‹ Œuvres diversesChapitre 46 sur 154 · E. Deseille, Auguste Mariette, p. 71, note · texte numérisé non relu

E. Deseille, Auguste Mariette, p. 71, note

» jetées, et les pièces de fer et de fonte, exécutées à Paris, » sont en partie arrivées à Alexandrie. Dans un an, le palais » sera debout, mirant dans le Nil sa belle façade raaures- » que. » Six mille cinq cents monuments, catalogués et décrits, attendaient dans des caisses rachèvement des locaux. « Pour moi, disait Mariette en terminant, j ai fait et » je continuerai de faire, dans la mesure de mes moyens, » tout ce qui sera possible pour rendre service à une science » que j'aime, et, pour mériter l'approbation de Tillustre » corps devant lequel je viens de parler. » Il acheva de gagner tous les suffrages en demandant à l'Académie des instructions sur les fouilles à faire. Elle nomma, à cet effet, une commission formée de Jomard, de Charles Lenormant, de Brunet de Presle, d'Emmanuel de Rougé, d'Adrien de Longpérier : le vieux Jomard tint à honneur de rédiger luimême le mémoire et d'en donner lecture à la séance du 14 octobre suivant \ Pourtant, la création au Caire d'un musée purement égyptien n'enchantait que médiocrement beaucoup de ceux qui s'intéressaient à Mariette. La France, pas plus que les autres nations européennes, ne pouvait s'habituer à l'idée que les monuments découverts par un savant, avec l*aide et en partie aux frais de son gouvernement, demeurassent en Egypte : il semblait à tous, à M. de Nieuwerkerke, aux ministres, au prince Napoléon, à l'Empereur même, que le nouveau musée de Boulak allait léser les intérêts de notre Musée du Louvre. Mariette passa outre à ces craintes, et quand il eut obtenu gain de cause auprès de l'Académie, il alla prendre à Boulogne un repos dont il avait grand besoin. L'air natal sembla d'abord lui rendre toute sa vigueur, mais, comme certains troubles persistaient dans la digestion et dans les fonctions de la vessie, il

1. Mémoires de V Académie des Inscriptions, t. XXIII, 1" partie, p. 39-56; ces instructions ont été reproduites dans les Annales du Service des Antiquités, t. I.

MARIETTE V^"^* A^;^r

de cette vie commune leur a^'^^^^^^Pf^.^e ei^pêché les

m à sa juste valeur, et peut-être aum ^^^^ ^^ prendre

ntendus qui surgirent entre e^^ P*' .^^^t en Égypt«»

urnure aigre que l'on connaît ^ ^^^^ ^^ yice-roi,

■iette constata, dès sa première en ^^ ^^ ^.on-

, les promesses qu'on lui avait faites ^^ ^^^^^ ^^ ^^^

action du musée tenaient to"?^'^:/.| ^ fera à Boulaq, et

3st une affaire arrêtée, écrivait-u, ^^ ouvert'. » H s®

je pense bien que dans deux ^Jj! .^^^ gQ tête, et, comme

remit donc à la besogne avec ceu ^^ monuments,

lui fallait des monuments, t<*"?^ qq insistance, il augfin de remplir les salles et de Justin ^^ ^^^^.^ ^ g^n, <v

nenta le nombre de ses chantiers- ^ VassalU et a

Sais, à Athribis, à Sebennytos, ®;'^^es et des statues de Gabet le soin de chercher des sarcopn^^^^.^^^^ .^ courut l'Ancien-Empire dans le champ aes v^ droit aux sites de la Haute-Egypte^ favorisa à son ordi- Dès les premiers jours, la fortune le^,^^^ ^ ^^^^^e du naire. Il avait attaqué de «o^^Xf^^Aes auparavant', et U Sphinx qu'il a.vait découvert huit anné^. ^ J^^. ^^ ,t

y avait fait une découverte qui ^^^'t ^^^g ouvert dans la

à la fois. Il avait recueilli, au fond d un P „ui paraissaient galerie de l'ovaest, six statues de Khép^ren^.^^ ^.^ ^ ^ avoir été jetées là en un lour de re ^^ ^^^^ ^^tres

mutilées sans espoir de restauratwn, pour

étaient en asso. l>on état, et l'une del««^^^^^^ «ous l'Em^re le chef-d'œuvre de la sculpture égyp ^^ ^^^^^ ^^, eût memphite». Il déplorait amèrement qu

i« 1" (évrier 1860, V «r. date de Louxor, le 1 t^^'

1. Lettre adressée k Chabas, en Q» p. xxivpubliée dans Virey , /.>««fo.s-Jo5cp/i Cft« ^^ ^^^ ^„<,,e.

2. Voir ce qui o«t dit plus haut. P; ^^^^^^^ dans sa lettre à Chab^

ex MARIETTE (1821-1881)

» colorés pour la plupart, qui représentent Ti recevant » riiommage de ses parents ou les tributs que lui offrent » ses nombreux vassaux. On y voit, figurées par ailleurs, » les trois saisons de Tannée égyptienne, et, selon les mois, » les occupations diverses de la vie agricole, les semailles, » la récolte, la pèche, la chasse. Les hiéroglyphes sont des » copies admirables et fidèles d'objets pris dans lu nature » ou parmi les produits des arts, copies en bas-relief et qui » donnent la couleur exacte de chacun des objets qu'elles )) représentent \ » Un soir que, revenant d'inspection avec Vassalli, il cherchait des sites pour des fouilles nouvelles, il aperçut sortant du sable, parmi les débris d'une tombe détruite depuis de longues années, un fragment de pierre qui portait un cartouche appartenant à l'une des premières dynasties. Quelques ouvriers, mandés soudain, mirent à découvert quatre ou cinq autres cartouches de rois jusqu'alors inconnus, mais la tombée de la nuit les contraignit à suspendre la recherche : d'autres blocs apparurent le lendemain, dont la réunion forma une liste de rois adorés par le maître du tombeau, un scribe Tounaroi, contemporain de Ramsès II. C'était la fameuse table de Sakkarah*.

Tandis que Sakkarah et Gizéh ramenaient les dynasties memphites à la lumière, Abydos rendait les monuments du premier empire thébain, et San ceux de la période intermédiaire entre la XIP et la XVIIP dynastie. A San

1. L. Vassalli, / Monument i istorici Egizi, p. 18-19. Aujourd'hui, les couleurs ont disparu presque entièrement : elles furent endommagées irréparablement, lorsqu'un médecin allemand établi au Caire, le D' Reil, prit sans autorisation les estampages des scènes figurées sur les parois.

2. Mariette, Lettre à M, le vicomte de Bougé sur les résultats des fouilles entreprises par ordre du vice-roi d'Egypte^ dans la Revue archéologique^ t. II, nouvelle série, p. 21. J'ai donné le récit de la découverte d'après Vassalli, / Monumenti istorici Egisi^ p. 23-25, mais Vassalli se trompe de date, lorsqu'il place l'événement a durante la » campagna invernale del 1862 ».

» trapus; leur dos est toujours un peu voûté, et, ce qui les » fait remarquer avant tout, c'est la robuste construction » de leurs jambes. Quant à la tête, elle accuse un type » sémitique prononcé, et ce n'est pas sans surprise que Ton » y reconnaît le visage des quatre sphinx que Tanis vient » de nous faire retrouver au milieu de ses ruines. Les con- » séquences de ce fait se déduisent elles mêmes. Puisque » ces Pasteurs sont encore en Egypte, c'est que la guerre » entreprise par Amosis ne se termina point par Texpulsion » radicale des vaincus. Les Sémites qui, depuis plus de cinq » siècles, habitaient le nord de TÉgypte, avaient fini par » devenir les habitants des bords du Nil, et une transaction, » consentie après la paix, permit sans doute au fond de la » population de ne pas quitter les lieux qu'elle occupait'. » On a dû reconnaître plus tard qu'Apôphis avait usurpé les monuments de plusieurs souverains antérieurs, ceux d'Amenemhaît III par exemple, et que l'art prétendu des Hyksôs n'était qu'une des formes de l'art indigène sous la XII® dynastie. Sur le moment, tous les égyptologues se rangèrent à l'opinion de Mariette et le pressèrent de continuer les fouilles de Tanis, mais Abydos commençait à donner les résultats les plus heureux; c'est sur elle qu'il concentra le meilleur de son activité. Tout en cherchant le puits de Strabon et une liste nouvelle des Pharaons antérieurs à Ramsès II, il opérait des sondages dans le champ immense de la nécropole, et il en déterminait les époques diverses. Il s'arrêtait de préférence aux quartiers qui contenaient les tombes contemporaines du premier empire thébain, car la récolte y était abondante pour son musée futur, mais les restes de Tancienne Thinis et de ses dynasties se dissimulaient à ses investigations. En revanche, les chantiers de Thèbes produisaient, avec des documents qui complétaient

1. A. Mariette, Lettre à M, le vicomte de Rougè sur les fouilles de Tanis, dans la Reçue archéologique, 2' série, t. III, p. 105-107.

leurs ministres. A Dendérah et à Edfou, ce n'était plus la pièce de musée qu'il poursuivait : il s'agissait pour lui de déblayer les temples les plus complets qui subsistassent en Egypte, et d'en rendre l'accès facile aux touristes de plus en plus nombreux qui visitaient le pays chaque année. La connaissance des mythes et des dogmes religieux en devait profiter, ainsi que celle des écritures et de la langue des basses époques ég-yptiennes. « Edfou, écrivait-il à M. de » Kougé, est un livre désormais ouvert. C'est le temple le » mieux conservé avec celui de Dendérah, mais Edfou est » d'un meilleur temps'. »

Cet afflux de richesses n'était pas sans lui causer quelques embarras. Les égy ptologues européens se réjouissaient de ses succès, mais ils réclamaient de lui une publication prompte au moins des monuments principaux. Or, depuis trois ans passés c^u'il était revenu, que leur avait-il livré de toutes ses trouvailles? Quelques notions générales sur la marche des travaux, dans ses communications à l'Académie des Inscripti^^ï^s et Belles-Lettres* et à M. de Rougé". Les étrangers étal3lis à Alexandrie venaient, à son instigation, de reconstit;uer \ Institut éijyptien de Bonaparte, et, comme il en était le président, il y annonçait de temps à autre les principa-^^^ ^® ^^^ découvertes*. Ces improvisations rapides, pleines <i^ promesses et de réticences, entremêlées de faits nouveaux et d'hypothèses séduisantes, loin de satisfaire les savants de cabinet, surexcitait leur curiosité : après les monuments du Sérapéum, ceux de TÉgypte entière allaient-ils demeurer inédits dans les portefeuilles de

1. Mariette, LottfO à M, le ricomte de Rougè sur les résultats des fouilles entreprises^ P^^ ^^^^^ ^^ cice-roi d'Egypte, dans la Revue archéologique, nouvelle série, t. II, p. 30.

2. Voir plus ha.vit, p- xcvi, cv-cvi de cette Notice biographique.

3. Voir plus ha.vit, P- cvni-cxm de cette Notice biographique.

4. Voir dans le bulletin de Vlnstitut égyptien, V* série, 1859, t. I, p. 30-36.

» dailles d'argent inédites et d'autres objets destinés à la )) fonte. Les ouvriers me font dire qu'ils ne peuvent conti- » nuer sans moi. J'y cours, malgré la chaleur, qui est acca- » blante\ » On était alors au 12 août, et la prudence lui eût commandé de se retirer en Europe pendant quelques semaines, afin de s'y reposer. Il n'y songeait nullement, car sa santé lui semblait bonne. « Je commence à craindre cepen- » dant pour mes propres yeux. Dès que je parais au jour, j'y » ressens des douleurs vraiment cuisantes. Le fait est que, )) le soleil et moi, nous nous sommes regardés trop long- » temps face à face pour que je ne commence pas à ressentir )) les effets de sa vengeiince. Les médecins me disent que » j'ai les yeux brûlés et me menacent d'une amaurose. Que )) Dieu ne les entende pas*. » Son mal d'yeux fut enrayé, et il ne quitta pas l'Egypte, où ses chantiers continuaient de fonctionner malgré les ardeurs de l'été. Dans l'intervalle de deux courses, il revoyait ses notes, il les classait, et, soucieux de répondre aux instances des savants du dehors, il cherchait une combinaison qui lui rendit facile la tâche de mettre à leur disposition le produit de ses fouilles. Comme le gouvernement français faisait la sourde oreille, il tentait d'intéresser le gouvernement égyptien à ses essais. Il en avait entretenu Saïd-Pacha. mais celui-ci ne l'avait écouté que d'une attention distraite et n'avait donné aucune suite à ses ouvertures. Une fois de plus, il recourut à M. de Lesseps, et M. de Lesseps, qui lui voulait toujours du bien, rédigea sur ses indications une note détaillée. « Avant de quitter » l'Egypte, écrivait-il le 3 septembre, j'ai lu au vice-roi, )) qui l'a écouté attentivement jusqu'à la fin, mon rapport » sur l'utilité qu'il y avait pour lui à publier un volume

1. Lettre à M. Ernest Desjardins, datée du Caire, le 12 août 1860, et citée dans Wallon, Notice sur la rie et sur les travaux, p. 76.

2. Lettre du 12 août, adressée à M. Ernest Desjardins, et citée par Wallon, Notice sur la cie et sur les tracaux^ p. 76.

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