‹ Œuvres diverses de M. le baron Auguste de Staël: précédées d'une notice surChapitre 13 sur 51 · NOTICE · texte numérisé non relu

NOTICE

de réformer le coupable; et bien qu'il attachât une haute importance aux formes du gouvernement qui influent tellement sur la destinée de l'homme , elles étaient subordonnées dans son esprit à des questions plus élevées et plus intimes ; et il se sentait plus fortement attiré encore par les institutions religieuses et charitables dont le but spécial était lé bien de l'humanité.

A cette époque, on venait de fonder la société Biblique protestante, la première de ces sociétés qui devaient décider le réveil religieux du protestantisme en France. M. de Staël commença à s'en occuper, et saisit avec ardeur cette occasion d'exercer son activité pour les œuvres religieuses.

Ses convictions étaient encore un peu flottantes , ou du moins elles n'étaient pas devenues vivantes et agissantes dans son âme : ce. fut en s adonnant aux occupations religieuses et philanthropiques qu'elles se fortifièrent dans son cœur. Il vérifia ce passage de l'Évangile : Celui qui s'efforce de faire la volonté de mon père connaîtra si ma doctrine est vraie. Un voyage qu'il fit en

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Angleterre, en 1822,. exerça sur lui une grande influence. Dans ce voyage , il entra en relation avec tous les hommes religieux ; il fut tendrement accueilli. La première assemblée religieuse dont il fut témoin (assemblée religieuse des Écoles) le toucha beaucoup. Voici comment il décrivait lui-même son impression : « Wilberforce a fait un « discours admirable ; et si je n'avais pas été « en vue du public, j'aurais pleuré d'atten- « drissement. Tant d'émotion, tant d'âme, « et en même temps quelque chose de tK>n « enfant, d'enjoué, et presque de gai; On « m'a contraint de faire une motion, et, c quoique n'ayant pas eu lg temps d'y réflé* c chir , la bienveillance de l'assemblée se a faisait sentir d'une manière si électrique, « que je. n'ai pas été à heauçpup près aussi « intimidé, quoique parlant une langue « étrangère , que je l'aurais été à Paris. » Un dimanche passé chez M. Wilberforce le toucha aussi vivement, ce J'ai été profondément « ému de cette journée , écrivait-il ; ce corps ce détruit par l'âge et la maladie, et netea nant à la vie que par le sentiment, reti-

fatij .. WOTIGE

« gieux qui l'anime , toute la famille, tous «♦lès domestiques rangés en «erole i et écou- « tatftavefc le plus profond recueillement les <c prières ln*s jiar M. Wilberfbree> et ré- « pondues par $a femme; la douceur, J'amé- « nite dé cet intérieur; l'absence totale de ce toute affectation; tout éèlà a? laissé daris d mdfi <xJèitf >dtes germes qùé ' l'avertir ' déve^- « ïopperâi ; *> Sàtt& doute il rie reçût pas 'tonpurs iihè semblable im^^^ Il rendons ti&'iquèléjoéfois tiiicf intolérance qui blesfcait éori^cèéùr j ^deS idéeà étroites qui choquaient doii intëllî^ncte-; niais 5 il stftytféœnnaîttfé la misère hfûîmfaine' qtie l'Évangile nous dé* nonce ,* et qui dénaturé même sa loi sainte en voulait l'appliquer. Lie Tésultat général dé ce voyage fut de fortifier la foi dans son èœur, et de hii'irispirer de plus en plus le gdât S'une iie tout-ài-fait ; chrétienne.

1 iMais îf ( é£rotavait éomtiiën. il est difficile de réaliser teri soi-même lé fype du vrai chrétiè^V ^^oriformèr sa vie à là pureté évftri- ^éliqùë, auiïiilieu d'un monde doilt l'esprit , sîAvàrit^rÉèrîturè 1 , est en ; opposition avec

lïitte^nsë passa quelque temps avant que

son intelligence wt ré&okl les difficultés que lui présentaient lajfoi chrétienne, et qu'il eût aussi mis eu harmonie t&ptes les habitudes de $a vie -sociale avec ses convictions. Il souffrit long-temps dans cette lutte ùnr posée à $ put . honwne qui veut accomplie la loi divine; lutte que l'a|tôt*e saint Paul *<si hiçn décrite* JU lie^ut alôr& pour lui w^ train de gmrrfr comme dit l'Ecriture. Ayant toujo^r* devaftt les yeux ve, modèle qu'il rife pouvait 3tt$jadre> il se (Jonsmùait «ninutilefc efforts. Jl gessipntait «cette douleur à nulfà autre pareille d'une £we qjui s'élance <çp; vaii* vers la région céleste*, #» ette voudrait; respirer et} vivre, tand&ifpelte fcçwde,l*;terrç l'enchaînent encw e m&gr elle. Cet!» d&h^rm^nie de son être était jJojut Jui Un : ia-r, supportable farde w s0w leqwl 09 le voyait larçguiiyet sa physionomie même en portait l'empreinte. Mais, par degrés, son âmeftit cajjnée par cette croyance étorétitenne §i consolante rfft Si jHpe,è/!*,fefe, qui, wni pie» ôfei! % &. t Ja< beauté dto> .fjjip) fflQral que nous dévoiMTaTOitodrjB, nc&Wc&ppwmd à détourn**>iitp£ atfgstfds; de n<rtr«j,pfcopre misère*

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pour les porter sur cet Être seul saint , seul juste, qui a tout accompli pour nous , nous enseigne à ne plus chercher la force en nousmêmes, mais à nous appuyer sur le secours qui ne nous manque jamais, et par lequel seul npus obtenons cette sanctification promise à celui qui croit à son Sauveur.

Néanmoins la crainte d'être regardé comme meilleur qu'il n'était, de dépasser d'une nuance par ses expressions la réalité de ses convictions , le poursuivait toujours. Poussé , par le désir du bien , à se mettre en aVànt dans toute* le£ entreprises charitables et religieuses , il était retenu par la crainte qu'on ne le crut plus avancé dans la foi qu'il n'était. « Il m'est avant tout nécessaire, écrî- « vkit-il ,> de maintenir l'harmonie entre mes « paroles et me? sentimens , et mieux me «vaudrait en faire trop peu* qu'eh : dire ititùp. y> '

En' effet , il avait raison dé craindre qu'on ne crût 6a piété bien élevée, quand on voyait là native de tes occupations , et Tenîplbi dé sa» 1 fortune. Une portion considérable de cette fortune étyrit consacrée à défc actions

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qu'il ne serait pas possible de faire connaître au public sans aller contre ses intentions , et l'autre partie lui servait à répandre plus de plaisirs et d'aisance dans la vie de tous ceux qui l'entouraient.

Il était secrétaire de la société Biblique, et il fit trois fois le rapport dans les années 1 822 , r8s*3 et i8a5. Il assistait aux séances du comité; et, comme l'écrivait un des plus dignes membres de cette société, « il joi- « gnait constamment l'action à la parole.

« Après avoir provoqué et amené des décide sions, il n'en abandonnait pas l'exécution « et les conséquences à d'autres; il se faisait « rédacteur, collecteur ». Il fit entre autres la première collecte dans les arrondissemens.

Il était trésorier de la société des Traités religieux ; il traduisit pour cette société une narration frappante du naufrage du Kent, en tête de laquelle il mit une préface destinée à faire ressortir l'union remarquable de l'esprit guerrier et chrétien dans cet écrit. Il était un membre actif de la société des Missions, et il prononça plusieurs discours dans les assemblées annuelles.

CEUTIIS DU »'* ÀUO. 99*StA*L. I. «

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11 s'occupait ftyec zèle et assiduité de l'établissement des caisses 1 d'épargne, pour lequel il fit plusieurs rapports à diverses époque?. Il fut un des fondateurs de la Sor ciété de Prévoyance pour les ouvriers» protpstans, et un des appuis de la Société Helvgtiqve, pour lps Suisses pauvres éloigné} de leur patrie. Enfin , il fut nommé , en 1 8a6^ président de la Société dç la Morale chrétienne. Il regardait cette société comme éminemment utile; elle lui paraissait un exemple de tolérance sans indifférence. Elle était à ses yeux un moyeu de réunir des personnes de croyances diverses sur un terrain Uëutre , sans qu'elles fussent obligées de se faire des concessions mutuelles. H croyait que le but de oette société devait être toutà-foit pratique, parce qiie c'est dans la pratique que les diverses crojances peuvent toujours $ accorder ; mais qu elle était destinéeà réunir les lumières, les connaissances politiques qui se trouvent plws habituelle' ip&nt «tieje oeux qui professe©!: des opinions philosophiques, au zèle, qui est lé partage ordinaire des croyans. Sachant bien qu'il

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existait des chrétiens éclairés dans les questions politiques et économiques , comme il existe des philosophes actifs et zélés dans les bonnes œuvres, il croyait cependant que cette réunion était rare , et la Société de la Morale chrétienne lui semblait être un centre où chacun pouvait apporter le don qui lui était propre, pour le consacrer à l'utilité commune. Son désir était de donner une tendance toujours plus active à cette société, et il était en effet bieu placé pour former un lien entre les hommes religieux et les hommes du monde. Espérons que le bien qu'il a voulu faire s'accomplira , et que se$ vœux seront exaucés.

Enfi# rajlle part il ne s'élevait un établissement favorable, soit aux lumières, soit à la religiçw? > destiné à éclairer ou à soulager, qui ne trouvât chez Auguste non pas un protecteur commode, qui se ^patente de donner quelques sommes d'argent, et d'approuver par quelques discours, jçrjais un ami zélé, actif, intelligent, prêt à donner son temps et ses pensées , indépendamment des autres secours. On pouvait même lui reprocher de

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laisser trop envahir sa vie , de la trop dévouer au service de tous ceux qui s'adressaient à lui , et de ne pas se réserver assez de loisir pour la méditation et l'étude, à laquelle l'élévation de son esprit l'appelait aussi. C'était un tort que ses amis lui reprochaient, et dont il s'accusait lui-même : mais quel tort cependant !

Et quelle devait être la sympathie de cet être , dont on peut dire avec vérité que, dans quelque disposition qu'il se trouvât, jamais une créature souffrante ne Ta dérangé. Son temps était partagé entre Paris et Coppet ; mais ne voyant pas de carrière politique prête à s'ouvrir pour lui , il forma le projet de mettre à exécution ses plans d'améliorations dans la terre qu'il habitait en Suisse. Il cherchait en même temps à étendre son influence dans le département de l'Ain, où il avait choisi son domicile politique , et dont il espérait être un jour le représentant, (i)

(i) Voici comment s'exprime un des membres les plus influens du collège électoral de l'Ain sur M. de Staël : « Dès long-temps on regrettait que l'âge l'eût empêché de se placer au rang des candidats; et cette année , sans cet invincible obstacle , dans l'arrondissement électoral dont

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II conçut le projet d'un grand établisse* ment d'agriculture , dont le but était bien moins d'augmenter sa propre fortune que d'améliorer les travaux de la campagne dans tout le pays qu'il habitait , par de nouvelles machines et de nouveaux procédés , et de se créer des liens avec les habitans. Arrivé à l'âge de trente-deux ans , sans s'être jamais occupé d'agriculture , il se rendit maître de la science en très peu de temps, (i)

Nous transcrirons quelques passages de ses lettres , où l'on verra qu'il joignait tou-

il faisait partie, le même qui s'honora du choix de Camille- Jordan, un mouvement presque unanime l'eût porté au poste honorable qu'il ambitionnait, et dont il était si digne. »

(i) Nous joindrons ici un morceau qui nous a été remis par un des amis les plus intimes de M. de Staël, et qui l'a secondé dans ses travaux. .

« Arrivé à ce période de la vie où commence le besoin d'appliquer ce qu'on a recueilli dans le cours d'une jeunesse active , M. de Staël , éloigné encore , par son âge , de la carrière politique à laquelle il aspirait , voulut transporter dans la terre de Coppet les pratiques et les améliorations rurales qu'il avait observées pendant ses divers séjours en Angleterre.

« Il y était invité par son affection pour un séjour où sa

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