‹ Œuvres diverses de M. le baron Auguste de Staël: précédées d'une notice sur (volume 2)Chapitre 7 sur 18 · IOUHHAUX. — SUITE DE LA PRÉCÉDENTE · texte numérisé non relu

IOUHHAUX. — SUITE DE LA PRÉCÉDENTE

Je m'étonnais avec tous , dans une de mes premières lettres, que quelques uns de nos publicistes eussent pu concevoir l'idée d'interdire à la presse toute mention des circonstances de la vie privée, et de refuser à l'écrivain inculpé la faculté d'offrir la preuve de la vérité des faits. Rien ne montre mieux le vice d'une pareille idée que l'état de la législation anglaise à cet égard, et les habitudes qui en sont nées.

La loi sur la diffamation est si vague et si sévère a la fois en Angleterre, que Bentham définissait plaisamment le libelle : « Quelque chose «que ce soit, qui déplaise à. qui que ce soit, » pour quelque raison que ce soit. » ( any thing, tvhich any body^for any reason dislikes. )

Rien jusqu'ici qui ne doive satisfaire ceux dont je suis obligé de combattre le système. La loi anglaise va même au-delà de leurs désirs; elle devine en quelque sorte leurs plus secrètes pensées.

Ce n'est pas s tout , elle offre àjcelui qui se croit blessé deux manières d'obtenir réparation. II

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peut intenter une action civile ou une poursuite criminelle. Dans ce dernier cas, comme le délit consiste, aux yeux de la loi, non point à avoir diffamé tel individu, mais à avoir troublé la paix; et comme la paix peut être troublée par une allégation fondée aussi-bien que par une calomnie, l'écrivain inculpé n'est point admis à faire la preuve de la vérité des faits.

Au contraire, dans le cas de l'action civile, qui se résout en dommages et intérêts, il faut que le plaignant établisse qu'il a souffert un dommage dans sa personne ou dans sa réputation ; ei de la résulté, poor le défendeur, le droit de plaider la 'vérité des faits qu'il aatlégués, C'est ce qu'on appelle plaider une justification. Dan» ce cas, là preuve de la vérité des faits donne gain de cause au défendeur , qui est admis à l'établir par témoins: et ici s'applique cette maxime de la loi anglaise, qui veut que tout plaideur se présente devant ta cour tes mains nettes qu'il vienne reclus in curia, selon l'expression technique.

Chacun est libre de choisir entre ces deux manières d'obtenir justice. Il semblerait donc haturét'de supposer que dans tous les cas, mais surtout lorsque la diffamation porte sur des circonstances de la vie privée, on donnât la préférence à la poitriuite criminelle qui n'expose

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point te plaignant au désagrément de voir sa conduite examinée , commentée , souvent même persiflée en public par l'avocat du défendeur.

Point du tout, c'est presque constamment à l'action civile que l'on a recours; et la raison en est fort simple. Du fait seul que l'on opterait pour le genre de poursuite qui interdit la preuve de la vérité des faits, il résulterait, dans l'esprit des jurés et du public une prévention défavorable à la plainte. Il faut que l'allégation soit motivée, se dirait chacun, puisqu'on ne veut pas consentir à ce qu'elle subisse l'épreuve de la discussion; et le plaignant, lors même qu'il obtiendrait gain de cause , verrait sa réputation plus ternie par le procès que par la diffamation même, (i)

11 est loin de ma pensée de trouver bon que'

(i) Dans des circonstances importantes , soit par la nature du libelle , soit surtout par la condition sociale de celui qui en est l'objet, il arrive quelquefois que l'on s'adresse à la cour du banc du Roi pour en obtenir une poursuite criminelle, par voie tf information. II faut alors que le plaignant commence par nier, sous serment , la Térité des faits allégués contre lui. Mais , d'autre part fie défendeur est admis a les affirmer ; et en général , la cour accorde Vinformation, sans peser exactement les assertions contradictoires, à moins pourtant que la vérité du fait ne lui paraisse incontestable.

CEovhs dd a» Auo. ni Staël, m. 10

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la vérité des faits donne , de plein droit , gain de cause à celui qui en fait la preuve. C'est accorder un privilège à la diffamation qui se fonde sur des circonstances réelles , diffamation quelquefois plus dangereuse et plus immorale que la calomnie même. Mais plus cette critique est fondée, plus la préférence donnée à l'action ci vile sur la poursuite criminelle devient remarquable.

J'insiste sur cette réponse pratique au faux système que je vous ai signalé ; système qui , en prétendant soustraire la grande masse des citoyens au contrôle de l'opinion publique, dont les fonctionnaires seraient seuls justiciables, encouragerait cbez nous cette timidité d'esprit et de mœurs qui oppose à l'établissement de la liberté un obstacle bien plus dangereux que la malveillance ou l'ignorance des dépositaires du pouvoir.

Il est à observer d'ailleurs que cette distinction entre la vie publique et la vie privée, si fortement marquée là où ceux qui n'occupent point de place à la nomination du gouvernement sont déshérités de tout droit, ou du moins privés de toute occupation politique, se perd en nuances insensibles dans les heureux pays où chaque citoyen s'associe de mille manières à la gestion des intérêts de la communauté. On peut même dire qu'il n'y a pas d'Anglais qui ne doive

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se considérer comme an homme public. Aucun genre de vie, depuis le plus grave jusqu'au plus frivole, depuis le plus solitaire jusqu'au plus mondain, ne peut le soustraire à l'empire de l'opinion et à l'œil perçant des journalistes. Estce un propriétaire retiré à la campagne , au sein de sa famille; quelque étranger qu'il veuille rester à la politique générale, il ne pourra refuser de s'occuper de l'administration de sa paroisse ou de son comté; il sera membre de quelque association agricole ou industrielle; il prendra part à quelque réunion philanthropique; dès-lors ses voisins, ses collègues auront droit à juger sa conduite, et ce jugement serarecueilli dans les journaux. Est-ce un homme à la mode, ne courant qu'après les plaisirs frivoles; il sera commissaire d'un bal, arbitre d'un pari, juge d'une course de chevaux; par cela seul il devient justiciable du public , qui a été témoin de ces divertisseraens; il ne peut échapper à l'omniprésence de la presse ; et si la vanité de l'homme du monde a quelquefois à en souffrir , la conscience du citoyen s'en épure et s'en affermit.

La publication d'un journal, en Angleterre, est une entreprise qui exige de grands capitaux et une activité dont presque aucun autre genre de spéculation ne peut donner l'idée. La promp-

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titude avec laquelle s'impriment les comptes rendus des séances des assemblées publiques, confond l'imagination. Tel discours de Brougham, de Mackintosh ou de Caoning, à peine prononcé à sis heures après midi, a été lu de toute la ville de Londres avant dix heures du soir; et l'on peut dire presque littéralement qu'un membre du parlement adresse la parole à la nation entière.

H m'est arrivé maintes fois de rester à la Chambre des Communes jusqu'à deux ou trois heures de la nuit , et de recevoir le lendemain à mon réveil le résumé fidèle et détaillé d'une discussion qui avait duré plus de huit heures. J'ai été témoin d'un fait encore plus extraordinaire : j'avais assisté, pendant toute une matinée, à une assemblée de comté qui se tenait à quinze lieues de Londres; je revins en poste à la ville, et, à mon retour, je trouvai déjà publié, dans un journal du soir, le récit de la séance et l'extrait des discours que je venais d'entendre. Des tachygraphes debout, en plein air, pressés de tous côtés par une foule tumultueuse, avaient pris des notes au crayon, sur des feuilles volantes, que des messagers tout prêts à les recevoir s'étaient hâtés de porter à Londres , à mesure que la page était remplie.

Les éditeurs de journaux n'épargnent aucune

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peiné ni aucune dépense pour se procurer les nouvelles avec la plus grande promptitude possible. Survient-il quelque événement imprévu après la distribution du journal; on en imprime une seconde, une troisième, et jusqu'à une quatrième et une cinquième édition, que des colporteurs, armés de grands cornets de ferblanc, se hâtent de crier dans toutes les rues de la capitale. L'application de la machine à vapeur aux presses d'imprimerie permet de donner au tirage une rapidité dont n'approchent pas nos meilleurs ateliers de typographie , et la promptitude inouïe des communications accroît encore la puissance de l'action des journaux. Trente heures après la clôture d'une discussion du parlement, lé compte rendu eu est publié dans la ville d'York, à quatre-vingts lieues de Londres. Lors du fameux procès de Hunt , à Manchester, l'analyse des débats judiciaires paraissait dans les papiers de Londres , avant même que les lettres de Manchester fussent distribuées. Le Times seul avait trois estafettes sur la route.

L'extrême rapidité de tous les mouvemens de la machine sociale est un des traits les plus saillans de l'Angleterre, et l'un de ceux qui frappent d'étonnement les étrangers, soit qu'ils l'observent dans le monde matériel ou dans l'ordre^ >" politique. Les chevaux fendent l'air; les ordres

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s'exécutent en un instant; les affaires les plus considérables se traitent en quelques lignes ou en quelques mots; à peine une question d'intérêt public est-elle discutée, qu'une autre question non moins importante lui succède ; il semble que la civilisation marche au galop. Et cependant tout se fait sans bruit et sans apparat; chacun a sa place si bien marquée, sa route si clairement tracée devant lui , que l'on évite tous ces tâtonnemens , toutes ces oscillations qui absorbent tant de temps et tant de forces dans les pays moins bien organisés.

En fait de nouvelles politiques, la publicité est tellement de droit commun , qu'un ministre envoie souvent aux journaux celles qui lui parviennent v avant même qu'il les ait communiquées à ses collègues. Il m'est arrivé par hasard de me trouver dans les bureaux de Downing- Street, au moment où un diplomate récemment débarqué en Angleterre, et encore tout frais émoulu de l'école de Ratisbonne, venait demander à lord Castlereagh, s'il n'avait point reçu de nouvelles. « Comment, lui répondit le ministre, des nouvelles! Oui, sans doute, et de très importantes; tenez, voici la seconde' édition du Courier qui parait à l'instant ; lisezla, vous en saurez autant que moi. » Je n'oublierai de ma vie la figure de ce diplomate stu-

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péfait d'une manière si simple de faire connaître ce qui doit être connu de tous. Quoi! semblait dire sa physionomie, pas une note, pas un office, pas un mémorandum, rien qu'un journal à envoyer à ma cour! je n'aurai ni la dignité des réticences , ni les plaisirs de l'indiscrétion.

Il n'y a pas de pays en Europe où le métier d'ambassadeur soit plus simple qu'en Angleterre, et où toutes les finesses , toute l'habileté prétendue de la diplomatie soient plus en pure perte. Tout ce qu'un étranger peut savoir , il l'apprend en lisant avec attention les journaux des partis opposés; et quant aux faits ou aux projets qu'il importe au gouvernement de tenir cachés* nulle question , nulle intrigue, nul espionnage ne saurait lesdécouvrir.Le très petit nombre des employés des ministères rend les indiscrétions comme impossibles; et il y a tel secret de cabinet qui se transmet d'une administration à l'administration la plus opposée d'opinions et de système, sans que ni les jalousies de parti, ni la vivacité des débats parlementaires le trahisse jamais.

Plus on fait une large part à la publicité, plus est impénétrable ce qu'on croit devoir lui soustraire. Ceci ne s'applique pas seulement aux questions politiques , mais à toutes les circonstances de la vie.

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La limite entre ce qui est soumis à la discussion et les points qu'il lui est interdit d'aborder est tracée par l'opinion avec une finesse qui peut paraître subtile au premier abord, mais dont on est pourtant forcé de reconnaître la justesse. Tel homme souffrira patiemment que ses actions les plus simples , ses moindres paroles soient censurées avec amertume, attaquées avec violence, ou.mèrae impitoyablement persiflées, qui s'offensera du plus léger soupçon sur la sincérité de ses intentions, de la révélation du fait le moins important ou le moins fâcheux à divulguer, si la connaissance en est acquise par une indiscrétion. C'est que, dans le premier cas , on n'attaque que sa conduite, et que la conduite d'un homme,' même dans la vie privée, est plus ou moins du domaine de la communauté ; tandis que , dans le second cas, on pénètre dans le for de la conscience, on dans le sanctuaire de l'amitié. L'opinion, à cet égard , est d'une équité parfaite , et les plaintes de l'homme qui se sentirait ainsi offensé seraient vivement appuyées par ceux-là même qui auraient envers lui la disposition la moins bienveillante.

Les rapports d'homme à homme sont souvent rudes en Angleterre, mais ils sont toujours justes; et le sentiment du droit est un caractère

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commun à tontes les classes et à toutes les opinions. C'est la qualité native, c'est, pour ainsi dire, l'instinct de tout Anglais.

L'insertion des annonces commerciales forme une part considérable du produit d'un journal anglais. Pour le Times seul, cette branche de revenu s'élève, m'a-t-on dit, à plus de 3o,ooo liv. sterl. (750,000 fr.). L'avantage de la publicité la plus étendue est si bien apprécié du négociant, du marchand, du manufacturier, de quiconque cherche à vendre les produits de son industrie, ou à fixer l'attention sur une entreprise nouvelle, que rien n'est épargné pour atteindre à ce but. On m'a cité l'exemple d'un libraire qui, dans une seule année, a dépensé 5,5oo liv. sterl. ( i38,ooofr.)en annonces dans les journaux. Ces insertions si fréquentes dans les feuilles publiques ne satisfont pas encore l'activité de l'intérêt mercantile; il n'est sorte d'invention à laquelle on n'ait recours pour attirer la foule des chalands. Celui-ci fait placarder son nom et son adresse en caractères gigantesques , sur tous les murs , depuis Douvres jusqu'à l'extrémité de l'Ecosse; tel autre, non content de ces affiches à poste fixe, emploie constamment des hommes de peine, affiches mobiles et vivantes, dont l'unique besogne est de parcourir les rues les plus populeuses des

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grandes villes , l'épaule chargée d'un immense écritean.

Les Anglais , si simples dans leurs mœurs, si taciturnes et si mesurés dans leur langage, ont recours, dans ces occasions, à un aux de louanges ampoulées qui ne déparerait pas l'éloquence d'un charlatan , sur la place de Naples. Cette industrie est si généralement usitée qu'elle a même reçu un nom particulier, the art ofpuffing, l'art d'enfler, de faire valoir ce qu'on annonce. Mais à peine un marchand ou un fabricant a-t-il acquis de la réputation, que le caractère national reparaît. Le sentiment de sa propre dignité , l'orgueil , si l'on veut , remplace tout cet échafaudage ; son nom , écrit sur sa porte en petits caractères , lui paraît une recommandation suffisante; et, après avoir fait longtemps des avances au public, sûr désormais de sa fortune , il attend fièrement que le public vienne à lui. Le charlatanisme du début n'était qu'un calcul réfléchi , qu'une des conditions nécessaires au succès d'une spéculation bien combinée.

J'ai peur que mes lettres ne vous paraissent par trop désultoires, et que vous ne m'accusiez d'un manque absolu d'ordre et de méthode; la paresse est peut-être l'unique cause de ce défaut, et je m'abandonne à votre critique, ou

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me recommande à votre indulgence. Mais ce n'est pourtant pas sans motif que je suis le fil de mes souvenirs, sans prétendre à une marche plus philosophique. L'Angleterre offre, il est vrai, de grandes masses que l'œil de l'observateur peut saisir; mais, pour les embrasser d'un regard , il faut se placer à distance. Quand on approche, quand on veut pénétrer dans le pays même, et c'est là le but de notre correspondance , on se trouve au milieu d'une foule de bizarreries, de contrastes, d'anomalies de tout genre dont il faut suivre les sinuosités. C'est ainsi qu'en regardant de près le tableau d'un grand maître dont on veut étudier le style, les groupes qui, d'un certain point de vue, formaient l'ensemble le plus harmonieux, ne paraissent plus qu'un mélange de couleurs bizarrement heurtées.

Quelque variété d'objets qu'embrassent les papiers publics en Angleterre, la littérature en est presque entièrement bannie, et, selon moi, ce n'est pas sans motif. Pressée par l'espace et par le temps, dans les feuilles fugitives d'un journal quotidien, la critique littéraire est habituellement frivole et superficielle : c'est à la vanité ou au désœuvrement qu'elle s'adresse ; donner ou recevoir un applaudissement est le seul triomphe qu'elle, ambitionne. Que si parfois elle de-

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vient plus grave, si elle veut pénétrer dans les profondeurs de la pensée , elle paraît pédante et guindée, elle semble hors de sa place; on croit voir un professeur s'égarant en trop joyeuse compagnie. Des faits , avant tout des faits , et le petit nombre de réflexions qui en sont la conséquence immédiate , voilà ce que le public anglais demande avec raison aux journalistes. C'est dans des recueils plus étendus, et qui paraissent à de plus longs intervalles, qu'il va s'instruire des progrès de la littérature et de la philosophie.

Ces recueils, dont la Revue d'Edimbourg a été le premier, ont opéré une sorte de révolution dans le monde intellectuel. Jusqu'alors les journaux littéraires n'avaient été que des annonces de librairie, où chaque éditeur faisait prôner à son gré les ouvrages sortis de ses presses. La Revue d'Edimbourg a commencé une ère nouvelle : des sa vans , des penseurs, des hommes d'État du premier ordre, se sont réunis, non plus seulement pour rendre compte de tel ou tel livre, mais pour faire triompher un certain ordre de principes et d'idées. Leur talent et leur persévérance ont été couronnés du succès; Us ont eu des imitateurs et des émules, et aujourd'hui les revues sont devenues une véritable puissance intellectuelle et politique.

sur t.'asg-lktkrhe. 157

Je n'abuserai pas de votre temps en vous parlant de ces divers recueils, que vous connaissez comme moi; je ne m'arrêterai pas même à ceux que l'on peut regarder comme les organes des trois grands partis qui se divisent l'Angleterre (1). J'appellerai seulement votre attention sur un trait qui leur est commun ; c'est que, tout en rendant compte des principaux ouvrages qui paraissent, ils s'attachent moins à en faire l'analyse et à les juger isolément qu'à réunir dans un même point de vue toutes les publications analogues , et à résumer avec force les questions qui y sont traitées. En effet , c'est là ce qui importe vraiment au public; c'est ainsi que se forme et s'accroît chaque jour cette masse homogène de notions justes et positives, que l'on ne peut trop signaler comme un des caractères les plus essentiels de l'Angleterre.

( i ) Edinbnrgh ReTÎew , Quarterly Review , Wustmin* ter RniiW,

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DES K#.U NIONS PUBLICITES.

Un homme d'esprit disait : Le langage du despotisme, c'est: mêlez-vous de ce qui tous regarde; celui de la liberté, c'est : mêlez-vous de ce qui ne vous regarde pas. Il énonçait une grande vérité sous cette forme épigrammatique. Le travail constant du despotisme est d'isoler toutes les existences, de faire deux parts de l'espèce humaine, dont l'une jouisse paresseusement des plaisirs d'un pouvoir sans contrôle, et dont l'autre, vouée pour jamais à des occupations toutes spéciales, trace, comme le bœuf, son uniforme sillon. Dans un pays libre, au contraire, rien de ce qui touche un ordre quelconque de citoyens ne peut rester étranger aux autres membres de la communauté. 11 n'est pas d'Anglais, dans quelque humble rang que le sort l'ait fait naître, qui ne puisse croire ajuste titre que son opinion est de quelque chose dans la direction des affaires de son pays ; et réciproquement, il n'est pas d'individu placé assez haut, pour que sa conduite journalière ne puisse

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être soumise à l'examen et au jugement du public.

Chez nous, la publicité est considérée comme une ressource extrême, comme une ultima ratio populi, à laquelle on n'a recours qu'en désespoir de cause, et après avoir épuisé toutes les autres manières d'arriver à son but. S'occupet-on d'une entreprise d'intérêt public ou privé, c'est toujours sur les dispositions de l'autorité que l'on fonde ses espérances de succès ; c'est dans le cabinet du ministre , c'est dans le salon de l'homme en crédit que se traitent les affaires. Tant qu'il reste une chance de réussir par la voie de la faveur, il semble qu'il y aurait de la rudesse ou de l'indiscrétion à parler haut, et à prendre le public pour juge de ses projets ou de ses doléances. En Angleterre, la publicité est de droit commun ; c'est à l'opinion qu'on s'adresse de prime abord ; c'est la première puissance dont on sollicite l'appui ; et l'homme même qui médite un traité avec le pouvoir, commence par rechercher la popularité dans l'intérêt bien entendu de son ambition.

S'agit-il .d'un abus à réformer, d'une amélioration à introduire , d'un droit à réclamer, d'une institution nouvelle à fonder, datfs l'intérêt de la religion , de la morale , de la liberté , ou de k richesse publique, la première démarche indis-

pensable est d'éclairer l'opinion sur la question dont on s'occupe. On commence par fixer l'attention du public par des brochures ou des articles de journaux. Puis quelques personnes marquantes se réunissent en comité, et préparent une série de résolutions qui seront soumises à la discussion générale. Quand on est d'accord sur ce point, on convoque une réunion, soit en plein air, soit dans une des grandes salles construites pour cet objet , que l'on trouve dans presque toutes les villes d'Angleterre. Un président, désigné par la voix publique, dirige l'assemblée; les résolutions sont discutées et mises aux voix; et au milieu même des débats les plus orageux , une certaine habitude des formes de la délibération , habitude Commune à toutes les classes de citoyens, maintient l'ordre, et protège les droits de la minorité.

.Souvent dans des réunions de ce genre, des orateurs inconnus jusque-là paraissent pour la première fois sur la scène, et développent des talens qui leur ouvriront peut-être un jour l'entrée du sénat. Le lendemain leurs discours sont imprimés dans les journaux, et retentissent dans toute l'Angleterre. Une première assemblée en fait naître d'autres, l'opinion s'éclaire et s'anime, et bientôt elle atteint un degré de

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force devant lequel toute résistance du pouvoir serait inutile.

Ce n'est donc pas sans raison que les Anglais attachent une si haute importance au droit de s'assembler pour discuter les intérêts publics, et qu'ils le mettent au premier rang de leurs prérogatives constitutionnelles. Le droit de pétition, tel qu'ils le conçoivent, n'est même autre chose que le droit de s'assembler pour délibérer sur les vœux ou les griefs à énoncer dans la pétition ; car on ne s'attend pas à ce que la Chambre prononce comme uu juge sur toutes les requêtes qui pourraient lui être adressées. Ce n'est qu'en tant que telle ou telle pétition devient l'objet de quelque motion de la part d'un membre, que la Chambre est appelée à en prendre une connaissance spéciale. L'on ne prétend point donner indistinctement le droit d'initiative à tout le public, ce qui ne serait qu'une confusion anarcbique des pouvoirs. Mais ce que l'on veut avec toute raison , c'est que l'opinion jouisse de ta plus entière latitude pour se former et se manifester. Or, des assemblées publiques , fréquentes et nombreuses, sont indispensables pour atteindre ce but. C'est une véritable dérision que de parler liberté dans un pays où toute réunion périodique de plus de vingt personnes est illicite sans

CEwiu un a°" Ane. di Staël. 111. 11

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l'autorisation du gouvernement j et cet article de nos lois est une preuve entre mille de cette triste vérité, que le despotisme impérial forme encore la base de toute notre organisation politique, et que la Charte en a à peine modifié la surface. Le droit de s'assembler a subi, d'abord sous M. Pitt, et, plus tard, sous lord Gastlereagh, quelques restrictions contre lesquelles l'opposition a vivement réclamé. Elle a flétri du nom de gaggins Mis ( lois de bâillon ) les divers actes qui ont apporté de certaines limites à l'exercice de ce droit, comme à d'autres libertés publiques; et sur le continent quelques libéraux novices ont répété avec complaisance que l'Angleterre était asservie. Une inquiétude jalouse des moindres atteintes portées aux droits du peuple m'inspire trop de respect pour que je veuille prendre la défense des mesures répressives adoptées par le gouvernement an glais; elles sont fâcheuses sous plusieurs rapports. Mais comme il me semble curieux de montrer ce que les amis de la liberté, en Angleterre, ont considéré comme un empîétementgravedu pouvoir, je vous retracerai quelques unes des clauses de l'acte de i8ao , qui a restreint temporairement la faculté de s'assembler en public ; et je crois que vous vous écrierez avec moi: Plût au ciel que nous fussions asservis de la même manière !

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L'acte dont nous parlons interdit, il est vrai, toute réunion en plein air, de plus de cinquante personnes , dans le but de délibérer strr de» questions religieuses , politiques ou administratives; mais les nombreuses exceptions qu'il se hâte de faire à cette défense laissent au droit de s'assembler une latitude que les plus ardensamis de la liberté oseraient à peine réclamer pour la France.

Sont exceptées en effet les assemblées de comtés ou de divisions , pourvu qu'elles soient convoquées par le lord-lien tenant, par le gouverneur, par le shérif f ou son substitut; par divers autres magistra ts, selon les localités , ou enfin par cinq juges de paix en activité.

Sont exceptées également les réunions convoquée» par la majorité du grand jury, pendant la durée des assises ; les assemblées publiques des habitans de toute cité , bourg ou ville incorporée, lorsqu'elles sont convoquées par le maire, l'écheviti ou tout autre officier civil, agissant en chef dans son ressort.

Remarquez ici que plusieurs des magistrat»

auxquels est attribué le droit de convoquer ces diverses assemblées , sont élus par le peuple , que d'autres sont inamovibles, et que tous enfin exercent des fonctions gratuites, et sont choisis, sans distinction d'opinions politiques , dans

toutes les classes indépendantes par leur fortune et par leurs lumières ; en sorte qu'il est impossible qu'il survienne aucun grief sérieux, aucune question de quelque importance, sans que les hommes dont les intérêts se trouvent affectés ou les opinions blessées, soient assurés de pouvoir faire retentir leurs plaintes dans une réunion nombreuse de leurs concitoyens.

Ce n'est pas tout. Aucune des formalités que je viens de vous indiquer n'est applicable aux réunions composées uniquement des habitans de la paroisse où elles doivent avoir lieu , réunions qui peuvent souvent être fort nombreuses, vu la grande population de plusieurs paroisses, surtout des paroisses urbaines. Il suffît , dans ce cas, que la convocation de l'assemblée porte la signature de sept personnes domiciliées, et qu'un juge de paix en soit prévenu six jours d'avance.

Enfin quelle est la peine prononcée contre ceux qui assisteraient à des assemblées illégales? Aucune , s'ils se dispersent à la 'première sommation des magistrats. Ce n'est qu'en cas de résistance que la loi déploie toutes ses rigueurs.

Observez d'ailleurs que l'acte dont je vous donne l'analyse n'ayant pour but que de prévenir les attroupeniens séditieux , ou du moins les grandes réunions en plein air qui pourraient

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devenir dangereuses dans un moment d'effervescence, l'idée même ne se présenterait pas d'en faire l'application aux innombrables sociétés qui se rassemblent chaque jour sur tous les points de l'Angleterre, pour s'occuper d'objets d'utilité publique.

Quel affligeant contraste n'offre pas ici notre législation! Non seulement, en France, aucune société semblable ne peut se réunir sans la permission expresse du gouvernement, c'est-à-dire de la police; mais le petit nombre de celles qui sont tolérées ne jouit qu'en tremblant d'une existence précaire que le moindre caprice peut leur arracher.

Dans un pays où tout se traite en public , où, depuis les plus grandes questions législatives jusqu'aux moindres détails d'administration locale, tout est soumis à la, discussion, le talent de la parole doit naturellement être l'objet de l'ambition universelle. Dès L'école, et dans leurs jeux mêmes, les enfans s'exercent à L'éloquence politique. Souvent, à Eton et à Westminster, ils forment entre eux une petite chambre des communes, soumise à des réglemens calqués sur ceux du parlement. Parvenus à l'université, les jeunes gens se réunissent en sociétés de discussion ( debating societies ) où se traitent , selon des formes. méthodiques, des questions d'histoire»

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de philosophie , de législation , d'économie politique. C'est là souvent que se sont développés les germes des plus grands talens ; et tel orateur dont l'éloquence fera un jour l'orgueil de l' Angleterre, a senti la première étincelle de son génie jaillir aux applaudissemens de ses condisciples.

Ces sociétés de discussion ne sont pas bornées aux classes riches et éclairées ; le goût s'en retrouve dans tous les rangs. A Londres et dans d'autres grandes villes , il en existe même de publiques où Ton est admis en payant. L'ordre du jour est affiché à la porte de la salle , et, pour un shelling , tout passant peut entrer et prendre part à des discussions dont la politique du jour n'est point exclue , et où la Sainte- Alliance ellemême a été plus d'une fois l'objet de plaisanteries irrévérencieuses. Je n'ai point eu occasion de voir une de ces assemblées, et je le regrette; mais on m'a assuré qu'il n'était pas rare d'y entendre des orateurs populaires douésd'une facilité incorrecte, mais énergique, et capable de faire impression sur leur auditoire.

Les debating societies ne sont au reste qu'un hors-d'epuvre ; mais toutes les institutions qui font la base de l'ordre social et politique , le jury, les commissions administratives , les conseils municipaux , les assemblées de paroisse et de comté, les élections, tout suppose l'habitude de

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la parole et la connaissance des formes de la délibération. On ue trouve guère d'homme ayant reçu quelque éducation, qui ue sache présider une assemblée, en diriger les débats, et mettre les questions aux voix dans l'ordre où elles doivent être présentées. Il est des notions indispensables à cet égard, qui sont tellement familières au peuple anglais, qu'on ne songerait pas même à en faire l'objet d'une étude, tandis que, chez nous, ces mêmes notions restent encore étrangères à ceux même qui ont vieilli dans nos assemblées délibérantes.

Les contrastes du caractère anglais ne se montrent nulle part d'une manière aussi bizarre que dans les réunions publiques. Je connais tel homme dont la timidité, dans le monde, est à peine égalée par celle d'une jeune Bile de quinze ans, tel homme qui, au milieu d'un salon, ne répondrait pas sans rougir d'embarras à l'interpellation la plus simple, et qui, invité à manifester son opinion dans une assemblée publique , se lève sans hésiter , parle pendant plus d'une heure avec facilité et d'abondance devant des milliers de ses concitoyens.

Les discours écrits , interdits par la règle dans le parlement, le sont par l'usage dans toute autre assemblée. Parler en public et improviser sont deux mots synonymes, et l'idée d'apporter

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toute rédigée dans sa poche l'expression du sentiment qui pourra naître d'une circonstance non encore avenue , ou de l'opinion qui doit se former dans une discussion non encore commencée, paraîtrait le comble du ridicule. On ne suppose pas que personne puisse être embarrassé de raconter ce qu'il sait , ou de dire ce qu'il pense : quiconque s'exprime avec simplicité et modestie est écouté avec bienveillance, et la sévérité ou l'indulgence du public se proportionne avec une justice remarquable à ce qu'on est en droit d'attendre des talens et de la position sociale de chaque orateur.

Les repas publics sont une des occasions les plus habituelles de s'exercer à la parole. Ces repas ont pour but, ou d'entretenir l'esprit d'association , ou d'encourager l'étude de telle ou telle science , en réunissant des hommes qui n'auraient pas sans cela l'occasion de se communiquer librement leurs idées , ou de raviver les opinions politiques, en célébrant l'anniversaire d'un événement important , tel que ht naissance d'un grand homme , l'élection d'un député cher à son pays. Rien de plus original que ces dîners politiques. J'ai vu maintes fois près de trois cents personnes réunies à la même table, et électrisées par un même sentiment, sans que la vivacité de leurs émotions les empêchât d'observer

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avec la régularité la plus méthodique tous les usages reçus en pareil cas.

Un président prend place au haut de la table; nulle réunion sans cette formalité, qui paraît indispensable pour assurer l'ordre et la régularité d'une discussion quelconque. Les Anglais de toutes les classes ont, à cet égard, un tact remarquable, et, pour peu qu'un orateur s'écarte des convenances , il s'élève de toutes parts un cri de chair, chair (littéralement : fauteuil, fauteuil)* espèce d'appel à l'idée abstraite de la présidence , qui indique à celui qui en remplit les fonctions qu'on s'attend à ce qu'il maintienne l'ordre , ou rétablisse la position de la question. A l'autre extrémité de la table est assis le vice -président (deputy-chairmari), destiné à remplacer le président, lorsque celui-ci est appelé à prendre part à la discussion ; car ce sont deux axiomes invariables, qu'une assemblée ne peut jamais rester sans chef, et qu'un président ne doit jamais discuter. Quand ces premiers rudimens de toute assemblée délibérante nous deviendront -ils donc familiers? A droite et à gauche du président sont les places réservées, soit aux orateurs qui seront invités à prendre la parole , soit aux personnes à qui l'on veut donner une marque de distinction.

Au dessert, lorsque la nappe est enlevée , sui-

vant l'usage encore assez général en Angleterre, un maître des cérémonies se place, le verre en main , derrière le fauteuil du président et prévient l'assemblée que les toasts vont commencer. On débute d'ordinaire par porter la santé du Roi , puis du duc d'York et de l'armée , puis du duc de Clareoce et de la marine, soit avec des applaudissemens, soit en silence, suivant la circonstance ou les sentimens de l'assemblée. Viennent ensuite les toasts analogues à l'objet de la réunion, comme, par exemple, la santé du député dont on célèbre l'élection. Veuillez remplir vos verres , s'écrie le maître des cérémonies ; après quoi il prononce trois fois trois hourras, qui sont répétés à voix basse par tons les assistons, et ce n'est jamais qu'au neuvième que l'enthousiasme, fut-il à son comble, se permet d'éclater par des cris ou par des applaudissemens. Celui dont on vient de porter la santé se lève alors; il monte sur sa chaise, ou se place debout sur la table même, au milieu des assiettes et des verres, et là, après avoir remercié l'assemblée, avec une recherche de modestie quelquefois outrée, il rend compte de sa conduite, retrace l'histoire de sa vie politique, ou reproduit sous des formes plus piquantes et plus gales les opinions qu'il a émises dans le parlement.

C'est dans des réunions de ce genre qu'ont été prononcés quelques uns des discours les plus remarquables de Brougham , de Mackintosh et de Canning. L'éloquence d'un homme d'État devient alors comme la propriété de ceux qui l'écoutent; ils l'adoptent; ils se pénètrent de ses idées; ce n'est plus pour eux un être abstrait; c'est leur commensal , leur convive ; ils ont entendu le son de sa voix , ils ont suivi l'expression de sa physionomie. Un intérêt tout nouveau lie désormais le député à ses commettons , l'homme illustré par le courage ou par le talent aux citoyens de sa ville natale , ou à la corporation qui l'admet dans son sein.

Un orateur remplace l'autre ; de nouveaux toasts sont portés par trois fois trois, et les discours se succèdent bien avant dans la nuit, sans que la foule des convives paraisse s'en lasser, lors même que , de chute en chute, la parole est arrivée aux orateurs tes plus médiocres; tant la vie politique a d'attraits pour les citoyens d'un pays libre!

Les repas les plus solennels sont ceux du lord maire de Londres , dans Guildhall. Les souvevenirs historiques que retrace cet édifice, le nombre immense des convives , les costumes du vieux temps, les bannières déployées, la musique, les fanfares qui se font entendre à chaque

toast, tout donne à ces réunions un caractère de grandeur et d'originalité dont rien , sur le continent, ne nous offre l'image.

Peut-être devrais-je vous parler maintenant des assemblées religieuses et philanthropiques qui jouent un si grand rôle dans l'organisation sociale' de l'Angleterre; mais tout ce qui se rattache à l'état religieux de ce pays est une question d'une trop haute importance pour la traiter épisodiquemeut ; et je la remets à une autre époque, si tant est que ma correspondance conserve quelque intérêt pour vous.

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