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« fallait pas moins que l'Europe à dévorer ».(i) Les nations, non plus que les individus, ne peuvent se passer d'un sentiment dominant qui soit le principe de leur vie morale. Sous Napoléon ce principe était l'ardeur de la guerre; aujourd'hui , heureusement pour nous et pour l'Europe, ce ne peut plus être que l'amour de la liberté. Vouloir gouverner par assoupissement une nation de vingt-huit millions d'hommes éclairés , est une triste et absurde chimère qui ne prouve autre chose que la petitesse de l'esprit de ceux qui ont pu la concevoir. Un gouvernement peut bien tenter la lutte périlleuse de la force contre l'opinion, et refuser aux hommes toute espèce de droits politiques; mais reconnaître leurs droits , et prétendre qu'ils n'en fassent point usage, c'est une folie qu'on ne sait comment caractériser. — Redoutez-vous telle ou telle force nationale , ouvrez-lui un champ assez large pour qu elle puisse s'y mouvoir et n'ait point d'intérêt à en dépasser les limites; laissez agir librement d'autres forces qui lui fassent équilibre, mais ne prétendez pas corafprimer de vos petites mains les ressorts d'une telle puissance.
J'ai dit que toutes les précautions contre l'as-
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. (l) Considérations sur la Révolution française, t. II, P- 4i7-
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semblée élective, que nous avons cru devoir emprunter au régime impérial , sont aujourd'hui fatales à la stabilité du gouvernement, plus encore que funestes aux progrès de la liberté. Cette observation me paraît évidente ; elle s'applique avec force au renouvellement de la Chambre par cinquième, mais surtout au petit nombre et à l'âge des députés.
Le renouvellement annuel d'une partie de la Chambre , lors même qu'il se passe avec le calme et la dignité dont la nation française a fait preuve dans les deux dernières élections , est une fièvre continue à laquelle un gouvernement peut difficilement résister, surtout dans un pays dont toutes les institutions sont encore flottantes. Bien que cette élection ne soit pas générale , le mouvement qu'elle excite dans les esprits est presque le même dans toute la France : ce serait peu de chose encore si notre gouvernement savait en être tranquille spectateur; mais la terreur panique dont on l'a vu saisi à l'époque des élections a fait croire qu'il manquait de force ou de sincérité. On lui a supposé quelque arrièrepensée, lorsque le plus légitime exercice des droits consacrés par la Charte lui a causé de telles alarmes.
Pour fonder quelques lois organiques, il faut nécessairement qu'il s'établisse, pendant un cer-
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tain temps, entre te ministère et la Chambre, non certes des rapports de soumission, mais des relations de confiance. Or, comment cette confiance peut -elle naître lorsque la Chambre est autre toutes les années , et que par conséquent le ministère doit , ou être changé , ou se trouver en désaccord avec la nouvelle combinaison de l'assemblée. Ces variations constantes dans la composition du ministère ou dans ses rapports avec les Chambres, finiraient nécessairement par entraver toutes les relations diplomatiques et toutes les opérations de crédit. Ce serait au reste nous écarter de notre principal objet, que d'insister plus long-temps sur les inconvéniens du renouvellement annuel ; le gouvernement en est sans doute lui-même convaincu; mais de combien de dangers plus graves et plus pressans ne sommesnous pas menacés par le petit nombre et l'âge des députés ? Je vais essayer de développer quelques' uns de ces dangers, en ne considérant la question que dans l'intérêt du gouvernement lui-même ; car, dans l'intérêt de la liberté , elle est résolue depuis long-temps.
Il est une première vérité incontestable dont il importe d'être bien convaincu, c'est que, pour peu qu'il existe de liberté dans un pays, pour peu que l'on y ait une manière de parler à l'opinion publique , tous les hommes prononcés
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dans leur opposition aux principes du ministère, et qui se font remarquer par quelque talent supérieur, parviennent nécessairement , et en fort peu de temps, à entrer dans l'assemblée représentative. Je ne répéterai point ce que j'ai dit ailleurs , c'est qu'ils sont bien moins redoutables pour le gouvernement dans le sein de cette assemblée qu'au dehors; il me suffit de faire observer ici qu'il n'est pas au pouvoir du ministère de leur en fermer l'entrée. Or, il est dans la nature des choses , d'une part , que le nombre de ces hommes ne soit jamais bien considérable , et de l'autre , qu'ils arrivent tous plus tôt ou plus tard à faire partie de la représentation nationale. La question n'est donc pas de savoir s'il y aura une opposition dans l'assemblée; mais en quelle proportion les membres de l'opposition se trouveront avec les représentans de cette grande majorité qui r dans tous les pays , et en France peut-être plus qu'ailleurs , craint toute espèce d'agitation et respecte aveuglément ce qui est , par le seul fait que cela est. Or, craignez- vous que, dans le système actuel, l'opposition ne parvienne bientôt à former la moitié de l'assemblée; doublez, triplez le nombre des députés; elle n'en formera plus que le quart ou le sixième. En effet , il serait absurde de supposer que les talens et le nombre des membres de l'opposition
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pussent s'accroîtce dans le rapport de l'augmentation de l'assemblée: si cela était, aucun gouvernement ne se maintiendrait, de quelque façon qu'il s'y prît pour composer les deux Chambres. Les intérêts du ministère sont donc en ce point parfaitement conformes à ceux de la raison et -de Loi liberté.
-v lie petit nombre des députés rend nécessairement la majorité ministérielle très incertaine et très précaire; c'est toujours une douzaine d'individus, dont mille circonstances peuvent faire varier l'opinioni, qui tiennent entre leurs ttiahrt le Sort de Chaque loi nouvelle. D'ailleurs , ne perdons' pas de vue que la soumission de la minorité à la majorité, et l'obéissance du peuple à e$ 'que la majorité de ses représentai a décidé , ne sont , eh quelque sorte, que des fictions légales; fictions sans doute très sages, très protectrices de l'ordre public , mais qui n'en sont pas moins un triomphe continuel et souvent -difficile de là raison de l'homme sur ses passions. Car cèsdièteà de Pologne, OÙ l'unanimité s'obtenait à coups de sabfre, sont l'image de ce qui se passerait chez tous les peuples, si une sage déférence pour de certaines idées ne contenait pas les penChans naturels de 1 espèce humaine. Or, dans un pays où l'ôrk verrait constamment les propositions ministérielles ne passer qu'à
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une majorité d'un très petit nombre de Voix, et où quelquefois le bon sens et la raison se trouveraient dû côté de la minorité, la soumission au gouvernement et le respect pour les lois seraient bientôt affaiblis chez tous les hommes.
L'on se plaint avec raison de ce que la proportion des fonctionnaires publics dans la Chambre est exorbitante ; mais conclure de là qu'il faille leur en fermer l'entrée, est une idée fausse, et qui ne peut naître que dans la tête d'hommes entièrement neufs en matière de liberté; ce serait en effet se priver de toutes les connaissances pratiques qui sont indispensables pour faire de bonnes lois. Eh bien , cette exclusion des fonctionnaires publics sera précisément une des conséquences forcées du petit nombre des députés; et Ton n'aura pas le droit de trouver étrange que la nation , ayant si peu d'organes pour exprimer ses besoins , si peu de champions pour défendre ses intérêts , donne les premières places à ceux qu'elle croira les plus énergiques dans la résistance aux empiétemens du pouvoir.
Ce que nous disons ici des fonctionnaires publics pourrait s'appliquer également aux députés du côté droit. La place qu'ils occupent dans l'assemblée est si disproportionnée avec celle que tient dans la nation le parti qu'ils représen-
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tent, que la seuja efcance qu'aient quelques uns d'entre eux d'être réélus est une augmentation très considérable de la Chambre des Députés.
Le petit nombre des députés est encore une des raisons qui obligent le gouvernement à choisir hors de l'assemblée des commissaires chargés de défendre ses projets de loi. Ces commissaires sont considérés comme des intrus par la Chambre , aussi-bien que par le public , et c'est toujours avec une sorte de défaveur qu'on les voit monter à la tribune. Un inconvénient de ce genre , et c'en est un fort grave , cesserait d'avoir lieu, si la Chambre était assez nombreuse pour que le ministère pût y trouver facilement des hommes propres à bien défendre les causes qu'il lui confierait. Je remarquerai, en passant,, que les commissaires du Roi sont souvent beaucoup plus jeunes que les députés.
Enfin, une assemblée aussi peu nombreuse que la notre est bien plus accessible à des considérations de coterie qu'aux grandes impulsions de l'opinion publique. Les idées générales y prennent trop facilement un caractère de personnalité. Chaque député sachant que de son seul vote peut dépendre l'adoption ou le rejet d'un projet de loi , et se voyant courtisé de tous les partis, prend de lui-même une idée souvent disproportionnée avec son mérite; et de là vient
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qu'un mouvement d'humeur/ quelques petites vanités blessées , suffisent pour entraver toute la marche des affaires , et pour susciter des objections sans nombre aux propositions du gouvernement , lors même qu'elles sont le plus raisonnables.
Mais tous les inconvéniens que noms venons de signaler ne sont rien encore auprès de ceux qu'entraîne l'âge des députés.
Pour que des institutions sages et libérales puissent se fonder, il faut de toute nécessité que l'éducation politique des ministres, des députés et de la nation , marche dans une progression égale; car, si les Chambres et la nation sont trop en avant du ministère, celui-ci sera renversé ou se traînera gauchement après l'opinion publique , et le bien ne se fera que d'une manière incomplète. Si, au contraire, ce soet les ministres et les Chambres qui sont en avant de l'opinion, il en résultera que les lois, quoique très bonnes peut-être , ne seront point comprises, et ne porteront point de fruit. — L'on a dit, avec raison, des économistes, qu'ils voulaient établir la liberté par le despotisme ; c'est un genre de tentative qui échoue toujours. Les peuples ne se mettent point en serre chaude. — Mais si par hasard c'était le ministère et la nation qui fussent tous les deux en avant des lumières de