PRÉFACE DE LA TRADUCTION
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Le récit que l'on va lire mérite à plus d'un titre de fixer l'attention, et l'intérêt dramatique de l'événement qui en fait l'objet suffirait seul pour captiver la curiosité. La qualité de l'auteur offre la meilleure garantie de la fidélité scrupuleuse de ce récit, puisque M. le major Mac-Gregor, à qui il est généralement attribué en Angleterre , a été à la fois le témoin et l'un des principaux acteurs de la scène tragique qu'il raconte. Du reste, si la voix publique le désigne justement , il serait impossible de discerner dans sa narration le rôle honorable et important qu'il a joué dans cette catastrophe , car il fait à peine mention de son nom , qui n'est prononcé qu'à la troisième personne; et nous devrions des éloges à sa modestie, si elle ne se perdait pas dans une vertu plus intime et plus réelle, l'humilité chrétienne.
Nous n'anticiperons point sur la narration ;
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elle se recommande d'elle-même à l'intérêt par un enchaînement de circonstances si frappant et si merveilleux , qu'il n'est point de lecteur assez étranger à toute émotion religieuse pour y méconnaître la protection bienfaisante de ce Dieu qui, dans son impénétrable sagesse, permet le mal et la souffrance; mais dont la bonté est la source unique et immédiate de tout bien. Toutefois nous croyons devoir appeler l'attention sur les réflexions morales que ce récit fait naître , et sur les données importantes que l'on y trouve sur l'état religieux de l'Angleterre.
Un navire de premier rang de la Compagnie des Indes met à la voile, ayant à bord la moitié d'un régiment de ligne, un équipage considérable, plusieurs passagers, et un grand nombre de femmes et d'enfans. Il est assailli en pleine nier par le double fléau de la tempête et de l'incendie : l'on essaie vainement de combattre l'un par l'autre ces deux élémens furieux; tous les efforts échouent, et déjà il ne reste plus qu'à se résigner à une perte inévitable , lorsque l'apparition d'une voile secourable vient offrir aux naufragés une chance incertaine et périlleuse d'échapper à la mort.
Mais que font les malheureux habitans du navire en proie aux flammes pendant les longues heures d'angoisses où ils ont à contempler
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face à face le sort affreux dont Us sont menacés?
Étrangers en grande partie les uns aux autres, et réunis de tous les points de V Angleterre par les liens de la discipline ou par la circonstance fortuite d'un même but de voyage, c'est d'un commun accord qu'ils vont chercher dans la prière et dans la lecture de la Bible la consolation et l'appui dont ils ont besoin. Les militaires écoutent la parole divine avec recueillement et avec douceur, les femmes la lisent avec courage et avec force. Les soldats restent soumis à la voix de leurs chefs, les officiers conservent la dignité de leur rang : point de vaine bravoure, point d'ostentation d'indifférence en présence de la mort qui va les séparer de tous les êtres qui leur sont chers, et de l'éternité qui s'ouvre devant eux; mais un sentiment profond, calme et énergique de leurs devoirs d'hommes , de soldats et de chrétiens. Les femmes s'arrachent sans murmurer aux embrassemens de leurs pères et de leurs maris, les enfans mêmes étouffent les iris de la peur et de la souffrance , et l'ordre règne au milieu de tous les fléaux déchaînés.
Arrivées en Angleterre , les victimes échappées au naufrage sont reçues comme des enfans dans le sein paternel : on donne des alimens à ceux qui ont faim, des vêtemens à ceux
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qui sont dépouillés, des habits de deuil aux veuves et aux orphelins ; les malades sont l'objet d'une tendre compassion , et Ton croirait peu faire de soulager leurs maux physiques, si Ton n'offrait pas à leur âme les secours de la piété. Dans cette grande scène de charité, on ne voit apparaître ni le gouvernement ni le clergé; ce sont les citoyens qui, d'eux-mêmes, se forment en comité de secours ; ce sont eux qui se répartissent les femmes et les enfans privés de protecteurs; ce sont eux qui vont lire la parole sainte aux malades et aux affligés , et dans ce mouvement svihlime tout est libre et spontané.
Sans doute quelques taches se laissent apercevoir dans le tableau , et la conduite répréhensible des matelots du navire incendié forme surtout un contraste surprenant avec celle des officiers et des soldats ; mais ces exceptions ne ternissent point la beauté de l'ensemble , et les équipages des deux navires qui viennent au secours des naufragés rachètent amplement, par leurs efforts héroïques, la réputation bien méritée de bravoure et de discipline dont jouissent les marins anglais.
En lisant cette narration, Ton ne doit pas perdre de vue que c'est un militaire qui parle , et que c'est spécialement à ses compagnons d'armes qu'il s'adresse. Si l'on songe ensuite à la ferveur
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chrétienne dont chaque ligne de son récit est empreinte , il sera impossible de ne pas se demander avec admiration : Quel est donc le pays où un soldat peut tenir un pareil langage avec la certitude d'être entend*»?
Cette remarque ne s'appKque pas avec moins de force aux lettres qui terminent l'Àppendix. Les officiers et les passagers échappes du naufrage éprouvent le besoin bien naturel d'offrir un témoignage public de leur reconnaissance au capitaine du navire qui les a secourus, mais ni ce brave homme , ni eux-mêmes , n'oublient un seul instant que c'est ailleurs que leurs coeurs doivent se répandre en actions de grâces, que leur libérateur n'a été qu'un instrument docile dans la main de la Providence, et que si la bonté divine les a épargnés, c'est parce qu'elle les appelle à remplir de nouveaux devoirs envers leurs semblables et envers leur pays. Toutes heurs expressions respirent le double amour pour un Dieu sauveur et pour une patrie libre; et humbles comme disciples de l'Évangile, ils ne cessent pas d'être fiers comme soldats et comme citoyens.
Quelques pamphlétaires se plaisent à répéter que le protestantisme de nos jours dégénère en un déisme vague qui tend à confondre les dogtÊtè& de rÉvangiJe dans les généralités de la re~