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EXAMEN DES DYNASTIES ÉGYPTIENNES

État du canon d'Ératosthëne. — Système proposé par M. de Bunsen. — La méthode de M. Barucchi est plus logique. — I" dynastie; le Papyrus de Turin confirme Manéthon. — La II* dynastie n'était pas partielle. — Suppressions arbitraires dans la II I*. — Recherches sur les rois auteurs des pyramides de Gizeh et d'Abousir. — La Y* dynastie a possédé Memphis quoiqu'elle porte le nom de l'Ile d'Éléphantine.

Nous avons exposé dans notre premier article le système chronologique de M. de Bunsen, en ne dissimulant aucune

des considérations générales qui pouvaient établir en sa faveur de fortes présomptions : il faut distinguer maintenant ce que nous regardons comme des faits acquis à notre savant auteur, de ce qui ne parait être encore qu'une série de suppositions habilement coordonnées, et qui ne pourrait prendre sa place dans la science qu'autant qu'elle supporterait, sans se démentir, une confrontation suivie avec les faits historiques et ceux des monuments que nous pouvons interpréter.

Lorsqu'on étudie impartialement le précieux fragment attribué à Ératosthène, on reconnaît qu'il porte avec lui le certificat d'une bonne origine. Nous verrons que ses traductions des noms royaux prouvent la connaissance de la langue sacrée, et que d'autres parties dénotent un travail puisé à de véritables sources égyptiennes ; ce ne sont pas là des noms étrangers introduits dans les listes comme ceux de Spanîos et d'Aristarchos dans le Syncelle, Malheureusement ces noms royaux sont à présent très défigurés et les mots grecs de la traduction sont quelquefois tout à fait méconnaissables. Cet état d'altération vient lui-même à l'appui de son histoire; le Syncelle ne nous l'a transmis que de troisième main et il l'avait déjà reçu sans doute en assez mauvais état. Aucune vérification n'est possible, puisque nous ne le possédons que par cet auteur ; l'a-t-il au moins transcrit fidèlement ? Ici commence l'incertitude.

Il n'est accompagné que d'un commentaire de cinq lignes, qui contiennent une fausseté trop évidente. Le Syncelle enregistre sous le nom d' Apollodore la supposition toute gratuite par laquelle il intercale ces rois entre l'an du monde 2900 et l'an 3975. Cette fraude ou cette négligence, bien digne de la légèreté de cet auteur, laisse craindre qu'il n'ait pris bien d^autres libertés, d'autant plus qu'il s'est cru obligé d'employer la liste d'Ératosthène dans sa chronologie; or nous savons ce que sont devenues entre ses mains les listes égyptiennes qu'il a fait entrer dans son calcul. Nous

ne devons peut-être l'état beaucoup meilleur de sea extraits de Manéthon qu'à l'heureuse impossibilité où il s'est trouvé d'en tirer aucun parti, de sorte qu'il les a rapportés comme simples renseignements et tout à fait en hors-d'œuvre. Georges le Syncelle, qui voulait faire courir dans sa chronologie ces prétendus rois thébains à côté des rois d'Egypte, peut donc être raisonnablement soupçonné d'avoir remanié et raccourci chaque partie de ce double catalogue qu'il fallait bien faire taire, de force, avant l'époque où l'histoire mieux connue ne lui permettrait plus de supposer deux royaumes parallèles à Thèbes et à Memphis.

Après avoir fait cette réserve, nous rappellerons que le nouveau système de M. de Bunsen consiste dans le rapprochement des propositions suivantes :

1^ L'Egypte jusqu'à l'époque de la XVIII« dynastie a été souvent divisée en plusieurs royaumes.

8*» Les extraits de Manéthon renferment ces diverses dynasties et ne sont point une suite chronologique choisie parmi elles.

3^ Plusieurs souverains régnaient souvent ensemble dans la même dynastie, et Manéthon rapporte les années de leur règne sans faire les soustractions nécessaires.

4« Les Annales, telles que le Papyrus de Turin, étaient rédigées avec le même défaut d'esprit critique.

5® Le canon cV Ératosthène , tel qu'il nous est parvenu, est la clef chronologique des douze premières dynasties. Il écarte comme collatérales celles qui ne portent pas le nom ùe Memphis ou de Thèbes, et dans chaque dynastie les rois qu'il a jugés contemporains.

Remarquons d'abord que M. de Bunsen a besoin de toutes ces hypothèses à la fois, de telle sorte qu'une seule en s'écroulant ébranlerait tout le système. Il ne suffirait pas, par exemple, (j^ trouver une véritable dynastie partielle; û faudrait encore faire voir qu'elle a été enregistrée en double emploi par Manéthon, car, s'il se trouvait au con-

traire que cet historien l'eût réduite ou passée sous silence, le sens chronologique de ses listes n'en deviendrait que plus probable. La véritable pierre de touche du système de M. de Bunsen sera donc l'étude comparative des monuments et des souvenirs historiques, malheureusement si rares pour ces premières époques.

La méthode suivie par notre auteur diffère entièrement

de celle qui a présidé au travail que le savant directeur du

musée de Turin, M. Barucchi, vient de publier sur le même

sujet * . La recherche commence ici par Menés, c'est-à-dire

par l'inconnu. M. Barucchi, au contraire, nous semble

procéder d'une manière bien plus logique : il part d'un point

parfaitement fixe, la conquête d'Alexandre (332 avant

J.-C.) pour remonter le cours des âges. La première

période étudiée lui permet de comparer, jusqu'au règne de

Scheschenk, les historiens grecs d'abord et ensuite les

Livres saints, avecManéthon et les nombreuses inscriptions

égyptiennes. Une suite à peu près complète de monuments

accompagne encore l'historien national jusqu'à l'expulsion

des Pasteurs, de sorte qu'en arrivant à cette époque, où le

terrain est si profondément crevassé, nous avons acquis des

notions certaines non seulement sur la véracité de notre

guide, mais encore sur sa méthode et sur l'esprit de ses

extraits. M. de Bunsen, au contraire, en entrant de prime

abord dans le domaine sans contrôle des premières dynasties,

prive ses lecteurs des notions critiques faciles à acquérir

dans la reconstruction des époques plus récentes. Lorsque

M. Barucchi arrive au temps des Pasteurs, s'il a tort, suivant

nous, de rejeter entièrement Ératosthène, il a au moins

prouvé son droit à suivre Manéthon.

Les noms des cinq premiers rois d'Ératosthène sont assez bien conservés pour qu'il n'y ait aucun doute qu'il faille

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