‹ Œuvres diverses de M. le baron Auguste de Staël: précédées d'une notice surChapitre 6 sur 51 · XVJ NOTICE · texte numérisé non relu

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en annonçait tous les germes. Tous ses efforts furent inutiles. En apprenant qu'il n'y avait plus d'espoir, il fut si affligé, qu'il écrit : « J'ai « été prêt à pleurer et à tomber là sans pouce voir rien répondre. »

Ailleurs , il lui dit : «Je me plaignais hier « qu'on ne put racheter des peines morales « avec des souffrances physiques. Avec quel « plaisir j'irais me jeter quelques heures dans « le feu pour te procurer quelques momens ce de bonheur!» Quelque temps auparavant, madame de Staël avait souvent chargé son fils de faire des démarches positives pour elle auprès des employés du Gouvernement.

Elle voulait pl^tenir la permission de s'approcher jusqu'à vingt lieues de Paris , pour être plus près de lui , et ce fut lui qui fit cette demande. Elle s'en remet à lui pour en expliquer tous les motifs , et , en finissant sa lettre, elle lui dit : « Songe qu'à ton âge <c précisément , mon père a commencé cette « fortune sans laquelle nous ne serions rien. * Comme il se trouvait obligé de sortir pour les affaires de sa mère, sans pouvoir toujours rendre compte de ses motifs, madame

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de Staël lui avait envoyé un ordre pour son maître, ainsi conçu : Je prie M..... de laisser sortir Auguste toutes les /ois qu'il lui dira, selon la sincérité de son caractère, qu'il sort pour nos affaires communes. Le voilà donc, à quinze ans, seul dans Paris, libre de sortir et d'aller où bon lui semble, sans rendre compte de sa conduite à personne , sur la foi de sa parole. Peut-être une émotion trop intime nous trompe, mais il nous semble qu'il est impossible de ne pas être profondément touché par cette noble confiance, indice d'une si grande droiture d'âme, et dans celle qui l'éprouve , et dans celui qui l'inspire. Mais les démarches qu'Auguste devait faire pour sa mère présentaient des difficultés qui exigeaient un tact moral tout particulier. Il fallait plaider la cause de sa mère, intéresser pour elle; mais en même temps il fallait plaider cette cause avec la dignité du petit-fils de M. Necker , du fils de madame de Staël, de la personne qui renonçait à son pays , à toutes les jouissances de la vie plutôt que de prononcer une parole désavouée par sa conscience. Il fallait ré-

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primer ce mouvement de révolte contre Tinjustice , si naturel à la jeunesse , et surtout à Tâme de M. de Staël ; et il ne fallait pas que le désir de réussir lui fît dire un mot dont la dignité de sa mère eût pu souffrir. Telle était la tâche qui lui était confiée , et confiée sans lui être expliquée, tant madame de Staël était sûre d'être comprise. Elle le fut en effet ; une fois , ce noble enfant fut tourmenté de l'idée qu'il y avait dans les démarches qu'il allait faire quelque chose qui manquait de dignité ; il hésita un moment, inquiet pour son propre caractère. Sa mère le comprit, ce Je suis bien touchée de ton sen- « timent, lui dit-elle; non, assurément, je ne <c voudrais rien qui fut contraire à la dignité ce de ton caractère; je le respecte dans son ce enfance ce caractère qui doit un jour procc téger ta mère et ta sœur. Dieu me préserve ce de consentir à rien que mon père eût désce approuvé ! »

Madame de Staël représentait constamment à ses enfans l'image de M. Necker : Il aurait fait, il aurait pensé telle chose, dans telle occasion; voilà ce qu'elle leur répétait tou-

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jours. Il existe une grande puissance dans la pensée d'un objet chéri , qui ne nous est connu que par la tendresse de ceux qui le pleurent; cet être, toujours présent à eux et jamais vu par nous , ce souvenir si intime , si vivant, et pourtant toujours couvert du voile mystérieux de sainteté qui dérobe à nos yeux les objets d'un autre monde , produit sur l'âme une impression solennelle , que leur présence même ne produirait pas toujours.

Bonté touchante de la Providence pour les orphelins , qui permet qu'ils retrouvent dans un cœur afflige l'image glorifiée du père qui leur a été enlevé !

Nous nous arrêtons quelque temps sur cette première époque de la vie de M. de Staël , parce que son caractère s'y manifeste déjà tout entier, peut-être plus complètement qu'à une autre époque où les distractions du monde le détournèrent quelques instans des pensées sérieuses. Npus voudrions faire corn* prendre aussi quel était son sentiment pour sa mère , parce qu'il a été le mobile d'une grande partie de sa vie. Raconter la jeunesse de M. de Staël, c'est raconter l'histoire de

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