ET DE L'ÂGE
Uir des caractères les plus saillans de l'époque actuelle, c'est la grande finesse d'instinct, la parfaite sagacité que montrent les nations dans leurs jugemens. La politique, qui formait naguère une science occulte, réservée à un petit nombre d'adeptes, est devenue aujourd'hui le domaine de tous les citoyens. Cette vérité est plus frappante en France que dans aucun autre pays. A peine le gouvernement a-t-il adopté une mesure, que le public s'en empare : elle est examinée sous toutes ses faces, les motifs en sont appréciés , les conséquences en%ont pressenties avec une admirable promptitude. Aucun artifice, aucune arrière-pensée n'échappe à l'examen tout à la fois rapide et infaillible de l'opinion publique.
Loin que l'on doive s'alarmer de cette activité ingénieuse des esprits, elle me parait un des élémens les plus salutaires de notre organisation
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sociale. Par là , je l'espère, nous serons préservés à l'avenir de la triste influence de ces prétendus hommes d'État , dont toute l'habileté consiste à savoir par quelle ruse mesquine ils feront tourner la circonstance au profit de leur ambition , par quelle sorte de bassesse, ils parviendront à plaire au pouvoir du moment, ou quels sont les différens genres de séductions auxquels des âmes vénales sont accessibles. De tels hommes cessent d'être dangereux au grand jour de la liberté : leur industrie honteuse ne trouve plus d'emploi; ils n'ont ni des vues élevées, ni des connaissances solides , ni une éloquence entraînante. Que ferait- on d'eux dans un gouvernement représentatif? A quoi la ruse peut -elle servir quand il est sûr qu'elle sera déjouée?
Nous venons d'avoir sous les yeux un exemple frappant de cette sagacité politique qui distingue particulièrement les Français. Un membre de la Chambre des Pairs , connu jusqu'ici par des opinions très inoffensives , a proposé dans les termes les plus doux , les plus prudens en apparence, quelques modifications à une loi dont le principe est excellent sans doute, mais qui est pourtant susceptible de plusieurs améliorations importantes. —Qu'en est-il résulté? L'alarme a été générale ; de toutes parts sont arrivées de nombreuses pétitions pour supplier les
Chambres de repousser l'orage qui s'annonçait. En vain les fauteurs de la motion se sont-ils plu à répéter que c'était s'effrayer sans raison , que de légers changemens proposés dans les formes constitutionnelles ne méritaient pas de causer un tel effroi; la France ne s'est pas méprise un seul instant à de pareils discours ; l'instinct de tous a été plus ingénieux, plus habile que l'adresse de quelques uns. L'on a reconnu les éclaireurs de l'armée ennemie , et l'opinion a déployé ses bannières.
Que l'on ne croie pas toutefois que l'amour des Français pour la loi des élections soit un culte aveugle et superstitieux qui repousse tout examen , et s'attache sans discernement à la lettre comme à l'esprit. Ce serait une erreur fort grave. Ceux-là même, à qui la motion de M. le marquis Barthélémy a causé le plus juste effroi , savent fort bien que l'état de notre représentation nationale exige des perfectionnemens nombreux ; et personne ne s'alarmera d'une discussion franche à cet égard.
L'augmentation de la Chambre des Pairs, qui a été la conséquence de l'attaque tentée par l'ancienne majorité de cette Chambre contre la loi des élections , est une mesure importante ; et ce serait la considérer d'une manière superficielle que de n'y voir autre chose qu'un expé-