‹ Œuvres diverses de MontesquieuChapitre 32 sur 75 · DES MODERA'-ES · texte numérisé non relu

DES MODERA'-ES

If oùs n'avons pas d'auteur 4râgique qiii donne

à ràmç déplus grands mouyemënts que Cré^ billon, qui nous arrache plus à nous-mêmes^ qui nous rempfis^e plus de la vapeur du dieu qui Tagite : il vous fait entrer dans le transport des bacchantes. On ne sauroit juger son ouvrage, parce qu'il commence par troiâ>ler cette partiel .de rame qui réfléchit. C'est le véritable tragique de nos jours, le seul qui sache bien exiter la vih ritable passion de la tragédie, la terreur^ Un ou* vragè original en faifi toujours construire cinq ou six cents autres : les derniers se sei*vent des pre* miers à peu près comme les géomfètres se sêr« vent de formulés,

Tai entendu la première représentation d'Inèsde Castro de M. de La Motte. ï'ai bien vu qu'elle n'a réussi qu'a force d'être belle, et qu'elle a plu aux spectateurs malgré eux. .On peut dire que la grandeur de la tragédie, le sublime et le beau , y régnent partout. Il y a un second acte qlii , à mon goût, est J)lus'beau que tous les autres : j'y ai trouvé un art souvent caché qUi ne se dévoile pas à la première représentation , et je me suis senti plus touché la dernière fois que la première.

Je me souviens qu'en sortant d'une pièce intitulée Ésope à la cour, je fus si piénétré du désir d'être plus honnête homme% que je ne sache pas avoir formé une résolution plus forte; bien différent de cet ancien quidisoit qu'il n'étoit jamais

l4a PENSIVES

- tortî des spectacles >aussi vertueux qu'il y étoit

entré. Cest qu'ils ne sont plus la même chose, y Dana la plupart dés auteurs je yoîq l'homme

qui écrit; dans Montaigne, l'homme qui pçnae. / Les maximes de La Rochefoucauld sont les proverbes des gen^ d'esprit

^ pe qui commence à gâtet* notr^ comique , c'esl qiie nous roulons chercher le ridicule des pas^ sionsy au lieu de chercher lè ridicule des lna«' ntères. Orlespassionsnesôntpasdes ridicules par elle^mémes. Quand on. dit qu'il n'y a point de qiialifés absolue^ , cela ne. veut pas dii^ qu'il n^y en a point réellement , mais que notre esprit ne peut pas les déterminer. / Quel siècle que Je nôtre, où il y a tant de critiques et de juges , et si peu de lecteurs !

Voltaire n'est pas beau, il n'est que joli, il se-

roit hont^x pour l'académie que Voltaire en lut;

et il lui sera quelque jour honteux qu'il n'en.ait

pas^été.

^ Les ouvrages de Voltaire sont comme les vi-

/ sages mal proportionnés qui brillent de jeunesse.

Voltaire n'écrira jamais une bonne histoire. II

est comme les n&oines , qui n'écrivent pas pour le

«ujet quHb traitent, mais pour la gloire de leur

ordre. Voltaire écrit pour son couvent.

Charles Xn, toujours dans le prodige, étonne et n'est pas grand. Dans cette histoire, il y a un

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morceau admirable, la retraite de Schuleinboitrg ^ morceau écrit aussi vivement qu'il y en ait. L'auteur taianque quelquefois de sens.

Plus le poème de la ligue paroit être VÉneidê^ moins il l\est.

Toutes les épithètes de J.- B.Rousseau disent beaucoup; mai3 elles disent toujours trop^ et expriment toujours au-delà.

Parmi les auteurs qui ont écrit sur l'histoire de France , les uns avoient peut-être trop d'érudition pour avoir asses^ de génie, et les autres trop de génie pour avoir assez d'érudition.

S'il faut donner le caractère .de nos poètes, je compare Corneille à Michel Ange, Racine à Raphaâ, Marot au Corrèze, Jjà, Fontaine au Titien , Despréaux au Dominiquin , CrébiUon au Guerchui, Yoltairq au Guide, Fontenelle au Bernin, Chapelle, La Fabre, Chaulieu, au Permesan ;^ Régnier au Georgion,, La Motte à Ifembrand; Chapelàip ésjt ^u-4essous d'Albert Durer. $i nous avions un Milton , |e le compârerois à Jules Romain ; si nous avions le Tasse , nous le comparerions au iCatradhe; si nous avions l'Arioste, nous ne le cQn]{>aferioiis à personne, parce que personne ne peut lui être comparé.

Un hotfnéte homm^e ( M. Rollin ) a, par ses ouvrages d'histoire, enchanté le public. C'est le cœur qui parle au cœur ; on sent une secrète satis-

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Êiclion d'entendre parler ta vertu : c est l'abeille de la France.

Je n'ai guère donné mon jugement que sur les auteurs que j'estimois, n'ayant guère lu, autant qu'il m'a été possible, que ceux que j'ai crus les meilleurs.

y On parloit devant Montesquieu du roman de don Quichotte, a Le meilleur livre des Espa* « ghôlSy dît-il y est celui qijii se moque de tous a les autres. »

DES aRAlTDS ^OMUES DE FRANCE*

Noiis n'avons pas laissé d'avoir en France de ces hommes rares qui auroient été avoués *des Romains.

La foi y la justice, et la grandeur d'âme montèrent sur le trône avec Louis IXl

Tanneguy du t^tel abandonnâmes emplois dès que la voix publique s'éleva contre lui; il quitta sa patrie sans se plaindre pour lui ^arguer ses murmiu*es.

Le chancelier Oli^ner introduisit la justice jusque dans le conseil des rois, et 'la politique plia devant elle. ^

La France n'a jamais eu de meilleur citoyen que Louis XIL

Le cardinal d'Amboise trouva les intérêts du

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