‹ Œuvres diverses de M. le baron Auguste de Staël: précédées d'une notice surChapitre 36 sur 51 · DE L'ARRÊTA · texte numérisé non relu

DE L'ARRÊTA

poursuivit dans la rue du sobriquet de mômiers, dérivé apparemment du mot français de mornerie. Telle fut l'origine de cette épithète injurieuse qu'a adoptée l'arrêté de Lausanne, avec une inconvenance que nous avons déjà relevée au commencement de notre premier article.

Nous ne suivrons point les diverses discussions qui ont eu lieu dès-lors entre la majorité de la compagnie de Genève et les ministres dissidents , ni la conduite que le gouvernement genevois a tenue au milieu de ces controverses; nous remarquerons seulement que, dans cette circonstance, l'autorité civile remplit son devoir en faisant respecter la liberté des personnes et en protégeant les membres des nouvelles réunions religieuses contre les insultes et les mauvais traitemens. Nous n'examinerons pas non plus si quelques unes des faiblesses et des vanités humaines se sont mêlées, dans l'âme des dissidens, à une ferveur réelle. Cela est possible, nous dirions même que cela est probable; mais il n'en est pas moins vrai que le réveil religieux dont, ils ont été les instrumens , est un grand bienfait de la Providence.

Un changement dans les idées religieuses, analogue à celui qui s'opérait à Genève, ne tarda pas à se manifester dans le canton de Yaud. Le clergé de ce canton, quoique resté

DU CONSEIL DÉTAT. ^3

plus orthodoxe dans sa profession de foi, n'en avait pas moins suivi en général la pente que nous avons signalée ; il avait conservé l'orthodoxie de l'esprit, mais cette orthodoxie du cœur, à laquelle les chrétiens évangéliques attachent une bien plus haute importance , s'était de plus en plus affaiblie. Les pasteurs, comme leurs troupeaux , avaient tellement perdu de vue les vérités dogmatiques de l'Évangile, que l'un des reproches que l'on adressa avec le plus d'amertume aux ministres qui adoptèrent les opinions nouvelles, fut de prononcer trop souvent le nom de Jésus-Christ dans leurs sermons et dans leurs prières.

Des assemblées religieuses se formèrent à Lausanne et dans d'autres villes du canton de Vaud, comme il s'en était formé à Genève; comme à Genève aussi, les personnes qui se rendaient à ces assemblées furent assaillies du nom de mômiers, et publiquement insultées; on ne s'en tint pas aux injures , de déplorables scènes de «violence eurent lieu sur plus d'un point, ainsi que nous l'apprend l'arrêté même de Lausanne.

Une Anglaise chez laquelle s'étaient tenues, de la manière la plus paisible , quelques assemblées, on devrait plutôt dire quelques conversations religieuses, reçut l'ordre de sortir du Œuvres du b°» Auo. de Staël, i. i3

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