‹ Œuvres diverses de MontesquieuChapitre 72 sur 75 · LETTRE VIL · texte numérisé non relu

LETTRE VIL

Je bu6 hier, moD cher cheyaliei;, troys verres de vin à la confusion dup^re de Palèn'e : c^est une S2|nté anglaise. Le pauvre homme ouroit bien mieux aimé que .vous Jui eussiez donné une douzaine de CQups deJ)aton que de signer une tran- S£(ction ^i met lé couveiat si foit à T^trqit; mais vous n'avez pas suivi soïi goût.^lLie pçre dé Palène est le diable de Fabbé de Grécourt, à qui Ton donnç upe flaquée d'eau bénite. 'Mon cher chevalier, je vous aime, je vous honore^ etvoij^ embrasse* , .- ' .

Là Brède, ce 8 noTembrt 1753.

LETTRE VIIL

MoK cher chevalier^ madame du Dèffand m'a fait part d'une lettre de vous qui m'a comblé de joie, parce qu'elle «ae fait voir que yous m'aimez beaucoup , et que vous, m'estimez ui^ peu. Qr, Famïlâé et l'estime de mon cher chevalier, c'est mon trésor. Je youdrois biep que vous, fussiez ici, et vous nou^ ma^iquez tous les jours; à présent que je vieillis à vued^çëil , je me retire, pour ainsi dire, dans inesamis. .

45a LETTRES •

Bùlkelay est au cop&ble de ses vœux; sod fils^ pour lequel il est aussi sot que tous les pères, vient d*avo)r le régiment; j'en suis en vérité bien aise : voilà sa fortune faite. M. PeUxam , qui étoit à peu prè^ Ie\premier ïhiuistre d*Angïe|:erre> est mort. Cest un ministre honnête homme dé iWeu de tout le mondé; ft étoit désintéressé et pacifique : il vouioit payer les dettes de' la nation; jnaisjl n*av6it qu'une vie, et U en iTaût^plusieurs. pôiu* ces entreprises-là.

Je feuis allé voir hier une tt^agédie. nouvelle, intitulée lès Trojrenncs ( 1 5^) ; la pièce est assez mal faite : le sujet en est ]£>eau, comme Vous savez; tpW à pe^i près celui qu'avoit traité Sénèque. II y a d'excellents morceaux, un quatrième acte très-j[»eau, et le commencement d'un cihquiènie aussi. Ulysse dit d'uq amr de Priam, ^ avoit sauvé Astyanâ^ :

Les roîs teroient dès ^eai^ sur le tr^e afFermifl» SHIs ne donnoiant ïeor cœur qu'à de pareils amis.

M. d'Ârgenson se porte mieux; mais on craipt qu*il ne lui restef une plus grande foiblesse aux jambes. Je ne vous dirai point quand finira l'affaire du parlement, ou plutôt l'affaire des parle* ments; tout cela s'embrouille, et ne 9e dénoue pas. Mon cher chevalier, pourquoi n'étes-vpus point ici? pourquoi ne voulez-vous pas faire^les-c^ices

de VOS amis? pourquoi vous cache^TOUs lorsque tout le monde vous dema;ide?,Bevenez;cio$ mercredis, languissent^ Madame ^e Mirepoix^ m|idâme dijL Châtel; madame du Defïuid... Entendez-vojiDs ces noms, et tant d'ajitres? Tarriv^ Avec madame d'Aiguillon^ de Pont^Gfaartrain , où j'ai passé huit jours très-agréables. Le maître de la maison a une ^etéj im fécondité qui n'a point de pareille, il voit tout 9 il' lit tout, il rit de tout, il est content de tout, ii s'occupe de tout : c^est l'homme du monde que j'csnvie davanjtage; c'est un caractère unique.. Adieu, mon cher chevalier; je vous écrirai quelquefois, et je serai votre Julien, qui est plus en état dé vous envoyer de bons alinanachs qtie de bonnes nouvelles. Permettez-moi de vous

embrasser mille fois.

DE M- LA DUOHESSE D'AIGUILLON ▲ Mi l'abbé de GUASCO.

Je n'ai pas eu le courage, monsieur l'abbé, de vous apprendre la maladie, encore moins la mort de M. de Montesquieu. Ni le secours des médecins, ni la conduite de ses amis, n'ont pu sauver

4S4 leithes

fuie' tête si^ chère. Je juge de vos regrets par les fiiîeiis; Quis desiderto sitpudqr tqm cari capiiis? L'iiitérét que le public a témpî^é pendant sa makdie, le. regret oniversd^ ce que le roi en a dit (i66) publiquement; que c^étpit un homme impossible à i^mplacer , sont des ornements à sa mémoire, mais ne consolent point «es amis. Je réprouve ; l'impression du âpeétacle, l'attendrissemeiit, â'^aœront avec le temps; mais la privation d'ùh tel homme dai^s la société sera sentie à jamais par ceux qui en ont joui. Je ne l'ai pas quitté (i6i) jusqu'au moment qu'il a perdu toute coiinoissance , dix-huit heures avant ]a mort; «madame Dupré lui a rendu les mêmes soins ; et le chevalier de Jaucpiut (i6a) ne l'a quitté qu'au dernier moment. Je vous suis, monsieur l'abbé, toujours aussi dévouée.

De Pont-Cbartraiiiy le 17 février i755.

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FBAGM£NT

DU BARON SECONDAT DE MONTESQUIEU ^ A l'abbé de GÛASCO.

Jb n'ai pu lire votre lettre de Florence, du 8 février, sans le plaisir le plus sensible et la plus

tendre rec'onnoissance. Je coimois depuis longtemps de réputation IVL Fabbé marquis Nicoolini et monseigneur Cerati^ J'en ai cent fois entendu parler à mon père dans les termes Içs plus affectueux, et qui peignoient lé mieux la sympathie qui étoit entre leurs^ âmes et la sienne. J'accepte T08. offres (i63) et les leurs; elles, sont trop honorables à la mémoire de mon père pour n'être pas reçues avec tout le respect et toute la tendresse possibles. Quelques académiciens contribueront avec plaisir à la dépense; mais nous ne pouvons pas faire beaucoup de fond sur ces secours. Je ne puis même vous dire à présent jusqu'où s'étendroit leur générosité. Je ne sais sïles François sont trop vains; mais nous croyons avoir à présent en France des sculpteurs aussi habiles^ que ceux d'Italie. On étoit même convenu du prix avec M. Lemoine. C'est l'homme du monde le plus généreux ^t le* plus désintéressé. L'académie françoise ayant déliré d'avoir un portrait de mon père (164)9 ^^ ^^ peintres fameux de Paris ayant refusé de s'en charger , vu la difficulté de réussir avec le seul secours.de la médaille frappée par les Anglois, M. Lemoine se prêta de la meilleure grâce dy* monde à aider un jeune* peintre, par un médaillon en grand , qu'il eut la bonté de ùdre tnès-ressemblant à la petite médaillé. Or, M. Lemoine ayant eu une fois dans sa tête la

figure dé mon pire, sera plus en état qu'un autre de la rendre dans Un buste de marbre ; et cotnme il' a gardé le modèle de ce qu'il a fait, et qu'il Ta £stit voir à plusieurs personnes qui ont connu mpn père, et lui on(£ùt remarquer les déSûits qui étoient restés dan^ ces^ essais , c'est ^core une raison de plus pour le faire réussir dans un ouvrage de. conséquence.

De Bordeaux, le a5 nuurt 176$.

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