‹ Œuvres diverses de M. le baron Auguste de Staël: précédées d'une notice surChapitre 14 sur 51 · XX NOTICE · texte numérisé non relu

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jours une vue de bien moral à son désir d'amélioration matérielle. «Voici l'ensemble « de mon plan agricole : augmenter la terre «de Coppet soit par des achats, soit par

première jeunesie s'était écoulée au milieu de taut d'impressions et d'une existence morale telle qu'il n'en a peutêtre jamais existé nulle part; il y était invité par la beauté même de ce séjour et de ces campagnes qu'il voulait fertiliser; il y était enfin par l'intérêt qu'il portait à leurs habitans , auxquels il souhaitait de se rendre utile , en liant les perfectibniiemens de l'agriculture à ceux de l'éducation morale que tous ses efforts tendaient a leur faire donner.

« Il Voyait dans ces perfectionnemens le but naturel auquel devaient aboutir les résultats d'une éducation qui , après avbir développé lés facultés de l'homme champêtre , doit leur offrir une application et un emploi analogue â leur développement ; application que les populations rurales ne sauraient trouver que dans l'amélioration d'une culture qui leur est confiée.

«Tels étaient les motifs qu'avait eus M. de Staël pour entreprendre les travaux agricoles auxquels il s'est livré pendant quatre ans avec l'ardettr qu'il portait i tout ce qui méritait Son intérêt;

«Mais ces travaux eux-mêmes n'étaient pas de siinplës opérations d'agriculture destinées à perfectionner la culture 'd'un champ ; il avait vu de plus haut cette science d'application que l'on 'appelle âujonrdlitti l'agronomie. ' * ' ••■ • »

« M. de Staël s'ëtaît convaincu que l'assortiment des pro-

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« des échdiiges , et favoriser en même temps « là réunion des fonds de mes voisins ; trans- « former toutes mes mauvaises terres en prai- « ries ; augmenter le produit des bois par le

ductions qnfl fallait demander à la terré ne devait pas seulement être calculé d'après leur aptitude relative à donner telle ou telle récolte, mais qu'A fallait avant tout consulter, dans le choix àei récoltes , les circonstances générales dans lesquelles chaque pays se trouvait plàéé ; en sorte que chacun d'eux vint à produire celles des récoltés dont le profit devait être le plus considérable, par cela même qull serait exempt de concurrence.

« C'est ^ce point de vue, nouveau en agriculture, et dont M. de Staël avait fait le principe dirigeant de ses entreprise* rurales ; 'c'est ce £omt de vue qu'il a exposé , en ces termes , dans l'on dé ëes écrits. -

à L'e*p&îèncé , d'accord avec les meilleur* principes de «Vècônôttiië politique, nous apprend depuis long -temps « qu'il n'y a pas décapitât mém'* rffilèti^trt èttlplbyé , que « celui que l'on Consacré a lit culture des céréales sur un « sol dé qualité inférieure , dati*un pays ou l'accroissement

* de la ^ population et de là richesse a porté le prix des «terres âun taux élevé. Cultiver du blé sur des tei>- « tsirii dont ïk Valeur Véndlé ëât Considérable , et Ja fécon- «dlté si médiocre Qu'ils prodnîseM 'à 'peine quatre à

* cinq jkfar un, tandis qu'il exiétte encore dans tant <le « payS , avec lesquels le commerce nous met en relation , «tirië massè'énbrtne de terres de première quahté r»pp*vv tant plus de vtagtfbislft «emence ;et qui stoffrent presque

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ce travail de mes chevaux , et celui dés prés ce par mes moutons ; réunir à Goppet l'élite ce de mes chevaux et de mon troupeau , de « manière à suivre de près les expériences ,

« gratuitement an premier occupant , c'est , ce me semble , « le plus mauvais de tous les calculs.

« En vain les agriculteurs , mécontens du bas prix des «céréales, demanderont -ils à la législation un remède « qu'ils ne peuvent trouver que dans leur propre intelli- « gence ; en vain , pour leur complaire , le gouvernement « s'embarquera-t-il dans la funeste voie des prohibitions: « ces prohibitions ne feront qu'accroître le mal qu'elles « sont censées devoir prévenir ; elles rendront plus brus- « ques les variations dans les prix , et compromettront le «bien -être de la classe ouvrière / sans apporter aucun « avantage durable aux propriétaires fonciers.

« 1a culture des céréales n'est vraiment profitable que « dans les pays neufs dont le sol est fécond et la population « peu nombreuse ; dans ceux , au contraire , où la richesse « et la civilisation ont fait de grands progrès , l'agricul- « teur intelligent doit consacrer ses capitaux à des, cultures « industrielles , telles que la vigne , le mûrier y l'oli- « vier, etc. , etc. , si les circonstances locales le favorisent. « Mais s'il a à exploiter des terres inférieures par leur a qualité et leur situation , il fera bien de n'en tirer que ■ « l'espèce 4e denrjée» qui , en raison de leur grand encomc u brement et de la difficulté de leur transport, n'aient « point à redouter la concurrence étrangère, Dç ce nombre « sont les fourrages , que l'on peut , suivant des données»

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a et à pouvoir en montrer les résultats aux « agriculteurs qui se réunissent ici une fois « par mois : voilà l'affaire matérielle. Si je <c puis la suivre jusqu'au bout , je crois qu'elle

« qui varient, vendre en nature, ou faire consommer par « différentes races d'animaux domestiques.

« Le trop grand excès de terres arables sur les prairies « est un défaut commun à l'agriculture de presque tous les «pays où s'est transmise la civilisation romaine; dans « ceux , au contraire , où les mœurs germaniques ont pré-» « dominé, une beaucoup plus grande partie du sol a été « consacrée au pâturage et à l'éducation des bestiaux.

« C'est en partant de ce point de vue général , que je « me suis tracé le plan de quelques expériences , qui , soit « qu'elles réussissent ou qu'elles échouent , ne. seront pas, « j'espère , sans utilité. A défaut de mes succès, mes voir- « sins pourront du moins profiter de mes fautes.

« Voici un aperçu des problèmes que je cherche à ré- « soudre par la pratique :

« i°. Convertir des terres arables d'une nature froide et « argileuse en prairies naturelles ou artificielles ;

« a°. Améliorer des prairies humides , les assainir par « l'emploi d'un, instrument appelé charrue-taupe ;

« 3°. Diminuer la dépense des bâtimens rustiques par « l'adoption d$ procédés propres à conserver les récoltes « en plein air;

« 4°. Améliorer la race des chevaux , en suivant le sys- « tème qui a valu à l'Angleterre une si grande, supériorité « en ce genre ^ h ■ "

haut notice

a géra assez profitable à la longue ; en tout « cas, si j'ai seulement deux ans (il écrivait « cela en 1 8a5 ) , mon entreprise pourrait «être rompue, et mes fonds reloués à dés

« 5°v Naturaliser sût le continent là face de* xnbutoris « anglais à longue laine. % '"

k On conçoit combien la solution de tète problèmes, appliqués à la matière agricole/ a dû exiger de surveillance et de .suite, précisément parce que les détails q>'eHe né* cessite ne peuvent pas se régler comme dé sftnplës travaux maouelf. Il faut que l'intelligence y pourvoie sans relâche, et; prfr con^équënk , ces deutrïlà ne peuvent 9ftrè confiés qu'à des cheft d'ëmplof responsables.

« Or, il est diftette de régir tin pèrtfotinel de cfeftéespecè, puisqu'il faut faire teouvéh* et concourir à un but coin^ Tflun «en dififéren* cnefi , tttas qii'il s'ëmeuve entré eux de contestation* ni de plaintes.

«Cekt à quoi M. de Staël était parvenu, par l'adoption d'un système administratif qu'il appelait délibérant, et dont l'erpériertce è démode le Succès: » : ' '

«Tous les gens âèé fermes se réunissaient -, & la fin de chaque semaine, dans n*e latfsettblée 4 -que pr&fâ&it ftf. de Staël ou son "fondé de pofcVèSrs. Les deux chèfe ' dés tra- *reui agricoles contalènçaiënt par rentbë edmfpte^de Tèxécution des travaux qui avaient du s'opérer dans la semaine écoulée ; ils exposaient lès obstacles qui le* av&iënt éritravéS , et 1 ouvrage imparfait était reporté au procès-verbal de là semaine suivante.

<c Les chefs des étables et des bergeries rendaient à leur

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« fermiers , sans perte pour ceux qui me sucer céderaient. »

De temps en temps j il réunissait chefc lui des personnes qui s'occupaient d'agriculture

tour le même compte , et exposaient ainsi l'état des animaux qui leur étaient confiés, celui des consommations qu'ils avaient absorbées, et des travaux qu'ils avaient exécutés; en sorte que le tableau de l'état des fermes se trouvait ainsi arrêté chaque semaine*

« La délibération commençait après ce premier tour* Elle portait sur les travaux de la semaine qui allait s'ouvrir. Chacun exposait , en ce qui îe concernait , ceux qu'il croyait être les plus opportuns. Cet exposé se combattait contradictoirement , d'abord entre ceux qui devaient y concourir, mais aussi avec tous ceux des assistans qui croyaient avoir une meilleur idée à proposer. H ressortait presque toujours de ces débats une décision qui Réprouvait plus de résistance, parce qu'elle résultait du concours de tous) aussi ont *■ ils produit un ensemble dans les Opérations , qu'on aurait à peine obtenu par l'effet d'une surveillance et d'un commandement perpétuel.

«Cet ensemble embrassait tout le champ deFeiploitatiôn, par la raison qu'en traitant des* travaux- de la semaine , il fallait nécessairement exposer le plan auquel ifs se rattachaient. Tous le* employés dès fermes connaissaient ainsi ce plan , ils pouvaient l'apprécier et s'en faire ttne idée juste , puisqu'ils avaient ëùx-mêmes 'assisté et condduru à son développement, lioin d'être ainsi étrangers aux desseins présens et futurs de M. de'Stuel,' il tes 'avait au cdn-

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dans les diverses classes. «Mes déjeuners ce agricoles, écrit-il, ont quelque utilité; c'est a une manière de rapprocher des hommes de « classes et d'opinions différentes , de mettre ce en circulation quelques notions utiles , et « un moyen d'inspirer aux paysans le désir «c du perfectionnement. » Ses observations sur les paysans prouvent autant de sagacité que d'intérêt pour leur bien moral. « La « différence entre ceux qui ont le goût de la « vérité et du perfectionnement , et ceux qui « ne vivent que de routine et d'égoisme , a écrivait-il encore , est plus saillante chez

traire intéressés à leur réussite , et trouvé dans leur zèle la récompense de sa bienveillante autorité.

« Cette bienveillance , qui était un des traits dominans du caractère de M. de Staël , l'avait porté à réunir une fois chaque année , en présence d'un ciel et d'un lac d'azur, tous les amis de l'agriculture et de la liberté qui venaient de tous les points de l'Europe , comme les députés de la civilisation , pour se communiquer, au sein de ce cosmopolisme rustique , tout -ce qu'enfante aujourd'hui le développement social des peuples , en exprimant pour premier vœu que l'affranchissement du commerce délivre enfin 9 partout, les produits de la terre et de l'industrie humaine des entraves qui changent leur direction naturelle, ou étouffent, leur production. *

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« les paysans peut-être que dans aucune autre « classe. Ils ont beaucoup d'esprit ; ce qui «leur manque, ce sont des idées morales <c plus larges et plus vraies , et surtout de la « sincérité. Mais en se donnant pour prin- « cipe de leur dire de prime-abord la chose « dont ils supposent qu'on leur fera un mys- « tère , on finit par prendre aisément de l'em- « pire sur eux. »

«Le dimanche matin, je réunis, avant « l'heure du sermon ou de la messe , toutes « les personnes que j'emploie habituelle- « ment. Je me fais rendre compte de ce qui « s'est fait et de ce qui se fera. Je demande « les opinions , comme dans un conseil de « guerre , et je mets aux voix les questions « douteuses; petite forme républicaine, qui « les amuse. Ensuite j'explique mes idées à « chacun , selon la partie dont il est chargé ; « cette méthode met de l'activité et un esprit « de famille dans mon affaire , et un ensemble « de volonté , qui est l'essentiel. »

On voit assez par là comment M. de Staël, en mettant un vif intérêt aux améliorations matérielles, en prenant plaisir à tous

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les embellissemens de l'existence, savait les rattacher toujours à une pensée morale ; deux sçntimens qu'il est quelquefois difficile de concilier, l'activité et l'intérêt pour les choses de ce monde , avec le détachement de cette vie 9 étaient merveilleusement combinés dans spn âme. Il savait aussi , par une faculté particulière d'imagination , vivre dans l'avenir, animer toujours son existence jçt celle de§ autres par de nouveaux projets , et en même temps il avait nn sentiment constant de la fragilité de la vie* comme on peut le voir par les lettrps citées. Il vivait habituellement en face de la pensée de la mort» sans que jamais cette pensée décolorât la vie pour lui ; ses projets , comme ses sentimens , se portaient toujours hqrs de lui. Ils se rapportaient tous au bonheur des autres , aux progrès des lumières, de ]#. religion. Jamais personne ne s'e$t plus regardé comrçie ijn instrument dans la main de la Providence, et le sentiment que cet instrument était fragile , et qu'un instant pouvait le briser, n'a jamais ralenti l'intérêt ni l'activité qu'il portait à son œuvre. Aussi , quand on parcourt

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aujourd'hui ces lieux qu'il apimait de son ardeur, quand on voit tqutfâ,<&£ améliorations commencée?, on est saisi d'une mélancolie profonde ; mais cç ft'çst pourtant pas cette tristesse amère et sans$ppérance qu'on ressent en voyant les projets des hommes ae?

tifs de ce monde arrêtés au milieu de leur course : tout n'a pas fini , quand il a quitté cette terre ; il a déposé dans toutes ses entrer prises uns .pensée d'éternité , et le bien qu'il a voulu faire se perpétgçra après lui

Dans lp courant de l'année *8a4r il publia deux articles dans le Journal des Archives du Çhrifitiptyjsme) à l'occasion de quel? ques persécutions re^gieuss$ qui eurent lieu dans le çanfqu de Yawl. Op. a tout lieu d'efrr pérer que ces (écrits ont e» une heureuse in-r fluence , et qu'ils ont contribué à ramener le gouvernement à des voies plus douces et plus équitables. Lps opinions de M. de Staël se trouvaient d'accord Sur quelques points avec les personnes persécutées soh« le nomridi* cule de mômiers; iuaia, sur plusieurs questk>ns, U adjoignait tout-à-faii; de l#w manière de vwv: Ce n'était donc pas comste

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professant telle ou telle nature d'opinions qu'il les défendait, mais comme des opprimés. C'est- la cause de la liberté de conscience qui est plaidée avecforceet talentdans ces deux brochures , et non celle dune secte en particulier, La cause des opprimés fut toujours la tienne ; car jamais un appel à sa générosité n'est resté sans réponse. En effet un des traits les plus prononcés du caractère d'Auguste, c'était la générosité, l'élévation d'âme. C'était, chez lui , un mouvement involontaire que de prendre la défense du faible. Il ne lui était pas possible de profiter contre qui que ce fût du moindre avantage , dans la plus légère discussion , comme dans la situation la plus difficile; son intérêt était toujours mis de côté, il s'oubliait lui-même de premier mouvement,

Cette qualité sublime , que madame Necker a si bien définie par ces paroles : « La ce négligence des grandes âmes pour ellesc mêmes , inimitable trait de leur beauté na- « turelle » , est peut-être la seule qu'on ne puisse acquérir en travaillant sur soi-même ; car elle consiste précisément à agir par en-

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traînement, et l'effort le plus louable en changerait le caractère.

L'année d'après il publia un volume de lettres sur l'Angleterre que les Anglais ont regardé comme un des livres qui font le mieux connaître leurs institutions. Dans la première partie de l'ouvrage, il discute avec un jugement fin et impartial les questions fondamentales de l'état social en France et en Angleterre; il peint, dans la seconde, avec une grande vivacité de couleurs le mouvement même de la société anglaise. On voit dans ce livre un goût très vif pour la nation anglaise , mais il nous semble qu'on se tromperait^ l'on n'y reconnaissait pas un profond amour pour la France, une préférence décidée pour les idées que la révolution française a établies chez nous, et pour la nature des esprits français. Sa raison était plus satisfaite par les idées d'égalité, de tolérance complète qui régnaient en France, mais le spectacle de la liberté pratique plaisait vivement à son imagination , et c'est pour cela qu'il l'a si bien peinte , car la plus grande source de l'intelligence des objets est peut-

OEUVRSS DU B°* ÀUG. DE StàEL. I. f

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être dans une disposition sympathique et bienveillante. Il déploie un talent remarquable pour raconter, pour démêler dans plusieurs circonstances celle qui donnera de la vie au récit, qui fera apparaître l'objet devant les yeux du lecteur. Du reste il montrait souvent ce talent dans la conversation. La facilité extrême avec laquelle il parlait anglais , était une donnée heureuse pour juger le pays. W. Scott a dit qu'il était le seul étranger qui parlât cette langue comme un homme du pays.

Cette même année , il entreprit un voyage dans le midi de la France, dont le but était de visiter les différentes églises protestantes, d'encourager l'établissement de sociétés bibliques , enfin de ranimer le zèle. M. de Staël se trouvait naturellement, par son nom, par sa fortune, par ses opinions, et par l'absence de toute autre occupation obligatoire , le centre de tous les protestans zélés de France. Bien que son zèle embrassât toutes les institutions qui se rapportaient au bien de l'humanité , défendre les intérêts des protestans, encourager leurs établissemens,

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était ce qu'il envisageait comme sa mission spéciale.

Dans ce voyage , il visita Lyon , Annonay, Orange, Marseille. Dans tous ces différons endroits, s'il se trouvait déjà des sociétés bibliques établies , elles se réunissaient pour le recevoir; il les encourageait , et les animait; où il ne s'en trouvait pas encore , il demanda et obtint presque partout la promesse d'en établir. Il visita en même temps les écoles, les hôpitaux, et fut toujours reçu par les protestans comme un frère et un guide; à Nîmes, les ouvriers se réunirent pour le prier d'assister à leurs associations bibliques ; à Bordeaux on le força à distribuer des prix dans les écoles.

Il souffrait de cet accueil, par l'aversion des éloges qu'il croyait non mérités , par la terreur de passer pour supérieur à ce qu'il se jugeait lui-même, « C'est une chose a désolante, écrivait- il, dans l'effusion de « son cœur, à un de ses amis , de passer pour « meilleur qu'on n'est. Si l'on accepte les « témoignages de bonté qui vous sont offerts, ce on se sent hypocrite ; si on les repousse ,

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« les autres prennent pour de l'humilité ce « qui n'est que la simple vérité , et Ton n'y ce gagne rien. » Ce voyage a laissé beaucoup de traces. Les associations d'ouvriers, les sociétés bibliques ont été fondées là où il les avait désirées. Il a contribué à établir des relations réciproques, entre des églises qui n'en avaient eu auparavant qu'avec Paris , et ces relations ont donné beaucoup plus de vie et de consistance au protestantisme en France; enfin, ce qui est plus important, il a jeté dans les cœurs des germes de piété qui ne pourront être détruits.

Il visita Nantes ; ce fut là qu'il acquit la preuve de la continuation du trafic des Noirs. Il s'assura par lui-même de la construction particulière des vaisseaux négriers, parvint à se faire donner des fers qu'on leur destinait , et dès-lors son unique pensée fut d'obtenir la cessation d'une telle barbarie.

M. de Staël apportait au service des idées élevées auxquelles il se dévouait, une capacité dans la pratique, une connaissance nette et précise de tous les détails matériels de la vie, qui ne se trouvent pas souvent

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réunies à de hautes méditations et à un généreux enthousiasme. Il était ce que les Anglais appellent a matter offact man /les moyens d'exécution, les obstacles lui étaient très bien connus, et en même temps sa pensée était toujours occupée des objets les plus élevés , du service de Dieu et du bien de ses semblables. L'expérience des difficultés n'avait rien ôté à son zèle et à sa confiance dans le succès de la bonne cause, tout comme son esprit, naturellement sagace et même un peu sévère , n'ôtait rien à sa bienveillance universelle. De retour à Paris, il demanda une audience à Monsieur le Dauphin, et lui montra les fers qu'il / avait rapportés , preuve incontestable de la continuation du trafic des Noirs. Ces plaintes furent reçues comme elles devaient l'être par un prince chrétien et ami de l'humanité. Il ne se contenta pas de cette démarche; il s'adressa à toutes les autorités qui avaient influence dans cette question; surtout il réveilla l'opinion publique , en s'en entretenant de toutes parts. « Cette question , écri- « vait-il , me préoccupe tout entier ; j'écris

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« et je fais écrire dans tous les sens , et j'ex- « prime mon indignation à tant de monde « que cela finira peut-être par produire « quelque effet. » A rassemblée générale de la Société de la Morale chrétienne, il raconta son voyage à Nantes ; il montra ces horribles fers au public. Nous osons dire que te souvenir de ce discours restera longtemps gravé dans la mémoire de ceux qui assistaient à cette assemblée. M. de Staël était vivement ému ; l'émotion , comme toujours , exaltait ses facultés ; il la fit pénétrer dans toutes les âmes : en même temps il expliqua avec tant de précision l'usage barbare de ces fers , et la situation des malheureux esclaves , que ceux même qui n'avaient aucune notion sur la marine , pouvaient se représenter un vaisseau négrier avec une clarté parfaite. Enfin quand il s'arrêta , au moment de prononcer le nom des coupables, pour leur laisser le temps de se repentir avant d'être livrés à l'animadversion publique , il y avait dans son expression une si noble colère contre le crime, et une charité chrétienne si sincère pour les malheureux auteurs,

SUE M. LE BAROU AUG. DE STAËL. llXXVij

qu'il était impossible de n'en être pas profondément ébranlé.

Nous relèverons à cette occasion un des contrastes du caractère de M. de Staël , qui peut en même temps servir à s'éclairer sur les effets moraux du christianisme. Les adversaires de l'Évangile ont prétendu qu'il pouvait nuire à l'énergie morale et à la fierté de caractère par ses préceptes d'humilité et de pardon des injures. M. de Staël était une réfutation vivante de cette objection. Personne ne s'indignait plus vivement que lui contre l'injustice ; il était même alors sujet à s'emporter : il palissait de colère ; ses lèvres tremblaient. Il disait souvent qu'il aurait de la peine à se contenir dans une assemblée , s'il entendait exprimer certaines maximes qui lui paraissaient choquantes. Mais il semblait accomplir à la lettre ce précepte de l'apôtre : a Courroucez-vous et ne péchez a point. » Car jamais l'irritation contre l'injustice ne lui inspirait de sentiment haineqx contre celui qui l'avait commise ; jamais il ne se serait occupé d'un tort comme fait à lui individuellement , mais bien de l'offense

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faite à la raison ou à la justice dans sa personne. C'était le mal moral qu'il attaquait , c'était un principe et non un être contre lequel éclatait sa juste indignation.

M. de Staël servit la cause des malheureux Grecs avec le même zèle qu'il avait mis à obtenir l'abolition de la traite des Noirs. Il les secourut de sa fortune, et leur consacra son temps. Il travailla activement dans le comité ; il s'occupa beaucoup des quêtes qui eurent lieu en 1826. Dans un voyage qu'il fit en Angleterre, à cette époque, il s'efforça de réveiller l'opinion de tous ses amis en faveur des Grecs. « Mes paroles « n'ont pas été entièrement perdues , écrire vait-il ; on me propose d'aller à une réunion « religieuse pour y parler de cette sainte (c cause ; ainsi voilà donc une lueur d'espé- « rance. »

Cette même année , il éprouva une perte assez considérable dans sa fortune. La moitié d'un bâtiment nouvellement construit pour son entreprise agricole fut brûlée, avec une abondante récolte. Il était absent , et n'arriva que le lendemain. Une fausse

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nouvelle lui fit croire au premier moment que tout Coppet avait été brûlé, et qu'il avait tout perdu. Mais sa seule question fut pour s'informer s'il n'était arrivé aucun accident à personne ; et la joie et la reconnaissance qu'il éprouva de ce qu'aucun individu n'avait souffert , ne laissèrent pas place à la moindre peine pour ce revers de fortune.

On le vit arriver joyeux et souriant, au milieu de ce désastre, et répétant ce qu'il disait souvent dans toute occasion importante :

« Il y a quelque bonne raison pour cela , ce bien qu'elle ne nous soit pas connue ; mais « ce n'est pas en vain que la Providence l'a « permis. » Un des points les plus arrêtât de sa conviction , c'était que tous les événemens de ce monde contribuent à notre éducation, et sont dirigés vers ce but par la main paternelle de Dieu, ce II y a une voix « qui nous parle , disait-il , dans toutes les « circonstances de notre vie, si nous voulons « l'écouter. J'attends l'explication, ajoutait- « il quelquefois (en parlant d'un événement «qui paraissait bizarre ou injuste); je ne <c comprends pas encore, mais cela viendra. »

XC 1TOTICE

Cet incendie avait été pour lui l'occasion d'émotions très douces. L'affection qu'on lui portait dans le pays s'était manifestée d'une manière bien touchante. On était accouru de plusieurs lieues à la ronde.; plus de seize cents personnes se trouvaient réunies, et un nombre étonnant de pompes à feu avaient été amenées.

Arrivé à cette époque de sa vie , M. de Staël sentit le besoin de rendre son existence plus complète et plus fixe, en s'unissant à une compagne qui l'aidât à marcher dans la voie qu'il avait choisie. Préoccupé surtout du désir de trouver de la sympathie dans ses croyances intimes , il tourna ses regards vers une famille profondément pieuse, mais dont la piété douce et tolérante s'accordait avec la sienne. Il s'unit à M lle Adèle Vernet , fille d'un des premiers magistrats de la république de Genève, et dont la famille avait été alliée avec la sienne. La piété tint pour lui les promesses de la we présente; il jouit d'un bonheur qui réunissait toutes les joies de cette vie à toutes les espérances du ciel. Il ne nous serait pas possible de parler

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