‹ Œuvres diverses de MontesquieuChapitre 11 sur 75 · DES CONTRASTES · texte numérisé non relu

DES CONTRASTES

L'âme aime la symétrie , mais elle aime aus^ les contrastes ; ceci demande bien* des explications. • . ^

Par exemple , si la nature demande des peintres et des sculpteurs qu'ils mettent^ de la symétrie dans les parties à€ leurs figures , elle veuÇ au contraire qu'ils mettéùt des conthlstés dans les attitudes. Un pied rangé comme un autre , un membre qui va comme im autre , sont insupportables : la raison en est? que cette symétrie fait que

les attitudes sont presque toujqlirs les mêmes , comme oa le voit dans les figures gothiques^ qui se res9emblent toutes p^ là. Ainsi il n'y a plus de variété <Jans les productions de Fart. De plus , la liature ne nous a pas situés ainsi ; et j comme elle pous.a doni^ du mouvement^ elle ne nous a pas ajustés daps nos actions et nos manières comme des pagodes.; e^, si les hommes gênés et ainsi contraints sont insupportables ^ que sera-ce des productions de Fart?

Il faut donc mettre des contrastes dans les attitudes, surtout dans les ouvrages de sculpture, qui , naturellement froide , ne peut mettre de feu que par la force, du contraste et deia situation.

Maiâ j comme nous avons dit que la variété que Ton a cherché à mettre dans le gothique lui a donné de l'uniformité, il est souvent arrivé que la variété que l'on a cherché à mettre par le moyen des contrastes , est devenue une symétrie et une vicieuse um£ra*mité.

Ceci ne se sent pas seulement dans de certains ouvrages de sculpture et de peintiu^ , mais aussi 4ans le style de quelques écrivains, qui, dans chaque phrase, mettent toujoiu*s le commencement en contraste avec la fin par des antithèses conti«nuelies, tels que saint Augustin ^ autres auteurs de la basse latinité, et quelques-uns de nos modernes, comme Saint-Évremond. Le tour de phrase

SUR LM GOUT. j'S

toujours le même et toujours uniforme diéplait CKtrémemeiit; ce contraste perpétuel devient symétrie, et cette opposition toujours recherchée devient uniformité. L'esprtt y trouve si peu de variété^que, locsque^vous aveE vu une partie de U phrase^ vous devinez^ toujours J'outre; vous voyez des mots oppoàés^ mais opposés de la méi^ manière ; vous voyea un tour dans la phrase, mais c'est toujours le même. '

Bien des peintres sont tombés dans le défaut de mettre des contrastes partout et sÂs ménagement; de sorte que, lorsqu'on voit une figure , on devine d'abord la disposition de celtes d^à côté : cette continuelle diversité 4evi<ent quelque chose de semblable. D'ailleurs , la nature, qui jette les chqses dans le désordre , ne montre pas ra£fectation d'un contraste continuel; sans compter qu'elle ne met pas tous les corps en mouvement, et dans im mouvement forcé. Elle est plus variée que cela; elle met les uns en repos > et elle donne aux autres différentes sottes de mouvement*

8i la partie de l'âme qui connoit aime la va* riété, celle qui sent ne la (Cherche pas moins; oBf l'àme ne peut pas soutenir long-temps les mêmes situations I parce qu'elle est liée à un corps qui ne peut ' le^ souffrir. Pour que notre âme soit excitée, il faut que les esprits coulent dans les

nerfs, r or il y >a là deux chpsto f une lassitude dans les nerfs y uile cessation de Ut part des écrits , qui ne coulent {rfus , ou qui se dissipent des lieux où ils jont coulé.

Ainsi tout nous &tigue à là longue , etiuttout les grande plaisiîrs : on les quitte toujours avec là même satisfaction qiTon les a pris; car les fibres qui en ont été les organes ont besoin de repos; il faut en employer d'autres plus propres à noui feryîr, et distribuer pour ainsi dire le travail.

Notre âBie est lasse de sentir; mais ne pas sentir^ c'est tomber dans un anéantis^ment qili l'accable. On remédie à tout, en variant ses mo^ difications; elle sent ^ et elte ne se lasse pas.

nES Pl/AISmS DE LA SimPBISE.

Cette disposition de l'âme qui la porte toujodrs vers dUfférents objets fait qu'elle goûte -tous les plaisÂris qui viennent de la surprise; sentiment qui plaît à l'âme, par le spectade et par la promptitude de l'action; car elle aperçoit ou sent une chose qu'elle n'attend pas , ou d'une manière qu'elle n'attendoit pas.

. .Une chose peut nous surprendre comme tnerveilleuse, mais aussi comme nouvelle, let encore comme inattendue, et, dans ces -derniers cas, le sentiment principal se lie à un sentiment accès-

soire, fondé sur ce que la chose est nouvelle ou inattendue. . . •

C'est par là que les jeux de hasard tkms piquent ; ils nous font voir une suite continuelle d'év^ments non attendus : c'est par là que hi jeux de société nous plaisent; ils sont enc<»re une suite d'événements imprévus, qui ont pour cause Fadresse jointe au hasard.

C'est encore par là que les pièces de théâtre nous plaisent : elles se développent par degrés, cadrent les événements jusqu'à ce qu'ils arrivent, nous préparent toujours de nouveaux sujets.de surprise, et souvent nous piquent eh nous les montrant tels que nous aurîpns dû les prévoir. .

Enfin les ouvrages d'esprit ne sont ordinairement lus que parce qu'ils nous ménagent des surprises agréables^ et suppléent à l'insipidité des conversations, presque toujours langiussantes, et qui ne font point cet effet,

La surprise peut être- produite parla chose, ou par la manière de l'apercevoir; car nous voyons une chose plus grande ou plus petite qu'eUe n'est en effet, ou différente de ce cpi^elle est ; ou bien nous voyons la chose même , mais avec une idée accessoire qui nouis suiprend. Telle est dans une chose l'idée accessoire de la difficulté de Tavoir faite, ou de la personne qui l'a faite, ou dt» temps eu ellea été&ite> ou de la manière dont

«lie a été faite , ou de quelque autre circoostance quks'y joint. •

Si^tooe nous décrit 4es crimes de Néron, avec un sang'froid qui nous surprend9;en nous faisant presque croire qu'il ne sent point l'horreur de ce qu'il décrit. Il change dç ton tout-à-coup , et dit : « L'univers ayant souffert ce monstre pendant « quatorze ans, enfin il l'abandônnaj Haie mons-^ « ttum per quatuordedm mnnos perpessus ter- <x rarum orbis^ tandem destituit. i> Ceci produit dans l'esprit différentes sortes de surprises ; lojos siomiQes surpris du changement de style de l'auteur, dé la découverte de sa différente manière de penser, de sa façon de rendre, en aussi peu de mots, une des grandes révolutions qui soit arriva : ainsi Fâme trouve un très*grand nombre de sentiments différents qui .concourent à l'ftiranler et à lui composer un plaisir* (

DES DIVERSES CAUSES QUI > EUVEtTT MODmitB V7X SBKTIMBirt.

IL faut bien remarqua qu'un sentiment n'a pas ordinairement dans, notre âme une cause unique^ C'est, si j'ose me, servi)* de ce terme, une certaine dosç qui en produit la force et la variété. L^esprit consiste à savoir. frapper plusieurs organes à la fois; et si l'on examina les divers écri-*

▼ains, on v«tJt pent-etre que les meilleurs, et ceux qui ont plu davantage, sont ceux qui ont excité dans Tâme plus d^ sensations en même temps. ^

Voyez, je vous prie , la multiplicité des causes. Nous aimons mieux voir un jardin bien arrangé qu'une confusion d'aigres: i* parce que notre vue qui seroit^arretée ne l'est pas; a* chaque allée est une, et forme une grande chose, au lieu que dans la confusion chaque arbre est une chose, et une petite chose; 3* nous voyons un arrangement que nous n'avons pas coutume -de voir; 4"* nous savons bon gré de la peine que l'on a prise; 5* nous admirons le soin que l'on a de combattre sans cesse la natur^ qui, par des productions qu'on ne lui diemande pas , cherche à tout confondre; ce qui est si vrai qu?un jardin négligé nous est insupportable. Quelquefois la difficulté de l'xnivrage nous plaît, quelquefois c^jBst la facilité; et, comme dans un jardin magnifique nous admirons la g^ndeur et la dépense du maître, nous voyons quelquefois avec plaisir qu'on a eu l'art de nous plaire avec peu de dépense et de travail. Le jeu nous plaît, [^arce qu'il satisfait notre avarice , c'est-à-dire l'espérance d'avoir plus : il flatte notre vanité par l'idée de la préférence que la fortjuie nous donne, et de f attention que les^ autres ont sur notre ' bonheur ; il satisfait

8q ^ssai '

hbtre curiosité en nous, donnant un ^3ectade; enfin il nous donne les différents plaisirs de la s^iprise.. ^ -

La danse nous plait par la légèreté, par une certaine grâce, par la beauté et la variété des attitudes, par sa liaison avec la musique, la personne qui danse étant comme un instrument qui • accompagne; mais surtout elle plait par une dis«^ position de notre cerveau , qui est telle qu'elle ramène en secret Tidée de tous les mouvements à de certains mouvements , la plupart des attitudes à de certaines attitudes.

; - DE tA SENSIBILITÉ.

Presque toujours les choses nous plaisent et déplaisent k différents égards : par exemple, les virtuosi dltalie nousaoïvent £siire peu' de plaisir, ivparce qu'il n'esl; pas étonnant qu'accommodés comme ils sont, ils chantent bien :ils sont comme un instrument dont Fouvrier a retranché du bois pour lui JEalre produire des sons ; a* pacce que les passions qu'ils jouent sont trop suspectes de £aui^ seté; 3* parce qu'ils ne tont ni du sexe que nous aimons ni de celui que nous estimons. D'un autrç cQté ils peuvent nous plaire , parce qu'ils colisenvent long-temps un air.de jeunesse ^ et de plus panse qu'ils ont une voix flexible , et qui leur e^t

SUR LE ootxr^ . 8l

particulier^. Ainsi chaque chose nous donne un senttlnent qui «st.com(>o$é de beaucoup jd'authés, l^quels s'àf^iblissent et sè^ choquclnt quelquefois. " ' '

Souvent notre âme se compose elle-inéme des raison^ de plaisir , et eHe y réussit sùtt^ftpar les liaisons ({Ocelle' met aux choses. Ainsi une chose qui nous a plu nous plaît encore ^ par la seule raison qu'elle nous a pkt , pai^ que nous joigtibdb Tancienhe idée àia* nouveliéi Ainsi ufae actrice (](ur notfsa plu Siu* le théâtre/ nous plaîl e^corç dans la chambre ; sa v6ix^.sa dédaination > lesou- Venir-de l'avoir vu adûArer, que (Ji^©? ITdée de. la princesse jointe à* la 'sienne, tout Cela faut une; espèce' de' inélange qui' forme et prôduif un plaisir. ■ ' * \ ;

fïou9 (Sommes tou& pleinà d'idées accessoires. Une femme qui aurs^mne^^de réputation et un léger défaut , pourra le mettre en crédit^ et le faire regarder comme une grâce. La plupart des femmes qiie nouskimons n^ontpour èUès que la prévention suç lèuir naissance où leurs bièn^, î^s honneurs ou Vèstime de certatnest gens *. ^

'« Dauf let^édidons modieniei od i^ intercalé et chapitre : .«

âVTKrTbPVBT BIÛ LlAltOKS'^irB l'aMB Mtt AUX CMÙHu:*

. • Vous derpaa à ia TÎe cbampétaê, ^e Thaoïxùe meirtâ» cUarW» ^gtnuan «ëmpa, €«t aîr riaat ré|^da im to«u b iahler'>^* ^^ MOSTCSQ. tmv, mil. ^

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