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dient du ministère pour s'assurer quelques voix de plus. -—Sans doute cette mesure est imparfaite, et peut être critiquée sous plus d'un rapport; mais elle n'en promet pas moins deux résultats essentiels ; l'un de former quelques liens nouveaux entre la nation et une Chambre qui lui a été jusqu'à ce jour presque inconnue; l'autre , d'amener, par un enchaînement forcé, une augmentation considérable de la Chambre des Députés.
La possibilité de consolider en France l'institution de la pairie, est un des problèmes les plus délicats de notre organisation constitutionnelle, un de ceux sur lesquels nos publicistes sont le moins d'accord. Les plus distingués d'entre eux ont varié dans leurs sentimens à cet égard , et ont soutenu de très bonne foi les thèses les plus diamétralement opposées. Mais si, comme j'aime à le croire, d'après une opinion que je dois respecter et chérir, il est possible de naturaliser en France une magistrature dont nous voyons les heureux effets en Angleterre , ce n'est sans doute qu'en recueillant avec soin dans la Chambre haute tous les élémens de notabilité nationale que nous offre l'époque où nous vivons. Créer des forces qui n'existent pas , est une œuvre au-dessus de la puissance des législateurs humains ; négliger celles qui existent ,
est une insigne légèreté ou une dangereuse imprudence.
L'état de la société , à une époque quelconque, est toujours le résultat de l'époque qui a précédé, bien plus que celui des institutions du moment. Un gouvernement qui a commandé pendant quinze ans à tout le continent européen , a créé nécessairement au civil et au militaire de grandes existences qu'il est impossible de ne pas reconnaître, et dont il serait fort déraisonnable de ne pas tirer parti dans notre nouvelle organisation politique. Des hommes qui ont joui pendant long-temps de toute l'influence que donne le maniement d'un pouvoir énorme, et dont quelques uns sont distingués par des talens supérieurs, devaient nécessairement , bien que je les suppose animés des intentions les plus pures , former malgré eux , et même à leur insu , des centres auxquels se rattachaient divers genres de regrets. Non seulement l'introduction de ces hommes dans la Chambre des Pairs neutralise leur influence involontaire sur les imaginations mécontentes , mais elle les fait concourir efficacement à consolider nos institutions. Si parmi les nouveaux choix il se trouve, comme l'ont prétendu quelques feuilles périodiques, des hommes inconnus qui ne doivent leur nomination qu'à la faveur ministérielle, je
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dirai que de tels choix ne valent rien , mais que la mesure, dans son ensemble, ne m'en parait pas moins salutaire.
L'objection tirée de ce que la multiplication du nombre des pairs nuit à l'éclat de la pairie , me semble, je l'avoue, fort mal fondée. Ceux qui insistent beaucoup sur cette objection , assimilent sans discernement la situation de la France à celle de l'Angleterre , et ne considèrent point le véritable état des choses dans notre pays. Le premier mobile de la révolution d'Angleterre a été la religion ; le principe de la révolution française est la philosophie. Chez les Anglais , la querelle s'est élevée entre un parlement protestant et une cour catholique en secret; chez nous, la lutte s'est engagée entre l'aristocratie et l'égalité. Sans doute l'Angleterre a eu aussi ses niveleurs , mais ce n'a été là qu'un épisode de son histoire : à la restauration de Charles II, l'aristocratie anglaise s'est retrouvée dans toute sa force et toute sa richesse; et, à l'expulsion des Stuarts , la noblesse et le peuple ont été également divisés d'opinion. En France, l'aristocratie a succombé dans la lutte : il nous reste encore ce que rien ne peut détruire , l'illustration des noms historiques; mais la noblesse,. comme telle, a cessé d'exister. La pairie anglaise est un ordre ancien , riche et puissant par lui-même ; chez
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nous la Chambre des Pairs est une magistrature nouvelle , qui peut recevoir du lustre des hommes notables qu'on lui adjoindra , mais qui n'a jusqu'ici .aucune force qui lui soit propre.
Pour qu'une corporation soit respectable aux. yeux du public , il ne suffit pas qu'elle soit peu nombreuse; car, si, parmi les individus qui la composent, les uns professaient des opinions réprouvées par le sentiment national , les autres étaient sans indépendance de fortune ou de situation , les autres sans illustration de naissance ou de talent; en vain rendriez-vous très difficile l'accès d'une telle corporation , elle n'en serait ni plus respectable ni plus respectée. Or, malheureusement , une Chambre des Pairs qui n'a que quatre ans d'existence , qui est sans racines' dans la nation, et qui, délibérant en secret, n'exerce aucune influence sur l'opinion publique, une telle Chambre, dis-je, a joui' jusqu'à présent d'une considération si mince, que je ne crains pas de me tromper en affirmant que son existence a été révélée pour la première fois à bien des Français, par l'attaque; imprudente qu'elle vient de hasarder contre la loi des élections.
Toutefois on tomberait dans une erreur très grave , si , en raison de la faiblesse de la Chambre, des Pairs , on voulait réduire la Chambre des
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Députés à une faiblesse égale. Ce serait une étrange manière de comprendre l'équilibre des pouvoirs; car en suivant un tel principe, en prenant pour point de mire le mal , et non le bien , toutes les fois qu'il se trouverait un côté défectueux dans la constitution d'un pays, il faudrait donc rabaisser à son niveau toutes les autres parties de l'édifice politique. Un pareil système n'est pas soutenable. Faisons bien partout où il est en notre pouvoir de bien faire; et fions-nous à l'avenir pour améliorer ce qui est encore imparfait.
Le but vers lequel nous devons tendre, est d'organiser en France un véritable gouvernement parlementaire. Tant que ce but ne sera pas atteint, nous n'aurons que la lettre morte d'une constitution libre ; mais nous ne jouirons pleinement d'aucun de ses bienfaits, nous ne serons point animés de la vie qu'une telle constitution est destinée à répandre dans toutes les veines du corps social. J'entends par un gouvernement parlementaire, celui dans lequel tous les actes importans de l'autorité s'exercent en présence des Chambres et de l'avis de ce conseil suprême de la nation et du Roi. — Mai^pour arriver là, il ne suffit pas de supposer une grande sincérité et des lumières supérieures dans les dépositaires du pouvoir, il faut encore que la représentation
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nationale offre une réunion de qualités dont la plupart manquent malheureusement à la nôtre.
S'il était possible de résumer en peu de roots les diverses conditions nécessaires pour former une bonne assemblée représentative, je dirais qu'il est essentiel ,
i°. Qu'elle connaisse bien les intérêts et l'opinion de son pays, et qu'elle ne fasse que des lois conformes à l'état de cette opinion;
a . Qu'elle ait assez d'influence morale sur la nation, pour que ces lois soient comprises et respectées ;
3°. Qu'elle ait assez de lumières et de tact politique pour être le conseil suprême du Jtoi et de la nation;
4°. Enfin , qu elle ait assez d'énergie et d'indépendance pour résister aux empiétëmens du pouvoir.
Mais, dans un sujet d'une si haute importance, j'éprouve une juste défiance de mes forces, et j'ai besoin de m'appuyer sur une autorité qui donne quelque poids à ce que j'avance. J'emprunterai donc les idées d'un célèbre membre du Parlement anglais, qui veut bien souffrir que je m'enorgueillisse du titre de soo ami; sir James Mackintosh, l'un des premiers publicistes de l'Angleterre et de l'Europe, et le digne sup-
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cesseur de Romilly dans l'honorable tâche de réformer les lois criminelles de son pays.
Un morceau écrit récemment par sir James Mackintosh, renferme, en quelque sorte, la profession de foi du parti des whigs, c'est-à-dire de la plus respectable secte d'hommes d'État dont l'histoire nous offre l'exemple. De tels hommes ne seront pas exposés du moins au reproché banal de se perdre dans des théories inapplicables ; car, depuis l'avènement de Guillaume III jusqu'à nos jours, il n'est aucune branche de la politique dans laquelle les whigs n'aient excellé. Nous trouvons dans leurs rangs des orateurs, des financiers, des jurisconsultes du premier ordre, et jamais ils n'ont cessé d'allier la connaissance la plus parfaite et la pratique la plus habile des affaires aux plus hautes spéculations de la théorie.
«Dans la plupart des pays civilisés, dit sir «James Mackintosh, les sujets sont, jusqu'à un « certain point, protégés par le gouvernement « contre les injustices qu'ils pourraient com- « mettre les uns envers les autres. Mais les garan- « tir par des lois contre les injustices du gou- «vernement lui-même, c'est là un problème « tellement difficile , que , depuis l'origine de «l'histoire, l'on peut à peine citer un ou deux « grands États qui aient approché de sa solution.
«Il est universellement reconnu que le seul « moyen par lequel on ait pu jusqu'ici se flatter « d'y parvenir, est celui d'une assemblée de dé- « pûtes élus par une grande partie de la nation. « Le premier objet d'une représentation natio- « nale, est que l'une au moins des branches du « pouvoir législatif tienne son titre du peuple «par l'élection, et qu'elle ait par conséquent « des motifs puissans de veiller sur ses intérêts « et de défendre ses droits.
«Dans ce but , il ne suffit pas que le corps re- « présentatif ait les mêmes intérêts généraux « que le peuple ; car tout gouvernement a dans « le fait les mêmes intérêts que ses sujets ; il faut « encore qu'à ces intérêts généraux se joigne un « intérêt plus direct et plus palpable , celui qui « naît de l'élection. Tout sénat législatif doit en «général être composé de membres qui aient « les qualités requises et la disposition nécessaire « pour faire des lois propres à assurer le bien- « être de la communauté. Dans une assemblée « représentative, cette condition , quoique abso- « lument indispensable, ne suffit pas à elle seule ; « pour bien concevoir les principes de la com- « position d'une telle assemblée , il faut diviser «la nation en différentes classes, et examiner « les intérêts de localités et de professions dont « se compose l'intérêt général. Chaque classe
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« doit être représentée par des personnes qui «veillent spécialement à des intérêts qui leur « soient communs avec elle: soit que cette com- « munauté d'intérêts provienne de ce qu'elles « habitent le même district , ou de ce qu'elles « exercent la même profession , comme , par « exemple , le commerce ou l'agriculture , les arts « d'utilité ou d'agrément II faut s'assurer de la «fidélité et du zèle de ces représentans, par « toutes les combinaisons qui peuvent ajouter au « sentiment d'un intérêt commun , celui d'une « sympathie particulière avec leurs commettans. « Ce n'est pas tout; dans un grand État, la por- « tion même des intérêts publics qui est com- « mune à toutes les classes, se partage encore « en un grand nombre de branches diverses.
« L'homme d'État doit les embrasser toutes sotts « un point de vue général; mais aucun individu « ne saurait en connaître à lui seul tous les dé- « tails. L'éducation , les habitudes qui rendent « un homme propre à bien comprendre de cerà taines questions , le rendent souvent incapable c d'en saisir d'autres. Parmi les membres d'une « assemblée représentative , les uns doivent « donc être voués spécialement à la discussion « des lois et de la constitution ; d'autres à la a politique extérieure ; d'autres aux intérêts di- « vers de l'agriculture, du commerce et des ma-
« uufactures; d'autres aux affaires militaires de « terre et de mer; d'autres enfin doivent connaî- « tre les Colonies et les possessions éloignées d'un « grand empire. Ce serait une erreur de croire « que l'on pût suppléer à ces différentes classes « de représentons par des témoins que L'on in- « terrogerait sur chaque question en particulier. « Ce n'est pas trop de réunir l'un et l'autre de « ces deux moyens, il faut quelquefois des tête moins intelligens pour recueillir des informa- « tions de détail ; il faut constamment des repré- « sentans habiles pour interroger ces témoins, « pour découvrir tous les faits qui sont de leur « ressort, et pour les appuyer dans l'assemblée «de tout le poids que- leur donne le droit de « parler en égaux à leurs collègues.
«Pour représenter fidèlement la nation, il « faut qu'une assemblée soit nombreuse; il faut « qu'elle connaisse par sa propre expérience les « mouvemens qui agitent les masses ; il faut « qu'elle soit accessible à l'influence des mêmes « causes qui agissent sur les pensées et les sentice mens des assemblées populaires. Par la même « raison, entre plusieurs autres, il faut que ses « opérations soient publiques, et que ses discus- « sions soit soumises au jugement de tous les « hommes. Sans doute, ces élémens démocrati- « ques doivent être tempérés et contenus par les