L ARRÊTÉ
ces visites? est-ce de découvrir quelque trame contre la sûreté de l'État, quelque atteinte aux bonnes mœurs? Non; c'est de poursuivre des dogmes qui déplaisent à la majorité du clergé. Le juge de paix ou le municipal se présente', l'arrêté à la main ; on lui ouvre ; il aperçoit une réunion plus ou moins nombreuse; il en demande l'objet ; si on lui répond que c'est déjouer ou de boire, rien de mieux , il se retire satisfait; les bouteilles ou les cartes lui garantissent la pureté des intentions. Mais qu'il entende quelques propos religieux, qu'il voie une Bible ouverte sur la table, la réunion lui devient suspecte; il prête une oreille attentive : voilà ce magistrat, qui a été probablement jusqu'ici un honnête et simple cultivateur, le voilà transformé tout à coup en docteur de théologie ; et s'il croit entendre quelque doctrine mal sonnante , s'il ne juge pas que l'on interprète les épîtres de saint Paul d'une manière satisfaisante à son gré ou au gré du gouvernement, le maître de la maison et les amis qu'il a réunis chez lui deviennent coupables d'un délit, et se voient traduits devant un tribunal correctionnel. De tels articles , exécutés à la rigueur, seraient la plus oppressive des inquisitions; inquisition d'autant plus funeste qu elle prétendrait agir au nom de la raison et de la modération.