A M. L'ABBÉ VENUTI
A Clérac
J*Ai reçu, monsieur, la lettre que vous in*avez fait l'honneur de m'écrire, avec beaucoup plus de joie que je n'aurois cru, parce que je ne savois pas que M. l'abbé de Clérac, que jjhonoroi^éjà beau* coup , fut le frère de M. le chevalier Veniiti (9) , avec qui j'ai eu le plaisir de contracter amitié à Florence, et qui m'a procuré l'honneur d'une place dans l'académie de Cortone. Je vous supplie, monsieur, d'avoir pour moi les mêmes bontés qu'a eues monsieiu* votre frère. M. Champagne m'a écrit le beau présent que vous lui aviez remis pour moi, dont je vous suis infiniment obligé. M. Baritaut m'avoit déjà fait lire une partie de cet ouvrage : et ce qui m'a touché dans vos dissertations, c'est qu'on y voit un savant qui a de l'çsprit; ce qui ne se trouve pas toujours.
Vous êtes cause, monsieur, que l'académie de Bordeaux (10) me presse l'épée dans les reins pour obtenir un arrêt du conseil pour la création de vingt assipciés au lieu de vingt élèves. L'envie
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qu'elle a de vous avoir, et la difficulté d'autre part que toutes les places d'associés sont jemplies, fait qu'elle désire de voir de nouvelles places créées. Les affaires de M. le cardinal de Polignac et d^autres font que Ket arrêté n'est pas encore obtenu. J'écris à nos messieurs que cela ne doit pas empêcher I et que vous méritez, si la porte est fermée, que l'on fasse une brèche pour vous £aûre entrer. J'espère, monsieur, que l'année prochaine, si je vais en province , j'aurai l'honneiu* de vous voir à Clérac , et de vous inviter à venir à Bordeaux. Je Chérirai tout ce qui poiura faire et augmenter notre connoissance. Personne n'est au monde plus que moi et avec plus de respect, etc. P. S. Quand vous écrirez à M. le chevalier Venuti, ayez la bonté, monsieur, de lui dire mille choses de ma part : ses belles qualités me sont encore présentes.
De Paris, le 19 mars 1739.
A L'ABBÉ MARQUIS NICCOLINL
A Florence.
J'ai reçu, cher et illustre abbé (ii), avec une véritable joie, la lettre que vous m'avez fait Thon-
neuf de m'écrire. Vous êtes un de ces hommes que Ton n'oublie point, et qui frappez une cervdle de votre souvenir. Mon cœur, mon esfMrit, sont tQiit k vous, mon cher abbé.
Vous m'apprenez deux diosq^ bien agréables : Tune, que nous verrons monseigneur Cërati en France; l'autre, que madame la marquise Ferroni se souvient encore de moi. Je vous prie de cimenter auprès de l'un et de l'autre cette amitié que je vottdrois tant mériter. Une des choses dont je prétends me vanter, c'est que moi, habitant d'audelà des Alpes, aie été aussi enchanté d'elle (1:2) que vous tous.
Je suis à Bordeaux depui$ un mois, et j'y dois rester trois ou quatre mois encore. Je serois inconsolable si cela me faisoit perdre le plaisir de ▼oir le cher Cerati. Si cek étoit, je prétendrois bien qu'il vint me voir à Bordeaux. U verroit son ami : mab il verroit mieux la France, où il n'y a que Paris et les provinces éloignées qui soient quelque chose, parce que Paris n'a pas pu encore les dévorer. U feroit les deux côtés du caixé au lieu de faire la diagonale,- et verroit les belles provinces qui sont voisines de l'Océan, et celles qui le sont de la Méditerranée.
Que dites-vous des Anglois? voyez comme ils couvrent toutes les mers. C'est une grande baleine; Et iatum suà pectore possidet œquor. La
3oO LETTRES
reine d'Espagne a appris à l'Europe un grand secret; c'est que les Indes, qu'on croyoit attachées à l'Espagne par cent mille chaînes, ne tiennent qu'à un fil. Adieu, mon cher et illustre abbé ; aqpordezmot les sentimeqts que j'ai pour vou9. Je suis avec toute sorte de re^ect.
De Bordeaux, le 6 maf* 1740.
A MONSEIGNEUR CERATI.
A Piàe.
• J'ai reçu votre lettre bien tard , monseigneur; car elle est datée du lo janvier, et je ne l'ai reçue que le 5 de mai à Bordeaux, où je suis depuis un mois , et où je resterai trois ou quatreautres. Promettez-moi et jurez-moi que, si je ne suis pas à Paris quand vous y passerez, vous viendrez me voir à Bordeaux, et vous prendrez cette route en retoui*nant en Italie. Je l'ai mandé à Niccolini; il ne s'agit que de faire les deux côtés du pa :allélogramme, au lieu de la diagonale, et vous verres la France ; au lieu que , si vous traversez par le milieu du royaume, vous ne verrez que Paris, et vous ne verrez pas votre ami.Afais je dis tout cela
FAMILIERES. 3oi
en cas que je ne sois pas k Ps^ris. Quand vous y serez I je vous en ferai les honneurs', soit que j*y sois ou que je n'y sois pas, et je vous introduirai sur le mont Parnasse. Si vous passez en Angleterre, mandez-le-moi, afin que je vous donne des lettres pour mes amis. Enfin , j'espère que vous voudrez bien m'écrire pendant votre voyage , et me donner des nouvelles de votre marche. Mon adresse est à Bordeaux , ou à Parb^ rue Saint^DominiqucYous allez faire le voyage le plus agréable que l'on puisse faire. A l'égard des finance^., si je suis à Paris , je serai votre Mentor .Vous y trouverez à pied une infinité de gens de mérite, et^la plupart des carrosses pleins de faquins. M. le cardinal de Polignac a fort bienfait de n'aller pas au conclave , et de laisser cette affaire à d'autres. Il se porte très -bien, et c'est la plus grande d#ses affaires. Vous le verrez aussi aimable , quoiqu'il ne soit pas à la mode. Adieu, monseigneur ; j'ai et l'aurai pour vous toute ma vie les sentiments du monde les plus tendres : autant que tout le monde vous estime, autant moi je vous aime; et, en quelque lieu du monde que vous soyez, vous serez toujours présent à mon esprit. J'ai l'honneur d'être avec toute sorte de respect et de tendresse, etc.
3oa urrTREs
A M. L'ABBÉ VENUTL
AOérac
Je n'ai que le temps de tous écrire un mot^ monsieur. Quelques-uns de vos amis m'ont der «tan^ de parler à madame de Te^dn sur des let* tre9 que Ton écrit contre vous (i 3). Comme je ne sais rien de tout ceci , et que j'ignore ai ce sont les premières lettres ou des nouvelles , je vous prie de m'édaircir sur ce que je dois dire au cardinal qui Tt arriver, et dé^croire que personne ne pr^id plus la liberté de vous aimer , ni d'être avec plus 'detespect.
De Parii, le 17 vml tyi%*
A M. L'ABBÉ DE GUA5C0
A Turin.
Je suis fort aise , mon. cher ami, que la lettre que je vous ai donnée pour notre ambassadeur vous ait proavé quelques agréments à Turin, et
FAMILIERES. 3o3
un peu dédommagé dés duretés (i4) du marquis d'Orméa. J'étois bien 3Ûr que M. et madame de Sénect^e se feroient un plaisir de vous connottre, et, dès qu'ils vous connoitroienti qu'ils vous recevroient à bras ouverts. Je vous charge de leur téipoigner combien je suis sensible aux ^afds qu'ils ont eus k ma.recommandation. Je vous félicite du plaisir que vous avez eu de faire le voyage avec M. le comte d'Egmènt : il est effectivement de mes amis, et un des seigneurs pourlesquds j'ai le plus d'estime. J'accepte l'appointement de souper chez lui avec voua à son retour de Naples; mais je crains bien que si la guerre continue, je ne sois forcé d'aUer planter des choux à la ftrède. Notre commerce de Giûenoe sera btent^ aux abois; nos vins nous resteront sur les bras; et vaus savez que c'est toute notre richesse. Je prévois que le traité provisionnel de la cour de Turin avec celle de Vienne nous enlèvera le commandeur de Solar; et, en ce cas, je regretterai moins Paris. Dites mille choses pour moi à M. le marquis de Breil. L'humanité lui devra beaucoup pour la bonne éducation qu'il a donnée à M. le duc de Savoie, dont j'entends dire de très-belles choses. J'avoue que je me sens un peu de vanité de voir que je meformai une juste idéedecegrand homme loisque j'eus l'honneur de le connoitre à Vienne. Je TOi^ois bien que vous fussiez de retour à Pa-
3o4 LETTAJB8
ris avant que j'en parte ; et je me réserve de vous dire alors le secret du Teipplé de Guide (i 5)/Tàchez d'arranger vos intérêts domestiques le mieux que vous pourrez , et abandonnez à un avenir plus favorable la réparation des torts du ministère contre votre maison. Cest dans vos principes, vos occupations et votre conduite, que vous devez chercher, quant k présent, des armes , des conso^ lations et des ressourœs. Le marquis! d'Orméa n'est pas un homme à reculer ; et, dans les circonstances où Ton se trouve Si votre cour, on fera peu d'attentiqn k vos représentations. L'ambassadeur vous salue. Il commence à ouvrir les yeux sur son amie : j'y ai un peu contribué > et je m'en félicite, parce qu'elle lui £Eiisoit £Eiire mauvaise figure. Adieu. .: r
De Parity i74>«
AU COMTE DE GUASCO (i5),
COLOITEL n'iir^ANTERIE.
J'ai été enchanté, monsieur le comte, de recevoir une marque de votre souvenir par la lettre que m'a envoyée monsieur votre frère. Madame de Tencin (17) et les autres pecsonnes auxquelles
FAJflUiRBS. :3<)l9
j'ai &it vos coiopliiBeiita mé oiwig^itf 4e Vovs^témoigoer aussi leut /segbi^ilité et Jeur .nteoAnAisaauce. J^sùb-fâché dejK^]^v(»ûf«attpÊ^r^ votre curiosité ^touchaot las oii^A*agfii» -^ natue ,âunio; c'est ijn secret (17) qije j'ai ^^ronisde n^ point Théier, -0^ *
La ^confiajQce dpnt voud xa^honprez exigpe qU» je vous.parle à cœur ouvert sur ce tjuivfait le wjet intéressai^t de yotrejlettçe^ 3ie île «dois point .vi^utf cacher q/^e je l'a\tx>jaamu«i9uée^ M. le comqiaiir ^deur de ^olatTy qui est jde «vos amte , 6% Qokis naus sammes trouvés d'aiocord-<]j^e |€(Btoof|re& que vi^us fait M. de Bèlle^Isle^poiir vspu& att^A^i^^ vous et monsieur votre frère (iS);» ^u-servioe dé foaot^ ne sont poiçt acceptables. Aft^ tout 1^ bien que les Jiettres de M. (^ Là CbétardiQ lui*Ml: dîtdf vous, il est inponceva]i)le qa'jl ^it pvL àe .flat^^r^de vous retsfiir en, vous g^oposau^ dp^ |[rades^i|ï* dessous de. ceux (^hc vous^ivèz, Je notais sur quoi il fonde que l'on ne.con^idière pas tout àj^.t en France les grades, du ^service étranger oo4Mne ceux de ilos tFOupej. Cette maxime ne- seront «ih juste, pi obligeant^., et oous -priverpit de ^rt bons oifi/îiers. Jte .pense 'que vous» aVez trè^-J^len fait 4^ ne poipt vous engager djuis so» «q>édiitiQn av^Hit qi^é d'avçir de bonaçs assurances de la cqut sur les coBdrti9ns.qui^vc4is,,con;viepn^t; m^ puisqy'il'paroit .q^eydus it^ déjà décida poUr
MOiTTESQ. auv, mil. # ao
Bé6 LIÎTTECS
fér^i^Éy 9(^fiC:ifttrtllê dé vùtw préawitcr ici d^aytres rillekiMS. ^ ''^ . ; *-• /• ' . ' ' "
Lei^ préj^oâiiâoAs ét^ iilf riisfre de Alt58e pon^ h levé^^nn t^ment ^Mfng^ méritent sans dou^ plu^ d'âttenti0n> dès qu'aHes peuveht se eombrner avec vos finances. MaiK U faut calculer ponr J'ftvemr : XjueUe assimnce qti*à la pàEs le régiment neiK^ pohit péft>rftré ? et, en ce cas , quel-dédommagetnentpour Ibs avances que Tousseriez obligé de fcirc ? En mafière'd'^ntérél tf fautbien ^tit^iler trt«o eebté mu/. Je donite <failtetirs*qûe le génie^ ittfUen É^eco^iÉtaêe arec Fèëfyrit du service pYnaslieil i j'aUitt^Y^ bien' des cbcfses à vom dire là*destaé«; lÉaift voils étes.trop Idkirvtrfatit.
A i*éjgBtd*-da* a^^kîftage» qne*roti vmis 6dt entrevoir at^^sirriee dfci fiohveJ ©fiipereur, vous êtes plus k portée qbe moi de juger de feur solidité , et trop ^ge potir vous l^lssfdr âilouîr. Pouf moi , qui ne suis pasr encore'l^ién persth^é* de la stabilité du nou+eâu lysfème politique d'Allemagne,' je ne fbnderol^pas mes espérances sur tme fortune précaîW'et pétrt-étre passagère, fw ce' que' j'ai Thonnetir èe vous dirp, vous sentez que je ne puis qu*sqpprouver la préférence qtse -feus dbâneriaK à des engagements pour k servifce JAutrk^. Outre ^fOê G^ést*là vMre première inclination*, l*exem]ple dte itombi^''de'voÀ cofqpatrlotes vous prouve que é'esrk service natjLire! -de Votre nation. Qnelt qpe
FAXIUiUS. '%Ù^
soient les revers actuek de la coîir <le Ylenor^y jç se Its wegxrde que coÎAihe des disgrâces passagères ; car une gFahde et ancieime puissance qui ^, des forces naturelles et intrinsèques ne sauroit tomber tc^t ^ coup» En supposant même quelques échecs /le service y sera totijours plus solide que celui d'une puissance naissante. 11 v a toi^t à parier que la icôur de Turin , dans Fa guerre présente, fera cause commune ^vec ôelle.âe Vienne; par conséquent les *r^tisons qui vous détoun^èrent en quittant le Piémoût de passer au service autri; chien (fg) cessent dans les circonstancçs ' présentes. Je ne vois pas même de meilleur moyep de vous moquer de rinjiivdtiédu*m'ar<|uis d^Orméa que.de servir une cour alliée /dajQs laquelle, en considérant cç qui s'est pa3sé-(^o) autrefois, il ne doit pas avoir beaucoup de crédit. Vous êtes prudent et sgge ; ainsi je seu^e^ à votre juge-" ment des conjectures auxquelles 1% désir sincère de vos avantages a peut-être autant de part que la raison. J'apprendrai av^c bien du plaisir le parti que vous aurez pris-^ et j'ai l'honneur de tous assurer de mon respect . * i
A Francfpit, en 174».
ào6 LCTTRSS
' A in. L'AB$É DE CUASGO (ai).
VlBBi Véputi m*^a fait part, tpon cher abbé, de rafflictioD que vou« a causéela moff, de votre amî le prince Cantiihir, et du projet que vous avez formé de faire unf voyage .<|ans nos provinces méndionales pour rétablir Votre sarité.Vous troti^ verez pkctout des amis pour remplacer celui que vous avez perdu; mais la Russie ne remplacera pas si aisément un ambassadeur (a a) du mérite du prinpe Cantimir. Or je mejoins à Fàbbé Venuti pouc vous presser d'exécuter voti-e projet : l'air, les raisfns, le vin des bords de la Garonne et l'humeur des Cascbns sont d'eicellents antidotes contre I^ mélancolie. Je me fais une fête de vous mènera ma campagne de La Brede, où vous trouvère» un château, gothique' à la vérité, mais orné de deliorscliarmants, dont j'a4 pris l'idée en Angleterre. Comme vous avez du goût, je vous consulterai sur les choses que j'entends ajouter à ce qiii est déjà fait; mais je vous consulterai surtout sur mou grand ouvrage *, qui avance à pas
* L'Esprit tÊes Lois,
FAMlLl^KES. 3ùQ
de^éant ttq>ui$ qxîi jeite*9aisplus.dia^pépâr les dîners et )es soupers de*Paris« Mon estomac ^en trouve aussi mieux, ettj'espère que la sobriété aveo laquelle vous vivrez chez moi sera le meilleur spécifique contre vos ipcomtnodités. Je vous attends donc cette automne, très-empressé de vous embrasser. .
, De Bordeaux, le i*' août 1744.