‹ Œuvres diversesChapitre 116 sur 218 · Mouth dans Plutarque, Isis et Osiris, n · texte numérisé non relu

Mouth dans Plutarque, Isis et Osiris, n

prééminence accordée à certains caractères, tels que les noms divins, qui dans les cartouches royaux occupaient régulièrement la première place, même lorsqu'ils se prononçaient à la fin; le nom Mei-amoun, par exemple, qui nous a été conservé par l'histoire, présente dans toutes ses variantes le nom du dieu Ammon avant le verbe met ou mai, aimer. Cette règle pouvait justifier les idées de ChampoUion, mais il faut observer que l'écriture hiératique, véritable tachygraphie de l'écriture monumentale et qui, ne songeant plus au dessin, se rapproche davantage de la prononciation, remet en général ces caractères dans leur ordre naturel. Or, comme elle place aussi certaines flexions grammaticales après la racine, il faut bien en conclure que la prononciation suivait la même règle, et que l'égyptien disait mai-ek, ou mai-k^ quoique le copte ait dit plus tard ek-mai, ta aimes. Pour les pronoms possessifs, l'ancienne langue parait avoir connu deux formes distinctes : V une série d'articles possessifs conservés en copte pat, mon, pek, ton, pef, son, etc., comme d'dnspekson, ton frère; 8° des suffixes exprimant le même rapport, comme dans les langues sémitiques, ex., son-eky ou son-k ton frère. Nous ajouterons à ces réflexions de M. de Bunsen qu'une partie de ces formes avait persisté dans la langue, jusqu'au temps des Ptolémées, comme Ta prouvé l'excellent travail de M. de Saulcy ' sur le texte démotique de l'inscription de Rosette.

La physionomie de la langue sacrée est donc tranchée autant par des différences grammaticales que par le changement ou l'abandon de quelques racines, et, comme nous le verrons, par l'adoucissement et la confusion de quelques articulations. Cette question si agitée de l'existence des deux dialectes, sacré et vulgaire, nous paraît sortie maintenant du domaine des systèmes établis à priori; les faits la

1. Analyse du texte démotique de l'inscription de Rosette, Didot,

préciseront mieux chaque jour, et ChampoUion, tout en niant la langue sacrée, en a fourni par ses travaux les principaux caractères. Elle se trouve en définitive un peu plus loin du copte qu'il ne l'avait pensé, mais aussi bien plus rapprochée que ne l'auraient jamais soupçonné ses adversaires, qui la lui opposaient comme une fin de non recevoir. L'assimilation que ChampoUion avait signalée entre les éléments grammaticaux des langues sémitiques et ceux de la langue des hiéroglyphes, est devenue plus complète encore par ces corrections ; la conjugaison s'est rapprochée et les pronoms suffixes sont presque identiques avec l'hébreu, surtout pom* le singulier :

Ma mère, en égyptien Maut i, en hébreu Emm L Ta mère, — MaijU k, — Emm ka.

Sa mère, — Mavàf\ — Emm ou.

C'est sans doute à cette grande analogie, qui se retrouve également dans la syntaxe et les articulations des deux langues, que nous devons l'extrême exactitude avec laquelle sont transcrits les noms égyptiens que nous a conservés la Bible.

M. de Bunsen s'écarte encore de ChampoUion sur un point important. Dès que l'illustre savant eut approfondi la langue copte, il émit l'assertion fondamentale que la langue égyptienne était essentiellement monosyllabique, et que les grands mots coptes étaient de pures agrégations. Ce principe, que l'étude des racines antiques n'avait fait que confirmer, est entièrement rejeté par M. de Bunsen, en vertu de considérations générales qui lui ont fait adopter en principe que chaque élément de la parole et surtout de l'écriture a

1. Le caractère «c^^ qui représente le pronom de la 3* personne est entièrement analogue au 1 Wato hébreu, qui joue le môme rdle ; il est comme lui la seule lettre qui soit tantôt consonne, tantôt voyeUe, représentant ou, o, /.

primitivement représenté la valeur d'une syllabe ; mais ces considérations abstraites ne nous paraissent pas devoir remplacer ridée de ChampoUion, qui ne cherchait pas ce qu'avait dû être la langue à une époque inconnue, mais qui travaillait sur les faits et en acceptait les conséquences.

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