seigneur, dont toutes les maisons lui appartiennent, et dont tous les votans, quoique dans sa dépendance presque absolue, n'en avaient pas moins secoué le joug de

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son influence , parce qu'ils désapprouvaient ses opinions et sa conduite. Ces mêmes votans ont été ramenés sous l'allégeance de son successeur, par la pente naturelle de leur respect pour son talent et pour ses vertus. D'autres grands seigneurs, au contraire, ne transmettront point à leurs héritiers l'immense clientelle qui est aujourd'hui soumise à toutes leurs volontés politiques.

Vous voyez donc que Ton commettrait une erreur en portant sur la question des bourgs clos un jugement par trop absolu -Cette question d'ailleurs est soumise, comme toutes les autres, à l'empire de l'opinion publique. Tel bourg obtiendrait l'assentiment général, en cherchant à secouer le joug; tel autre, au contraire, encourrait le blâme, et ses tentatives seraient considérées comme une espèce de rébellion. En voici un exemple :

. La ville de Peterborough est une de celles où le droit de voter appartient à tous les citoyens payant scot and lot. Elle a de sir à sept cents électeurs , plus par conséquent que maint département de la France, et pourtant elle est comptée parmi les bourgs de lord Fitzvnlliam , soit parce qu'elle est située au milieu de ses terres,- et que la presque totalité des maisons lui

appartient, soit parce qu'une longue suite d'actes

de bienveillance et de générosité l'ont attachée à la maison de Wentworth. Lors de la dernière élection, M. Scarlett fut le candidat présenté par lord.Fitzwilliam aux électeurs de Peterborough. Un tel choix, l'honneur du barreau anglais, devait, à ce qu'il semble, être accueilli d'une voix unanime; cependant, contre toute attente, une opposition se déclara. Quelques personnes entreprirent de donner pour concurrent à M. Scarlett je ne sais quel homme obscur , dont les talens et le caractère étaient à mille lieues de pouvoir soutenir le parallèle. La victoire' ne' fut pas difficile contre un pareil adversaire; néanmoins il y eut une espèce de lutte, et M. Scarlett crut devoir haranguer le peupledu haut des hustings.

L'élection terminée; l'effervescence calmée, les habitans de Peterborough , ceux-là surtout qui avaient été le plus prononcés dans l'opposition, ne tardèrent pas à concevoir de l'inquiétude. Que ferait lord Fitzwilliam? Hausserait-il le prix des loyers? Priverait-il la ville de telle ou telle concession gratuite? En un mot, quelle vengeance tirerait-il de l'insurrection? Un sentiment de vengeance ne pouvait entrer dans une âme aussi élevée que celle de lord Fitzwilliam. Toutefois, le maintien' de son influence électorale lui paraissait d'une trop grande ira-

sdr l'Angleterre. ai5

portance pour qu'il crût pouvoir se dispenser de témoigner son mécontentement. Il éleva donc de quelques sous le péage d'un canal voisin de la ville de Peterborough , qu'il avait eu la générosité de maintenir jusqu'alors à un taux fort inférieur à celui de tous les autres canaux de l'Angleterre; et cette légère augmentation de droits, qui n'aurait peut-être jamais en lieu sans la circonstance de l'élection, produisit dans sa fortune un accroissement de plus de aoo,ooo francs de revenu. A peine la résolution de lord Fitzwilliam fut-elle connue, que la ville lui envoya une députation pour le prier de la révoquer; mais il n'y consentit pas. « Messie tirs , dit-il aux députés, a en cherchant à repousser l'illustre candidat « que je vous présentais, vous avez usé d'un a droit incontestable, et que je suis le premier « à reconnaître. En haussant le prix de mon a canal, j'use à mon tour d'une faculté légitime. « Tant que nous serons placés sur le terrain de « la bienveillance mutuelle, je tâcherai de ne « pas rester en arrière dé bons offices; mais si « vous vous renfermez dans le domaine rigou- « reux du droit, ne vous étonnez pas que je suive a votre exemple. »

Que la prépondérance aristocratique soit exorbitante dans les élections de l'Angleterre ,

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c'est ce que je crois impossible de contester. Il est certain qu'aujourd'hui même la majorité de la Chambre des Communes est nommée par un corps électoral qui ne s'élève guère à plus de huit mille personnes, dont la plupart sont dans une dépendance presque absolue d'environ cent cinquante familles, soit du parti ministériel, soit de l'opposition. Mais il n'est pas moins certain que le nombre total des citoyens actifs est plus considérable en Angleterre que dans aucun autre pays de l'Europe; que toutes les classes du peuple participent au mouvement, à l'intérêt, à la vie, dont le libre exercice des droits civiques est la source; et qu'à l'époque solennelle des élections, il n'est pas un esprit qui ne s'agite , pas un cœur qui ne batte pour le triomphe de sa cause. Comment expliquer cette contradiction apparente, si ce n'est par deux raisons fondamentales, la publicité des votes et la diversité des modes d'élection?

Cette diversité, loin d'être un inconvénient à mes yeux , me paraît au contraire le véritable remède des défauts qu'on peut reprocher au système électoral de l'Angleterre. Non seulement j'y vois l'image ûdèle de tous ces contrastes de l'ordre social dont nous avons si souvent parlé; mais j'y trouve encore la ferme assurance qu'aucun homme vraiment digne de siéger dans le

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sénat n'en sera jamais exclu. C'est là une vérité trop méconnue de ceux qui n'ont pas bien étudié les faits. Ils voient des bizarreries, des injustices, de la corruption dans le système électoral aujourd'hui en vigueur-, ils entendent dire qu'on en demande la réforme, et, par une conséquence assez naturelle, ils s'imaginent que beaucoup d'hommes , appelés au parlement par le vœu de leurs concitoyens , en sont repoussés par les vices d'un tel système. Il n'en est rien. Non seulement on peut dire que la Chambre des Communes représente d'une manière assez équitable les opinions des divers partis , mais je ne craindrais pas d'affirmer que tout citoyen anglais dont les talens et les lumières méritent une place dans le parlement, est certain de l'obtenir, s'il la désire, et de la conserver tant qu'il continuera à se rendre digne de l'estime publique.

Les intérêts de l'agriculture , comme ceux du commerce et de l'industrie, les vieilles habitudes, comme les idées nouvelles, sont assurés de trouver des organes. Le défenseur des traditions aristocratiques, l'ardent ami des innovations libérales, l'homme spécial j dont l'activité est concentrée sur un seul objet, le publiciste philosophe qui embrasse d'un coup d'œit impartial l'ensemble des intérêts de la commu-

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nauté, tous ont leur place marquée d'avance dans la Chambre élective.

L'Amérique elle-même, la sage et libre Amérique n'offre pas à cet égard les mêmes garanties que l'Angleterre. En effet , la conséquence nécessaire d'un système uniforme d'élections, lors même qu'il est assis sur les bases les plus rationnelles, est de donnera la majorité, non pas seulement la prépondérance qui lui est due, mais le pouvoir absolu. Et l'on conçoit aisément comment telle aberration momentanée dans les opinions d'un peuple pourrait, tout aussi bien que telle combinaison machiavélique dans les mesures d'un gouvernement, exclure delà représentation nationale ces hommes, les premiers de tous dans l'ordre- intellectuel, pour qui la recherche de la vérité est un besoin autant qu'un devoir, et qui savent se tenir au-dessus des passions populaires , comme des séductions de l'autorité. Or, les hommes de cette espèce; ceux qui débutent dans la carrière, aussi-bien que ceux dont le nom s'est déjà illustré, trouvent, dans la grande diversité des élections, et dans l'influence d'une aristocratie éclairée, la certitude de leur nomination.

C'est par cette influence que la plupart des grands hommes de l'Angleterre sont entrés pour la première fois au parlement : des amis puis-

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sans, discernant de bonne heure des tàlens encore inconnus du public , leur ont ouvert une carrière qui, pendant long-temps, peut-être, serait restée fermée pour eux, s'ils avaient été obligés d'attendre que leur réputation eût conquis les suffrages de leurs concitoyens. C'est par cette même influence qu'aujourd'hui encore les premiers orateurs de l'opposition , Macintosh, Brougham, Scarlett, Abercromby , etc., siègent dans la Chambre des Communes , et l'on pourrait même soutenir, sans tomber dans le paradoxe, que, pour le bien général de l'Angleterre , il est préférable qu'ils y siègent à ce titre, que s'ils y avaient été portés par une élection de comté ou de grande ville. C'est par la méditation ou par l'éloquence que les hommes supérieurs sont appelés à servir leur patrie; et des rapports journaliers avec un trop grand nombre de commettans absorberaient un temps précieux que réclament des intérêts d'un ordre plus élevé. Ces détails d'affaires sont plus utilement placés entre les mains de grands propriétaires, que la gestion même de leur fortune privée met eu relation habituelle avec une foule de citoyens , dont ils connaissent les/ intérêts , -les vœux et les habitudes.

N'oublions pas ici une remarque essentielle; c'est que les meilleurs champions de la cause

aao Lettres

du peuplé, les véritables interprètes de ses sentimens, ce ne sont pas des députés sortis de son sein, mais des hommes qui, indépendans parleur fortune et par leur position sociale, se sentent animés d'une ardeur généreuse pour la défense des droits du faible, et d'une vive sympathie pour les souffrances du pauvre. C'est sir Francis Burdett, c'est M. Beunet, ce sont des hommes issus des premières familles de l'Angleterre , qui élèvent la voix avec plus de force pour la défense de la classe laborieuse; ce sont eux qui, au sein même de la Chambre élective , protègent de pauvres journaliers contre les rigueurs d'un maître absolu, et qui couvrent jusqu'à de malheureux ramoneurs de l'égide toute-puissante du parlement- Un député pris dans les rangs inférieurs de la société aurait-il la même force , lors même qu'il serait porté à la Chambre par l'élection la plus libre? Non , sans doute.

L'exemple de la Suède est curieux en ce point. Les paysans, comme on sait, y forment un ordre à part dans la représentation nationale, et c'est toujours des paysans comme eux qu'ils sont tènUs- de choisir pour députés à la diète. Qu'en résultè-t-il? C'est que , dépourvus de l'expérience des affaires et du talent de la parole, leurs délégués se voient en quelque sorte forcés de voter de confiance avec la noblesse, et de se laisser

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diriger par son influence; tandis que des députés riches et éclairés assureraient aux délibérations de leur ordre l'indépendance de fait qui leur manque.

Ce qui importe au peuple, ce n'est pas d'être représenté dans telle ou telle proportion numérique, ou par des hommes plus ou moins rapprochés de la classe qui. les choisit, mais c'est que sa voix soit entendue; c'est surtout que quelques élections démocratiques , en réunis* sant de grandes masses sur un seul point, lui fassent sentir sa force, et rappellent à ceux qui te gouvernent, qu'ils ne le braveraient pas impunément. Quant au pins ou 'moins grand nombre de réunions de ce genre, c'est une question que Ton peut trouver secondaire. L* mouvement salutaire d'une élection de Westminster n'est pas renfermé dans l'enceinte de la capitale; tout le peuple de la Grande-Bretagne en ressent la vibration.

Ne me prêtez pas pour cela, je vous prie, l'intention de défendre en principe la prépondérance 1 de l'élément aristocratique dans les élections anglaises; rien n'est plus loin de ma pensée. Mais, en prenant les choses telles qu'elles sont, il est juste d'en présenter les avantages comme les i a convenions"; et il est prudent de se mettre en garde contre les généralités un peu

banales qui abondent de l'autre côté de la question.

Vous serez peut-être curieux de connaître dans quelle proportion les opinions opposées se trouvent représentées par un système d'élections si bigarré. Eu voici le tableau , d'après la composition actuelle de la Chambré des Communes. Vous remarquerez toutefois- qu'un calcul de. ce genre, lors même que les données en sont justes, n'est pas susceptible d'une exactitude mathématique , et que d'ailleurs il est antérieur aux dernières combinaisons ministérielles.

.Aujourd'hui', en effet, toute classification de la Chambre des Communes serait', en quelque sorte, impassible. Plusieurs nuances se sont confondues; plusieurs distinctions de parti se sont effacées ; et c'est un trait fort honorable du caractère des whigs que l'empressement avec lequel ils ont encouragé l'administration par leurs suffrages , dès qu'ils l'ont vue disposée à adopter, dans tes questions économiques surtout, une marche plus conforme aux intérêts de son pays , comme aux principes universels de la raison.

Des six cent cinquan te-huit membres qui composent la Chambre des Communes, deux cents environ votent habituellement avec l'opposition ; le reste appartient au ministère, en y

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comprenant quinze ou -vingt voix neutres qui se portent d'un côté ou de l'autre, suivant leur conviction, mais qui, le plus souvent, soutiennent les mesures de l'administration.

Si nous analysons maintenant les différent genres d'élection , nous verrons que sur quatrevingt-douze députés des comtés de l'Angleterre et du pays de Galles, cinquante-huit appartiennent au ministère, et quarante-deux à l'opposition.

Les villes et les bourgs fournissent quatre cent vingt-un membres dont cent vingt-un votent avec l'opposition.

Les élections de KÉcosse donnent trente-cinq voix au ministère, et dix seulement à l'opposition.

Enfin, sur les cent députés de l'Irlande, il n'y en a pas moins de soixante-dix-néuf qui sont soumis à l'influence du ministère.

En réduisant ces diverses fractions au même dénominateur, on trouve les rapports suivans :

De comtés , dans l'Angle-

terre seule.. 4$ centièmes. 55 centièmes.

D°. Dan» l'Angleterre et le

pays de Galles 4* - r » 8

Des villes et bourgs, d 5 .. 3l ' Sg

Del'Écosse '. . . aa'i' 7*

De l'Irlande ai 79 '

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Vous remarquerez sans doute, d'après cette échelle de proportion , que le rapport du parti de l'opposition à celui du ministère diminue rapidement à mesure que les élections deviennent plus illusoires.

Deux calculs faits par lord John Russel et lord Milton établissent que, si l'on range les bourgs dans Tordre de leur population, le nombre des députés ministériels est en raison inverse de celui des électeurs; en sorte que, pour les bourgs au-dessous de cinq cents habitans, le rapport du parti ministériel à. l'opposition est de dixneuf à un, tandis qu'il n'est plus que de trois à cinq dans les villes au-dessus de cinq mille âmes.

Ces calculs approchent de la vérité; mais je crois qu'on aurait tort d'en conclure que le résultat immédiat d'une réforme parlementaire fût un grand accroissement du parti whig dans la Chambre des Communes. Cette réforme deviendrait sans doute favorable à la cause de la liberté; mais ce serait plutôt en modifiant les rapports des députés avec la nation , qu'en changeant la composition même 'de l'assemblée. Je recommande cette idée fort simple a votre sagacité, parce qu'elle me paraît renfermer le vrai point de .vue de la question.

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