‹ Œuvres diverses de M. le baron Auguste de Staël: précédées d'une notice surChapitre 27 sur 51 · DU NOMBRE ET DE LAGE · texte numérisé non relu

DU NOMBRE ET DE LAGE

« mises en œuvre par les hommes , et les hommes « sont mus par des sentimens. Un système de <c liberté ne peut être réalisé que par des hommes « qui aiment la liberté. Avec l'esprit de liberté, «les formes les plus imparfaites deviennent a bientôt un gouvernement excellent; sans cet « esprit, les meilleures lois ne peuvent durer, et <c ne valent pas la peine d'être conservées. Les « institutions d'un État libre ne sont véritable- <c ment assurées , qu'alors que des citoyens réu- « nis en grand nombre exercent leurs droits & politiques avec plaisir et avec orgueil, par con- « séquent avec zèle et avec courage ; alors que « ces droits leur sont devenus chers par l'habi- « tude, aussi-bien que par la conviction de leur « prix inestimable ; alors enfin que la manière « dont ils les exercent est propre à exciter la « sympathie de tous les témoins d'un si beau <c spectacle, et à répandre dans la nation un ce amour jaloux de ses prérogatives, et une dis- « position constante à repousser avec fermeté « les attaques dont elles pourraient devenir «t l'objet. »

Quel noble langage! et qu'il y a loin de ces hautes pensées au petit esprit de ceux qui voient une convulsion dans le plus léger signe de vie, et une fièvre ardente dans le moindre symptôme de chaleur naturelle. Je ne sais quelle est la

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prétendue liberté pour laquelle ils professent un respect de commande; mais en vérité l'on serait en droit de la comparer à cette jument que Roland vantait dans sa folie , et qui réunissait les plus belles qualités, sauf qu'elle était morte. *

Nous avons vu que les trois points fondamentaux de notre système représentatif sont :

i°. Un corps électoral pris dans la classe moyenne;

a°. Une élection directe ;

3°. La réunion des électeurs au chef-lieu.

Quant aux dispositions accessoires de notre code électoral, les unes sont de peu d'importance , les autres sont essentiellement vicieuses , et portent l'empreinte du despotisme impérial. Ce serait faire injure aux lumières du monarque de qui nous tenons la Charte, que de supposer qu'il y eût fait entrer des dispositions telles que le renouvellement de la Chambre par cinquième, le petit nombre des députés, et leur âge fixé à quarante ans, si ces dispositions ne s'étaient pas déjà trouvées dans nos lois antérieures. Et en effet ces trois dispositions datent toutes de la Constitution de l'an vin ; de cette prétendue république où Bonaparte et des sophistes à ses gages avaient entassé à plaisir des contradictions manifestes, des garanties illusoires, des moyens

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de pouvoir absolu , mal déguisés sous des noms pompeux de liberté romaine. Une telle constitution n'était qu'un échafaudage destiné à être renversé à mesure que s'élèverait l'édifice de l'empire.

En conservant un simulacre de représentation nationale, Bonaparte n'avait rien négligé pour en anéantir la réalité; il avait inventé le renouvellement par cinquième, afin que l'opinion du moment fût toujours en minorité, et que, si, dans le nouveau cinquième, quelques hommes indépendans échappaient au scrutin du sénat, ils fussent enchaînés par quatre autres cinquièmes, déjà courbés sous le joug du pouvoir. Il avait réduit le nombre des députés , afip d'affaiblir d'autant plus la considération du Corps Législatif. U avait fixé à quarante ans la condition d'éligibilité , parce qu'il se flattait de trouver à cet âge des hommes plus dociles à ses vues , moins susceptibles de sentimens généreux et plus avides de places et d'argent. — J'espère démontrer bientôt que toutes ces précautions que Bonaparte avait prises contre la liberté , et dont la Charte ne s'est malheureusement pas départie, sont aujourd'hui plus funestes encore à la stabilité du gouvernement qu'aux autres intérêts de la nation. Je me borne maintenant à faire observer que , si cette tactique de despo-

tisme a réussi pendant quelque temps à Bonaparte, c'est que toute l'activité, toute la vie du peuple français était dirigée, à cefte époque, vers la gloire militaire et vers les conquêtes. Elle eût été bien vite déjouée, si cette même activité se fût portée sur la liberté intérieure. ce Beaucoup « de gens se plaisent à soutenir, a dit celle à qui « je dois tout dans ce monde, que, si Bonaparte « n'avait tenté ni l'expédition d'Espagne , ni celle ce de Russie, il serait encore empereur; et cette ce opinion flatte les partisans du despotisme, qui « ne veulent pas qu'un si beau gouvernement «puisse être renversé par la nature même des « choses, mais seulement par un accident. J'ai « déjà dit ce que l'observation de la France con- « firmera , c'est que Bonaparte avait besoin dé « la guerre pour établir et pour conserver le pouce voir absolu. Une grande nation n'aurait pas « supporté le poids monotone et avilissant du a despotisme , si là gloire militaire n'avait pas a sans cesse animé ou relevé l'esprit public. L'in- « térêt continuel des victoires tenait lieu de tous « les autres; l'ambition était le principe actif du « gouvernement dans ses moindres ramifica- « tions : titres , argent , puissance , Bonaparte « donnait tout aux Français à la place de la « liberté. Mais , pour être en état de leur dis- « penser ces dédommagemens funestes , il ne

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