‹ Œuvres diverses de MontesquieuChapitre 56 sur 75 · A M. VERNET · texte numérisé non relu

A M. VERNET

•PÀ^TEUR SUISSE.

Si je ne suis*point trpp présomptueux, mon* sieur , pour répondre à une question qui n'est que très-incidemment de mon ressort, je vous dirai

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queCje ^ois trè^-sfiSrtement de ¥ëtre avU> ^ qu'il ne fautpojnt, àâss une t^duolion dé la Bible^ emr ployer le terme de vous açi singulier* Vos raispns mer psHToissent extrêmement soli4e8. Je jpense qu'une Version de rÉcriture n'est point une affaire de mode y ni mjème lu^e sSfsipe d^urhamté. * ^. U me semble- q«ie L'è^nt cb la rdigtpn protestante'a-toujours''étéde vamen^ les^i^ductipns de l'Écritui*e à Torigiiia]. .U ne faut dcmc point, en* traduisant » &ire attention aux délicatesse^ modernes.* Ces délicatesses mêmes ne sont point tant desdélinftes&esy puisqu'elles nous .viennent de la barbarie.*

3. -Le .stjSe de l'Écriture est plus t>rdinairement poétique ; et noMs avens très-souvont gardé Je toi pour la poésie*: • » v - » .

Oran'd roL, cesse de vainoré , on je cesse d'écrire;

ce qui est bien autrement noble que si Despréaux ayoit dit :

Grand roi, cessez de yaincre.

4. Dans votre religion protestante, quoique Vous ayez voulu lire votre Bible en langue vulgaire, vous avez eu pourtant l'idée d'en conserver le -caractère original, et vous vous êtes éloignés des façons de parler vulgaires. Une preuve de cela c'est que vous ayez traduit la poésie {>ar la poésie. • ^

FÂMILI^ES. 367

J 5: 'Nôtre vous éhuit un défaut des langues* ido-« dernes, il'he faut point choquer la nature en gét néraly et FessjHÎt de f ouvrage ''eh pat-ticoliei^pou^* suivre ce défaut. Je (irois que ces remarcpes auroient lieu dans quelque Uvre sacré àe qiielque religion quelconque, comme Yjàlcoran, les livres religieux des Guèbres, etc. Gomme la nature décès livres est de devoir être respectés, il sera toujours î)on de leur faire* garder leur caractère original, et de ne leur dof^ner jamais des tpnrs d^expressions populaires. L'exemple -de nos traducteurs, qui ont affecté ie plu^ beau /langage, ne dbit pas plus être suivi que celui du- prédicateur du Spectateur, anglais , qui* disoit que, s'il ne craignoit pas de manquer à Ja politesse et aux^ égards qu'il devoit avoir pour ses- auditeurs ^ U prendroit la liberté de leur dire que. leurs déport tements les meneroient tout droit en enfer. Ainsi je crois, monsieur, que si Ton veut faire à Genève une traduction de l'Écriture qui soit mâle et forte, il faut s'éloigner, autant qu'on pourra, des nouvelles affectations. Elles déplurent même parmi nous dès le xomtnencement ; et l'on sait combien le père Bouhours se rendit là-dessùs<ri* diculé, lorsqu'il voulût traduire le Nouveau Testament/Conservez-y l'air et l'habit antiques; pci« gnez comme Michel-Ange peignoit; fet quand vous ' * descendrez aux . c^osiés '* mx>\M grandes-,

pâgneZfGolMmç* Rafaël a péiDt)dawlas ioges du FuHoan les h^s «de TAncieii Testameot^ avec sa simpHcité et' §a pqve^ J'ai Fhonheur d'être, etc*

* ' • a6 jain 1750.

xLiii; . •

. AU pue DE NIVERNAIS,

AlIBASSÀDEtTR BS FRAICGB- À ROMB*

J'ai: Teçu la lettre dont votre excellence m'a.honoréV et je la supplie d'agréer que je la remercie encore de ses bontés infinies, qui seront dans mon coèup toute ma vie.

Il t9e* semble que Taffiiire ppen4 un mauvais train. M. le cardinal de Tencin m'a dit, il ,y a quelque temps, que lorsqu'un Kvre étoit dénoncé Il la congrégation de llnd^s, celaii'étoit rien; mais que lorsqu'il y étoit porté, il étoit comme xondamné ; or, il m^ paooit , ^àr la lettre de votre excellence, que mon ûvre.y a été porté, puisque l'on a jugé, à la pluralité ^es. voix, d'àccorjler un délai pour e»*parïer. De' plus, votre çcpellence me lait l'honneur de me marquer que, selon toutes les 4q>ptrences^,la côngr^tion de l'Index

FAMJLI^ES. 369

condamiierales premières éditjkms; aif^i jea'aifaît jusquHci qùetrayailler contre viou Sur ce.pied-1^. jeicois quel^ gen§ qxii,. se déterminAPt par la bonté de leur coeurs, défirent <lo plaire à tout le monde et de ne déplaire i. personne , pt^^ fqnt guère fbrtunç daps ce mopdç. £ur.la nouvelle qui oie vi^t que cffxdqa^ gepw av<Ment dénoncé mon liyr^ à Ja congrégatioq de l'Index ^ je pensai tjuç > quand cette cq^^égatioB cpnnoitroitle iséns da,ns lequel j'ai dit des choses quW mp reproche,* quahd elle yerroit que ceta qui ont attaqué monlivre en France né sfi sont attiré que de Tindigna^ tion et du mépris , on me ^aisseroit *çh repos à Rome, et que moi, de mpn côté, dans les édir tiotis que Je ferois, je changerais les expressions qui ont pf|i fairç quelque peine aux gens simples ; çç qui est une chose à laquelle je suis naturellement porté;^ de SQirte qqtè* quand monseigneur Botfari m'a envoyé des objections^ j'y ai toujours aveuglément adh^é, et ai n\is sous mes piçds toute sorte d'aîmour-propre à cet égard; or à présent je vois qu'on $e^s(ert de ma déférence même, pour opérer une condamnation. Votre ^** çellence remarquera quesi mes premières éditions.' contenoient quelques hérésies, j'avoue que des explications dans, une- édition' suivante ne .dcr vroient pas empêcher la condamnation des ^re- •iqière^; mais, ici ce n'e&t point du tout le cas : il

MOvrmfQ. <Muv. miL 34

3rjO LErtBES >.

est quéltion de quelques termes qui y dàlns^cle cisrtains pays,, ne paraissent pas fuistô modérés^ dû que des gens simples regardent eotnnife équipe» ques; dans ée cas, je dis-qu^ dês^odificatSoiisou éclaircissements dans uttéédltiôii suitante et dans un^ apologie déjà faite, stifiSsent. Ainsi Totre eitceHence voit que, par lé tour que cette affaire prend, jé'vne'faisr plus de mai -que Y<m ne peut' m'en &ii*e, et que lë mal même qu'oh peut me faire cesisera d*en être un sitét que moi, jtiFiscoii^ suite françois,.je le regarderai avec cette indiff^. retice que mes confrères les jttirisctmsultets fran*' çois pnt regardé les procédés de là Côngr^tion dand tous les temps. *• . '

L!on à dénoncé «non livre h fiatôèmblé^ du clergé; cette assemblée a re^rdîl Wtté dénoùcîa* tion Coittmé vaine. ' .

Que les théologiens juchent mon livre f ils n y trouveront r4end*bérétiquè que ce iqa*ib n'en- ' tendront pas; et ce que je dis.nttéme de TiiiquisitioA nW qu'une affaire de police, dâHs quelques pays, qui diÛere selon les pays, qui peUtavotrcle la modération dans lés uns, et dans les autres de Texcèsf et moi, qui ai écrit pour tous les pays du monde, j*ai pu remarquer ce >qu'il y a:voit de modéré datas cettia pratiqué et Ce qu'il y avoit d*éxc^s.

Je crois qu'il u^est point dans l'icttérêt de la^

fiOuir^de Rçme de flétrir uii livre de droîi .qins toutç l'Europe a* déjà, adopté; i^ea^e^t rièa de le loobdamner^ il faut le détruire^ On y^a^ît des pbjeçtions «n France; ces^objeetiai^ ont éjt4 }u« gées. puériles , et ce sont les objections de Tauteur des feuilles ecclésiastiques qui\ont scandalisé le public fet-non.pas le livre.

Quant à là YéMinente sbrtie qu'a £Ute çoittre moi le P. Concina, je croiroi^ que cet événement ne aeroit pas si défavorable à l'afïaire qu il parott d'abord, parce que ce père m'ayant attaqué^ il me met en droit de lui répondre^ d'expliquer am public l'état des choses^ él de rendre je pi^blu) juge entre le père Concina et moi; mais cômmtf je ne Tois Içs.çjboses que de trè64oin , ^ que»je ne sais paft si une bonne réponse au père Çcxicina* me seroit utile ou nuisible , je supplie votre' excellence de vouloir bien m'éclairer làrdéssus, et me marquer s'il est à propos* que je réponde ou non ; et, en cas qu'il soit à propos de .répondre , d'avoir la bonté de me dire si jt& pourrois avoir une copie des passages du livre du père .Conetna qui me concernent; si je savpi^ de quel ordre religieux est ce père:, ceux de son ordre pourroient peut-être me faire voir son livre ^ qu'ils auroitf peut-être reçu.

*A l'égard de l'édition e^ traduction de Naples, je tois bien sûr que votre excellence l'aura arrêtée

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de manière qu'il ne paroisfie paa que cje so|t le ministère dé FVance ou deNapI^ qu|. Tait arré^ tée; sans quoi, pour éviter un petit mal /je tom-^ beroisdans fn pit*e> et |e travaiUerois pour la congrégation* de Tlndex et non pas pour moi; mais je suis. sue que Votre excelletice, par sa lettre^ n'aura laissé aucune' équivoque là-dessus, et jjk crojs inéme que si elle voit que mbn livre sera condamné et les «premières éditions défendues, ellelâisset^ Mpe à ceux de Naples ce qu'ils vou* 4roQt. Je lui demande pardon si je lui romps si long-ténjP^ la tête de cette afiBsiire; ce sont ses bontés qui ea, sont. Ja cause , et je jouis dp ces bontés. • ♦ • .

J!ar l'honneur d'être ^ avec;un respeqt iijifini^ de votre exccUence le très-humble 'et très-obéissant serviteur^ ' , »

MomrESQDiEU.

Je demande encore pardon à votre excell^ce si j'ajoute ce tjaot : Il me paroit que le parti qu'elle a pris de /tirer l'affaire en langueur est, sans difficulté, le meilleur, et peut conduire beaucoup à faire ^traiter l'affaire par vovdAUmpegnOj et je vais avoir* l'honneur de lui dire disUx choà^ qui lui parôUront peut-être dignes d'attention. Oa a dénoncé mon livre à la dernière assemblée du clergé^ elle n'en a point tenu compte : c'étoit mon

wkuiwksoss. 373

dbnfirére, M. Farcbevéque de Sens, qui avoit&it deg]*andes écritures sur ce sujet , qui rôulôient priitcipàleinent sur ce que je n'avois pas parlé de la révélatioD , en quoi il erroit et dans le raisonnement et dans le fait; depuis on a |iort^ cette affidre en Sorbonne, et il y a touteiie^ apparences du monade que le livre n'y sera point condamné, chose que je ne dis pbint encore , pour ne pas aul^jDiienter Facitivité de mes ennemis'; or. s'il ar-^ rive que' l'àfFaire ait tombé dans ces tribunaux/ cela ne fournit-il pas une bonne raisop.pour arrêter la congrégation deTlndex? Je 5uppJ[ie votre excellence de ne mettre à cette lettré que le. degré /d'attention .qu'dle pourra mériter; catr le l'écris comme un* enfant, il'àyant presque aucune con-^ noissance de la manière dé penser ou d'agir de là«bas. Quoi qu'il en so^t, sitôt que la Soi*bpriAe aui:à fini son. opératiqn, j*aurai Fhonneur d'en instruire votre excellence, qui yerpa à quoi cet événement peut être bon. Je me souvi^is d'un endroit dHine de ses lettres auquel j'ai bien fait efir tention depuis; qu'il pe falloit pas mettre, trop d'inlportançe aux choses qu'on' demandoit dans ce paysrlà. Je • la supplie de me permettre de lui présenter' encore mes respects.

De ParU , )e 6 octobre i;5cK.

374 lïTTEÏS

xuv. .

•A MOIïSEIQNEUR CERATI.

Je vous supplie, mqnseignéur, d'agréer que j'aie l'homneûr devouis recommander M. Forthis, ppofes- *ôc?up à l'université d'Edimbourg^ ^ui est eitrêmement recomniândable par son savoir et ses beaux ouvrages^' entre autres par cehii qu'il a donné sui* Péducation; Monsieur lé professeur a beaucoujp- de bonté pour moi, et m'honore de son àmitjué; ainsi je vôds prie d'agréer qu,e je le recom* mande à la vôtre. Je vous prie dé faire cx>nnoitre ôét l^bile liommé à Tabbé NiCcolini, que j'embrasse. Nous avons perdu un excellent hopime , M» (îettdron; j'en suis très-âfflîgé, et je suis sûr que vous le serez, aussi : c'étoit une bonne tête pu}rsique et morale'; ' et je mè souviens que nous trouvions ^qu'9 en 'soHx)it de très-bonnes choses. Je vou^ supplie de m'aimer autant, que je vous aime 'y et, s'il se peut/ autant que je vùi» hdoore et vous admiré. Nôtre ami l'abbé de* Giiasco, de^ venu ciêlèbre voyageur, est dans ma chambre, et me charge de ydus faire mille compliments : il ar* rive d'Angleterre.

De Paris, le a3 octobre i^So.

FÀMluàbÊs. 3^5

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