ESS^I
Raphaël et de la pureté du Gorrègè, Paul Véronèse promet beaucoup». et paie ce qu'il prome^. Raphaël et Iç Corrège promettent pea^ et p^ûenl beaucoup ; et cela nqus plait dayaotage.. * .
Les grâjoes se trouvent phis otrdinaîrementdanç l'écrit que dans le vis^e; car un beau- visage pardît d'abord, et ne cache presque rieQ{4nais l'esprit ne se tnontre que pçu4-peu, que quand il veut, et ^utaiit. qu'il veut ; il peut se .cacher pour paroîtrc'iet donner cette e§pèce de suiyrise qiii fait lei$ grjàces.
JjCS grâces se troùvçiait moins xlans les traits du visage que daos les ma^iènis ;• tfàr, les manières .naissent à chaque instant, ei peuvenjt i tous les moments créer (}es «urprises : eh* un mot , une femme ne, peut guère être belle qi^e d'une façon; mais elle est jc^ie.dé>cent miUe.
La loi des deux àex^ jbl établi parmi les oations policées et sauvages, ^e les hommes demande* roienty'et queles/emines ne feféient qu'accorder: de là il arrive que Içs gf aces sont piuâ. particulièrement attachées aux femmes. Comme elles ont tout à défendrç , e]les ont tout àt cacher; la mpipdre parole, le moindre ^te,.totit ce qui, sans choquer le premie^ dévoir, ,se mpntre en elles,, tout ce^qui se met en liberté devient im^ grâce; et telle est la sagesse deia nature, que ce "qui ne seroit rien sans la loi de la pudeur, devient d'un prix infini
SUR LÉ GOUT. fôr
depuis cette 'heureuse^ loi qui fait lebonkeur de* onivers. < * *- , ; . ;
Comme la gène et TafFectation ne sauroi'ent BOUS surprendre, les grâces ne se* trouvent ni danà les manières gênées ni dtms les nùmieres affectéçs^ mais dans une certaihe . libertié ou facilitéxpu^est entre les. deux extrémités; et famé est agréd)le*^ ment suiprîse^cle voir que Ton a évité les deux écaeils. Il semlbferoit que les mdbièrc^ naturelles dévroiént être les plus aisées: ce sdht ^Ues* qui le sont le^ moins; car Téducatiop qui nousgéne nous &it toujours perdre du naturel : or nous sommes charmés -d£h le tôir revenir. . -^ . ' . •
. Kien ne nou^ -plaît tant' dans utie parure que lorsqu'elle esi dans.'Cette négligence' oi^ même dans ce désordre qui* «nous cache tous les soinsque la propreté n'a pas exigés, et que Ja ^eule vanité âutoit fait prendre; et l'on n'a jamais d€ gdtce dans l'ésprif que lorsque oe que Ton dit pa^oît trouvé et non pas recherché.
Lorsicfue^ vous àiït& des choses qui vous ont coûté, vous pouvez bien, faire voir que vous avez de rest>rit,éc non pas ties grâces dans l'esprit. Pour le^Êdre. voir, il faut que vous ne le voyiezpas vous-même, et que les autres, à qui d'ailleurs quelque chosé dé naïf et de slipple en vous ne pro-^ mettoit rien âe:cé)a, soîMt douMim^t surpris de s'en tqpercevoh*. , '
Ainsi les grâces ne s'^qquièrept point: pcnir ^n avoir il faut être naïf. Mais coriiment peut-on tra^ vaille^ à être naïf? ' ^ -
Une des plus belles fichons d'Homorei c'est cello de cette ceinti^re*. tjui ddnnoit à Vénus Tart de plaire. Rien n'est plus propre à faire. sehtir cette mAgie^t ce pouvoir des -grâces, qui seriiblent être dQniiées4 une personne par iin pouvoir invisible^ et qui ^nt ^distinguées de la beauté même.* Or cette ceinture' riè pouvoit être doniiée qu'à Vénn^. EUe ne pouvoit convenir à la beisMité* Biajeatueiise de Junoû; car la majesté d^ande «une c^^ine gravité, ^'est-à-dire une contrainte oppQdée à l'ingénuité des grâces, ^llë ne powroit'lnçn convenir à la beîAité fière de Pallast- car la fierté est opposée à la douceur des grâces, dt dVilleurs peut souvent être soupçonnée d'affectation.
PROGRESSION DE' LA S^R^lsfe.
Ce qui fait les grandes beautés, c'est lorsqu'^une chose est. telle que la^su^rise est d'abord n^édiocre, qu'elle se soutient, augmente, et nous.nijèn^ ensuite à Fadmiratijbn* Los ouvrages de Raphaël frappent j)eu au* premier c0up d^jdal: il imit^ si bien la nature, que l'on d'en est d'abord pas plus étonnié que si l'on .voydit l'objet même, lequel ne causerait point de ^rprise. Mais une exprès*
SUA t£ COUT. 8j
sknr tetiataidiimiré, un. colpris plas fort /une atti» tude bizarre d'un pemttç moi^ bon nous saisit du premier coujp^'(»il , psifce qu'on n'a pas coutume de là voir ailteur$» On peut comparer Baphael ^ Yirgfle , et le< peintres de Venise', avec^ leurs attitudes forcées, h. Lucain: Yii^le, ptths Batur^, frappe d^bord ifkoins poru* frapper enspite plus ) Locain frappe d'abord plus pour fri^>per ensuite moins.
L'exacte prt>portioii de la fameuse église de Saint-Pierre ' fait qu'elle ne paroit pas d'abord aussi grande qu'elle l'est; car nous ne savons d'abord où nous prendre pour juger de sa grandeur. Si elle étoit moins large, nous serions frappés de sa len^^eur; si elle étoit moins longue, nous le'^erions dé sa largeur.Mais à mesure que l'on examine^ l'œil. la Toil s'agrandir, l'étonnement aiigiïiente Od peut la comparer aux Pyrénées, où l'œil, qui (Toypiî: d'abord les mesurer, découvre des mon*' tagnes derrière les ixionta^ie&, et se pe^d toujours davantage. '
Il arrive soilveht que notre âme iséntdu plaisir lorsqu'elle à un sentiment qu'elle ne peut pas démêler elle-même, et qu'elle foit une chose ab/splumént différente de ce qu'elle «ait être; ce qui lui donne un sentiment de surprise dont elle ne peut pas sortir. En voici un exemple: Lç dôme de Saint-Pierre est Jmmense. On sait que Micbel-
88 xss^i
Ange voyant lePandiéoD, çpû étoit le plus gnoé teinte de ftomeV^k qu'it^eit voulôit Sûre un pareil, mais qu'il voulojit 1(6 mçttrc^ en rMr. Jl fit donc sur ce modèle le dôme de Sain^Pien|i&; mais il fit tes piliers si massifs, q^e C9 dôm^i ^ui est comme uiie montagne queTon a sur la tâte, paroit léger à l'œil qui le considère. Lr'àm^ reste dcma incertaine entre ce qu'elle voit et oe qu'elle skit^ el^* elle reste surprise de voir une inaçse en même temps si énorme et si l^ère. . '
DfiS BBÂUriS QUI RiSULTEirr n'UN C£BTA4ir * ^ EMBARRAS DE L^AICE. : ;
Souvent la surprise vient à l'âme de ce qu'dle ne 'peut pas concilier ce qu'elle voit, avec ce qu'elle ïi Vu. U y a en Italie "un grand l0c qu'on appelle le hac Majeur : c'est une petite mer dont les bords ne mçntrent rien que de sauvage. A quinze milles dams le lac sont deux îles d'un quart de mille de tour, qu'on appelle les Borromées, qui est, à mon avis, le séjour du monde le plus enchanté. L'âme e$t étonnée de ce contraste romanesque^ de rappeler avec plaisir les mefveilles des romans, où, après avoir passé par des rocher» et des pays arides, on se trouve dans un lieu fait pour les fées.
Tous les contrastes nous frappent, parce que
les dimesënoppés^ôiiiserélèveiHi^totit^sIcèjèta^ r ainsi lor$t{v'utYpettt homme est auprès4*ung^r^^ le petit &ii paroTtre T^^tre^^^gnllié^elleg^d &it paroilre l'autre plus petit. ' ' ' .
• Ces'SoMes de surprises Ibnt le pfaôbir ijue Fon trouve dans toutes les'tbeautés d'opposition^ dam toutes les antithèse» et figures paroles. Quand Hôros dît ^ « Som et A%rde (qui Je croiroit! ) hôhs a ont été formidables; jBatrique et^ Comiculé é étoient dés provinces: nous tougfîssDtis d«s Bo« crill^is et des Yérujfiéns^ mais nonis M »^bns a triopiphé; enfin Tibur notre faubourg , Préneste c QÙ sont' dos matsôâsde plais&nce^^étotént'ie a stij^t^é^ voeux que -nous allions Ù&re ^U CSàpK « .t<j0. » Cet auteur, dis-je^ i^us moptte en mém^ tempâ* Ta grandeur de Rolne:^ la petitesse àe ses comrtienœmënts; et l^^tonbemeilt parte sur ceir deux choses. " '
On peut remiûqtiw ici combien est grande ta* difi^reàce des aiïti&èsfes d'idéôs,' d'avec lés antithèses d'expression. L'antithèse d'expression n'^est pas cachée; celle d'idées l'est : l'unp a toujours Je même habit, l'autre en Change comme on velit; l'une est variée^ l'autirè non. ' . *
Le nïeme Florus^ en padant des Samtiites/dît que 'leurs villes ïui^nt tellement détruites, qu'il est difficile dé Irouver à présent le sujet dé Vingtquatre ^îotnphes ; ut jwnfitcilè çppareat "niaterià
pO ÏSSAI
quaHiçrei "kJifpntitnmnphoruiri.Xl |«tr les ibj^çites. parolfis qui akarqueiH la 4Q9ti:40ftîon de^e f^eiqpl^^ il £llt.^if lA gt9\pAém cjé son couraffe' et. de son opiniâtreté. • * •. , , ; ... • ; ,,
Lprsqyie* ^iious vauloitô nous empêcher defire^ nptre rîfe. redouble a cause du contraste qui.est entçe la sttUatiqn où* nous .çoaimes et cel^ où nous devrions être. De mémelpr^uenqiis.véyoas dai)s xxs). visage un gi;and'i}^auty comiiie, par exemple» un, isrès^and nez^ nous ridAs à çavse cpe nous voyons que çe^^ontraste aveqles autres tpait»*d^ vifiagtf nj^^doit pas être. Aitisi Jos-, cbntr{is^s0nt caiise des défai}ts;aussLbien que 4es beaulés^Loisquenous voyons qu'ils sonjt ss^ns r^so|i, quHls. relèvent ou échirefi^ yn autre dé&uty îH^QPt les grands^ instruments de la. la^eilr^ laquelle, lorsqu'elle npus fnif^pe ^ul>itiBment,>peut exciter uii(S certaine jpié dans notre âme, ^t nous faire rire. Si mptre âme la regjarde çomine ujk malb^ur dans la piersonne qui Ig possède ^ elle, peut exciter laLpitié; 91 elle*la regarde avec l'idée deqp qui peut, nous nuire » et^vçc une idée de ÇQmp^rs^ison^aveçjoa qujacoutumç de nous émontoir et d'exciter nQ$ désirs, ellç la, feg^de avec un sentiipent.d'av4?rfto/2, . . , • é
, Qe jïïi^iap' dans nos' pensées, lorsqii^çH^ coi^tiennent. une opposition qui est contre .le «bon sens, lorsque icette oppositiop est .commun^^ et
Sun LE GOUT. ^ 91
aisée à trourér, elles né plaiieftt pôinf et sont iiix défaut, parce qu'elles ne causent point \ié surprise; -^ et SI au contraire ellos ionï trop recherchééîs, elles ne-plaisent pas non pliis. Il fatif que dàns^ un ouvrage oh ïeà sente parce qb^eltes y sont , Bt non pas parce qu'on â voulu les taonfrer ; car* jpôur lors là surprise ne tombe* que sur la ^otl^^e de rauteurS '\ ' * • ^^••' '
Uae des cboses qui nou^plaitleptuà^c^est le naif;mais c'^t atisei le àtyfe le plus diffldte â atti^jiér': la rïiisôii^n' est qu'il 4st précfeèmèht entré le riobleet lebàs; êtil ê$t çi'près' dû bas; qu'il est très-difficile de le côtoyer toujours sans y^ltombef. ' » ■ '"
Le5 musiciens ont reconnu que la mixsîque qui se chanté le 'pljiis Êicilement est Jia plus diffeciU i' composer;* preuve certaîne* que* nos* plaisirs et l'art qui nous les donne sont ehxte cértsdnes Ihnît'es. . ' *
A Voir les vers de Corndlle sï pompetix et ceux
de 'Racine si naturels, on 'ne dévi^iëroit {>as que
* Cet tjméti est toul^-(ait changé dans lei édÉlions modelées. Onlit: . . .
«Lonqn'on rapproche des îdéet oppot^ Finfé' k YtMtmr^ ie contraste a été XT0p fadle ou trop dilGcile à trouver, il déplàit ; il laat\{aeroppoaitioif qAi est entre }cs idées rapfNrocl^ées se fisse sentir , parce qu'elle y est , Aon pai«e* ^n^ l'antewr a Vonhi la mon-, trer; car.^ en ce dernier fla», la* surprise ne tonBe-qtfe sur bi èet^ dse de yaat«Bf.*» (iVkmr. 1^/. )
9^ tSSAI
GorheîVe traviiiUo|( Êtcilement/ et Racine avec peine. '. / ,
Le faaâ est le sublime du peuplent <{ur aime à voir tlpe chose f;^te poUr lui, et qui. est à sa portée.
Len idées qui sà présentent aux gen^ qui sont bien élevés i et qui ont un grand e^'riti sont ou naïves ^ j^n nobles , ou sublimes.
Lorsqu'une dbioso' nous est montrée avec des circanstan^> ou des accessoires qiv Tagrandiss^nt^ cdà nous pai^>i> m^ble : cela se aetit ^ifitoat dan^ le) comparaisons où Tesprit doit ^toujours gaçQier et jamais petdre ^car elles doivent toujours jouter, qudque chose , iEsiire ypnrk^ chose plus grande, ou, s41 ne s'agit pas de grandeur, plus fine ^flus délica;te: mais.il faut bien se donner de g^rde 4^ montrer àrâme uu rapport dans le bas^ car elle &e leseçojil; caché sj elle Tavoit découvert.
Comme il s'agit de montrer des choses fines,- Tâme aime mieux voir Comparer une ina'nière à^ une manière I une action à une apTion , qu'une chose à une chose; comme un héro^àun lion,, une femme'à un a^tre, et un homme l^ger à un cprf '. . •
* Qmm 1m éiîtièBê iBoderiiéft on lit :
« Lonqii*il iTagitclc tBontrerdé^^^hoset finec^ Vkam aime niSeux yfàr comparer une manièrei à «me manière , une actieo à oue action, JÎo'ane, choié à one chpsa. CQm(>arer en '^énér^l ■ «n homme courageux à un lion, une femme à un astre, un iK>mme léger à
SUR LE 6(MJT. 9^
Mlchel-ÂDg'é est le maHre poiir dotinei^ de la noblesse à tbiis ses sujets. Dans son fiEnneux-Btfbchus y U ne ùàt point c6iniiie les peintk^ . 4^ Flandre qm nous montrent ûiié figuDe.tomlMHate et^pii est/pibur ainsi dir^, en Tair* Gela «eroitin» digne de la. majesté' d'un Dieu. Il le peint ierme sur ses jambes; jnais ilhii donne si «bien la gaiié de rWresse^ ^ le plaisir à veir coûter- 4t liqueur qu'il verse* dans sa -coupe, qu'ail n'y a rien |le si admirable, i - .♦ -
Dans la Passioii ml est dans 'la galerie de dorence , il a peintr la^vierge dd[>out , xjui regarde son fils crucifié^, salis douleur, sans pitié, sans regret, santf lai*mes. 11 la suppose instruite de ce g)tapd tBystère,et par^^à lln.fait soutenir aVec grandeur le spectacle'<le cette mort,
11 n'y a pôintd'ouvràj^ de Micfael-Ânge où il n'aft mi^ "^quelque cbo^ dé nc^le : on t^Uve du grand dans ânesébaacfaèitiiii^iM , comme dans ces vers que Vîrgîle tfa p'oih^ finis.
on cerf; célft Wt ftisé; lùàm locsqoe âjl FMitwv eouuomieç liîosi une «le set édiles y ^ .
Entre les pattes d'un lion Uo'xat sortit de^terre ésser i f éleardîe. ^ • . Le roi d— jiniii^», en cett^ oc4*asiani> • • .
lioatra^ce qvCll étûit ^ et lui dénn^ la vie , '
.il<oBpai« les. modification» de^i*|me d« loi de^^animau^ aifec 4es nibdSficatiifns dç l'iLme'd'nû téritable roL • (^ow. cdft, )
94 £SSAI •
^ , Jalt6 ^Bétaiiin ,-daiiê sa chambrje dfiS géants à limtoue , où il a représenté Jupiter qui les foa- 4roîe> ftût voir .tous* lea Dieux ef&ayés: mais Junou est auprès d^ Jupiter; die lui montre, d'un m assuré y un.géant sur lequel il £aut qu'il lance la foudre: par^lÀ il lui donne un air de grandeur 4u^ nV)nt pbis Ic^ autres dieux :. plus ils sont près de .Jupiter/ plus iU sont rai&suf es ;et oe]^ ^ bien jsalurdl; car^dans une bataille, la ^yeur casse auprès de celiii qui a de l'avantage* , . •
• * ^ ' ' * * DÉS HÈCLXS^ * * ' ' *
. Jous les ouvrages de l'art ont dôs règles générales, qui soAt de^ gui4|^ qu'il ne faut jamais pçrdr^ de vue; iWais copime les lois sont tctujçurs ju^es ^lans leur être e^éral, mais presque ttoujours injustes dans. 1 application ; de même les règles^ toujours vrfûes dans Ja tkçorie, peuvent devenir fausses dans l^hypothèse. Les peiStr^ et les .sculpteurs ont établi les proportions qu'il faut donner au corps bumain, et ont pris pofcr mesure commune la longueur de la (ace ; maié il {aut qu'ils violent à.cbaque. mst^Mit les. proportion^, à cause des diflérente» attitudes danft lesquelles 11 &ut qu'ils meltent.les corp$:par exemple, un braé.tendn- est bien pliis !dng que celui qni ne
su* LÉ COUT. g5
l-e^ pas. Ferso)Qné n'a jamais plus 'connit Fart que MichelnAnge; personne he s'en e^ joué da« vantage. Il y âpeii de ses ouvrages' 4*architecture où les proportions soient éxacteinent garaêés) mais, avec une connoissance exacte dé tout ce X[èA peut faiF6 plaisir /il sembfoi^ qvTû eût un art ^ part po.ur chiaque ouvrage.
Quoique chaque' èfifet dépende d*une cscoA générale, U s'y mêlé tant d'autres causes <(jatticullères, que châqiïe effet a,'en'quèïque façon «^ttne qiuseàpart. Ainsi l'art Monne les tègle^^etlë goût .donné les exceptions; le goût nous découi^ en queues o'ccâsibnft l'art doit soumettre ,* et- en quelles occasions il doit être' soumis.' • '•
J'ai dit souvent qiie'ce qiïî noiis fâit"pfeisir doit être fondé' sur la raison; et ce qui né l'est *pas à. certains égànfc, mais parvtent'à nous phdre par d'autres^ doit s'en éçârterle moins qu'it est possible. ' ". * . •" ' *"'
Et je he isais tommé il Arrive que la sottie de l'oùyi-iër, bien marqué^/ fatt que l'on lie peut plus se plaii^à sofl oiivragé'^ çai'dsfns lesouvragés de goatflt^tf pou^qji^ls plaisrtit, aVoifr-une cettàJHè* confiance à l'ouvrier; que l'on perd d'abord
g6r ^ESêki
lorsc^Q Ton voit, pour premièlre ehoscj qu'il pè-
pfaé contre le bon stm;
Ainsi y lorsque j'étois à JEHse , je n'eus aucun . jdaûirlori^u? jç YÎs 1^ âeuve Ârpo peint dans le ctd avec .^n urne qui roule <les eàux.'J^ n'eus aOcun ,pbûsif ^ Gèo^ de voir des saiots dansTe ciel qui souffroiént- le martyre.* Ces. (thèses sont ^« grossières qu*oa ne peut plus les. r^txler..
'IxM^qu'on^.fentiKid dans le çecond acte de TfyrçsSe, de Sénèqùe^^ ^Vieillards d'Argos qui, iXM^ipe dfss àtôf&a^ de. Rome^du temps de S^- |icqii^,*.parl^t des ï^hes et. des Quirites,..èt 4^stûig|Uent les sénate^rs d^es plébéiens ^ méprisent lès blés de la Libye^ )ea«Sari](iates qui ferment là mer Caspienne, et k^ rois- qui ont subjugé les Daœs^ une pareille ignorance fisiit rire dans un sujet sérîeuiç. <reçf^conime si; 5Ur te dtéitre de liondres > on introduisoit Mariùs dijant qi^e^ pourvu quMI'^t Ia£iteur de la Gj^ambrebasse^ il /le bràint point l'inimitié 4e celle des . l^^, ou qu'il ^memièiix la vertu que tout ce que. les|gran<|ieâ Êimilles 4^ Rome font venir du l^otose.
Lorsqu'une chose est, à certains égard% ç6nti*e ia iiai^n , et x{ue ^ nous plaisaixt.par d'autres , l'usage ou l'intérêt même de bo$ pla^Mx:^ îa fait regarder comme raisonnable, comm^ no; opéras ^ il faut É^içp en soilp-qu'ielle s^çn i^carte le. l6oins possible. Je ne pouTpis^sojafïr;^ en. Italie de vpir
CatOB et César chanter 4es ariette? sur le tfaé&tre ; les Italiens 9 qui ont tiré de l'histoire les sujefo^'de leur opéra ^ ont montré moins de goût que nous, qui les avons tirés de la fable ou des romans. A force de merveilleux, Tinconvénient-du chant diminue ^^ p^rce que ce qui est si extraordinaire pàroit mieuk^poavpîr s'exprimer par tine manière plus éloignée du naturel; d'ailleurs, il semble qu'H est établi que le chant peut avoir ddns les te^chantementsetdans le commerce des dieux une forcé que les paroles û'ont pas;: il est donc lit plusn^isonnable , et nous avons bien f^it de l'y employer.
DE "Lk OOirSinÉàATIOir rà la situation HEILliStlftÈu
Dans la plupart des jeux folâtres, la sourde la plus commune de nos plaîsilrs vient de ce que, pair de certains petits ^idents, nous voyons quel qu'un dans im embarras où nous né sommes pas: coname stquelcju'ifn tombe, s'il dé petit échapper, s'il* ne pbut suivre/.... De même, iacùs les. corné* dies , iffous' avons du plaisir à vofir un homme daps une erreur où nous ne sommes pas.
Lorsque nous voyons fftire tine chute à quelqu'un, nous*nous persuadons qu'il a plus de peur qu*il n'en doit avoir, ^t cela nous divertit;. de mémç, dans les comédies , nous preh'enst plaisir À voir uù homme plus enibïurrassé {(oliI ùe devroit
mofftMêqviwv , munu méL 9
réUF«. ÇoisrqLe lorsqu'^ homme ^rave £sdt i^paél* %ae choMi de lid^^HiJQ , ou se trouve daas une po-* sition que nous s^iitons n^étre pa^ d'aœord avec m gravité y cela «ous divertit ;ide même,, dans nos comédies, quand ^m vieillard est tronipé, nous avons du plaisir à voir que sa prudence et spn expérience soçt les dup^ de S09 amour dL de son avarice^
^Sais lorsqu'^un enfant tombe, ^xjl lieu d*en rire , aow en avons pitié, parce que ce û'est pas proprement sa faute, ^ais celle* de.sji foiblesse; de même, lorsqu'un jeune homme ^ aveuglé par sa passion, a &it la folie d'épouser une personne qv'il aime, et w est puni par son père, noua soonnes affligés de le voir devenir malheureux pour avoir suiyi. un. penchant naturel, otitvoir pUé à la foiblesse de la condition humaine.
Comme enfin, lorsqu'une femme tombe, toutes les circonstances qui peuvent augç^enter son embarras, augmentent notre plaisir;, de méi$ie., dans les coi^édies, nous nous divertissons de tout ce qui peut augmenter l'eiçbarras d^ certains personnages. . ' .^
* Tous, o^ plaisir^ sont fondés, œx çur notre Aalignite* naturelle, ou sur. (!aversion. que .nous donne, pour de certain^ persopnftg?^ Tintérét.que 90Usprenon^ pour d'autres.
Le gr9t^4 f^J^ 4^ U oomédie cQ^sistp, dûAc à
StJR LE GOtJT. *" 99
bien mâniager eft cette alfectioa et cette aversion, de fkçon que nous ne nous démeiitioris pas d'un bout de la pièce à l'autre^ et que nous n'ayons point du dégoût ou du r^ret d'avoir aimé ou hâi. Car on ne peut guère souffrir qu'un caractère ^diéuz devienne intéressant que lorsqu'il a raison pour c6ta dans le caractère même, et qu'il s'agit de quelque grande action qui nous surprend « €t qui peut servir au * dénouement de la pièce; '
PLAISIR CAUSé PAR LES JEUX, CHUTES | COITTRASTAI.
Gommé dans le jeu de piquet nous avons le plaisir de démêler ce que nous ne connoissons pas par ce qu^ nous connaissons , et que la beauté de ce jeu consiste à paroitre nous montrer tout et cependant nous cacher beaucoup , ce qui excite notre curiosité; ainsi , dans les pièces de théâtre , nôtre âme est piquée de curiosité, parce qu'on lui inontî*e def certaines choses et cjp^bn lui en cache d'autres: elle tombe dans la surprise, parce qu'elle croyoit que les choses qu'on lui cadie arrivqroient d'une certaine fisiçon, qu'dles arrivent d'une autre, et qu'elle a fait, pour ainsi dire, de Élusses prédictions sur ce qu'elle a vu. *
G>mme le plaisir du jeu de l'hombre consiste dans une certaine suspension mêlée de curiosité des trois événements qui peuvent arriver, la
IQO ESSAI SUK LE -GOUT.
|>artie pouvant être ' gagnée^ remisé , ou jperdue codille;. ainsi |dan9 nos pièces de théâtre , nous sommes . tellement suspendu3 et incertains ^ que Qous pe savons ce qui arrivera ; et tel est l'effet de nptre imagination , que*lorsque nous avons vu la pièce mille fois, si die est: l^elle y notre suspension et I si je Fgse dire , notre igporance restent enco^; cal> pour lors nqus sommes s^Tort tou* chés de ce que nous entendons açtueHement,. que nous ne sentons plus que ce qu'on nous dit : et ce qui paroit devoir suivre .ce qu'on lious dit, ce que nous connoissops d'ailleurs et seulement par mémoire , ne nous fai( plus aucune impression.
DISCOURS
DISCOURS
DB RKCEPTlOIf A L'ACADÉMIE DES SOEUCES P£ BORDEAUX,
PBÀiroircÉ LE i«* Max 1716.
Lfes sages de Faiatiquité receroient leurs 4îscipl^ sans examen et sans choix : ils croyoiént qù# la sagesse devoit être commune à tous les kon^mesi comme la raiâon^ et que pour être philosophe c'étoit assez d'avoir du goût pour^la philosophie.
Je mè trouve parmi* vous , messieurs, moi qui n'ai nen qui puisse m'en approcher que quelque attachement pour l'étude, et quelque goût pour les belles-lettres'. S'il suffisoif pour obtenir cette faveur d'^en connoîtré parfaitement le prix, et d'gvoir pour vous fle l'estime et de l'admiration, je pourrois^me flatter d'en être digne, et je me compareroîs^à.ce Troyen qui mérita la protection d'une^éésse , seulement parce qu'il la trouva belle.
Ouï, messieurs, je regarde votre acadéo^e comme l'ornement de " nos provinces ; je regarde son établissement comioe .ces naissances . heureuses où les intelligences du ciel président toujours.