‹ Œuvres diverses de M. le baron Auguste de Staël: précédées d'une notice surChapitre 15 sur 51 · SUR M. LE BAROF AU G. DE STAËL. XCJ · texte numérisé non relu

SUR M. LE BAROF AU G. DE STAËL. XCJ

en détail de cette union fortunée : c'est un contraste trop cruel que la peinture de tant de joies à côté de tant de déchiremens ; et se retracer, comme dit le Dante , le temps heureux dans tes jours du malheur, c'est la plus grande des douleurs; d'ailleurs il est des sentimens si délicats , que les exposer aux regards du public , ce serait les flétrir. Ils ne doivent être connus que des cœurs qui les éprouvent , et de Dieu qui les inspire et les bénit- Mais nous parlerons des progrès frappans que fit , pendant cette dernière année , cette âme que Dieu préparait pour le ciel. Le besoin d'amener à la foi en un Sauveur tous ceux qui l'entouraient, de leur faire part du trésor qu'il avait trouvé, était devenu de plus en plus impérieux dans son âme. Depuis plus d'une année , il avait établi dans sa maison le culte domestique ; il joignit à la lecture de l'Evangile quelques explications pratiques, très utiles à ceux qui l'écoutaient. Le dimanche , il avait distribué ses heures de manière à laisser à ses domestiques tout Je loisir possible pour se livrer à des pensées

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pieuses , et le soir, il réunissait toute sa maison et les gens de sa ferme pour un seryice très simple , mais édifiant. Il était constamment occupé du désir d'inspirer la vraie piété du cœur à tous ceux qui le servaient, a Ce sera un sentiment bien doux , écrivait*! « peu de semaines avant sa mort , si jamais je « vois une impression réelle produite par ce a culte domestique. »

Goppet était de plus en plus devenu le centre de son existence, depuis son mariage.

Il avait fondé une bibliothèque populaire.

Ayant fait les avances les plus considérables, il avait décidé les habitans à souscrire euxmêmes, et leur avait fourni les livres les plus utiles. Le dimanche matin la bibliothèque s'ouvrait ; on allait y prendre des livres : il se réjouissait de voir le goût des lumières se répandre , et s'affligeait seulement quand on lui disait qu'on lisait peu les livres religieux. Il avait changé l'ancienne école en une école d'enseignement mutuel ; il avait commencé à en établir une pour les tout petits enfans , suivant le modèle des baby-schools anglaises ; il s'occupait lui-même des erifans plus âgés ,

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les encourageait de ses conseils. Il visitait les pauvres , et joignait les consolations aux secours. Il rendait de plus en plus ses occupations agricoles avantageuses à tout ce qui l'environnait. «Le pays , disait-il , commence « à profiter de mon entreprise. » Il était en correspondance avec toutes les sociétés d'utilité du canton de Vaud. Enfin ce n'est point une exagération de dire <jue tout son temps était employé au bien de l'humanité. On n'en doutera pas , si l'on se rappelle la liste de ses occupations , que nous avons citées ; et , en parcourant ses papiers et ses comptes, laissés dans un ordre parfait, on a pu se convaincre de la vérité de cette assertion. Il serait peut-être difficile de citer des traits dans cette vie; car elle était tout entière comme une seule œuvre. Le bonheur semblait être le dernier moyen choisi par la Providence pour achever son éducation morale.

Ce bonheur avait dissipé une disposition au découragement qui l'arrêtait quelquefois.

Les nouveaux devoirs qui se présentaient à lui l'avaient aussi guéri de certaines habitudes d'irrésolution causées peut-être par

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trop de scrupules , et qui avaient eu des mconvenions dans la conduite de sa vie. Devenu le guide d'une autre, destiné à être chef de famille , il avait acquis une fermeté et une netteté de vues des plus complètes.

L'accord parfait de tous ses sentimens satisfaisait cette soif de la vérité qui le possédait. Jamais âme n'eut plus le besoin d'être vraie. La crainte d'affliger les autres , et l'impulsion de dire toute sa pensée étaient en lui deux sentimens si forts , que parfois ils se combattaient. Il cherchait souvent à aborder le point de divergence d'opinions avec ceux qu'il voyait, afin de ne pas leur laisser croire à une fausse harmonie, et en même temps sa bienveillance si aimable le, poussait à chercher tous les points de conciliation. Il voulait mettre d'accord son expression avec sa pensée, et les mesurer, si l'on peut ainsi s'exprimer, l'une sur l'autre.

Il s'occupait à écrire un second volume sur l'Angleterre , dont les premières pages seront jointes à ses œuvres. Enfin , il avait commencé à rédiger les raisons de sa foi au grand dogme du christianisme, le Salut

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