‹ Œuvres diverses de M. le baron Auguste de Staël: précédées d'une notice surChapitre 23 sur 51 · ISO DU NOMBRE ET DE L AGE · texte numérisé non relu

ISO DU NOMBRE ET DE L AGE

a moyens que l'on jugera propres à assurer l'or- « dre et l'indépendance des délibérations; mais « sans de tels élémens , aucune assemblée, bien « qu'élue, n'est une véritable représentation nacc tionale. »

Qu'il me soit permis d'insister ici sur une vérité qui n'est pas neuve sans doute, mais qui n'est peut-être pas encore suffisamment reconnue : c'est que la population d'un pays est le moindre des élémens qui doivent influer sur le nombre de ses représentans , et qu'il n'existe aucune proportion assignable entre ces deux quantités. La république de Genève a deux cent soixante-quinze députés; la France en a deux' cent cinquante-buit : dans le rapport des populations, il faudrait ou que la France en eût deux cent mille , ou que Genève en eût à peine un seul, ce qui est également absurde. L'on peut établir en principe qu'une assemblée représentative doit être composée d'autant de membres qu'il est possible d'en réunir sans nuire à l'ordre et à la sagesse des délibérations; sans doute cette condition est difficile à remplir en France, à cause des nombreuses imperfections du règlement de notre Chambre; mais la conclusion à tirer de là , c'est qu'il faut corriger le règlement et non persister à n'avoir que deux cent cinquante-huit députés de quarante ans. Quant à

l'objection banale tirée de la turbulence du caractère français, je ne m'arrêterai pas même à la combattre. Rien ne me paraît plus misérable que ces hommes toujours prêts à rabaisser leur pays , à condition d'en écarter toute institution raisonnable. Tous les peuples éclairés, et les Français plus qu'aucun autre, ont en eux les élémens nécessaires pour jouir de la liberté ; et les qualités qui nous manquent encore se développeront par l'exercice même de cette liberté.

D'ailleurs, ce n'est certes pas le défaut de patience que l'on peut reprocher à nos assemblées délibérantes. Les Anglais , qu'on se plaît à nous représenter comme si calmes et si patiens, ne supporteraient pas de sang-froid, pendant un seul jour, l'ennui mortel d'entendre lire à la tribune des compositions académiques , qui avancent la discussion aussi peu qu elles intéressent l'auditoire.

« Parmi les diverses qualités d'une représenta- « tion nationale, continue sir J. Mackintosh, il « en est deux qui méritent une attention partice culière : Tune est l'aptitude à faire de bonnes « lois ; l'autre , la force de résister à l'oppression. « L'aptitude d'une assemblée à faire de bonnes « lois dépend évidemment de la masse d'hommes «habiles et instruits qu'elle possède; mais il «semble avantageux qu'elle renferme en outre

Page 1