DU CONSEIL D'ÉTAT. I
lui est confiée, à désigner par une épithète injurieuse des hommes irréprochables aux yeux de la loi , quelque jugement que l'on porte de leur doctrine. Les dénominations insultantes que se donnent les partis entre eux ont de graves inconvéniens. Le parti insulté, aigri par la persécution, finit par adopter, comme un titre d'honneur, l'injure qu'il repoussait d'abord avec indignation , et par se croire permis , nous dirions presque commandé, de mériter les reproches naguère injustes de ses adversaires. L'histoire des révolutions politiques nous offrirait une foule d'exemples de cette vérité; mais si les torts des partis ont une sorte d'excuse dans la violence aveugle qui les dirige , comment excuser des magistrats de faire parler à la loi le langage grossier des passions populaires ?
Venons au fond de la question.
La religion évangélique repose sur deux principes inébranlables : la foi au salut par Jésus- Christ , et le droit de méditer l'Écriture Sainte sans autre guide que la prière. C'est là notre beau, notre grand privilège, que d'invoquer Dieu sans autre intermédiaire que le « seul nom qui ait été donné aux hommes pour être sauvés», et de pouvoir comparer chaque jour les enseignemens humains avec la règle infaillible qui qous est donnée dans l'Évangile.
OEUVRIS DU B°" AUG. DE StABL. I. 13
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Tout homme qui professe ces deux vérités est notre frère ; il est membre de cette Église invisible à laquelle nous attachons mille fois plus de prix qu'à toutes les dénominations extérieures , et dans laquelle seule la véritable unité est conciliable avec la plus entière liberté de conscience.
Quiconque s'écarte de la première de ces vérités , de quelque titre qu'il se pare , de quelque vernis qu'il recouvre sa pensée , échange les promesses vivante* de la révélation contre les conjectures abstraites de la. philosophie, il cesse d'être chrétien. Quiconque s'écarte de la seconde, substitue l'autorité humaine à l'autorité divine , et dès-lors en vain se nommerait-il protestant, il partage, sans vouloir l'avouer, les préjugés que nous combattons dans l'église romaine.
Des deux grands principes que nous venons d'énoncer, découlent, d'une manière plus ou moins directe, tous les bienfaits temporels et spirituels dont nous sommes redevables à notre glorieuse réformation. De la foi en Jésus-Christ comme intercesseur unique , découlent cette vigilance constante sur sa propre conscience , qui ne permet point au chrétien évangélique de se faire illusion sur son état moral par l'invocation de puissances intermédiaires ou l'accomplissement de pratiques extérieures, et cette cer-