‹ Œuvres diverses de MontesquieuChapitre 46 sur 75 · LETTRES FAMILIÈRES · texte numérisé non relu

LETTRES FAMILIÈRES

AU PÈRE CERATI (i), ^

Dm L4 coscaicATios Dm L*omAToimm Dm fAivT-PHiLXPPmy A Rgme.

J*EUs rhonneur de vous écrire par h courrier passé , mon révérend père ; je vous écris encore par celui-cL Je prends du plaisir à faire tout ce qui peut vous rappeler une amitié qui m'est si. chère. J'ajoute à ce.que je vous mandois^ur Taffaire.... que , si monseigneur Fouquet (a) exige audeli^de la somiùe que j'ai paru vous fixer, vous pouvez vous étendre et donner plus, et faire, par rapport aux autres conditions, tout ce qui ne sera pas visiblement déraisonnable. Je connois ici le chevalier Lambert, banquier fameux, qui m'a dit être en correspondance avec Bellofti. Je ferai remettre sur-le-champ par lui l'argent dont vous serez convenu; car il me paroit que les volontés d^ M. Fouquet sont si ambulatoires (3), qu'il ne

* Les notes qui accompagnent cet Lettret ont été rejetéet à U fin, à raison de leur grand nomhre.

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vaut pas la peine ^e rien faire avant qu'eUes ne soient fixées.

Je suis ici dans un pays qui ne ressemble guère au reste de FEurope. Nous t'avons pas encore su le contenu du traité d'Espagne : on croit simplement qu'il ne change rien à la quadruple alliance, si ce n'est que les six mille b^ommes qui iront en Italie pour faire leur cour à don Carlos, seront Espagnols, et non pas neutres. Il court Ici tous les jours ,^ comme vqujs savez ,^ toutes sortes de papiers très-libres et tr^indiscrets. Il y en avoît un I il y. a deux ou trois semaines, dont j'ai été très en colère. Il disoit que M. le cardinal de Bohan avoit fait venir d'Allemagne, avec grand soin , pour l'usage de ses diocésains, une machine tellement faite , que l'on pouyolt jouer aux dés , les mêler, les pou^er, sans qu'ils reçussent aucune impression dç la n^ain du joueur, lequel pouvoit auparavant , par un sçrt illicite , flatter ou brusquer les dés selon l'occasion; ce qui établissoit la frijtonnerie dans des choses qui ne sont établies que pour récréer l'esprit. Je vous avoue qu'il faut être bien hérétique et janséniste (4) pour faire de ces mauvaises plaisanteries-là^ S'il s'imprin^e dans l'Italie quelque ouvrage qui mérite d'être lu, je vous prie de me le faire savoir. J'ai l'honneur d'être, avec toute sorte de tendresse et d'amitié.

De Londres, le ix décembre ty^g.

AU MÊME

PÈRE Cerati, vous étcs mon bienfisdteur : vous êtes comme Orphée i vous faites suivre les rochers. Je mande à Tabbé Duval (5) que je n'entends pas qu'il abuse de l'honnêteté dé M. Fouquet, maià qu'il poursuive, et que ce qui reviendra soit partagé à l'amiable entre Monseigneur et lui. ^ Enfin Rome est délivrée de la basse tyrannie de Bénéveiit , et les rênes du pontificat ne sont plus tenues par ces viles mains. Tous ces faquins, Sainte-Marie à leiir tête, sont retournés dans les chaumières où ils sont nés, entretenir leurs parens de leur ancienne insolence. Coscia n'aura plus pour lui que son argent et sa goutte. On pendra tous les Bénévotins qui ont volé , afin que la prophétie s'accomplisse sur Bénévent : Vox in Rarjyi aùdita est; Hachel plorans filios suos no^ luit consolari^ quia non sunt. ( Matth. ii , i8. )

Donnez-nous un pape qui ait un glaive comme saint Paul , non pas un rosaire comme saint Dominique, ou une besace comme saint François, Sortez de votre léthargie : Exoriare atiquis. iTavez-vous point de honte de nous montrer cette

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vieille chaire de saint Pierre Tivec le dos rompu 'et pleine de vermoulure? Voulez- vous qu'on regarde votre coffre, où sont Umt de richesses spirituelles , comme une boîte d'orviétan ou de mithridate?£n vérité , vous faites un bel u^age de votre infaillibilité ; vous vous en servez pour prouver que le livre de Quèsnel ne vaut rien , et vous ne vous en , servez pas pour décider que les prétentions de Fempereur sur Parme et. Plaisance pont mauvaises. Votrid triple couronne ressemble à cette couronne de laurier que mettoit César pour empêcher qu'on ne vit qu'il étoit chauve. Mes adorations à M. le cardinal 4^ Polignac. Je fus reçu, il y a trois jours, membre de la société royale de Londres. On* y parla Tl'une lettre de M. Thomas Dhisam à son frère, qui demandoit le sentiment de la société sur les découvertes astronomiques de M. Bianchini. Embrassez, s^il vous plait, de ma part, l'abbé, le cher abbé Niccolini. Je vous salue , cher père , de tout mon cœur.

Dt Londres, le i** mars lySo.

A M. DE MONCRTF,

DE {«'académie FRANÇOISE '.

TouBUAi d'avoir rhonneur de vous dUre, monsieuTi que, si le sieur Preau (6), dans l'édition de ce petit roman ', alloit mettre quelque chose qui I directement ou indirectement, pût faire pen* ser que j'en suis l'auteur, il me désobligeroit beaucoup. Je sui3 à l'égard des ouvrages qu'on m'a attribués, comme la Foptaine-Martel (7) étoit pour les ridicules i on me les donne, mais je ne les prends point. Mille excuses, monsieur; et faitesimoi l'honneur dç me croire, monsieur, plus que je ne saurois vous dire, votre très-humble et très» ! obéissant serviteur.

Ce 16 ayril 173S.

* Cette lettre, tonte écrite de U main de Montesquieu, est conserrée dans Athridge Collection! Mss. Francis Henry Ege^on. s Le Temple de Gnide,

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