A PAULINE
Si ce n'est pas de saint Paulin, Mais de saint Paul que vient Pauline, Certei aujourd'hui tout bon voisin Peut y sans craindre un censeur malin , Offrir des fleurs à sa voisine.
Heureuses fleurs ! que vos destins Me paraissent dignes d'envie !
De Pauline y tous les matins , Vous fixerez les yeux mutins ; Tous les matins sa main jolie D'eau pure vous arrosera; Tous les matins (de jalousie Mou cœur en murmure déjà ) Sa bouche, dont le charme extrême Efface la rose elle-même, Oui, sa bouche vous sourira ; Tandis que moi de cette belle J'attrape à peine dans un jour Un regard qui souvent décèle Plus de malice que d'amour!
Enfin, du moment où l'aurore
45o POÉSIES
Tire le rideau dii réveil Jusqu'à l'heure où le doux sommeil Viendra pour Tembellir encore.
Heureuses fleurs , vous l'entendrez; De sa gaîté franche et follette A chaque instant vous jouirez ; En jupon court, en chemisette , Heureuses fleurs! vous la verrez; Mais plus heureuses si Paulette, Daignant vous cueillir de sa main^ Après avoir paré sa tête , Vous laissait mourir sur son sein!
Ah ! si le ciel voulait nous rendre Le bon temps oii les fleurs parlaient , Où leurs discours se comprenaient Mieux que l'épître la plus tendre^ Que de choses je vous prierais , Belles fleurs, de dire à. Pauline!
Mais vous ne parlerez jamais !
Et moi, dont la muse badine, Simple, sans art et sans attraits, Pourrait déplaire à ma voisine, Je vous imite et je me tais.
rUGITIVES. 43i