E. Deseiile, Auguste Mariette, p
2. Mémoires do V Académie des Inscriptions y t. XX, 1" partie, p. 256.
NOTICE BIOGRAPHIQUE LxV
qu'ils étaient près de sept mille, on imaginera aisément la somme de labeur et le nombre d'années qu'il eût été obligé de fournir afin d'accomplir une tâche aussi vaste. Et, sans insister sur les difficultés purement matérielles, son long séjour au désert l'avait à peu près déshabitué du travail de cabinet. Obligé de passer le meilleur de ses journées et même de ses nuits à surveiller ses ouvriers ou à ruser avec ses surveillants, il n'avait guère eu le loisir de poursuivre ses études de déchiffrement et de grammaire. Sitôt qu'un monument sortait de terre, il l'analysait rapidement afin de lui établir une sorte d'état civil sommaire, puis, après qu'il avait constaté l'époque, les cartouches du roi, la date, la qualité et les noms des personnages, la nature des faits mentionnés dans l'inscription, il passait sans retard à des objets nouveaux, et il les interrogeait avec la même promptitude. Cette première reconnaissance achevée, il avait rarement l'occasion de revenir par la suite sur une stèle et d'en pousser l'étude un peu plus loin : la découverte montait sans relâche comme une marée, et il eût été débordé bientôt, s'il eût essayé de soumettre chacune de ses trouvailles à un examen moins superficiel. Il gagna à cette obligation une grande sûreté de coup d'œil archéologique et une habileté indiscutable à discerner en un instant le point important des documents et le sens général des textes qu'ils portaient, mais il y oublia presque tout ce qu'il avait acquis de doctrine philologique : il perdit l'habitude de disséquer les inscriptions et d'en justifier la traduction mot par mot. Il eut, dès le premier jour, la conscience très nette de cette incapacité fatale, mais il pensa qu'une ou deux années de travail en corrigeraient les effets et le relèveraient au niveau des savants de métier, Birch, Leemans, Rougé, Lepsius. A peine rentré, il avait demandé qu'on lui rendît sa place dans ce musée du Louvre dont il avait si fort enrichi les collections, et sa requête était si juste qu'on y avait fait droit sur-lechamp : dès le 15 février 1855, il fut nommé conservateur-
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LXVi MARIETTE (1821-1881)
adjoint du département des Antiquités égyptiennes^ aux appointements de quatre mille francs ^ . C'était le pain assuré provisoirement pour sa famille : il dit adieu au Collège de Boulogne ainsi qu'au professorat, et il rentra avec une joie sincère dans ces galeries du Louvre où il avait consumé tant d'heures délicieuses à ses débuts. Toutefois, il ne voulut pas s'y enfermer complètement et il sollicita une mission qui, lui permettant de séjourner dans les principaux musées de l'Europe, lui rendrait plus faciles le classement et l'interprétation de sa propre découverte. Elle lui fut accordée le 21 février 1855 ', et, ayant fixé son choix sur l'Allemagne, il commença son tour d'Europe par Berlin.
Il y fit la connaissance personnelle de Lepsius, avec qui il était déjà en correspondance, et il y retrouva Henri Brusgch, qui fut heureux de lui rendre l'hospitalité reçue à Sakkarah deux années auparavant'. Le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume II, vit dans l'arrivée du savant français l'occasion de se faire raconter par le détail l'aventure du Sérapéum. Il avait remis à Brugsch cinquante frédérics d'or afin de subvenir aux dépenses du voyageur français, mais avec la recommandation expresse de n'en rien dire à Mariette et de ne pas lui laisser soupçonner qull était défrayé chez son ami par le souverain. Ils furent invités l'un et l'autre à la table royale, et au cours d'une soirée de février, Mariette eut l'honneur de faire passer sous les yeux du roi les dessins qu'il avait exécutés et les plans qu'il avait dressés pendant ses fouilles. Il fut enchanté de l'accueil et émerveillé de l'intérêt que Frédéric-Guillaume portait à des matières si
1. WaUon, Notice sur la vie et les travaux de Mariette- Pacha, dans le Compte rendu de la séance publique annuelle du vendredi 22 nocembre 1883, p. 70, note 4, donne la date du 16 : celle du 15 m*a été fournie par mon confrère et ami Héron de Villefosse, d*aprè8 les archives du Louvre.