RÉCEPTION
repoussa avec une courageuse «dignité un bulletin impérial y insolent pour le Corps l^islatif et injurieux pour toute la nation, décida son éloignement.
Alors disparut du sein de cette assemblée jusques au dernier fantôme de liberté. Une seule voix avait pu s'y faire entendre; mais aussi quelle voix! et, quand elle se tut, quel silence!
Cependant, près de deux ans avant sa disgrâce, M. de Fontanes avait été appelé à une autre di* gnitéi celle de grand^maitre de TUniversité de France ; mais celle-ci, L'homme qui osait tout n'o«^ pas la lui ôter, tant l'opinion publique qui avait précédé et déterminé son choix semblait l'avoir çousacré d'une manière irrévocable. Par quel prodige en efS^t, M. de Fontanes avait<»il, e» ai peu de temp^, ra^pp^léaux études sérieusesyàla discipline^ £tux sentiments religieux, une jeûnasse alors mo& principes , sans frein et presque sani^ Bciftttres ? Que de résistances à oambattra! que de difficultés à vaincre ! mi^is l'^owil ou tout auti^ que lui aurait échoué, c'était 1^ caractère du chef du gouverne^ ment y de c^ homme inconséquent et fantasque, qui concevait de vastes desseins et n'osait se servir des éMmenta nécessaires à leur exécution ; qui sen* tait la nécessité de la religion et se défiait A^ ses ministres ; qui voulait un enseignement puUio et redoutait \m corps enseignant; qui, de toutes les sciences qu'il affectait de protéger, n'estimait, pour
DE M. YILL£I1A1N. dgi
lui , que la science du pouvoir^ et, dans les autres, que celle de l'obéissance ; qui enfin ouvrait de toutes parts des maisons d'éducation pour y former, non des hommes et des citoyens, mais des esclaves et des soldats.
Vous le savez, monsieur, vous que notre grandmattre accueillit dans l'Université naissante, pour en être un des plus beaux ornements, vous savez tout le bien qu'il y fit sous la domination d'un despote I.., Que n'y eût«il pas fait sous le règne d'un Bourbon ?
M. de Fontanes ne conserva les i*énes de l'Université que dix mois après la première Restauration, Dans sa retraite il n'éprouva qu'un regret, c'est de n'avoir pu achever son ouvrage. Il revint sans murmurer, et même avec bonheur, à ces doux loisirs littéraires dontle goût toujours si vif, dont le charme toujoiirs si puissant, vivifiaient, embellissaient sa solitude, comme ils avaient souvent rempli le vide des places et des dignités.
Mais tout à coup la plus affreuse calamité frappa la France; l'homme &tal reparut! On se rappelle avec quel empressement il rechercha , dès le jour de son arrivée ,. tous ceux en qui des intérêts froissés lui faisaient supposer quelque retour se* cret vers son autorité; Il n'oublia pas le grandmàitre de l'Université } il n'en obtîn t que des refus.
La joie qu'éprouva M. de Fdnùhes au retour du roi fut aussi vive que sa douleur avait été pro-
agi ^ RECEPTION
fonde, non qu'il songeât à voir sa noble conduite récompensée par de nouveaux honneurs ou par de grands emplois: il aimait nos Bourbons pour euxmêmes; il trouvait dans le bonheur de les servir le prix le plus doux de ses services. Sans ambition, sans faste, plein de franchise dans le cœur, d'élévation dans Tesprit, de simplicité dans les manières, facile, obligeant, affectueux, aimant la jeunesse, adorant le talent, d'une générosité peu commune, d'une bonté constante et d'une foi sincère ;ttel fut M. de Fontanes, tel fut l'homme dont la monarchie, les muses ^ l'amitié doivent également déplorer la perte.
Perte immense ! perte irréparable pour cette Académie ! Oui, malgré vos titres littéraires, monsieur, malgré le talent dont vous venez de donner de nouvelles preuves, vous nous pardonnerez de ré* péter, vous répéterez avec nous : perte vraiment irréparable!
Toutefois, si M. de Fontanes est un de ces hommes supérieurs auxquels on succède sans prétendre à les remplacer, nous lui avons du moins donné pour successeur l'écrivain qui pouvait le mieux peut-être célébrer sa mémoire, celui que nous avons cru le plus propre à nous consoler de l'avoir perdu; et c'^st un grand adoucissement à nos regrets de retrouver en vous, monsieur, plusieurs des qualités brillantes que nous admirions en lui.