‹ Œuvres diverses de MontesquieuChapitre 38 sur 75 · DIVERSES. !X(>I · texte numérisé non relu

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tus de leurs pères et des vices dç leurs temps, et les auteurs de siècle en siècle nous en ont parlé de même. S'ils avoient dit vrai, le3 hommes seroient à présent des ours. II me semble que ce qui fait ainsi raisonner tous les hommes, c'est que nous avons vu nos pères et nos maîtres qui nous corrigeoient. Ce n'est pas tout : les hommes ont si mauvaise opinipn d'eux, qu'ils ont cru non seulement que leur esprit et leur âme avoient dégénéré, mais aussi leur corps, et qu'ils étoient devenus moins grands, et non seulement eux, mais les animaux. On trouve dans les histoires les hommes peints en beau, et on ne les trouve pas tels qu'on les voit.

^ La raillerie est un discours en faveur de son esprit eontre son bon naturel.

^ Les gens qui ont peu d'afifaires*sont de trèsgrands parleurs. Moins on pense, plus on parle : ainsi les femmes parlent plus que les hommes ; à force d'oisiveté elles n'ont point à penser. Une nation où les femmes donnent le ton est- une nation parleuse.

Je trouve que la plupart des gens ne travaillent à faire une graïide fortune que pour être au désespoir, quand ils l'ont faite, de ce qu'ils ne sont pas d'une illustre naissance.

• Il y a autant de vices qui viennent de ce qu'on

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ne s'estime pas assez , que de ce^que I'od ^estime trop.

Dans le cours de tna vie, je n'ai trouvé de gens communément méprisés que ceux qui vivoient en mauvaise compagnie.

Les observations sont lliistoîre de la physique , les systèmes erv sont la fable.

j Plaire dans une conversation vaine et frivole est aujourd'hui le seul mérite : pour cela le magistrat abandonne l'étude des lois; le médecin croît être décrédité par l'étude delà médecine; on fuit comme pernicieuse toute étude qui pourroit ôter le badinage.

Rire pour rien, et porter d'une maison dans l'autre une chose frivole^ s'appelle science du monde. On craindroit de perdre celle-là, si Ton s'appliquoit à«d'autres.

/ Tout homme doit être poU, mais il doit être libre.

La pudeur sied bien à tout le monde; piais il faut savoir' la vaincre , et. jamais la peindre.

Il faut que la singulaiîté consiste dans une itaanière fixe de penser qui échappe aux autres , car un homme qui ne sauroit se distinguer que par une chaussure particulière seroit un sot par tput

pays- /

On doit rendre aux auteurs qui nous ont paru originaux dans plusieurs endroits de leurs ou-

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vrages» cette justice qu'ils oe se sont point abaissés à descendre jusqu'à la qualité de copistes. ^ U y a trois tribunaux qui ne sont presque jamais d'accord : celui des lois, celui d^ l'hoaneur, celui de la religion.

Rien ne raccourcit plus les grands hommes *que leur attention à de certains procédés personnels. Ten connois deux qui y ont été absolument insensibles, César et le duc d'Orléans régent.

Je me souviens que j'eus autrefois la curiosité de compter combien de fois j'en tendrois faire une petite histoire qui ne méritoit certainement pas d'être dite ni retenue : pendant trois semaines qu'elle occupa le monde poli , je l'entendis Êiire deux cent vingt cinq fois, dont je fus très-content.

Un fonds de modestie rapporte un très-grand fonds d'intérêt.

^ Ce ^nt toujours les aventuriers qui font de grandes gloses, et non pas les souverains des ifrands empires. ^

L'art de la politique rend-il nos histoires plus belles que celles des Romains et des Grecs?

Quand on veut abaisser un général, on dit qu'il est heureux ', mais il est beau que sa fortune fasse la fortune publique.

* Ce mot rappelle celai de Fontenelle, à quî on dltoit, au tnjet d'Imè$ de Castro, que La Motte ctok heureux. Oui, répondit-îl; mais €9 ionhêur n'arrive jamais aux sots.

â64 P£JfS££S DIV£RS£S.

Tai vu les galères de Livourfae et dç Venise , je n'y ai pas vu un seul homme triste. Cherchez à présent à vous mettre au cou un morceau de ruban bleu pour être heureux.

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