‹ Œuvres diversesChapitre 5 sur 154 · E. Oeseille, Auguste Mariette^ p · texte numérisé non relu

E. Oeseille, Auguste Mariette^ p

2. E- I>eseîlle, ios Débuts de Mariette- Pacha, p. 16, et Auguste Mariette, p. 19-20.

» de donner suite, quant à présent, à vos projets*. » Le rival heureux de Mariette était, dit-on, J.-J. Ampère* : l'argent du moins n'était pas mal placé. Mariette ne se tint pas pour battu. Il fit appuyer par le maire de Boulogne et par un des députés du Pas-de-Calais, M. François Dolessert, une pétition en date du 26 septembre, par laquelle il annonçait <( son intention d'entreprendre à ses frais une exploration )) scientifique en Egypte, et il exprimait le désir d'obtenir » le passage gratuit sur un paquebot-poste de Marseille à » Alexandrie et un secours de 2.000 francs ». Le 10 novembre 1846, M. de Salvandy lui apprit, après un mois et demi de réflexions, que « les règlements du ministère des » Finances s'opposent formellement à la concession de pas- » sages gratuits sur les paquebots de la Méditerranée »; quant à la demande de subvention, le ministre se référait à la lettre du 26 juin*.

Cet échec était d'autant plus grave que Mariette, se croyant stSr de réussir, avait renoncé officiellement, le 27 août, à diriger V Annotateur; « ses occupations nombreuses ne lui » permettaient plus de remplir les fonctions de rédacteur, » comme il le voudrait et comme il le devrait, et c'était une » nécessité pour lui de se retirer* ». Il lui restait pour vivre son métier de professeur, dans lequel il avait eu de l'avancement : il avait été promu directeur de l'École de dessin, et il y avait fondé en 1846 un cours de dessin linéaire. Il employa les rares loisirs que l'enseignement lui laissait à écrire des dissertations scientifiques plus étudiées et plus

1. Lettre citée en appendice à la notice lue par M. Wallon sur la vie et sur les travaux de Mariette, dans le Compte rendu de la Séance publique annuelle du vendredi 23 novembre 1883, p. 127.

2. Wallon, Notice sur la vie et les travaux de Mariette, dans le Compte rendu^ p. 50.

3. Lettre citée en appendice à la notice de M. Wallon, p. 127-128.

4. E. Deseille, les Débuts de Mariette-Pacha^ p. 17, et Auguste Mariette, p. 20, .

NOTICE BIOGRAPHIQUE Xi

longues que celles auxquelles il s'était complu jusqu'alors, et qui donnèrent au monde savant une idée de ce qu'il était déjà capable de faire, soit dans Tégyptologie, soit dans l'histoire locale. Sous couleur de décrire le Musée de Boulogne-sur-^i:er, il inséra dans V Annotateur Boulonnai du 18 mars 1 847 une notice, qu'il republia en tirage à part à cent exemplaires sous le titre quelque peu ambitieux de Catalogue ctrtctl/y tique des Monuments composant la Galerie égyptienrte dtc JVTusée de Boulogne. Plus tard, il jugeait très sévèrement cet opuscule', et à coup sûr, si on le compare aux mémoîi-es q\ae produisaient vers le même temps Bircli, Lepsius, Leencians, E. de Rougé, on est frappé de l'immense supériorité qvae ceux-ci manifestent sur leur confrère provincial, îwlais, les défauts reconnus, si l'on se rappelle dans quelles con<iitions Mariette avait dû poursuivre son apprentissage de l'égyptologie, on ne peut qu'admirer la persévérance qxx'il Ivii avait fallu déployer pour mettre sur pied une œuvre même aussi incomplète. Il s'y était assimilé tout ce qu'il avait p\x apprendre dans la Description de V Egypte, dans V Egypte de Champollion-Figeac, dans les papiers de Nestor TL-liôte : ce n'était point sa faute après tout si les revues où X-epsîus, E. de Rougé et Birch enfouissaient leurs travaux ne pénétraient point jusqu'à Boulogne-sur-Mer. On peut adresser le même reproche d'érudition un peu en retard à sa lettre sur les différents noms de Boulogne dans Vautiqnité. IM. Bouillet, en rédigeant le court article de son L>ictiortrtCLir*e, qui indigna tant Mariette contre lui, n'avait îamaîs cru qu'il prêterait matière à une dissertation aussi étendue. << Mon Dictionnaire, lui écrivait-il à la date du » 19 octobre 1847, n'a pas la prétention d'émettre des » opinions originales, ni de discuter les questions historiques » et géographiques, comme on pourrait le faire dans un

\^ Voir t- I,. p. 21, note 1^ de ses Œuvres dioerses y VskûnotaXion qu'il a.vait inscrite en tète de son exemplMre. . .^

» mémoire ex proJesso\ » M. Bouillet aurait eu beau jeu à réfuter son contradicteur sur bien des points, et la thèse soutenue par Mariette n'a point prévalu. Ces cent pages n'en sont pas moins des plus intéressantes à lire, parce qu'on y trouve déjà la plupart les qualités qui assurèrent plus tard à Mariette une autorité si légitime : l'habileté à diviser son sujet, la clarté de l'exposition, la chaleur du style, le mouvement et la bonne ordonnance du raisonnement. Si les théories sont souvent aventureuses, la démonstration est toujours si bien menée qu'il faut un effort sérieux pour en démêler les points faibles et pour échapper à la conviction qu'elle entraîne*.

La publication de ces deux opuscules produisit le résultat que Mariette en attendait : elle fit sortir son nom du cercle étroit de notoriété locale dans lequel il demeurait enfermé, et elle apprit aux maîtres parisiens que le petit régent de la classe de septième à Boulogne-sur-Mer promettait un savant avec lequel il faudrait compter bientôt. 11 reçut quelques lettres de Charles Lenormant, de Longpérier, d'Egger, d'E. de Rougé; il obtint d'eux des encouragements et des conseils qui l'aidèrent à s'orienter dans ses études. Enfin, en 1848, n'y tenant plus, il se décida à se rendre à Paris pour y tenter la fortune, et il fut encouragé dans sa résolution par le principal du collège. M. Alfred Hulleu lui avait toujours porté de l'intérêt, et, depuis quelques mois, il s'inquiétait de le voir se détacher peu à peu de ses devoirs

1. Lettre citée par M. Wallon dans sa Notice sur Mariette^ p. 49, notel.

2. Mariette annonçait, vers la fin de cette lettre (cf. t. I, p. 78, de ses Œucres dioerses)^ d*auties travaux d'histoire locale qu'il n'acheva jamais. D'après Deseille (les Débuts de Mariette-Pacha^ p. 17), c'étaient, en plus des notices indiquées en cet endroit par Mariette luimême, a une édition et une traduction de Lambert d'Ardres, une seconde lettre sur les incursions des Normands, et quelques documents pour servir à l'histoire de Wissant o«

3tiV ^fARlETTE: (1821-18§1)

)) toujours contre les essais des personnes qu'on suppose )) n'avoir pu puiser l'instruction scientifique à ses véritables )) sources, et j'ai été agréablement surpris dans le sens » contraire. C'est la première fois en effet que j'ai vu un .)) homme livré à des études isolées marcher dans la bonne )) voie aussi vite et aussi bien. Ce début est du plus heureux )) augure pour l'avenir de M. Mariette, et je suis convaincu )) de ne pas trop m'avancer en vous donnant l'assurance » qu'il ne lui faut que la possibilité de suivre ses travaux, )) ;ï l'aide des ressources scientifiques d'une grande capitale, )) pour devenir en peu de temps un homme tout à fait )) distingué. Je crois donc, messieurs, que vous agiriez )) noblement dans l'intérêt de M. Mariette et dans celui de )) la ville qui l'a vu naître, en lui fournissant les moyens » de faire à Paris un séjour prolongé et d'y donner à ses » études le développement désirable \ » La réponse arriva quinze jours plus tard : le maire, M. Chauveau-Sire, constatait que a les finances de la ville étaient trop obérées, » surtout depuis quelque temps, » c'est-à-dire, en termes moins discrets, depuis la Révolution de Février, pour qu'on pût accueillir la requête de M. Lenormant. En môme temps, comme tous les maires généreux qui désirent pousser leurs compatriotes sans qu'il en coûte aux recettes municipales, il conseillait à son correspondant de se rejeter sur l'État. « Votre haute et légitime influence ne pourrait-elle )) pas, monsieur, lui ouvrir la carrière d'une autre manière? )) Le gouvernement, dans sa juste sollicitude pour les )) progrès d'une science qui compte aussi peu d'adeptes que » l'archéologie égyptienne, accorde des subventions à )) quelques savants, dont les recherches doivent rivaliser

1. Lettre publiée par E. DeseiUe, les Débuts de Mariette-Pacha, p. 22, et Auguste Mariette, p. 26-27, d'après l'original conservé aux archives de la ville de Boulogne, et par Wallon, Notice^ p. 128, d'après une copie de Mariette communiquée par A. Rhoné.

Dès le lendemain, Mariette demanda au recteur de T Académie de Douai un congé sans traitement qui lui fut expédié aussitôt. (( Permettez-moi, répondait-il à Jeanron, de }} vous prier de vouloir bien disposer de mes services tout » entiers. Personne plus que moi n'a le désir de vous être » utile et de remplir avec tout le zèle possible Thonorable » mission que vous avez bien voulu me confier \ » Lorsque la lettre par laquelle le maire de Boulogne se récusait poliment arriva à Paris, elle trouva Mariette installé dans son nouvel emploi, en tète à tète avec son pot à colle, ses cartons et ses papyrus : il obtint, le 30 mai suivant, la prolongation de son congé jusqu'à la fin de Tannée scolaire. Le principal de son collège feignait officiellement de croire que tout cela était provisoire, et, le 7 juillet 1849, il le priait de déclarer ses intentions au sujet de sa chaire; mais, ajoutait-il aussitôt, « j'aime à croire que vous êtes toujours content à Paris et » que vous obtiendrez au mois d'octobre une position conn forme à vos désirs'. » Content, Mariette l'était, à coup sûr, de se sentir enfin au contact familier des monuments et de pouvoir se mettre au courant de toutes les découvertes, mais que de privations il lui fallait supporter et surtout imposer aux siens pour suivre sa pente. Il avait espéré d'abord que son titre d'attaché provisoire se changerait promptenient en un titre de conservateur définitif, car, depuis la mort de Dubois, le 19 novembre 1846, le Musée égyptien n'avait plus de personnel, et Mariette, au moment de son entrée en charge, représentait tout l'effectif du département. La nomination du vicomte E. de Rougé au poste de conservaienr honoraire sans traitement, le 27 juillet 1849, lui en- Jeva cotte illusion et lui donna d'abord un rival, puis un ^l^of plus instruit qu'il ne l'était lui-même des choses de

^'^^^^^iS^^îl^^î 1849 publiée par Révillout, Att^yus^e Afam'^^e- ""^«o^ ^g'^ ^ote 1, d'après les copies d'A. Rhoné.

XVIli MARIETTE (1Ô21-1881)

heures perdues, de coller, de cataloguer quelques-uns deâ papyrus égyptiens de la riche collection du Louvre, « aux » conditions que Tadministration a faites à M. Nisard ». Le directeur général refusa, le 22 octobre, pour le motif que « M. Mariette, étant employé et payé au mois, ne pouvait » avoird'autres occupations ré tribuées au Musée ^ ». Un autre se serait rebuté et serait retourné à renseignement du dessin ou de la grammaire latine : Mariette ne s'aperçut pas de la misère qui le menaçait, et il demeura à Paris. Il était bien de la race des marins qui suivaient Jean Bart, et, s'il eût vécu deux siècles plus tôt, il serait, bien sûr, monté sur quelque flûte boulonnaise pour courir sus aux Anglais: né dans un âge pacifique et voué par vocation aux hiéroglyphes, il apporta à surmonter les difficultés de sa carrière, le même entêtement, la même bravoure, la même gaieté parfois un peu brutale, qu'il aurait déployée alors dans la bataille. Un jour que M. Pierre Capet Talla chercher au Louvre, un des gardiens le lui montra juché sur un des grands sphinx en granit : la jambe gauche pendait, et, sur la jambe droite repliée en guise de pupitre, il écrivait fiévreusement : « Que faites-vous là? lui demanda Tami. — » J'écris l'histoire de ce pistoletAdL\ » Il transcrivit alors toutes les inscriptions du Louvre, et j'ai eu en mains, vingt ans plus tard, une bonne partie de ces copies qui furent détruites en 1878, lors de l'inondation qui noya la maison de Boulak. Elles lui servirent à établir « l'inventaire géné- » rai des Monuments égyptiens conservés dans la salle » Henri IV ou déposés dans les magasins au 1«' juillet 1850 ». Il en rédigeait toutes les fiches de sa main', puis, sa jour-

1. Révillout, Auguste Marie tic- Pacha, dans la Reçue è.ggpiolo^ giffuc, t. II, p. 319, où la lettre de Mariette est publiée in extenso, avec l'annotation du directeur.

2* E. Deseille, Auguste Mariette, p. 32.

3. Révillout, Auguste Mariette-Pacha, dans la Reçue éggptolo" giquCy t. II, Pi 320*

XX Mariette (1821-1881)

s'y refusait, prétendant n'être pas prêt encore, et c'est à peine si on lui avait arraché pour la Revue archéologique, dans les premiers mois de 1849, une très courte Note sur un fragment du Papyrus royal de Turin et la VI^ dynastie de Manéthon\ où il confirmait, après E. de Rougé, l'accord remarquable qui existe pour cette époque de Thistoire d'Egypte entre le texte égyptien original et les listes transcrites en grec. Il lui fallait, assurait-il, plusieurs années encore avant qu'il fût en état d'affronter la publicité; d'ailleurs, il ne se sentirait sûr de lui-même que •lorsqu'il aurait accompli le rêve de sa vie et qu'il aurait étudié les monuments égyptiens dans l'Egypte même. Il semblait être plus loin que jamais d'en arriver là, quand la politique, à laquelle pourtant il ne s'intéressait guère, donna une réalité soudaine à ses projets : elle fît descendre Jeanron du poste auquel elle l'avait élevé. La direction nouvelle ne jugea pas à propos de continuer les virements qu'il avait opérés en faveur de Mariette, et du coup celui-ci tomba sur le pavé. Le peintre, tout disgracié qu'il était, trouva le moyen de venir en aide à son compatriote. Il l'adressa à son ami Génin, alors secrétaire général au ministère de l'Instruction publique, en priant celui-ci de lui chercher une situation quelconque dans les bureaux. Génin ne disposait d'aucune place, mais il suggéra ce que Mariette avait demandé près de quatre années auparavant, ce qu'il commençait à désespérer d'obtenir, une mission en Egypte : si l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres consentait à lui prêter son appui, il se chargeait, lui, d'entraîner le consentement ministériel*. En 1839, un savant anglais, Tattam, avait grisé avec du raki les moines de la vallée

1. Paru dans la Revue archéolo(/ique de 1849, 1" série, t. VI, p. 305- 315. C'est le quatrième des morceaux recueillis dans les Œuvres diverses, 1. 1, p. 92-112.

2. Ernest Desjardins, VÈgypiologie française, dans la Reçue des Deux Mondes du 15 mars 1874.

XXII MAUIETTE (1821-1881)

Au reçu de la lettre ministérielle, Charles Lenormunt s'arrangea de telle sorte que la commission d'examen fût composée en majorité de ses amis : elle comprit, outre lui, Etienne Quatremère, Jomard, Ampère, et naturellement les conclusions furent favorables. Dans le rapport cju'il présenta à la séance du 21 juin 1850, après avoir résumé lo but de Tentreprise et les difficultés qu'elle offrait, il ajouta : « Au reste, M. Mariette paraît mieux préparé que personne » à surmonter ces diflicultés. Il nous a communiqué un » relevé qu'il a fait de tous les manuscrits coptes qui, en » Europe, ont pu parvenir à la connaissance du public. Si )) à cette préparation il joignait, avant son arrivée sur les )) bords du Nil, une étude rapide des Bibliothèques de Londres, d'Oxford et de Rome, il est certain que personne » n'aurait abordé, dans des conditions plus favorables, la » tâche qu'il s'impose. » Au début, Charles Lenormant n'avait parlé que du motif invoqué pour justifier la mission; en approchant de la conclusion, il aborda résolument ce qui était, dans l'esprit de tous, le point capital, la recherche des monuments pharaoniques. « M. Mariette propose aussi d'en- » treprendre des fouilles sur les points de l'antique Egypte, » imparfaitement explorés jusqu'ici, afin d'enrichir nos mu- » sées du produit de ses recherches. Nous avons peu de choses » à ajouter quant à cet objet subsidiaire de son voyage. On » conçoit que, depuis notre grande expédition, l'attention des )) voyageurs se soit principalement portée sur les souvenirs » de l'Egypte des Pharaons, et c'est à cette préoccupation )) si naturelle que nous devons attribuer l'oubli dans lequel » on a laissé les monuments de la littérature copte : la )) demande de M. Mariette nous semble digne d'intérêt, » surtout parce qu'elle écarte momentanément le sujet » favori des recherches récentes et s'attache à un but plus )) ingrat, plus difficile, et qui demande des connaissances » plus spéciales. Mais, d'un autre côté, il s'en faut que » l'exploration de l'Egypte sous le rapport des monuments

XXIV MAIilETTR (1821-1881)

6.000 francs : on verrait plus tard s'il y avait lieu d'augmenter la subvention \ Avis officiel en fut donné à l'intéressé lo 22 août 1850. Mariette tenait enfin ce qu'il avait tant désiré et il en ressentit d'al)oi'd une joie intense que la réflexion teni|)éra bientôt. L'I^^ypte, en dehors d'Alexandrie et du Caire, était alors assez peu accessible : à moins de faire le voyage en dahabiéh des touristes ordinaires, il lui fallait laisser derrière soi femme, enfants et famille, Dieu savait pour combien de temps. Le ministère de l'Intérieur lui avait concédé « la continuation de son traite- » ment d'employé du Musée jusqu'à concurrence de mille » francs, pendant son congé, » et il laissait cette maigre pitance aux siens comme provision pendant son absence'. Du moins la femme et les enfants étaient jeunes, bien portants : il avait presque la certitude de les revoir, mais le vieux père serait-il encore là au retour du voyageur? Il l'appela à Paris pendant qu'il procédait aux derniers préparatifs. Un ami d'enfance, M. Senlis, était venu quelques jours plus tôt et était installé près de lui à l'hôtel : « Voici qu'à )) six heures du matin j'entends tambouriner joyeusement » à ma porte. C'était Auguste Mariette qui s'annonçait. Le » père avait voyagé la nuit et il me l'amenait au sortir du » wagon. Il était comme fou de joie, rajeuni de quinze ans; » il riait, plaisantait, ne savait comment épancher son » contentement. Le déjeuner se passe gaiement, puis, tout » à coup, Auguste Mariette disparait. Où pouvait-il être? » Je le cherche, j'entends des sanglots étouffés, je cours » dans la pièce voisine, et, là, je trouve mon ami en proie » à la plus extrême douleur : — Qu'avez-vous donc? —

1. Wallon, Notice, p. 54, et E. Deseille, Auguste Mariette, p. 34, disent 8.000. Mariette reçut en 1851 un supplément de 1.500 francs, qui porta le total à 7.500 francs, mais le crédit primitif n*était bien que de (5.000, dont 3.000 pour chacun des Ministères intéressés.

2. liévillout, Auguste Mariette' Pacha, dsinfi isi Revue égi/ptologiquc t. II, p. 320.

de la ville lui prouva qu'il ne parviendrait à rien tant qu'il n'aurait pas obtenu Tassentiment des supérieurs \ Il partit donc sans tarder pour le Caire, et, sitôt arrivé, il essaya d'entrer en relations avec le patriarche, mais celui-ci était absent et ne rentra que vers le 15 octobre. Il était encore sous l'influence du ressentiment provoqué par les procédés sommaires de Curzon et de Tattam, et, afin de prévenir des surprises analogues, il avait expédié partout Tordre de rassembler les manuscrits et les livres précieux que les couvents possédaient, puis de les lui expédier au Caire où ils seraient en sûreté auprès de lui. L'ordre avait été accompli scrupuleusement, et les monastères n'avaient plus gardé que leurs livres liturgiques ou les manuscrits de rebut perdus dans des cachettes oubliées depuis longtemps : tels ces parchemins du Couvent Rouge, que nous découvrîmes en 1882 et qui sont allés pour la plupart enrichir notre Bibliothèque Nationale. Les volumes envoyés au Caire avaient été entassés dans une grande pièce obscure qu'on décorait du nom de Bibliothèque, et une légende, que Mariette aimait à conter, prétendait qu'afin de les protéger plus efficacement contre les entreprises des qfrites européens, on avait muré la porte.

Le patriarche était bien résolu à ne pas admettre dans ce harem monastique le visiteur nouveau qui venait sitôt après l'autre, mais, comme celui-ci apportait des instructions du gouvernement français et que le gouvernement égyptien ÎB^isait semblant d'appuyer ses prétentions, il n'osait pas refuser brutalement, d'entrée de jeu. Il cherchait à se dérober doucement, avançait des prétextes, suggérait à Mariette un

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