‹ Œuvres diversesChapitre 105 sur 218 · PREMIER ARTICLE · texte numérisé non relu

PREMIER ARTICLE

Ëtat des études égyptiennes. — Leurs sources. — Analyse du Litre des Morts. — Monuments historiques. — Examen de la Table d'Abj/dos^ — de la Chambre des rois, — du Papyrus royal de Turin. — Traditions égyptiennes et grecques. — Manéthon, Hérodote, Aristote. — L^ Canon d*Ératosthëne pris pour base d'un nouveau système chronologique. — Comparaison de sa liste avec celles de Manéthon. — Ëtude particulière des questions qui se rattachent à la chronologie biblique.

En lisant un pareil titre, bien des personnes seront étonnées que Toij puisse présenter à l'examen de l'Europe un vaste ensemble de travail comprenant l'histoire de ce vieux peuple, ses mœurs d'il y a 5.000 ans, ses écritures, ses croyances et son langage, vieux débris de son berceau. Il y a 14 ans que ChampoUion expirait, frappé de deux coups également mortels, la maladie par laquelle il semble

1. Publié dans les Annales de Philosophie chrétienne , 1846-1847, t. XIII, XIV. Tirages à part in-8-, p. 1-74 et p. 1-85.

BiDL. éCYPT., T XXI. 1

^^ ^pte ait voulu venger ses secrets révélés, et les que 1 ^^^-^^^ génie dans une lutte incessante contre d'injustes angoisse j^^^j^ savant n'a dû trouver si amère la mort qui attaque^ -^.^ la gloire de composer un faisceau puissant avec lui ®^*^T^^x rameaux, cueillis au prix de tant de fatigues, ces préci ^^ ^^^.^ ismcé des jets de lumière dans toutes les Toutefois, Romaine égyptien. Les trois écritures étaient en parties ^^ ^^je déchiffrées, la grammaire était fixée, et le grande P ^^^ s'enrichissait chaque jour ; les dieux nommés et diction^ fournissaient des matériaux pour une étude plus disting^ ^^ la religion ; la comparaison des monuments profonde ^^^^jj^^j^^ commencée jusqu'à la XVIII* dynastie, était heU ^ venait combler une lacune, et la réalité histochaque 3^ ^^mps antérieurs était prouvée par l'existence de rique de^ ^^ appartenant aux premières périodes. monuDft^P^ ^eo^^^®» ^^ vérité, que tout se soit réuni pour re- Mais 1*^ toffibeau le ressuscité de Champollion. Le doute pousser ^ ^^ l'on doit à toute découverte s'était changé à

raisonné ^^^ attaques systématiques que sa mort même ne son égard ^^1^

put àés^'^ Yy\ede malheur, il fallut que Salvolini, abusant pour ^^^^^^xxce de son maître à sa dernière maladie, vînt

(Je la conli ^^^ travaux, et que le monde en fût privé

lui dérob^^^rt de l'élève infidèle.

jusqu'à 1* ^ pendant que certains savants en étaient encore Toutef^^ ^^ mérite de Champollion, d'autres hommes, au

à discut^^ juste, avaient estimé à sa valeur ce puissant

regard P^^ et en apprenaient le maniement si difficile

instrum^^ ivoU^i avait publié quelques travaux du maître;

encore. ^^ ^jg de Champollion, M. Lenormant et Rosellini

élèves e* ^^^^yec talent les notions déjà acquises à la science.

publiaiei^

grâce à M. de Saulcy d'avoir enfin fait bonne justice 1. Rena^^f i^jastes détracteurs de Champollion; voir la Reçue or-

l d'un des pl^'^vril 1^^'

chèologiqt^^*

Une de nos gloires nationales, M. Letronne, fondait sur

cette nouvelle méthode la base de son enseignement si

solide, en même temps que Tétude approfondie des textes

et des inscriptions grecs lui apportait de précieux détails.

Une série de savants voyageurs anglais, Sait, Félix, Wil-

kinson, avec un zèle qu'on ne peut trop louer, complétaient

Vétude et la publication des monuments d'Egypte ; le colonel

Vyse et l'ingénieur Perring consacraient, l'un ses talents,

l'autre une somme immense, à l'ouverture de toutes les

pyramides et à leur description minutieuse. Les musées

égyptiens étaient publiés par leurs savants directeurs, et

l'antiquaire dut se mettre à classer ces pages de granit où

trente siècles au moins avaient laissé leurs signatures.

En 1837, M. Lepsius \ s'attachant plus particulièrement à la philologie, rendit la méthode de lecture plus sévère et expliqua quelques nouveaux caractères ; la munificence de son souverain lui permit alors d'entreprendre les grandes recherches qui l'ont occupé depuis quelques années, et dont les résultats sont attendus avec impatience. Enfin les travaux de M. deSaulcy ont rendu abordable V écriture démotique, fait connaître la langue des Ptolémées, et fondé, on peut le dire, cette partie de la science *.

M. de Bunsen a pensé que le temps était venu de coordonner toutes ces richesses et d'y ajouter, s'il était possible, un flambeau chronologique pour toute la durée de l'empire. Les trois volumes déjà parus roulent sur trois objets principaux. La première partie contient l'examen critique des documents que nous possédons sur l'Egypte. Dans la seconde, M. de Bunsen étudie ce peuple avant son âge historique, dans sa langue, sa religion et son écriture ; car ces précieux éléments primitifs apparaissent dans leur entier

1. Lettre à Rosellini dans les Annales de l'Institut archéologique, 1837.

2. Lettre à M. Guigniaut, 20 janvier 1843, et depuis, suite d'études sur les textes démotîques.

EXA»*^ Ï>E L'OXIVH^OE

EX/»-*' - "'-' viiA.GE

Afe^ kO ^z>â trente dy^ . ^ ^^stoire civîl#^ t^^v - •"oooo^jr^atf^'^ple égyptien „•,,, q2"„;e*" '^^«■^ >«

en documents historiques, légendes historiques, chants,

listes royales. Le papyrus hiératique des Campagnes de

Ramsès, actuellement au Musée britannique, nous prouve

tout l'intérêt que présentaient ces fragments. D'autres livres

bien célèbres, les livres sacrés attribués à Thot, contenaient

des documents de toute espèce. La principale connaissance

que nous en avons vient d'un passage de Clément

d'Alexandrie, où ce savant Père de l'Église nous expose

toute leur ordonnnance'. M. de Bunsen fait voir combien

ce corps d'enseignement, qui comprenait presque toute la

science d'alors, diffère des prétendus livres d'Hermès, qui

obtinrent quelque crédit à l'abri de ce grand nom, à une

époque postérieure.

Ce qui ressort de plus curieux de cet examen, c'est que de fortes raisons nous portent à croire avec notre auteur que nous possédons encore un de ces livres si vénérés. On trouve dans toutes les belles momies un rouleau de papyrus qui contient toujours le même texte, plus ou moins complet selon la richesse du défunt ; c'est ce que Champollion avait nommé le Rituel funéraire. M. Lepsius, qui a publié le plus bel exemplaire connu de ce manuscrit, celui du musée de Turin *, a cru devoir changer ce titre en celui de Livre des Morts; en effet, le sujet général est le voyage de l'âme après sa mort dans les régions infernales que les Égyptiens appelaient Amenti (pays du couchant).

On lit en tête du livre : Commencement des chapitres de la m/inifestation à la lumière du défunt N, . , ; c'est indiquer déjà le terme de ses pérégrinations. Conduite par Anubis, le génie Psychopompe, Tâme adresse ses premières invocations à Osiris, le roi infernal, puis elle présente ses offrandes aux différents dieux qui l'accompagnent. Nous trouvons ensuite des épreuves qui nous rappellent les poé-

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