NOTICE BIOGRAPHIQUE LIX
les fouilles de Caviglia avait attiré l'attention de M. de Rougé sur cette question ^ ; il profita de Tamitié qui l'unissait au duc de Luynes pour obtenir que celui-ci versât entre les mains de Mariette les quelques milliers de francs suffisants, semblait-il, à résoudre le problème. Le duc de Luynes envoya donc six mille francs, et le 15 septembre 1853, Mariette attaqua la besogne avec ardeur'. Il étudia d'abord les trois petites chambres de Caviglia, et il reconnut promptement que « ces chambres n'étaient autres que celles... que » les plans de MM. Wilkinson et Lepsius indiquent, et que )) les voyageurs anglais ont coutume d'habiter quand ils » viennent passer la nuit auprès des Pyramides*. » Désappointé de ce côté, il se rabattit sur le Sphinx lui-même, et il rechercha si le puits signalé par le Père Vansleb au XVIP siècle ne conduisait pas à quelque tombeau. Ici encore le résultat fut nul, et il constata que ce prétendu puits était simplement une fissure naturelle, qui se terminait en culde-sac par une poche de forme irrégulière*. Il entreprit donc le déblayement complet de la partie antérieure, et, en même temps, il poussa des sondages dans la direction du sud, où Caviglia disait avoir rencontré des pans de murs enterrés sous le sable. Le dégagement des faces nord et est prouva une fois de plus que le monument ne renfermait pas de tombeau, mais il en révéla la structure. On jugea
Neighhourhood of the Great Sphinx^ dans le Muséum of Classical Antiquities, 1852.
1 . E. de Rougé, Notes sur les fouilles exécutées par M. Mariette autour du grand Sphinx de Gisèh, dans VAthénœum français ^ 1854, IIP année, n* 4, p. 82.
2. A. Mariette, le Sèrapéum de Memphis, édit. de 1883, p. 93.
3. A. Mariette, Lettre à M. le cicomte E. de Rougé sur les fouilles exécutées autour du grand Sphinx de Gisèh, dans les Œuvres diverses, t, I, p. 126.
4. A. Mariette, Lettre à M, le vicomte E, deRougè^ dans \e& Œuvres diverses^ t, I, p. 128,
qu'il n'a point de base^ contrairement aux représentations qu'on en voit sur les monuments; qu'il est un rocher naturel, dont la forme a été précisée par deux couches de maçonnerie à gros et à petit appareil, mais dont la tête a été taillée au ciseau avec un art infini. Mariette explora de nouveau les pattes, rendit au jour la chapelle et le dromos et s'aperçut que celui-ci se prolongeait du côté sud en dehors de Falignement du Sphinx. Il le suivit, comme naguère encore il suivait l'allée du Sérapéum, et avec une fortune pareille. Il déboucha sur une grande enceinte en granit, dans laquelle il crut deviner « le temple véritable du Sphinx au » milieu de murs cyclopéens, dont les seuls rois construc- » teurs de pyramides ont donné le modèle* ». Il fut émerveillé par la simplicité et la grandeur du style, lorsqu'il pénétra dans les chambres en granit et en albâtre dont l'édifice se compose, et il entreprit de les vider jusqu'au sol, dans l'espoir d'y relever quelque inscription qui lui apprit le nom du Pharaon auquel appartenait ce chef-d'œuvre. Par malheur la couche de sable et de débris était épaisse, et il fallait descendre à plus de huit mètres au-dessous de la superficie pour atteindre le dallage : le crédit ouvert par le duc de Luynes était presque dépensé sans que la fouille parût près de se terminer. Mariette eut de nouveau recours à la libéralité du gouvernement français. Il adressa une demande de subsides au ministre de la Maison de l'Empereur, par l'intermédiaire de M. Sabatier, qui était encore consul général*, et il pria M. de Rougé, qui^ avait été élu membre le 8 juillet 1853, d'user de son influence auprès de l'Académie pour que celle-ci appuyât sa requête.
1. Les fouilles de 1886 ont montré que ce point n*est pas encore suffisamment démontré; des travaux nouveaux seraient nécessaires pour justifier l'affirmation de Mariette.
2. A. Mariette, Lettre à M, le vicomte E, de Rougè^ dans les Œuvres dioerseSy t. I, p. 130.
3. Mémoires de l'Académie des Inscriptions, t. XX, 1" partie, p. 96.