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gratuit, par Jésus*Christ ; mais il ne put en écrire que quelques pages. Cette croyance était la base de sa religion ; il reconnaissait avec tous les chrétiens évangéliques , qu'il ne devait son salut qu'à la miséricorde de Dieu , par le sang de son Sauveur, sans se confier en aucune de ses œuvres , et en se regardant comme condamné, s'il eut été jugé suivant la justice. Dans une lettre écrite un mois avant sa mort , il dit : <c J'ai lu l'ad- « mirable sermon de M, Gaussen , sur le ser- « pent d'airain ; ce passage de l'Écriture a «un grand empire sur moi. Dix fois par «jour, lorsque je me sens assailli par de « mauvaises pensées , j'ai le mouvement d'é- « lever les yeux au ciel , et d y chercher le « symbole de la croix. »
Après cette première croyance fondamentale , les idées qui l'occupaient le plus habitueDement, étaient celles que nous avons déjà citées, la confiance dans l'éducation que la Providence nous donne , le sentiment continuel de la fragilité de l'existence, la nécessité de rendre compte de son temps, dç sa fortune , de ses talens. « Je n'ai pas le
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ce sentiment que ma fortune m'appartienne , « disait-il , même avant son mariage ; je ne « puis disposer à mon gré de ce qui m'est « confié dans un but. » Il envisageait de plus en plus la vie comme un chemin qui nous conduit ailleurs. Il répétait continuellement: Qu'importe la. route P Ce qu'il faut demanr der à Dieu, c'est d'avancer.
Il cherchait en tout la conformité à la volonté de Dieai ; il envisageait chaque ac-r tion sous ce point de vue , depuis la plus puérile jusqu'à la plus grande ; et il avait compris ce passage de saint Paul : ce Faites m tout pour la gloire du Seigneur. » Il éprouvait un besoin continuel de la prière; il était convaincu du secours du Saint-Esprit, de la nécessité d'être régénéré par lui pour aller à Dieu. Mais il craignait et évitait toutes les discussions théologiques, ce Le christia- « nisme , disait-il , est, avant tout , une reli- <c gion pratique , qui ne se révèle à l'intelli- « gence humaine que par la prière et par «l'action.» Il disait un jour, à l'occasion d une discussion sur la grâce et le libre arbitre , pour faire sentir la nécessité de ra-
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mener toutes les vérités à l'accomplissement de la loi. ce En deux mots , ma croyance est « qu'on doit travailler comme si l'on pouvait « quelque chose , en sachant qu'on ne peut « rien. » Il se reposait sur la miséricorde de son Sauveur ; il trouvait dans cette conviction la paix nécessaire à son âme. « Il me « semble , disait-il , que je suis un enfant qui « peut bien offenser son père, mais qui ne «peut jamais en être abandonné. » C'est ainsi qu'il exprimait cette confiance dans le pardon de Dieu, qui est devenue, sous un nom théologique, le sujet de discussions ardues , mais qui n'est en réalité que l'espérance filiale que nous inspire l'Esprit divin , quand il crie mon Père dans notre cœur.
Il détestait l'intolérance; toute doctrine exclusive, toute doctrine qui mettait des bornes à l'infinie miséricorde de Dieu , et décidait d'une manière définitive le sort de ceux que la Providence a rappelés à elle, était repoussée par lui. « Gomment exiger « une foi positive, écrivait-il, à ces doctrines « que tout notre cœur repousse , non seule-
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cernait notre cœur méchant et terrestre, <c mais notre cœur déjà réchauffé par la saoc gesse d'eri-haut. » Le bonheur dont il jouissait avait augmenté son humilité ; il s étonnait de sa destinée , et ne pouvait se lasser de répéter qu'il était indigne des bontés de Dieu. Il était poursuivi par la crainte d'être ingrat envers ce Père miséricordieux , de ne pas servir sa cause , d'être un serviteur inutile. Le redoublement de son zèle vérifiait ce passage de David : « Seigneur, puisque tu « as mis mon cœur au large , je courrai dans <c la voie de tes commandemens. * On retrouvait chez lui cette disposition que nous avons signalée dès son enfance; ce besoin de se dévouer, de servir ce qu'il aimait ; et ce même Auguste qui , tout enfant, voulait être utile à sa mère, et se désolait de n'avoir pu y réussir, arrivé à l'âge mûr, portait au service de son Dieu la même ardeur craintive y la même humilité. Ainsi la Providence jette dans notre âme les germes qu'elle doit développer : le ciel s'obscurcit, les mauvais jours arrivent , la tempête menace de les détruire , mais la main paternelle de Dieu les
surveille et les préserve, pour les transporter dans une terre meilleure.
Malgré cette humilité toujours croissante , il disait souvent : « Je sens mon âme renou- « velée ; je crois me sentir renaître. Je répète « souventce vers de nos psaumes, écrivait-il : » « Mon Dieu, mon Dieu, quand sera-ce que « mes yeux verront ta face ?» « Il me semble « quelquefois que mon âme tend vers Dieu 9 « et que , malgré le bonheur dont je jouis , «passer dans un monde meilleur est un «bonheur auquel j'aspire, et que j'y suis « appelé. » On voit que toutes les joies dont il était environné n'empêchaient pas son âme de s'élever vers le ciel ; c'est là le carao tère du bonheur pur, dé pelui que Dieu donne ; il n'enchaîna pas notre cœur à cette terre ; il l'attire au contraire à la félicité éternelle , car il jaillit de la même source , et l'âme altérée n'eu éprouve que plus vivement le désir, de se réunir, à son Dieu.
La vie de M. de Staël était t comme nous voyons , consacrée au service de Dieu ; mais l'intérieur de Coppet était loin de présenter un aspect sombre et austère; le bonheur