DU NOMBRE ET DE L'AGE
une manière légale et publique de faire valoir ses idées, vous la rendez plus active, plus malveillante et plus désordonnée; la rivière que vous auriez pu contenir par des digues devient un torrent que rien n'arrête. Hors du parlement, sir Francis Burdett serait peut-être déjà devenu , malgré lui, le chef d'une révolution qui aurait embrasé l'Angleterre ; dans la Chambre des Communes, sa popularité tourne tout entière au profit de l'ordre et de la stabilité du gouvernement Les hommes ardens dont il représente l'opinion , savent qu'ils ont en lui un défenseur; ils savent que par lui leurs plaintes seront entendues; et , satisfaits du champ qui leur est ouvert, ils ne cherchent point à en renverser les barrières.
Suivons les observations frappantes et ingénieuses de sir J. Mackintosh. « Dans toutes les ce institutions politiques, il est à désirer que le « pouvoir légal soit confié à ceux qui ont une in- « fluence naturelle sur leurs concitoyens. Quand « l'état de la société et les commandemens du et législateur sont en contradiction , la soumisce sion aux lois ne peut être obtenue que par les « moyens odieux et précaires de la force et de « la terreur. Quand la loi est d'accord avec la « nature des choses, alors la stabilité du gouverne nement est assurée ; et c'est alors aussi que le « peuple peut jouir de la plus grande liberté.
«Mais dans une assemblée représentative qui « n'exerce aucun pouvoir direct , et dont les « membres sont trop nombreux pour que la « place qu'ils occupent leur donne une grande «importance individuelle, il est clair que la « force et la dignité du sénat dépendent, plus « que dans tout autre cas, de l'influence natu- « relie de ceux qui le composent. Sous ce rap- «port, le talent et le savoir, outre leur utilité « immédiate , ont encore une valeur indirecte de «la plus haute importance. Ces avantages, de « même que tous ceux qui inspirent du respect « et de l'attachement parmi les hommes , de « même que la popularité, la réputation , la for- «tune, l'éducation et la naissance, sont des « forces réelles qu'aucune loi ne peut ni donner « ni ôter à personne. Plus une assemblée est pri- « vée de ces principes d'autorité naturelle , plus « elle est faible , soit pour résister aux usurpa- « tions du gouvernement , soit pour maintenir « l'ordre dans la société.
«Un bon système de représentation tend, « sous plusieurs autres rapports essentiels , à as- « surer la stabilité du gouvernement libre, dont « il forme la condition première. En appelant « des hommes de presque toutes les classes à « participer au pouvoir législatif, il engage à la « défense de la constitution , l'orgueil et l'intérêt
126 DU NOMBRE ET DE l'âGE
<f privé aussi-bien que la générosité et l'honneur « de chaque portion de la communauté. Lçs plus « petites vanités, les plus méprisables folies vien- « nent contribuer à la sécurité du gouvernece ment, de même que les sentimens nobles et « les idées raisonnables. L'exercice de quelques a unes des fonctions publiques devient une ha- « bitude chez {les réunions d'hommes assez a nombreuses pour répandre dans une grande « partie de la nation les sentimens dont elles a sont animées. C'est ainsi qu'une vraie repré- « sentatioi) nationale tend à rendre les gouver- « neraens bops , et à donner de la stabilité à ceux « qui le sont Voilà ses premiers avantages. Mais «les gouvernemens libres, c'est-à-dire justes, « tendent, à leur tour, à rendre les hommes plus « intelligens, plus honnêtes, plus braves et plus « généreux. La liberté est la mère du génie, elle a forme la raison, elle inspire aux nations cette « valeur qui fait leur force et leur indépendance; « elle excite cette activité , cet esprit d'entre- « prise d'où naissent la richesse et la splendeur; « c'est à son école que se développent ces printt cipes d'humanité et de justice , où l'âme puise « un bonheur mille fois plus grand encore que « tous les avantages extérieurs dont ils sont la « source première et l'unique garantie. »
En lisant ces éloquentes réflexions, il est im-
DES DiPUTÉS. I27
possible de ne pas faire un triste retour sur nous-mêmes, et de ne pas sentir combien notre assemblée représentative est loin de réunir les conditions que réclame le publiciste anglais : combien nous sommes encore privés de cette vie politique qui peut seule inspirer de l'intérêt à la nation , et donner de la stabilité ?u gouvernement. Quand on a fait la part qui est due, à juste titre , aux anciennes habitudes et aux intérêts locaux; quand on a fait ensuite la part, beaucoup trop large, de l'influence du pouvoir, combien , dans une assemblée aussi peu nombreuse que la nôtre, reste-t-il de places à donner à l'indépendance, au talent, au savoir, à toutes les qualités, dont la réunion suffît à peine pour développer nos institutions naissantes?
Dans tout le morceau que je viens d'emprunter à sir J. Mackintosh , il n'est pas même question de l'âge des représentans. En effet , dans un pays que M. Pitt a gouverné dès l'âge de vingtun ans, avec autant de sagesse que d'éclat ; dans un pays où M. Fox, à peine âgé de dix-neuf ans , f faisait déjà l'admiration de la Chambre des Communes (1); dans un pays où, récemment encore,
(1) La seule condition d'âge eiigée pour être membre du Parlement, est la majorité -de vingt -un ans; mais le talent précoce de M. Fox était si bien apprécié, qu'on