Une belle momie d'homme à double sarcophage
On voudra bien maintenant permettre ici quelques réflexions sommaires sur chacun des objets dont on vient de dresser la liste. Cela entre dans le compte des renseignements qui ont été promis.
La petite stèle classée sous le n"" 1 n'a guère plus de deux décimètres de hauteur. C'est une de ces dalles arrondies par le haut qu'on plaçait de champ dans les cercueils. La nôtre est en brèche grise. Neuf personnages agenouillés sur deux lignes ont déposé des offrandes sur un autel, et présentent leurs prières aux dieux en faveur de parents décédés; ceux-
rvent à lui vivant la puissance sur les vivants. » L'inscription verticale est trop fruste pour être lue.
Cette cippe royale, de forme rectangulaire, est assez bien conservée. U n'est peut-être pas inutile de remarquer ici nue cette pierre est le seul monument de notre musée où les hiéroc'lypbes soient en relief, tous les autres étant ou peints, ou taillés dans le creux. — Je passe vite, du reste, sur cette stèle qui n'oSre pas, sous le rapport historique, d'intérêt réel. Les monuments provenant d'Évergète II sont, en effet, assez répandus, et la cippe du musée de Boulogne ne peut rien ajouter à Thistoire du règne de ce prince ou à nos connaissances archéologiques.
Je passe plus vite encore sur les deux scarabées qui n'ont absolument rien de remarquable. Comme tous les scarabées de ce genre, ils ont servi de cachet à des membres de la caste militaire.
Les diverses figurines de dieux sont de celles qu'on trouve partout. Elles proviennent de tombeaux où la piété des parents les avait placées à côté d'un mort regretté. Les inscriptions qui les décorent sont, ou tout simplement le nom du dieu, comme dans celles d'Osiris, ou une courte prière en faveur du mort, comme dans la plupart des autres. Quelques-unes sont dépourvues d'inscriptions. Une de cellesci, haute tout au plus de deux centimètres, est parfaite d'exécution; les jambes et le torse sont d\m fini qu'on ren^ contre bien rarement dans les produits de l'art égyptien. Elle est en bronze et représente le dieu Phré (Hélios le Soleil) à tête d'épervier surmontée d'un grand disque avec Tureeus.
D'autres figurines comprises sous le môme numéro sont aussi des images de dieux, mais elles se distinguent des
sans lesquelles les études historiques marchent au hasard sur un chemin non tracé. Les travaux des modernes sont nent Ar.^ ^i ^"^lum
certaines parties, mais ne suffisent pas pournieuir .^ '^ science et de ses progrès. ""'^^''^ ^^ ^^^^^«^ ^^ ^^
cèdre. On en rcUouveficqueminont Timagc sur les pieds des sarcophages de la grande momie, tantôt couchée en forme d'entre-colonnement, tantôt accroupie et arm^'^edu fouet, emblème de la justice divine. Cette représentation en bois de cèdre d'un des dieux du pays est encore une pai-tie du mobilier funéraire des anciens Égyptiens.
Les vases qu'on uppeWe canopes accompagnaient toujours la momie dans son cercueil. Ils étaient au nombre de quatre et renfermaient le cerveau, le cœur et le foie du défunt dans des linges. Ils étaient tous de forme semblable et ne se distinguaient que par les quatre couvercles surmontés euxmêmes de têtes différentes, savoir : d'homme, de chacal, d'épervier et de cynocéphale, représentation symbolique des quatre génies de TAmenthi, Amset, Hnpi, Sonmaoutf et Kebhsniv. Celui que nous possédons est en albâtre calcaire; le couvercle est à tête d'épervier. L'inscription hiéroglyphique tracée sur la panse est illisible.
Les momies d'enfants sont très rares. La nôtre est encore entière, et les traits qu'on croit apercevoir à travers la double glace qui les recouvre ne sont pas ceux de la. momie, mais de simples linéaments tracés sur un masque en toile. Quelquefois ce masque était d'or ; on comprend de suite que la cupidité fut bien souvent mise en jeu par cet appât et qu'il est peu de tombeaux qui n'aient été violés. Notre momie d'enfant ne paraît pas avoir eu à souffrir cette profanation, et le corps, ainsi que la tête, est encore intact dans les linges dont on lavait habillée.
L'ouverture de cette momie pourrait peut-être servir notre collection d'antiquités, car souvent les parents enfermaient entre les jambes et sous les bras mêmes du mort quelques fragmens du Rituel funéraire, sorte de livre de prières divisé en plusieurs parties réunies sous le titre général de Livre de Manifestations à la lumière. Ce livre était rarement déposé tout entier dans les tombeaux, et les immenses rouleaux de 40 pieds qu'on possède n'en sont que des extraits.
plaçaient ce monument au temps de Rhampsès (1511 ans avant Jésus-Christ^), car les cercueils de l'époque graecoégyptienne étaient beaucoup moins vastes et leurs peintures n'étaient plus que la parodie burlesque de récriture de ces temps plus reculés et plus graves, où Ton donnait aux rites rimportance la plus étendue.
» Les momies que nous voyons de temps à autre dans les cabinets publics et particuliers, sont celles des scribes (classe si nombreuse) ; ces monuments sont si mal peints qu'ils sont |! inutiles aux savants et d'un intérêt trop faible pour les
,: curieux. Ensuite viennent les cercueils monochromes,
',; presque tous à fonds noirs, le plus souvent uniques, c'està-
(;! dire à un seul coffre contenant un lingot de bitume où Ton
!•! ne retrouve que les contours extérieurs du corps.
le! » Enfin, aucune momie du Louvre, dit Champoll ion, n'est
\- aussi volumineuse, ni plus ornée. »
j Cette notice laisse peu de choses à dire quant à l'histoire
[ et à l'ensemble de la momie. Il n'en est pas de môme quant
i' aux détails du monument, aux peintures et aux inscriptions
j. dont il est littéralement couvert.
j La momie du musée est un monument religieux, et rien
1 que religieux; toutes les peintures, toutes les inscriptions y
ont rapport à la religion. L'histoire n'a rien à y apprendre*.
1. Trois Rhamsès régnèrent vers cette époque sur TÉgypte, Rhanisès fils d'Horus, Rhamsès fils de Mênephta I'', et Rhamsès le Grand. Je ne sais auquel de ces trois Rhamsès l'auteur de la notice fait allusion. — Sans assigner de date précise à la momie de notre musée, on peut dire, d'après les don nées fournies par la paléographie^ qu'elle fut contemporaine des rois de la XVIir dynastie, laquelle commença à régner 1822 ans avant Jésus-Christ.
2. C'est dans cette môme vallée de Biban-el-Molouk qu'on a découvert un grand nombre d'hypogées renfermant des tombes royales, entre autres celles de Binothris, de Rhamsès-Méïamoun, de Mênephta I" et de beaucoup de rois de la XVI IP dynastie. Les légendes inscrites dans ces longues salles funéraires et les innombrables tableaux qui en couvrent les murs ont fourni beaucoup de renseignements pour l'histoire de ces princes et celle de l'Egypte à ces époques reculées (18 siècles avant J.C.).
âO QUELQUES MOTS SUR LA GALERIE ÉGYPTIENNE
Le couvercle du petit cercueil est la représentation exagérée, quant aux dimensions, de la momie elle-même dans sa gaine. La tête, dont la figure est dorée, est ornée de la coiffure ordinaire égyptienne; un appendice au menton indique que le personnage dont ce couvercle enfermait les dépouilles mortelles était du sexe masculin. Les yeux sont grands, bien ouverts, à la hauteur des oreilles; le visage a cette expression naturelle qui est le cachet de Tart égyptien dans les productions de ce genre. Sur la poitrine, entre deux invocations à Har-hat, seigneur du monde, s'élève un globe aux ailes brillantes, décoré de cornes et d'urseus; c'est l'image de Thoth trismégiste, Hermès le trois fois grand. Le reste du corps est couvert de peintures soignées, d'ornemens, d'inscriptions, de scènes funèbres; le défunt y est représenté encore couché sur son lit mortuaire ; l'ange de la mort veille auprès de lui, et au dernier souffle du mourant, s'envole dans les régions supérieures sous la forme d'un oiseau à tête humaine, tenant dans ses pattes le symbole de l'éternité. Le ministre d'Osiris, Anubis à tête de chacal, prend possession du nouvel habitant de l'Amen thi; au-dessous du thalamus sont les quatre canopes prêts à recevoir le cerveau, le foie et le cœur du défunt. Les témoins de cette scène sont le dieu Sévek à tète de crocodile, la grande déesse Pascht léontocéphale, la déesse Nephthys et la déesse Isis, portant sur leur tête leur nom symbolisé, l'un par un trône, l'autre par une corbeille et une maison.
Dans le registre supérieur de ce couvercle, Nohnmonth est représenté arrivant dans les régions de TAmenthi. Son corps est peint en rouge et revêtu d'une courte tunique; sa tète est rasée ; il lève les mains en signe d'adoration. Osiris,
des noms de dieu comme celui de la momie de Boulogne, des noms en rapport avec la religion du pays, comme Aménothph (le voué à Ammon), nom du grand-père de notre momie, des noms d'animaux, comme Pouhor, le Chien, ou de simples qualiûcatifs, comme Sonnofré> le Bon Frère, etc.
Les deux scènes qu'on vient de décrire sont accompagnées d'une prière qui contient de nouveau le nom du mort, Nohnmonth, — le nom de son père, — porteur {dejlabellum, flabellifère?) Omonthôn, de son grand-père Aménothph, et de samèreTéhor, fille d'un scribe à Thèbes. Nohnmonth luimême était prêtre d'Osiris* dans un des temples de la ville d'Ammon, Thèbes, la Diospolis des Grecs.
Sur les pieds du petit couvercle, le scribe a peint de nouveau le disque rouge aux ailes brillantes, Thoth trismégiste, planant au-dessus d'Horus sous forme d'épervier et debout sur un trône, de Neith sous forme de vautour tenant une palme dans ses serres, de Souk (Succhus, Cronos, Saturne) à tète de crocodile, et d'Hathor à tête de vache.
Le grand couvercle est, pour la forme, une représentation exacte du petit qu'il était chargé de recouvrir tout entier. Sur la poitrine brille Chnouphis-Nilus, scarabée à tête de bélier ornée du disque; deux agathodémons s'entrelacent autour de ses cornes auxquelles deux croix ansées sont suspendues. Au-dessous de ce scarabée, commence une triple ligne d'hiéroglyphes qui descend jusqu'aux pieds du sarcophage; ce sont des prières en faveur du mort. De droite et de gauche sont disposées de nouvelles scènes funèbres; Tàme y est encore en présence de ses juges et implore leur miséricorde pour ses fautes. Ces juges sont Osiris et Isis, la déesse Nephthys ptérophore, Chnouphis à tête de serpent, Thmou forme de Phré, Horus coiffé du pschent orné du lituus, la déesse Selk la tête surmontée d'un scorpion, et Thoth trismégiste, le seigneur des huit régions. Sur les
rHermè8-Tri8Enégîste,<iont l'existence s*enfonce si loin dans les tdnèbies du temps qu'elle échappera toujours aux regards des hommes.
1. Cela résulte de l'inscription intérieure du grand coffre, laquelle donne positivement ce litre à Nohnmonth. Sur le môme coffre, mais à l'extérieur, Nohnmonth est représenté faisant ses offrandes aux 42 juges, et vêtu de la peau de panthère, signe caractéristique des prêtres de cet ordre.
sur Vautre côté du coffre, et à ceux-ci comme à ceux-là, Tâme en costumo du prêtre d'Osiris adresse ses plus humbles supplications'. Puis la course de la barque divine continue dans le fleuve lamineux". Les zones célestes qu'elle traverse sont autant de tableaux distingués par des battants de porte. Près de Vun de ceux-ci se tient Horus-Arsiési chargé d'introduire Vàme dans le palais du soleil. Le dieu est représenté en pied et assis sur un trône. Il a le sceptre à la main et les attributs ordinaires sur la tête. Devant son trône sont alignées les douze heures du jour, la tête surmontée d'une étoile et la face tournée vers lui, et les douze heures de la nuit la tête aussi surmontée d'une étoile et marchant en
soin digne de remarque, sont représentés avec tous leurs attributs et ornéa de toutes les couleurs qui leur sont propres; car la couleur môme des nus n'est pas indifférente en matière de divinités égyptiennes. Les autres dieux plus nombreux encore, peints de l'autre côté du coffre, sont aussi remarquables.
1. La grande figure peinte dans l'intérieur du grand coffre est l'image de Phtha-Sokari avec la mitre du pschent. ornée de deux appendices rayés. Le nom du dieu se ht en grosses lettres à côté de la représentation. Les deux bandes hiéroglyphiques qui recouvrent chaque côté intérieur du coffre sont une prière deux fois répétée, dont voici la traduction • « Que Har-hat, seigneur du cie . donne une grande demeure, beaucoup de pain8, des canards, des bœufs, de la cire du dim u ^^ n tons les autres bienfaite au prêtre d'Osiria. Nohnmonth le vé d *
Une seconde d'examen suffit pour faire diatiniriiAi. «„-> m a^ 'i»^"^' * entre les deux inscriptions dont il s'agit. îl «t t Jiflérenoe
j t.- • A- j ^^ "^re « prêtre d Oairî*» »
parait manquer dans 1 inscription de gauche oiN îi i ^'^^^ '*
lettres que je ne connais pas. Quant à Tépithèfl ^\'^!^?^^^^ P*^ deux vérité » jointe au nom propre, elle est, d'après « '' ^^^''^'^"^» ^^«^«t la maire de Champollion, le déterminatif ordinaire'* P*^^*8® ^^ ^^ g^amindividus morts. Cette qualification est un effet ^^^ ^^^^ ^^^ °°°^* ^^^ mais plus encore aux âmes des morts qui étaient ^°^^°^ ^^^ vivans, de leurs actions devant le tribunal d'Osiris e ^°®^®^ rendre compte Thméï, la Vérité ou la Justice, VAlethé et la 'l.P^^^"^ ^^ la déesse tiens. ^'^^ ^ies mythes égyp-
r 2. Voir la bande jaune circulaire. Les flgurea
trait, «5 s y sont tracées au simple
cette vénérable antiquité, qu'on s'incline au moins devant le génie sublime du peuple qui sut si bien deviner, avant tons les autres, ce dogme consolateur de l'immortalité de l'Ame, qui place l'espérance, la joie môme dans la douleur, et qui seul, pour l'homme réfléchi, suffirait, sans la conscience, à prouver Dieu...
Au moment de terminer cet article, je trouve un nouvel objet à ajouter au catalogue de nos antiquités égyptiennes. Il m'a été communiqué par le gardien éclairé du musée, M. Duburquoy, à l'obligeance duquel je dois tant'. C'est une très courte inscription hiéroglyphique affectant la forme d'un cachet, et dont trois empreintes successives tiennent sur la carte de visite du voyageur qui Ta rapportée d'Egypte.
Cette inscription contient un nom propre de roi, et à ce titre seul elle mériterait Tattention, si le cartouche royal n'était par lui-même de ceux auxquels les archéologues attachent le plus grand prix. C'est en effet le nom d'un vieux Pharaon, et je regarde l'inscription où il est mentionné comme le plus ancien monument du musée.
Ce nom est enfermé dans un cartouche surmonté, non pas des titres ordinaires, fils du Soleil, etc., mais d'un disque flanqué de deux grandes plumes d'autruche. Notre savant compatriote, Nestor Lhôte, en a rapporté une copie incomplète qu'il a prise à Deyr-abou-fàm (les deux derniers caractères sont en effet les seuls que contienne le dessin inséré dans sa lettre du 3 janvier 1839). — Le cartouche déposé au musée est, au contraire, complet et d'une conservation extraordinaire. Comme celui de Nestor Lhôte il est suivi du iiivQ Prophète ou Grand-Prêtre.
1. Il appartenait à M. Duburquoy qui vient de l'offrir au musée U provient dun voyageur anglais qui. après avoir ^^i^ ,.„ empreintes dont il est ici question, s'est empressé, assure -t il l • a e de faire détruire le scarabée original qu'il ne Pouvait emnopt^rî Anglais «e sont fait, en ce genre, une fort triste célébrité an'iu 1 *^ instifier
28 QUELQUES MOTS SUR LA GALERIE ÉCyVF*'^ \^^
égyptienne n'est pas dépourvue de tout intérêt. Si elle est un peu privée de monuraens historiques, les ^^lilsgui^ aujourd'hui, méritent quelque attention et pui^^ent exercer la science des archéologues, elle est riche en sujets religieux de toutes sortes.
Peut-être le public auquel on s'adresse ici a-t-il trouvé la description de ces sujets fort au-dessus des simples renseignemens qu'on avait promis en commençant. C'est le propre des mots techniques de paraître savans. Mais je dois avertir que rien dans ce qui précède ne dépasse les limites que tout le monde peut atteindre, en peu de temps, avec un traité ordinaire d'archéologie et les œuvres de Champollion continuées par ses élèves, — au milieu desquels je n'ai pas l'ambition de me compter. Je répète donc ici que cette courte notice ne s'adresse qu'au public et n'a pour but que d'attirer l'attention sur une partie négligée de notre magnifique muséum. J'ai accompli cette tâche le mieux que j'ai pu, et je me suis efforcé de rester dans les termes d'un simple catalogue, raisonné, il est vrai, mais fort élémentaire.
Boalogne, 16 mars 1847.
considérer ma dissertation, non pas comme une solution complète et définitive des questions annoncées dans le titre, mais comme une ébauche de ces questions. Je n'ose pas mieux qualifier ce qui suit, après les immortels travaux de Banville, d'Adrien de Valois, de Ducange sur le même sujet.
Botdognc, lo /" ociohrr 1847,
Monsieur,
L'histoire de Boulogne est encore à faire. Les savantes et profondes recherches de Lequien' n'ont pas même complètement résolu la question, et son ouvrage, monument de
1. Il ne faut pas entendre ceci de Y Abrège de l'Histoire de la rM^ de Boulogne et de ses comtes, imprimée au tome II du Grand Coutumicr de Picardie (n' 34200 de la Bibliothèque historique de l^ France), mais de V Histoire complète de Boulogne, qui n'a jamais été imprimée, et dont la bibliothèque de Boulogne croit posséder une copî« faite sur une autre copie delà main du P. Luto. — Cette histoire complète, qui ne porte pas de nom d'auteur, est évidemment du P. Lequien; c'est celle à laide de laquelle Lato a rédigé la sienne, inscrite dans la Bibl. histor,, sous le n' 34201. M. A. Gérard, bibliothécaire de notre ville, l'a prouvé sans réplique dau3 son savant catalogue des manuscrits de la bibliothèque publique de Boulogne (p. 166 et suiv.).
LAbrcgè du P. Lequien a paru en 1726. Le savant dominicain s'occupait alors déjà d'une histoire complète. Ce fait est rendu certain par une lettre qu'il adressa, au mois de décembre de l'année môme delà publication de son Abrège, à Téditeur du Journal des Saranis- Dans cette lettre, le P. Lequien parle de ÏAbrèr/è du Grand Coutumier comme d'un ouvrage destiné « à donner une idée générale de l'antiquité de Boulogne, sans entrer dans le détail des choses qu'il y avance (J. des Savants, ann. 172d, p. 738) ». Plus loin, il ajoute : « On verra dans mon Histoire. . . j'e'^n^re démontrer dans mon Histoire. . , » et autres
Je me hâte de dire pourtant que le mal n'est pas sans remède. On connaît à Tours, à Amiens, à Lille, à Arras, dans quelques bibliothèques publiques et privées, d'assez nombreux documents bibliographiques et diplomatiques qui concernent notre ville; \e British Muséum, à Londres, est riche de pièces curieuses, de plans, de registres dont la publication serait très intéressante pour le pays'. Ajoutez à ces matériaux ceux que nous possédons déjà, et qui, oubliés dans un coin de notre hôtel de ville, ont pu passer à travers la Révolution pour arriver à nous, et vous verrez qu'après tout, une forte volonté aidant, la reconstruction de notre histoire est encore possible.
Je ne sais qui aura cette volonté; je ne sais quel est celui dont la patience ne se lassera pas à réunir ces matériaux, à les choisir, à les copier, à en former un corps de documents réguliers et authentiques. Par le temps qui court, et au milieu du mouvement imprimé aux études historiques et archéologiques par le gouvernement^ il me semble qu'il serait d'une bonne politique que l'administration municipale de Boulogne se mêlât à ce mouvement et s'honorât en facilitant la formation de ce corps de documents, qui importe tant à l'histoire du pays.
Quoi qu'il en soit, l'histoire de Boulogne est encore à faire. C'est assez vous dire qu'il règne de grands doutes sur plusieurs points importants de notre passé, et que les erreurs souvent les plus étranges, commises par des Dictionnaires
1. Notre excellent bibliothécaire, M. A. Gérard, s'occupe, avec une persévérance au-dessus de tout éloge, de réunir des notes relatives aux chartes, diplômes, titres, registres, actes divers concernant Thistoire du Boulonnais. C'est ainsi que nous avons déjà connaissance de divers plans et documents bibliographiques qui existent dans la bibliothèque Coitonienney à Londres, paruil les manuscrits harlèiens et la collection Hargraee. M. F. Morand, archiviste de la ville, et correspondant du Ministère de l'instruction publique, s'occupe également d'assembler des matériaux pour servir à, l'histoire du pays.
« Boulogne, dites-vous, était Gesoriacum che^ les anciens, et BoLONiA, BoNONiA chez les modernes, »
De ces trois noms, Bolonia seul n'est pas ancien. On ne le trouve pour la première fois que dans la Vie de saint Eustase, écrite sous Clotaire II, de 614 à 628. Addon écrit pourtant Bononia; mais les Annales d'Eginhard et tous les écrits postérieurs nous montrent ce nom orthographié selon la méthode qui a prévalu : Bolonia Gallica.
Gesoriacum et Bononia^ sont^ au contraire, deux noms parfaitement anae/is. Le premier se trouve dans Pomponius •Mêla {de Situ orbis, 1. ill, c. 2), dans Pline (1. IV, c. 26), dans Ptolémée (1. II), dans Tltinéraire d'Antonin, dans
1. Bon, celtique, embouchure, et on, rivière, auraient, selon Bullet (Dict. cclt.y 111, p. 55), donné naissance au nom Bononia. Le même auteur attribue une autre étymologie à ce nom, qu'il fait venir de bononi, bonon, le dernier endroit, rextrémité. Or les anciens croyaient en effet que les Morins étaient placés à Textrémité de la terre. Virgile dit: Extrenii hominuni Morini (^Eneid., 1. VIII), Ammien Marcellin: Orbis extremi (1. XXVII). La Grande-Bretagne était regardée comme un autre monde. C'est ce qui fait dire à Josëphe(de Bell. Gall., 1. II, c. 16): Ultra oceanunx orbcm cl usque ad Briiannias inacce&sas prius arma et cxcrcituni iranstidcrunt . Florus cite les Bretons comme loto orbe dicisos (l. IIL c. 10). — - Il serait possible que les Morins aient partagé ces idées, et que, regardant leur pays comme la un de la terre, ils aient donné ce nom même, tiré de leur propre langue, à la ville la plus éloignée de leur pays. Les mots français Finistère et anglais England {end, fin, et iand, terre) n'ont pas d'autre signification. — • Danville (Mémoire sur les villes de Taarunum et Singidunum, l** partie) donne aussi au mot Bononia une origine celtique.
Pour tout dire, il faut ajouter Tétymologie bien plus probable de Malbrancq, selon lequel Bononia aurait reçu son nom de son fondateur Pédius, lieutenant de César, natif de Bologne (Italie).
36 DissER-r ^^ ':r ,ON h.stor,«ue ht archéologiq^^ nereur Augus t-^ = ^ononiam et Gesoriacum n . -m.
Un coup àr<x^ ■- » sur la topographie locale rnnr assertion: ""^'^ ^^^^fi'-mera cet<e
Lorsque C&ss^ »- *^''"^''' dans la Morinie Poe • pait déjà un eanir^ placement situé au pied o.f"'''^^»^ occumontagne non» «-^;6e aujourd'hui Je A/o«r/?V^'^^ *'*"te une petite U« -c^t> longue, dont un côté «'7.7 '• ^'^*«'t direcUondu/^^-^^««*GaWc«;„^^j, «^^«ava^^^^ dans la
courants les «««- <!« I^Ê./„« (j^, Liane^:,"^''^^^'' ^" ^«"^ sont d'accord ^^^ T pv"' *»"' «^i^tait encorp '" *''^<î'«on
Bononia, 4' .^« »" fe côté, était située sur 1. . de cette haufc« ^««"^«gne' dont le pied co, ni^ ''^ "'^"^e formait l'Ile Gesoriacum. Elle fut fondée IT ^f ^^ ^'«"e. Pédius, lieuton»"* e parent de César ^nl? ^'^ ""«' Par (Malbrancq. 1- X, o. 9). Selon lesautres pL- ^''*°* ^-C. tourer de miars «» Pierres le vaste camn^nio .""^ «* ^u'ense former pour |3»sser en Angleterre ^ ^^^^'^ *^'a''t dû
C'étaient dono l:>»eo la deux villes distin/.». . d'origine celtiQta^^, 1 autre d'origine romain?' o?"'^"'' ''""« ses habitants, sr^x^ .^o™; et jusqu-^ son norTr '^'''""^ ^^'«it soriacum était 1 « ï»* f eme de la Liane «.^" , P^'* ^« ««aujourd'hui eneox-e, faisait déborder en r. ,.'"®''' ««mme eaux. Le port d^ Bononia. au contraire 'v'^f ''"^«o* de ses
droit dans une c-^^^PU'-e de terrain ménaff/.? f ^*'* ^ ^^gle de la Liane, cora tournait les fortificaS ^" V' "'^ ^^«^^e s'arrêtait qu'ap»-^^ "" ^^^^^ ^'«-à-vîs ,"' ''"/^ ^^"« «*■ ne Calais'. '" P^*-^ ««tuelle <Je
Il ne faudrait P^* '""'"^^'^^nt, d'après !'«..,„. .
„ , . ,,.^orai occasion, à „ *^''' ' ^-^^-««n des Iooa>
pâle chronique. J -^ "' « propos a^ vr
ïar cette question - ^..„ . ^ "** ^^'-^^^d». de revenir
l.Cestlàun f^î^'^'ÏÏ,?."' ««démontre n, »
cartes du pays et do»» * '» ^"'^•"on a conBervé^/;' '""^ ^^ «"««enr
38 I>^»^ »-' K=«l.TATfON i„
d,„t parle :^ -^«tone (c^, ''^' Aftc»,
sur les hovcJL ^ .cJ <3 la Tan,,-^^ ^« Pièces ; ^'«•^^ius v accourt po x^ x- venger ,3 ^^- f'o Ca J« ies Bre^o' r'^"* s^
faits race™ t^^ I-^r Eu^J*/ «'t, p,,>«Pe «00?^' ^arau,;^ effet tantr. t, 1 -^0.,,, ol^'^^^Zy^^^^Z^^^
lisons:
qu'après Lirx Técart dans ^acum'■pasî=^^ maisons si-i ^^
40 DISSERTATION HISTORIQUE ET ARCHI^'^^' ^Qc/^
logne rhonneur d'être mise au rang des vi"^^ ^^^^^ aurait illustrées de sa présence (voir la note ^ fp gjj ^ j^ fin du volume); ce serait faire injure aux BUf^^^^ que je viens de citer, en môme temps que méconnaître /^ portée de certains documents historiques devant ysittestation desquels il n'est pas permis de fermer les yeux.
C'est ce que la suite prouvera.
Posons d'abord la question .
Il s'agit, vous le savez, d'un port considérable de la Morinie que César et Strabon nomment tous deux portas Icius.
I. Selon les Commentaires (1. IV et V), le port Icius fut le rendez-vous général de la flotte romaine qui porta en Angleterre la deuxième expédition de César, et très probablement la première.
Cette deuxième expédition était des plus formidables; 800 voiles au moins se trouvaient sous les ordres de César: Sed ut postea Cœsar^ ex captwis comperit, quum magnœ manus eô convenissent, multitudine navium perterrttœ, quœ cum annotinis privatisque quas sui quisque commuai causa fecerat, amplius DCCC uno erant visœ tempore.., {Comm., Yv, C.8).
Si l'on veut bien maintenant se rappeler les habitudes constantes des Romains en temps de guerre, les camps où ils enfermaient leurs armées même pour une nuit {Sali., Jug., XLV, Tit.'Liv., 1. XLIV, c. 39), les enceintes fortifiées dont ils entouraient leurs vaisseaux tirés à sec sur la plage {Tit.-Lio., l. XX, c. 9), on concevra que le port Icius devait présenter non seulement un développement d'eau considérable, mais encore des abords étendus, faciles
42 DISSERTATION HISTORIQUE ET ARCH^^^Viç ^
pendant lesquels ce vent Corus retarda sa ^^^O/jde expédition (1. V, c. 7 et 8).
C'est cette seconde expédition qui fut tran^p^^^^^ ^^ ^^ gleterre par les 800 voiles que nous avons citées, Cniq légions et deux mille cavaliers gaulois en faisaient partie; trois légions et deux mille autres cavaliers gaulois furent laissés à terre pour garder le port, ut portas tueretur (1. V, c. 8). La première expédition n'était pas si nombreuse : elle ne comportait que deux légions, plus un certain nombre de cavaliers embarqués dans dix-huit vaisseaux de charge. Or, en fixant à 5,200 hommes d'infanterie le complet d'une légion au temps de César \ on obtient :
Pour la première expédition, 10,400 hommes;
Pour la seconde, un total de 41,600 hommes, et 45,600 hommes avec les 4,000 Gaulois.
Sur ce nombre, 28,000 hommes suivirent César en Angleterre, et 17,600 restèrent pour garder le port.
On voit, par ce seul fait, de quelle importance était le port Icius, de quel immense camp César a dû le protéger, et quelle étendue il devait offrir pour que le général romain ait pu le trouver très commode, commodissimus (1. V, c.2).
Reste à établir la distance du port Icius à la côte anglaise. Cette distance était, selon César, de 30,000 pas, ou, en donnant au pas 1"™4725, selon M. Saigey, de 44,175 mètres. Quo ex porta, dit le texte, commodissimum in Britanniam tra-
1. Il serait trop long de discuter ces chiffres à fond; je les crois aussi près de la vérité que possible (voy. dans les Mémoires de l'Ac. des Jnscr. les dissertations de M. Le Beau sur la légion romaine). Quand César revint de sa première expédition en Bretagne, deux de ses vaisseaux, sur les soixante-dix quHl ramenait, furent jetés à la côte et débarquèrent chacun 150 hommes. Cent cinquante hommes par bâtiment donnent 10,500 hommes pour soixante-dix navires, et 10,700 en y ajoutant le nombre probable de soldats tués dans la campagne. Ce chiffre divisé par deux donne à son tour 5,350 hommes pour chacune des légions qui partirent avec César pour la première expédition de la Bretagne.
44 DISSERTATION HISTORIQUE ET AHCHÉ^^ ^Q/qc/B
en s'efforçant de concilier les distances avo^ htàrôt et /a sûreté de ses vaisseaux et de son arraco.
Telles sont les données fournies par César.
II. Selon Strabon, — « il y a quatre endroits où J'on s'embarque ordinairement pour passer du contment à l'ile de Bretagne; ce sont les embouchures du Rliin, de Ja Seine, de la Loire et de la Garonne. Cependant, ceux qui partent du premier de ces endroits s'embarquent non pas précisément aux embouchures du Rhin, niais dans le pays des Morins qui confinent aux Ménapiens, et chez lesquels on trouve le port Icius, où César rassembla sa flotte pour passer dans Tile de Bretagne. Il en partit de nuit, et y aborda le lendemain à la quatrième heure après le lever du soleil, faisant pendant cet espace de temps la traversée de 320 stades qui séparent la Gaule de Tile de Bretagne » {Géogr., 1. IV, c. 5). Or le stade vaut, selon M. Saigey, 180 de nos mètres; la distance à parcourir était donc de 57,600 mètres, ou 39,179 pas de César.
III. Après César et Strabon, aucun auteur ne nomme Itius. Ce port semble détruit, anéanti, et on le trouve, du temps de Strabon^ remplacé subitement par le Gesoriacum porlus, d'où l'on passe du continent à rUe de Bretagne, et qui est le plus célèbre port de toutes les cotes occidentales et septentiionales de la Gaule : Nec porta, ajoute Pomp. Mêla (1. III, c. 2), quem Gesoriacum voca/it, quicquam habent notius. D'Itius, il n'en est pas plus question que si ce port n'avait pas été le quartier général d'un armement célèbre et formidable. Bien plus, vingt-cinq ans seulement après César, Agrippa fait construire une voie qui doit relier Tltalie à la Bretagne, et loin de la faire aboutir à ce port Icius, si commode, si vaste, si célèbre, c'est Gesoriacum qu'il choisit, donnant ainsi le démenti le plus positif et le plus inexplicable à l'assertion de Strabon, ainsi qu'aux éloges et aux recommandations du conquérant des Gaules. Viennent ensuite
^^ • 55 â G-anà (Martin Bécan, dans ses Andq. Jlam.),
pVacè^^^^*^^^^ soit distant de Douvres de 165 mille mètres ; quoVcv^^^ ^^^ç^l^ert Gaguin, cité dans les Annales de Calais î^BfVxg^^ ^^^ distant de Douvres de 127 mille mètres; à àe ^^^^^*^/^\b. Krantz, cité dans les annales de Calais), VÉcVuse ^^ ^^' Bretagne de 132 mille mètres; à St-Omer è\o\gu6 ^ ^^^^ ^^ ^^^^^ j^^ Belgium); à Mardick (Chifflet), (^Orte 1^' » ^^^ q^^ ^.^^j.^jçj^ peut venir de Mardiccius, bien sous py ^ ;5,^ardick, séparé du cap Cantium par une distance ^^^r3 kilomètres» ni à l'Écluse, ni à Bruges, ni à Gand, ni •eu Orner los circonstances locales ne s'accordent avec les ^ " «^ci'ens et les renseignements certains fournis par ^^^ textes. 11 i^'y ^ P^^ jusqu'à Dieppe dont Pont-Heuter Ta Uq des Belges) n'ait voulu faire Itius, parce que Geso- • cum est, selon lui, le port Icius, et qu'au lieu de Gesoria- ^^^^ -^ faut lire partout Essuariacum navale, correction f^rt simpl<5 et fort naïve, bien propre surtout à restituer à la ville de Dieppe tous ses droits à une célébrité que l'unanimité des écrivains lui refuse \
Quant aux prétentions de Calais, il fallait s'attendre à les voir se produire parmi les premières. Calais a joui pendant trop longtemps du passage presque exclusif du détroit; Calais est trop près de Douvres pour qu'on n'ait pas cherché à diverses reprises à en faire le port de César. Rien en effet ne semble plus facile à déterminer: Calais pourrait venir de Calicius (Marlianus, cité par Ducangc, Fulv. Ursinus, cité par Henry), et en arrangeant cette preuve avec quelques autres petites preuve^ locales communes à Calais, à Wissant et à Boulogne, on ar^"*^'® ^ ^^^ démonstration suffisamment établie. Lefebvre {ITr.*^f'Oire de Calais), Bernard {Annales de Calais), Georges L'^Vp^^tre et autres n'ont pas autrement raisonné. Malheureui^^^^^^*' Calicius n'est qu'un barbarisme
1. Nous n'avons pas ici 1^^ œuvres du Pont-Heuter. Aussi je laisse ^* re^P^^^^^iiité de cett^ correction à Dom du Crocq {Recherches, p. j.(JJ)'
48 DlSSEFtl'^^tlON HJSTOHIQUK KT ARCUKOLOGIQÙE
Wissant, se»Ton Ducange (p gg ^^ j., dissertalion manuscritede la Bit»! . publ. de Boul.), aurait pu avoir pour nom gaulois WTrY», XVic ou W^rjJs. Dans l'impossibilité où était César d'écrire et de prononcer le W. il l'a supprimé, et écrit Us, Te, J'ss, et avec la terminaison latine Ilius, Icius, Ictius. Wisss».«r:kt serait ensuite venu lui-même du Wits, Wîc ou Wiiss ancien, auquel les habitants du pays auraient ajouté la dêsir:»«nce an qui « est commune à beaucoup de "omsdeplaccis et de familles du Boulonnais » (p. 30). — Malheureuse rTn-ont Ducange ne croit pas lui-même h son otymologie, «3«.r il ajoute : « J'avoue qu'il est malaisé de roontrer quel <1 vie chose de certain dans ces étymologies; ^"ssi je ne ï>*'^*®"*^^ P*^ m'ar rester à celle que quelques-uns donnent à. l'Xtius portas, qu'ils dérivent a6 /fa«<^o, parce qu on s'y ero'fc>"'-q"«'tPour aller en Angleterre, etc. » (p. 29) >^" ne pou r-r^ i t pas être plus sincère, si Ducange eût ajouté ^"e 'e nom ^ t^pposê de M^its, Wic ou ^Viss n'est autorisé P'*'* aucun t.^3«c. te ancien ni moderne.
D^f "" au t «--^ ^'^*^' ^®^ partisans des' autres ports ne se sont
jr« «on pi ta ^ :tait faute de retrouver Icius, ChifHet dans Mar-
v/cu, >s<^ " ^^^^^ aesoriacunri, A. de Valois dans Quanta-
riCn:;,^*''**'^''"''^*'îf<^; ' .et Pont-Heuter dans Essua-
l^.T' ^'^ 1?^"* ^''^^^!; '*''^'' agréablement sur la rive
Dort^^''^ -^^ "^^^ ri vi^'«^ annonce même des prétentions à Tr» «nc-c^^« le nom de 1 Icnis de César; c'est Je village disques, ..^«m moderne qu, parait être un dérivé assfz ".^ "^el do-. substantif latin. Interrogez les habitants de ce
;^j»«8e. ^^ ils vous diront que /a tradition du pas.slge de
César est .^.zncore vivante parmi eux; que la m^r montrit autrefois ^ ^^scju'à Isques, comme elle y monterait encore maintenan -m:^ ^^"^ '®^ moul»"» » eau du Pont-de-Briques et
\6 Pont-des^ x':Écluse de Boulogne, et que le lit de la Liane
Vienp\us:B. ^^^^^5*P'"8 prof«"^<î»;«"Jourd'hui. formait un portd'un ^TL^o^dfaciie et d'^^^^'^^P^^^ ^^r qu'il était protégé
dont les noms accusent une origine saxonne, et par suite attestent l'éta."blissement de quelques familles de cette nation dans le pays où l'on trouve ces localités. La philologie nous ■ amène ainsi à la découverte d'un fait historique important. Le point de départ de ces établissements est donc bien fixé par l'époque même à laquelle l'étude des cVymologies commence àk les constater. C'est cette même étude qui nous conduira à \a découverte du temps auquel ils cessèrent. En efîet, à mesure que les chroniques se rapprochent de nous, ces noms se produisent de plus en plus fréqtte"'"^®^* ^^' qu'aux quatre ou cinq premières années du ix" siècle, époque à laquelle aucun nom nouveau ne se rencontra-
L'examen des chroniques nous fournit d^^^ ^®^ "^^ points extrêmes entre lesquels est comprise l» lou**^^°^ *^ villages innombrables en ghen, en oce, en o^^» ®^ l' „ la Flandre et surtout du Boulonnais \' Le pT®°^^®'^
1. Le Boulonnais en est en eflet couvert ; ce n'est V^ *'*^ f^^lZ-
^zz^^ ^bSU :-.-r^ isig^
Tels sont "'""*' °°° P»s ceUiques, comme 1'»'* / ,vh r5fl«rf- Angleterre (W,;./''^"'^,^*^»*. .'?«'f ^'^^^^ ideoti^"l*,„ „.c^; pu»
autr^'^in.f l"r^^"'' (t/VaA-«ec^-, ci^Tu! lie» dangereux), et forme. avrirh^o'lT: ï""'"' ^"^"^^ '""^ *utr2, de l'^-f ;»""' '" lequel est lui mé«e ^n'^'ï'' ^»« ^'' '^"-iOcatiins du plat allemand reconnue du sanskrit '''*"«he de cette vieiiu langue teutonique, fille Voyez d'ail leurq o. . »
deGodefroy conserva'' ^'««-tbograP^e ancienne de ces mots le manuscrit c/.ar<^« des comtes d'A !* Préfecture d'Arras {fntentaire <^''';^''°J-^^' (Mémorial hist. et r, 'l^""'^ ^e îi02 à l:^S7), Malbranck etHarbaviUe ^"'^f'éol. duPosdc-Calais),
I blancheur éclatante. Quand la philologie ne constaterait pas
} ce fait, nous le trouverions prouvé par le témoignage d'un
auteur du moyen âge; c'est Lambert d'Ardres qui dit, à la j page 3 de son JFïist. des Comtes de Guines: Britannicum
I secusportum^ dit-il, qui ab albedine arenœ vulgari nomine
! oppellatur V^issand .
II est donc bien constant, par Tétymologie seule de son nom, que ^Wissant n'a été fondé que longtemps après César, et tous les efforts tentés pour retrouver Icius dans Wissant sont et resteront superflus.
Le nom de ^Wissant, d'ailleurs, est absolument identique (sauf Tin version) à celui de Sandwich^ ville de la côte anglaise, laquelle n'est certainement pas Icius et n'a pas même la prétention d'en conserver le nom, quoique son nom modernOy oomme celui do Wissant, signifie dunes blanches. La preuve des étymologies n'est par conséquent qu'une preuve négative.
§ VI Des Distances
On peut en dire autant des distances.
Six auteurs anciens nous font connaître la longueur du trajet ordinaire de la Gaule à l'Ile de Bretagne.
Deux de ces auteurs nous donnent leur distance comme la moindre la rgeur du détroit. C'est d'abord Dion Cassius, qui fixe cetto distance à 56,000 pas (I. XXXIX) c'est-àdire, en comptant avec M. Saigey, 1«4725 pour un pas, à 82,4O0», puis Strabon, qui la fixe à 320 stades^ ou à 56,600»,
J. Jl ett failli un véritable miracle pour que StriLhon r««/v.«*^* juste, c.r cet dorivain avait le, p,„, «raS^es ?d^,^snî1e dTr^^t Ï^ nous occupe en C0 moment. ** aetroii qui
llBB agirait «n effet que « le trajet, depuis les fleuves de la Gaule
tA
ciSKRTATlON mSTOUlQLK KT ARCHÉOLOGIQUE
-as, t- XXVIII des Mém. de VA.c. deslnscr,,^. 401),
(lort ^^^ ' ^^jg en dehors de notre question.
\U s® ^^^^ eela il résulte donc que les données fournies,
^^ aux distances, par les textes anciens, sont assez
c^uativ.' ^our c[\xG nous ne puissions rien conclure avec cer-
^ague» I ^, Vun ou l'autre port.
lUude ^ j^jg^ il est bon de faire observer que c'est Boulogne • orod^® '® P'"^ ^^^ distances mentionnées par celui qui ^^^^^j.g latins qui a pu le mieux observer ces distances'.