ACTE II, SCÈNE III
ORDIGA.LJDO.
Sachez qu'une fille jolie, Sans le vouloir^ ou s'en vanter, Bien mieux que nous a sa magie, Et sait fort bien nous enchanter.
FANCHETTE, Vous enchanter ! moi, de ma vie.
Je ne sus un mot de magie.
ORDICALDO.
Apprenez que cet air fripon, Ce teint de lys, ce pied mignon, Ont aussi leur sorcellerie.
FANCHETTE, Quoi ? tout de bon ?
ORDICALDO, Oui, tout de bon.
ENSEMBLE
FANCHETTE , à part.
Mais voyez comme il me regarde !
Je tremblais ; je ne crains plus rien.
Ah ! je le tiens I ah ! je le tien.
ORDICALDO , à part.
Mais vraiment I si je n'y jprends garde, Tout mon art va céder au sien.
Tenons-nous bien, tenons-nous bien,
FANCHETTE
Moi, je serais si redoutable !
Vous plaisantez assurément.
ORDICALDO.
Je ne plaisante nullement.
170 LE AlAtilCIËN SANS MAGIE,
Ce doux regard est effrayant , Et cet œil cbarmaut...
FANCHETTE
Et cet ϔl charmant?
ORDIGALDO.
C'est le diable!
FANCHETTE
L'éloge est neuf assurément.
ENSEMBLE
Ah! monsieur^ je vous en supplie > Un instant veuillez m'écouter :
N'abuses pas de la magie ; N'allez pas ici m'enchanter.
ORDIGALDO.
Apprenez que fille j olie »
Sans le vouloir, ou s'en vanter , Bien mieux que nous a sa magie :
Ab ! vous avez su m'encbanfer.
FAJNGHETTE.
Mais voyez comme il me regarde !
Je tremblais ; je ne crains plus rien.
Ah ! je le tiens ! ah ! je le tien I
ORDIGALDO.
Mais vraiment! si je n'y prends garde.
Tout mon art va céder au sien.
Tenons-nous bien, tenons-nous bien.
voudriez- vous pas voir quelque chose de plus agréable?
LUCmDE.
Il me semble qu'il n'y a qu'à souhaiter avec vous. £h bien ! je voudrais voir un beau jardin.
OKDICXJjDO.
Esprits , vous entendez. Que tout ceci se change ei^ un beau jardin.
(Le théâtre change et représente la plus affreuse prison.]
( à part. ) Ah ! mon Dieu ! les étourdis!
LUCtWDE,
Mais qu'est-ce donc ?
HORTEIVSE.
Cela n'est pas trop joli.
FANCHETTE
Dieu me pardonne ! cela ressemble beaucoup à uneprison.
ORDIGALDOy embarrassé.
Point du tout; c'est un temple Égyptien. J'aurai mal prononcé , ou mes lutins m'auront mal compris. Il y a quelquefois par-là des esprits... qui sont des bêtes. (très haut.) Holà ! voulez-vous bien obéir mieux à votre maître ! Je vous demande un superbe jardin.
(Le théâtre change et représente un beau jardin.) HORTENSE et LUCmDE.
Quel spectacle 1
FANCHETTE
Il n'{i pas manqué son coup cette fois.