XXX NOTICE
« rier, et je me jetai sur mon lit , à moitié habillé. Les « courriers furent retardés, et n'arrivèrent qu'à six heures « et demie du matin. Je fus réveillé en sursaut par les cris « de vive l'empereur! Je pris à la hâte la lettre que je lui « avais écrite , et j'allai me mettre sur son passage. M*** « prit ma lettre , ainsi que toutes les pétitions de ceux qui « étaient avec moi. Après cela, l'empereur passa, enveloppé « dans une espèce de pelisse de mameluck , et entra dans « une chambre de l'auberge pour déjeuner. Je continuai « à attendre, et, au bout d'une demi-heure, quand l'em- « pereur eut fini sa toilette , et se fut mis à table , il me fit « appeler. Il était à table avec quatre personnes , dont je « ne connaissais que deux N. N. , et était servi par son « mameluck seul. Je m'approchai de lui , et heureusement « j'en fus extrêmement peu intimidé ; il entama la converti sation en me disant : « D'où venez-vous ? — Sire , je viens « de Genève. — - Ou est votre mère ? — Elle est à Vienne , « ou près d'y arriver. — Eh bien , elle est bien là; elle doit « être contente , elle va apprendre l'allemand. — Sire, elle « est là loin de ses amis , de ses habitudes, de son pays, « et je pourrais montrer à Votre Majesté, par les lettres « qu'elle m'écrit dans l'intimité, combien elle est triste et « malheureuse de son exil. — Votre mère est comme cela, « elle n'est pas méchante : elle a de l'esprit , beaucoup « d'esprit; mais elle n'est habituée à aucune espèce de « subordination ; elle a été élevée dans la confusion de « la révolution ou de la monarchie tombante. ( Il parlait «beaucoup, tellement que, pour lui répondre, je lui « coupais presque toujours la parole ; et , ce qui m'a « frappé, c'est que, quand je combattais ce qu'il me disait, « il ne se servait pas detout son avantage pour me donner * tort ; mais , au contraire , il se taisait comme quelqu'un