CXXIV MARIETTE
la nuit'. Dès les premiers pourparlers, Mariette démêla très finement les sentiments qui se disputaient 1 ame du viceroi en ce moment. « Il ne serait pas mal, écrivait-il le » 21 septembre à M'"® Cornu, que, dans quelque temps, » le souverain de la France rendît lui-même le vice-roi > témoin de notre grandeur, de notre force et de notre » puissance. Le vice-roi arrive en effet de Constantinople. » Là, on l'a pris adroitement par un de ses côtés faibles, )) Tamour-propre. On Ta accablé de politesses, de préve- » nances. On Ta flatté et adulé à un point qu'il nous est n revenu Turc dans toute la force du terme, ainsi qu'il me Ta dit lui-même. D'un autre côté, je ne vous » cacherai pas que le vice- roi a été ébloui à Constanti- » nople de l'énorme influence qu'y conserve l'Angleterre. 11 )) y a deux mois encore, le vi(^e-roi croyait certainement » la France la plus grande nation du monde. Aujourd'hui » et depuis son retour de Constantinople, un doute s'est )) glissé dans son esprit, et j'ai cru deviner qu'en certaines » circonstances données le fils de Méhémet-Ali agirait en » prince turc, c'est-à-dire qu'on croyant se mettre du côté du plus fort, il serait moins disposé qu'auparavant à )) adopter le parti de la France. Vous voyez par là qu'il w faut que le vice-roi nous voie enfin de près et qu'il )) nous juge par lui-même. » Saïd-Pacha ne répugnait pas à ce voyage, loin de là, mais les circonstances l'invitaient à différer son déi)art. Après avoir dépensé sans mesure, comme si l'I^gypte eût possédé des richesses inépuisables, il était à court d'argent, et il avait besoin d'un emprunt pour remettre son Trésor à flot. « Si, disait-il à Mariette, pour
1. J'ai emprunté ces renseignements au chapitre intitulé Mariette DlploinaiOy des Lettres et JSoucenirs personnels^ p. 29-30, que M. Edouard Mariette a bien voulu me communiquer en manuscrit, ainsi que je l'ai dit plus haut (p. vi, note 1, de la présente Sotice). M. Edouard Mariette, qui était venu en Egypte comme secrétaire de son frère, se trouva l mêlé lui-même à ces négociations. *