CXXVI MARIETTE
qu'il montrait à son confident pour que celui-ci en informât qui de droit : « Je désire ardemment que l'emprunt » soit français, ajoutait-il. Vous m'avez, n'est-ce pas, )) apporté quelques paroles bienveillantes de l'Empereur, » Eh bien, voici ma lettre dans laquelle il verra que je ne » suis pas aussi Anglais qu'on le dit. Faites-la passer à » S. M., en lui disant que je suis son très humble servi- » (eur (sic), w La lettre avait été rédigée par Mariette luimême qui n'en était pas peu fier : « Vous voyez, disait- » il à M"™* Cornu, quelle est son importance. Je sais » bien que l'alliance de l'Egypte avec la France n'est pas » tellement essentielle que, si elle est rompue, la terre cesse )) de tourner. Mais ce n'est pas une raison pour donner à » l'Angleterre la joie de mettre enfin la main sur une )) proie qu'elle convoite depuis tant d'années. » Mariette avait donc réussi dans sa négociation secrète : il avait conduit le vice-roi au point où il fallait qu'il fût pour que la question pût être traitée diplomatiquement, et il n'avait plus qu'à passer la main à M. de Beauval. Il avait d'ailleurs mis en train «l'affaire des couvents», qui avait servi de prétexte à l'autre. « Nous possédons ici un Copte de naissance, — » c'est Kabis qu'il voulait dire, — homme très instruit, » et secrétaire, pendant onze ans, du cardinal Maî. C'est » lui que le vice-roi a chargé de parcourir les couvents » sous ma direction. Je lui ai donné pour instruction de » faire un catalogue complet de tous les manuscrits, sans » exception, que possèdent les couvents et de rédiger ce » manuscrit en français, de telle sorte qu'il puisse être » imprimé. Nous n'aurions que cette œuvre, qui embrassera » au moins deux mille manuscrits, tous inconnus, que ce » serait déjà quelque chose. Une fois ce catalogue fait, nous » choisirons, et le vice-roi enverra ce qu'il y a de bon à » l'Empereur \ » C'eût été la rançon du musée, mais au
1. Lettre k M"' Cornu, citée par H. Wallon, Notice sur la vie et sut* les travaux y p. 137-139.
CXXVIÏI MARIETTE (1821-1881)
des fouilles lui-même, et il requérait Mariette de l'accompagner sur son propre bateau, afin de désigner les endroits les plus favorables. Ce fut une course à travers rÉgypte pendant laquelle on essaya de plusieurs sites, entre autres celui de Maabdéh et son hypogée de crocodiles, sans rien trouver qui trompât Timpatience du souverain; le 20 décembre, tout le monde était de retour au Caire, mais rien n'était décidé encore au sujet du voyage de France. Les derniers jours de décembre et les premiers jours de janvier s'écoulèrent dans l'anxiété : c'est à peine si Mariette osait pousser jusqu'à Sakkarah et y montrer ses travaux à des savants de passage, à Georges Perrot et à son compagnon, l'architecte Guillaume, qui revenaient de leur mission de Galatie, puis à Théodule Devéria, qui lui tombait de France, un peu à l'improviste. Tout en promenant le comte de Chambord et le vice-roi, il avait remis sur le tapis la question des publications, et il avait demandé à la France qu'elle lui prêtât Devéria, s'offrant à le défrayer, durant son séjour en Egypte. M. de Rougé avait appuyé la requête : (( Vous savez, disait-il à M. de Nieuwerkerke, que M. Ma- )) riette travaille maintenant très difficilement et qu'on ne » peut en tirer la copie d'aucune inscription quand il n'a )) pas M. Devéria pour aide. Ses yeux et sa tête sont un » peu fatigués du climat. Je regarderai donc un voyage de )) quelques mois de la part de M. Devéria comme quelque )) chose de très heureux. Les arrangements que Mariette » lui offre lui permettraient de faire ce voyage, moyennant » une simple rétribution de 500 francs payables au retour \ » Il se présentait donc pour copier les inscriptions, et la première nouvelle qu'il apprenait au débarqué, c'est que la campagne projetée ne pouvait avoir lieu. C'est bien juste si Mariette eut le loisir de lui faire, le 28 janvier, les honneurs
1. Lettre datée de Paris, le 26 décembre 1861, et citée par G. Devéria, Thcodulc Deoèria, p. xxui.
CXXX MARIETTE l82l-l^Sl
à 3/. /^ rrcomte ff*^ Roun^ >''r /Vn xurfle.^ dê> Tnniif^ et que I>^véria adh.ira au pas-as'e. i A Dt^ndêrah. le pronaos, )> dont l'entrée était enôore t^n«0Er '.:♦:* il y â deux an>. est » aujourd'hui dégag^f autant <i .^ faire se peut... En 1S50...,
* je ne p'i.'^ pénétrer aut-^ur du -anotu;iire que par des Jours
* ré»er^é> Aîas la f/artie ^jpe:ieure dt* la ci>a>'tru«'tion : > maintenant, au contrains, c^st av»-i: une vive s;itisfaetion •) qu'on p^ut examiner en détail toutes le> s^.ulptures qui » déï:orent l'intérieur A^ l'édince. des salles latérales, et ^ jusqu'aux Couloirs obs«:urs qui entourent l'Adirtum et où n on ne pém:tre que par d*étroit^'> ouvertures qui devaient
* être tenues s*,<jr»^tes'. — A Karnak. les déblais nouveaux » permettent A*: p;ircourir le grand temple dans toute sa » longueur sur le s*^l antique et d*apprét:ier dans leur en- » r^emble les dimensions «•olô>saIes du monument, de la salle » liVpostyle en particulier'. — Ahydos a présentement cinq » chambres du grand temple déblayées par Mariette; elles » sont voûtées, la voûte n étant formée tjue de deux grandes n assises *. » Et partout le progrés se montrait aussi marqué, â Goumah, à Déir el-Bahari, à Médinet-Habou, à Edfou. Les deux amis s'embarquèrent ensemble à Alexandrie, le dimanche 27 avril, Devéria afin de rentrer au Louvre, Mariette afin de rejoindre Said-Pacha à Toulon*. Pendant les loisirs de la traversée, ils arrêtèrent définitivement le plan de Tœuvre commune, qui était demeuré jusqu'alors à l'état d'ébauche. Elle devait comprendre deux parties, dont la première traiterait des fouilles exécutées par Mariette pour le compte du gouvernement français au Sérapéum, et dont la seconde serait réservée à celles qu'il avait pratiquées
1. Publiée dan» la Reçue archèolo(jiffue, nouvelle série, 1862, t. V, p, 297 301.
2. Th/'fKiule Devéria, Mémoires H Fntynwnts, t. I, p. 333-334.