E. Deseille, Auguste Mariette, p
» habileté et une connaissance profonde de la vie sur tout, » sauf sur un point, le plus important dans notre monde )) pervers, sur les questions d'intérêt qui le touchaient » personnellement. Il ne s'entendait pas à ménager ses » fonds avec économie, et Targent lui était complètement » indifférent, pour la bonne raison que, dès son entrée » dans l'existence, il avait eu à lutter contre la pauvreté » et contre ses conséquences. Il pouvait être généreux » comme un roi, sauf à ne plus savoir, le moment d'après, » comment faire face à la moindre dépense. Il éprouvait » tout l'orgueil d'un homme qui sent que les yeux du » monde entier sont attachés sur lui par suite d'une grande » découverte, mais qui a conscience de ne pouvoir dominer » en pleine connaissance de cause l'immense quantité des » matériaux et qui est contraint d'en abandonner la mise )) en œuvre à d'autres... Il me confessa souvent dans nos » conversations intimes et dans ses lettres qu'il n'éprou- » vait aucun goût pour la partie philologique de notre » métier et qu'il le regrettait profondément. Il avait, » m'expliquait-il, une nature d'artiste, que la beauté de la » forme pouvait seule satisfaire et à qui l'antiquité égyp- » tienne ne fournissait pas la pâture la mieux appropriée... » Il se plaignait de s'être trompé sur sa vocation, car » toutes ses aspirations tendaient vers le beau, et il se sentait » appelé à se créer un nom comme littérateur, peut-être » comme poète. Il lui fallait désormais s'accommoder de » la destinée que la découverte du Sérapéum lui imposait, )) se maintenir à la hauteur de la réputation qui lui était » venue si soudaine, et diriger ses travaux en ce sens à » ravenir\ » Un monde de femmes, d'enfants, de domestiques, de fouilleurs indigènes, même d'animaux apprivoisés s'agitait autour du maître. « Une trentaine environ » de singes s'ébattaient librement au voisinage de la maison