‹ Œuvres diversesChapitre 126 sur 218 · De la reugion égypxirnnb · texte numérisé non relu

De la reugion égypxirnnb

Si récriture hiéroglyphique suppose nécessairement la langue qu'elle a reproduite, elle apporte encore avec elle la preuve de l'antiquité des principales formes du culte égyptien. Cette portion de la science est de beaucoup la moins avancée. Le Panthéon que publia Champollion, pressé par l'impatient désir du public savant, ne peut être considéré que comme un premier pas, mais il suffit pour montrer quel principe devait guider désormais, c'est-à-dire mettre de côté jusqu'à plus ample informé, toutes les assimilations arbitraires de fonctions divines, à l'aide desquelles les Grecs ont fait entrer dans l'Olympe toutes les divinités du Nil. Cette confusion provenait-elle des vagues souvenirs grecs sur les colonies égyptiennes, ou d'un désir assez raisonnable de trouver une unité telle quelle dans le polythéisme ? En tout cas, il est certain que le règne d'Alexandre consomma cette union ; Jupiter vainqueur se montra bon prince et revendiqua le nom d'^ mmon, comme un souvenir égaré. L'antique réputation de la sag^esse égyptienne en imposait aux Grecs, mais il n'était pas dans leur esprit de l'étudier à fond. La seule source grecque qu'accepte M. de Bunsen comme la plus ancienne et la plus sincère, Hérodote^ lui fournit la notion fondamentale de trois cycles de dietijo successifs. Hérodote nous apprend aussi que chaque di®^ avait pour ainsi dire son domaine particulier, et qu'Osîris seul était adoré dans toute l'Egypte. M. de Bunsen pense que les cités diverses, réunies par Menés en un seul empir® appartenant à la môme famille, devaient avoir des idées religieuses extrêmement semblables; ces éléments fondus dans l'unité nationale expliqueraient ces répétitions continuelles des mêmes rôles qui compUquent la mythologie d'Egypte et qui ont fait dire à Champollion,

dans ses Lettres \ qu'il voyait le fond de cette religion dans une succession de Triades qui se développent depuis Ammon» le dieu caché, jusqu'à Horus, le dernier anneau de la chaîne divine et le plus rapproché de l'humanité. M. de Bunsen n'attache pas, suivant nous, une assez grande importance aux Triades qui constituent un trait fondamental ; il remarque fort justement qu'il ne s'agit pas là d'une Trinité-une, ni de trois personnages semblables. La Triade thébaine se compose d'Âmmon, le dieu caché, le dieu sans père, le roi des dieux; ensuite vient la mère des dieux, Moût; Ammon, considéré comme mari de sa propre mère, produit un fils Chons (Hercule pour les Grecs). Un sanctuaire à. part était toujours dédié à cet enfant mystérieux ; le jeune dieu y e^t représenté comme un enfant, le doigt dans la bouche, ce qui n'empêche pas de reconnaître la même individualité, lorsqu'il se présente ailleurs avec les caractères de son développement complet. Toutes les triades étaient modelées sur celle-ci ; le jeune dieu prenait le surnom de Peschêré ou Pékhrouti, Venfant, ou le rejeton, en copte :5poTi (Jilii, soboles), où M. Lepsius a parfaitement reconnu le nom du jeune Horus, Haj^pocrates, Harpékhroti. Notre savant auteur fait remarquer qu'il faut reconnaître la même qualification dans le nom du roi Semphucrates, traduit par Ératosthène Héraclès Harpocrates, et qui, sans doute, signifiait Chons à l'état d'en/ànt, comme Harpocrate.

On dirait que le divin législateur des Hébreux, instruit dans les sciences de Memphis, avait su y démêler un fond respectable, et c'est peut-être là l'origine de cette parole si singulière avec sa profonde aversion pour l'idolâtrie : Non detrahes diis *.

1. Lettres écrites dCÉgypte ci de Nubie, en 1828 et 18291 1" é<lit.]» p. 156.

2. L'expression peut paraître obscure (Exode, xxii, 28), mais Josëphe a ajouté comme commentaire a qu*il n'était pas permis de 0 blasphémer les dieux des autres nations, ni même d'enlever les 0 trésors consacrés à ces dieux » (Ant.jud., liv. IV, ch. viu, n. 10).

32 ^**«»De ..

Hérodote - JT,:'y^ *'u,, d°^'j>« cye^J^ cert,^^- g-c'^. premier cj. f /^^."«odo,e "^/«"«.Vclie^ * *euî *''">«g^nd dieu theba^.- «• de A^ ^'"'xCî"»* <" Cft; '""«e

6. de /-A/ciA, le créa, 1°, «' 5- ^ '^«w o.. °'"'«déesse de Sais, ce„^ ^' 4™ fflemn^ ."« la d&S" Cne/.^ dieu d-Héliopoir,. ûTcelï'""^»^. si'"- '-de^ *w' mordial; cel» nous p, ™ "" preini '«« Prtoc,- /" *o/fe,/

Le titre de '•°' *» *îï' ^2° '°«"'"'« P^^*^^" '""ï^"" ""'i' quant au dieu KbeJ^'y^'i Ao,^'"" "aenf *<'•' Pr? individuaJifcé. A Ti°î; °'"" »« <!n>v„°'°0 On ^^■^"'"'oKie

plus anciens moou„ ^"f' """""e fAT^'^'Oent °'" 4 so„ d.l;„„„„ ,^„^. ,,""'«'>'» lui dam>e„;^'>cian "' «"'AoïC^ aon, syn,ba;ique c^";^;' ^""no" -«^^"Ji soufe ^f-' C litres, et Cli3i»p„,; '*^'-'"- Orfrisp„ °'« »a °' '-= noa, "'0« a trouvé, à fc, f-VeotJe!' """> '« ..Ce..,»d,-e.4, '""«^A^. at"'*""'»

■^ui temple, de rj^^ '«Pn'«m«,.„ ,„j. "^"s lui-

P" encore bien ^'M^., ";• &» «oOi, X*«»> k "J* 9"! c

même appelé fécondateur de sa mère, qualification habituelle de cette sorte de représentation. Ce n'est donc pas un dieu particulier, mais le principe fécondant dans la triade, et les vues de Champollion sur cette base des mythes égyptiens se trouvent encore confirmées.

Cnoum^ Agatho-dœmon^ l'esprit des dieux, joue dans les monuments gnostiques un rôle qui a bien sa source dans les croyances antiques. Un monument dePhilsenous le montre en potier tournant l'argile qui doit produire les membres sacrés d'Osiris, lambeau de tradition bien remarquable. Uœuf du monde, la matière primordiale, sorti de la bouche de Cneph et qui produisit Phtah, Venfant informa (le chaos ?), se retrouve dans une inscription du Ramesséum ; Phtah qui remue son œuf dans le ciel.

Nous ne suivrons pas notre auteur dans les détails où il entre pour distinguer chaque divinité et la classer dans un des trois cycles ; il n'a point d'égard, dans cette classification, k l'ordre dans lequel ces dieux paraissent dans les dynasties divines- Nous ne comprenons pas, par exemple, comment Thoth, le conseiller d'Osiris, peut être un dieu de second cycle, quand Osiris fait partie du troisième, et tout cela nous semble fort hypothétique. Le mythe d'Osiris conduit toutefois M. de Bunsen à une conclusion qui le rapproche beaucoup de Champollion. Osiris et tout son cortège sont une évidente répétition des allégories et des rapports du premier cycle, seulement l'action cachée d'Ammon, les rôles de Cneph et de Phtah paraissent se rapporter à la création et à la cosmogonie ; le second cycle est particulièrement astronomique, Osiris au troisième rang agit directement sur l'humanité et reste son juge après la mort. On voit que l'abîme égyptien est à peine exploré, et que l'on ne peut encore que pressentir quelques points principaux.

Nous avons dit un mot de ces règnes des dieux que l'Egypte voulait faire entrer dans l'histoire régulière du monde ; sans nous lancer ici à la périlleuse recherche de

54 EXAMEN DE l'OUVRAGB

l'origine des périodes fabuleuses, il est intéressant de reconnaître comment elles étaient présentées par la tradition sacerdotale. Une récente communication de M. Champollion- Figeac ajoute un grand intérêt aux documents que le papyrus royal de Turin avait déjà fournis à M. de Bunsen. La première colonne contenait des calculs généraux sur la durée des dynasties divines ; la seconde colonne a conservé l'ordre successif de l'une de ces dynasties'. Champollion, qui a vu le papyrus un peu moins dégradé, constate qu'il y avait trois noms de rois avant Seb-Kronos ; ce sont sans doute Phtah, Ra et Cnoum qui commencèrent cette dynastie d'après Manéthon. La ligne dixième se traduit, d'après le même savant : total du règne des dieux, 24.200 ans* ; or Manéthon, dans Eusèbe, donne pour le môme total 24.900 ans. La vieille Chronique en porte la durée à 34.200 ans, dont elle attribue 30.000 au soleil Ra; le papyrus, au contraire, attribue plusieurs siècles à chaque dieu et contient en outre divers totaux partiels qui conviennent fort bien aux divisions d'Eusèbe, dieux, demidieux, héros et mânes. Le Syncelle donne encore une liste des dieux et demi-dieux dynastes, d'après le livre sur Vétoile Sothis, attribué aussi à Manéthon, mais dont M. de

1. Nous en avons donné le détail dans le premier article[, cf. p. 13 du présent volume]. Nous rétablissons seulement ici le nom de la déesse j de la justice Mat, Tmci en copte. Le second caractère avait été oablié

S^ K u(V ^^^ ^^*^^ ^^ ^"' ^*°® ^® Papyrus, il se compose de la coudée, emblème de justice; de la syllabe «ta; de la plume d'autruche, second emblème de justice; des signes du féminin^ et du serpent Vrœita, emblème de la divinité. On voit que Tensemble ne se prononçait que Ma ou Ma t avec l'article

2. M. de Bunsen a lu, d'après Salvolini : Rois jusqu'à Honts. I/équivoque provient de ce que le Papyrus exprime ici le mot dieu par Vèpercier, qui est aussi le symbole particulier à'Horus; mais Champollion a évidemment raison, puisque Vépercier est suivi du signe hiératique du pluriel. On ne peut malheureusement pas cit«r une ligne de Salvolini sans la vérifier.

Bunsen conteste l'authenticité par de très fortes raisons. Cette liste a cependant été composée d'après des documents égyptiens et surtout d'après les extraits de Manéthon : car elle nomnae exactement, comme Eusèbe, les dieux jusqu'à Horus. Après ce dieu, Eusèbe ne donne plus que le total des demi-dieux ; l'autre fragment, au contraire, veut entrer dans le détail et il se met aussitôt en contradiction avec le papyrus. Quanta la vieille Chronique, si elle a été originairement identique avec les anciennes annales semblables au papyrus de Turin, l'état d'altération où le Syncelle nous l'a livrée lui ôte toute autorité \

Ces récits fabuleux donnent lieu à plusieurs réflexions immédiatement applicables à l'étude de l'histoire. La première, c'est que nous avons acquis une preuve de plus de l'extrême véracité de Manéthon, fidèle aux sources antiques même lorsqu'il rapporte les traditions mythiques de sa nation; il faudrait donc que l'évidence des faits l'exigeât impérieusement pour que l'on osât s'écarter de ses récits. Une autre réflexion porte sur l'autorité du Papyrus lui-même. La première colonne, celle du moins qui a paru évidemment la première à ChampoUion ainsi qu'à M. Lepsius, se compose de totaux partiels, puis du total général du règne des dieux ; ensuite vient le total de la première dynastie, les rois du roi Menés, années 200..,, etc. (la fin du nombre est déchiré), ensuite Menés, 60 ans, et Athotis, son successeur, et par conséquent le détail de sa dynastie, suivant toute probabilité. La seconde colonne contient une pu plusieurs dynasties divines. On en pourrait donc conclure que les dynasties n'y étaient point rangées strictement dans l'ordre des temps, et cependant, en considérant les calculs et les totaux de cette espèce de préambule, on ne

1. M. ChampollionFigeac remarque que c'est sans doute pour arriver à son cycle de 36.525 ans que le Si/nccile a grossi de 10.000 le total égyptien (Noucclle Revue encyclopédique, juin 1846).

56 EXAMEN DE L'oUYRAGE

peut nier qu'il n'y ait eu là un but chronologique : aussi nous parait-il invraisemblable que cette colonne ait été primitivement la première.

Nous ne pouvons nous empêcher de faire encore une réflexion qui porte tout à la fois sur les annales égyptiennes et sur Manéthon leur fidèle organe. Pouvons-nous avoir une confiance entière dans les documents rédigés par une caste sacerdotale, où la superstition étouffait tellement toute idée de critique, que l'on portait également sur des tableaux chronologiques et les premières dynasties et les époques héroïques et le règne des dieux eux-mêmes ? Il parait évident que la science égyptienne en était là après l'expulsion des Pasteurs, à la glorieuse époque des Ramsès. Qui pourrait donc dire où commençaient les véritables annales, lorsque nous voyons calculer avec le même aplomb la dynastie de Menés et celles de Phtah ou d'Osiris ? Nous admettons bien avec M. de Bunsen que le roi Menés est ime véritable figure historique, et qui a laissé trop de traces de son passage pour être réduite à l'état de mythe ou d'allégorie; mais nous ne sommes pas aussi convaincus que son règne puisse être fixé suffisamment pour y asseoir l'édifice régulier des temps.

Page 1