DU VICOMTE EMMANUEL DE ROUGÉ CLIII
et de l 'âge saîte, et c'était chez eux qu'il puisait de préférence les preuves de ses traductions ou de ses lectures. Si la leçon n'était plus d'explication, mais bien de grammaire théorique ou d'histoire, il raccordait la démonstration au point juste où il l'avait interrompue à la séance précédente, et il la poursuivait avec une clarté rare à travers l'abondance de pièces à l'appui et de comparaisons dont il se plaisait à illustrer chaque détail de son sujet. La voix n'était pas forte et profonde comme celle de Mariette, mais elle était nette et elle sonnait bien ; la parole venait simple, aisée, précise, sans abus de termes techniques. Lorsque le fait ou l'idée lui paraissaient sortir de l'ordinaire, il les énonçait deux ou trois fois d'aflBlée sous des formes différentes, afin de les implanter profondément dans l'esprit de ses auditeurs, mais sans forcer l'expression et sans chercher le mot à effet. Bref, son langage était moins d'un professeur que d'un homme d'action, et l'on concevait aisément, à l'entendre, qu'il ne devait pas être moins bien écouté au Conseil d'État qu'il ne Tétait au Collège de France'.
L'œuvre écrite présente les mêmes qualités que l'œuvre parlée, ou plutôt, on sent à la lire que M. de Rougé écrivait comme il parlait, de premier jet et presque sans retouches. Les mêmes mots y sont répétés presque à chaque ligne, sans souci de la variété ni de la tenue littéraire, mais la phrase est ferme, exacte et elle dit bien ce qu'elle veut dire, sans ornements mais sans obscurités ; les textes à interpréter ou les faits à établir sortent d'elle interprétés et établis solidement. La lecture de tous les mémoires est facile, instructive, satisfaisante à l'esprit par les clartés qu'elle jette sur les sujets traités. Les contemporains n'adressèrent guère à Rougé qu'un reproche, celui de ne pas leur fournir assez souvent l'occasion de s'instruire à son école : il écrivait trop rare-
1- Maspero, La Chaire d'Égyptologie au Collège de France^ dans VAmuairc de 1905, p. 28-29.
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t. Voir l'écho de ces critiques dans Virey, Franrois-Joseph Chah p. xxxi-ixxu. ♦
2. C'est à propos du texte de la stèle de Pi&nkhi que Mariette m' • nongait ce jugement au mois d'août 1867. Je le notai en rentrant h^~ moi, et je le donne à peu près dans les termes qu'il, employa. °