ET DE LA PEUB
plus cruel memç ; et Yon peut dire de lui ce qu^ La Fontaine a dit de Tenfance :
«.Cet âge est sans pitié. » .
C'est surtout dans la victoire que se manifeste la violence d^un gouvernement faible; comme, avant de vaincre , il a eu peur, il a peur encore après avoir vaincu ; et, pour dissimuler cett^ peur , il se précipite dans d'aveugles témérités, jusqu'à l'heure de sa chute , qui n'est jamais plus prochaine qu'au moment où il croit avoir renvoyé à ses adversaires la peur qu'il avait reçue d'eux. Réaction constante, inévitable, que savent prévoir tous les hommes de quelques lumières ! destinée commune à tous les pouvoirs qui n'ont pas leur racine dans la justice, dans les lois fondamentales et dans les mœurs du pays !
Le parti vainqueur croirait-il trouver une force réelle et une preuve de la confiance publique dans les adresses, dans les félicitations rimées ou non rimées qui lui arrivent après le triomphe, voire même dans les acclamations du peuple, au passage du triomphateur? Encens banal qui n'a point manqué au triomphateur de [la veille, et ne manquera pas au triomphateur du lendeinain ! Parmi les journées les plus diverses de la révolution, en est-il une seule qui n'ait été célébrée à son tour par des fêtes et par des joies populaires ? Quelle conclusion tirer de ces parades ? La voici, expri- .
4a8 DE LA FAIBLESSE ET DE LA PEUR.
mée avec esprit , bon sens et précision , dans une épigramme politique.
^-C*e8t la fête aujourd'hui de Michel rindompiable Qui chassa le diable du ciel.
•— Et si le diable avait chassé Michel ?- •«- Ce serait la fête du diable.
La république l Est-il une idée de désolation et de désespoir que ce seul mot ne rappelle ? Qui ne sait que sa liberté était l'esclavage, sa fraternité l'homicide , son égalité le nives^u de la tombe ?
Se moque- t-on de la jeunesse française, en la poussant au retour de la république? Pense-t-on qu'elle ignore les horreurs de cette époque et que , déplus, les ignobles àneries qui ont accompagné ces horreurs aient échappé à sa railleuse sagacité ? Si en France on peut braver plusieurs fois la mort , y brave-t-on deux fois le ridicule ?
Qui de nous serait tenté de revoir ce bon temps ^ où un soi-disant représentant du peuple proposait sérieusement de remplacer le sucre de nos colonies par le sucre d'Orléans, et de transférer le port aristocrate 4c Brest à la commune patriote de Nanterre ?
Où la rue Saint-Denis s'appelait la rue Nis y parce , qu'il n'y avait plus ni saints ni de ? où Bernardin
4io DE LA RÉPUBLIQUE.
de Saint'Pierre vit substituer à son nom ceux de bett€ra\^€ et dindon ? où mademoiselle Lepelletier de Saint - Fargeau reçut en naissant le nom de Nation ? où le duc d'Orléans prit celui d^ Egalité ? où chaque bon républicain troquait le sien contre celui de Brutus et même de César ? où le dimanche s'appelait décadi y les mois plunôse y ventôse , et les derniers jours de Tannée yo^^r^ sans-culotides P
Où le savetier Chalandon présidait un comité dont Tavocat Target n'était que le secrétaire?
Où l'on buvait, mangeait, chantait, jurait, hurlait, sans col et sans veste, dans les parterres de nos spectacles ?
Où l'on disait, dans le Bourru bienfaisant : Echec au tyran ; dans JVanine :
« Elle doit plaire aux jardiniers , aux lois, »
dans le Déserteur :
« La loi passait et le tambour battait aux champs. »
. OÙ le jardin des Tuileries était planté de pommes de terre?
Où la magnifique nef de Saint-Sulpice était un grenier à foin? où, dans d'autres églises, une grosse déesse en bois, qu'on appelait k déesse Raison y remplaçait les monuments des Lesueur et des Bouchardon ? où des baladins promenaient dans les rues de Paris les ornements sacet*dotaux ?
Où l'on dépensait 3oo,ooo fr. pour effacer les
armes de France de tous les livres de la Bibliothèque du Roi? où les manuscrits les plusp^édeux de cette bibliothèque , suspects de féodalité , étaient jetés par les fenêtres ?
Où les doinestiques , y compris ceux qui volaient ou dénonçaient leurs maîtres j avaient le titre d'qfjicieux ?
Où* les filles-mères obtenaient des récompenses nationales ?
Où les hommes j en bonnet rouge et en carmagnole , s'honoraient du nom de sans-culottes? où les femmes portaient la cocarde? où hommes et femmes, vieillards et enfants , propriétaires et portiers , généraux et soldats , se tutoyaient ?
Où, les jours de grandes fêtes nationales, on mangeait en commun , dans les rues , à la façon des Spartiates ?
Où la façade de toutes les maisons était couverte d'écriteaux portant le nom, Tâge et le sexe de tous les locataires ?
Où l'on ne pouvait passer les ponts à la nuit tombante, ni être rencontré par une patrouille, sans être muni d'une carte civique ?
OÙ l'on ne voyageait pas dans l'intérieur de la France sans un drapeau national , et où il fallait des passeports aux chevaux comme aux hommes ?
Où, dans les tribunaux, quand, par méprise, on y traduisait des voleurs , ceux-ci appelaient sans façon leurs juges : citoyens collègues ?
4ia I>E LA RÉPUBLIQUE.
Voilà y jeunes gens , ce que Ton veut nous rendre ! et voilà ce qu'on nous rendrait , lors même qu'on ne le voudrait pas , en nous rendant la républi-^ que ; car cause et effet y crime et folie sont insë-* parables.
POÉSIES FUGITIVES
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