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répandait une teinte mélancolique sur son existence. Cette disposition était réunie à une extrême gaîté dans l'esprit , à un talent remarquable pour la plaisanterie. Du reste, cette réunion n'est pas rare , et il est probable que ces deux facilités partent de la même source, d'une imagination facilement ébranlée, et qui prête aux objets de ce monde une couleur triste et brillante à là fois. La gaîté et la douleur sont deux états où l'âme est émue ; et bien qu'ils soient opposés , ils répondent tous les deux au besoin de secouer la monotonie de l'existence. Les lettres de M. de Staël à sa mère , pendant qu'il était dans sa pension , présentent un mélangé touchant de la docilité de Penfance avec la gravité morale d'un autre âge ; il rend à sa mère un compte exact de ses études , dans lesquelles il réussissait d'une manière remarquable. Madame de Staël, en mettant une haute importance aux développemens des facultés morales et intellectuelles, ne négligeait aucun des plus petits avantagea de l'ér ducation; elle pensait comme M. Necker, que mal faire une chose quelconque était
SUE M. LE BARON AUG. DE STAËL. xiij
toujours une infériorité. Aussi avait-elle appris à son fils à ne dédaigner aucun genre d'instruction. Auguste lui parle à la fois de ses études les plus sérieuses et de son maître de danse , en appliquant à toutes choses le désir de bien faire , qui relève toutes les occupations. La conscience d'Auguste se portait sur tout ; son désir de plaire à sa mère, sentiment qui se confondait chez lui avec la conscience , était aussi universel : il va jusqu'à s'affliger de ne pas grandir assez vite , de peur de n'avoir pas assez de grâce extérieure, et de lui causer par là une petite peine.
Il serait difficile de trouver un plus noble spectacle que celui d'un enfant sérieux et moral , d'un enfant à qui le sentiment du devoir donne quelque chose de digne et de grave, lorsque tout porte encore chea lui l'empreinte légère de son âge. Cette âme, qui a déjà le sentiment de son immortelle valeur, dont le regard révèle le ciel , au tra* vers de ses jeux et de ses puériles occupations, nous pénètre dune profonde émotion , comme tout ce qui fait vivement res~
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sortir le contraste de la haute destinée de l'homme avec les entraves de sa prison terrestre.
Non seulement madame de Staël confiait à Auguste la direction de ses propres études , mais elle essaya de l'employer comme un secours dans les difficultés au milieu desquelles elle se trouvait L'éducation d'Auguste de Staël eut l'avantage qui manque ordinairement aux éducations des personnes riches, et qui se trouve dans celles des classes pauvres, c'est d'être mis de bonne heure aux prises avec les réalités de la vie. Les persécutions de madame de Staël furent utiles à son fils sous ce rapport. Les intérêts de sa mère lui apprenaient la vie , sans que pourtant ses études en souffrissent. Au contraire , car il travaillait avec l'espoir de lui être utile. Madame de Staël désirait que son fils fut en état d'être reçu à l'École Polytechnique, quoique son intention ne fut pas de l'y faire entrer. L'espoir qu'un examen brillant pourrait intéresser le Gouvernement et le rendre favorable à sa mère, se joignit alors dans l'âme d'Auguste à l'amour de