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NOTICE BIOGRAPHIQUE VII

la province ne lui offrait aucune ressource' : il dut tirer de son prapr& fonds tout ce qu'ils ne lui enseignaient pas, et quand, plus tard, il vint à Paris, le temps et peut-être aussi la patience lui manquèrent pour combler les lacunes de l'instruction qu'il s'était donnée. Sept années durant il travailla seul , éprouvant sa science nouvelle sur les rares monuments du IMusée de Boulogne ou sur les planches de la Description, de V Egypte, Il ignorait à cette époque que Vivant Derion, le premier maître du cercueil superbe que la munioipa.lité avait acheté en 1837, avait refait à sa manière qu.elques-unes des légendes qui accompagnaient les figures. Il îg-riorait de même qu'une partie des inscriptions reproduites <ians la Description étaient de pur remplissage moderne. Jomard a raconté bien des fois que quelques-uns des dessinateurs de Texpédition s'ingéniaient à copier fidèlement non seulement les figures, mais les légendes, tan.d.is que d'autres, convaincus qu'on ne réusssirait jamais à décïiifErer les hiéroglyphes, se contentaient de reproduire les figures seules. Ils marquaient l'emplacement et le noml>re des lignes, puis le soir, rentrés au camp, ils remplissaient les lignes d'inspiration avec des caractères Quelconqu.es ; comme, à force de voir les monuments, ils avaient d.ans la tête la forme des signes et des groupes, leur œuvre conser\^ait, malgré tout, un air de vraisemblance. Je m'y suis laissé prendre au début de mes études en 1866, Quand îe parcourais les volumes de la Description dans la bibliotbèque de l'École normale; Mariette m'a conté bien souvent qu'il s'obstina des mois entiers sur ces remplissages et Qne, désespéré par les déchiffrements contradictoires Qu'ils Ini fournissaient, il faillit renoncer à l'étude. Un de ses amis d'enfance, le musicien Vervoitte, racontait « qu'il » l'avait vu souvent, couché à plat ventre devant sa caisse,

1 Voyez ce qu'il dit à ce sujet, dans sa notice sur le Musée de Boulogne, an t. I, p- 13, note 5, de ses Œuvres diverses.

» s'absorbant dans une sorte de contemplation active... qui » devait être fructueuse, M. Vervoitte lui disait : « Mais » que penses- tu tirer de ta momie? » Mariette lui répondait alors : « Je ne sais pas, j'ai une idée, je crois que cela me » conduira loin'. »

L'Égyptologie n'avait été d'abord pour lui qu'une distraction, un intermède entre les devoirs de son poste de professeur et ceux de son métier de journaliste. En 1843, M. Adam, maire de Boulogne, l'avait appelé à diriger V Annotateur Boulonnais, et ce choix n'avait pas été sans soulever contre lui bien des jalousies. Comme M. Adam était gouvernemental, il va de soi que les journaux du parti opposé ne se firent pas faute de dauber sur le nouveau rédacteur : « Au sein de l'internat, disait V Observateur » en annonçant la nouvelle, le 20 juillet 1843, M. Adam » découvrit un jeune homme à peine échappé des bancs de » l'école. Ce jeune homme n'avait ni présent, ni passé : M. le » Maire voulut lui créer un avenir, et, comme il ne pouvait » se trouver chez cet adepte ni principe arrêté, ni opinion » formée, M. Adam reconnut en lui l'homme qui pouvait » lui convenir et se promit d'en faire l'écho de sa pensée. » Aussi, sans préambule, sans transition, il s'en tendit avec le gérant de Y Annotateur, pour placer son nouveau protégé » à la tête du journal qui, longtemps, dirigea l'opinion bou- » lonnaise*. » Si cette position valait des inimitiés et des injures à Mariette, du moins elle lui assurait une aisance relative dont il profita pour se créer un intérieur. En 1844, il avait quitté la maison paternelle et il s'était établi dans un petit appartement sis à l'angle de la rue Simonneau et de

1. Desjardjiis, Conférence sur la vie et les travaux d'Auguste Mariette, dans Vlnauguration du monument élevé à Boulogne-sur- Mer, p. 99.

2. B. DeaeiUe, les Débuts de Mariette- Pacha, p. 13-14, et Auguste Mariette, p. ÏW7.

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