‹ Œuvres diversesChapitre 149 sur 218 · Voir Leti^ à Saitsotini · texte numérisé non relu

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taniens, et sur d'autres peuples situés au nord de TÉgypte. L'histoire de cette dynastie par les monuments est donc encore à faire, mais déjà Ton peut apprécier la gravité de cette question : ces 200 années d'une existence si puissante, qui nous a laissé les moyens de connaître ses guerres, ses mœurs et ses arts, son histoire en un mot, viennent-elles se souder immédiatement à la XVIII® dynastie vers l'époque biblique de Joseph, ou bien leur empire a-t-il précédé l'invasion des Pasteurs qui pesa 500 ans sur le pays ? Pour lever tous nos doutes à cet égard, il faudrait prouver d'abord que cette famille est bien réellement identique avec la dynastie que nous lui comparons dans Manéthon, et puis ensuite que ni cet historien ni ses abréviateurs n'ont fait ici aucune confusion, et que les monuments introduisent forcément plusieurs siècles entre Ahmos et le roi qui le précède sur la table d'Abydos.

Avoir reconnu la série des 8 rois telle que nous l'avons exposée, c'est avoir déjà fait une réponse presque sufl5sante à la première question. Aucune partie des listes n'a conservé les noms originaux avec aussi peu d'altération ; le seul nom i'Aménemhès, répété trois fois, suffirait à faire reconnaître la dynastie, si dans une pareille question on n'avait pas le droit de se montrer extrêmement diflScile à convaincre. Il existe toutefois une différence dont il faut se rendre compte : la liste et les monuments contiennent également 8 rois, mais. Sésostris répond seul à deux Sésourtêsen, tandis qxïAménemhès Ra en ma se trouve en face de deux noms, Ldbaris et Ammérès, Ces deux erreurs qui se détruisent mutuellement nous aident à en pénétrer la cause. L'auteur du labyrinthe était connu sous divers noms plus ou moins altérés, provenant tous certainement de son prénom royal Ra en ma ou Ma en ra; on trouve en effet pour ce nom les formes Mares, Marros, Mothéris, Z marrés, Mœris et puis Lamparès, Lacharès et Labaris, qui était certainement une forme populaire, puisque d'elle provient le mot

torique d'une famille royale très nombreuse qui avait jusqu'ici extrêmement embarrassé les archéologues. Cette moitié droite de la Chambre des rois ne suit peut-être pas plus que l'autre un ordre entièrement régulier, mais on y distingue d'abord un groupe de prénoms royaux occupant, avec celui que nous venons de citer, la première et la deuxième ligne de ce côté. Ces prénoms royaux, retrouvés sur d'autres monuments, répondent alternativement aux noms propres Sécek otp et No/ré otp. De ces huit rois, six sont conservés dans le Papyrus de Turin sur divers grands fragments qui n'ont pas pu en contenir moins de vingt autres * , intercalés entre les rois qu'on avait choisis pour le monument de Karnak. Ce groupe de rois, que le papyrus place a,insi d'une manière certaine, offre en même temps un exemple frappant de cette persistance des noms propres dans les mêmes familles que nous avons déjà fait remarquer. La XII* dynastie était terminée par le roi (ou la reine) Sérek nafrê, qui, suivant Manéthon, était la sœur du dernier roi. Ceci indique un changement de famille : or, ce sont préoisémont les deux éléments de son nom que se partagent les souverains qui ont hérité de son pouvoir, pour composer leurs noms propres Sévek otp et Nqfré otp. Les cartouches suivants de la Chambre des rois se retrouvent également presque trous dans d'autres fragments du papyrus, avec un grand nombre d'autres rois, de sorte qu'on est forcé de reconnaîtro que Manéthon, en indiquant après la XII® dynastie deux familles de soixante rois, reproduit très exactement la donnéo qui résulte de ces grands fragments du canon royal, gr-oupés à l'aide du cAté droit de la Chambre de Karnak.

Nous ^i.vons dit que cette longue liste de rois n'avait pas médiocroxnent embarrassé les archéolog-ues. Quelques savants anglais ont essayé de tourner la difficulté en prétendant que

1. Vay^^-f ^^^^ ^® Choix de monumenùt de M. Lepsias, la troisième planche du f^apt/rus d(* Turin pour toute cette XllV dynastie.

le nombre énorme de cartouches qui sont maintenant connus, le seul, disons-nous, qui pût être empreint sur les premières assises du labyrinthe. Or, la vérification fut plus complète que le savant prussien ne l'avait sans doute espéré lui-même. Non-seulement le nom à! Aménemhès couvrait les ruines de ce mystérieux palais dont l'heureux voyageur put étudier le plan primitif, mais encore le cartouche du même roi assurait que la pyramide avait été son tombeau. Ces précieux documents, transmis à M. de Bunsen par son savant ami, nous sont révélés dans un avant-propos placé en tête du deuxième volume. Il en est ici comme du cercueil de Menkérës, le hasard n'amène point de semblables rencontres. Lelabyrinthe eût laissé quelques doutes, Aménemhès aurait pu relever ou réparer des constructions plus anciennes ; mais, suivant le témoignage formel de Strabon, dans la pyramide était le véritable tombeau du roi. Le texte actuel de Strabon nomme le roi Imandès, qui provient peutêtre d' Aménemhès . Quoi qu'il en soit, les dérivations les plus voisines du nom royal Maenrè sont Mares dans Ératosthène, Marros dans Diodore, et Mothéris dans Pline. Labaris proviendrait, suivant M. de Bunsen, de ro mares, ro^ la porte ou Védi/ice de Mares, ou peut-être du mot ouro^ roi, ou ra, soleil, ajouté si habituellement au nom des rois. M. de Bimsen avait attribué la pyramide à, un autre roi, et il plaçait la sépulture de Mares dans le labyrinthe même : c'est, en effet, la donnée de Pline et de Manéthon. n nous semble que Strabon se charge de nous donner la clef de cette apparente contradiction. D'abord, sa description prouve que la pyramide, qui était le véritable tombeau, faisait partie de l'ensemble du labyrinthe; Manéthon pouvait donc se dispenser de la nommer à part dans une si courte glose. Mais une autre phrase de Strabon indique que les Égyptiens ne voyaient pas dans le labyrinthe un palais ordinaire, c'était d'après eux un Memnonium. Trompé par ce mot mal compris des Grecs, Strabon pense ici à un roi

^^^^ EXAMEN DE L'oUVRAGE

Memnon, auquel il faudrait donc attribuer aussi les Afem-

noniad' Abydos et de Thèbes. Or, qu'était pour les Égyptiens

un Memnonium ? C'est une notion que nous devons à

l'excellent enseignement de M. Letronne, et qui éclaircit

parfaitement cette difficulté.

Depuis que nous savons que la rive gauche du Nil à Thèbes s'appelait le quartier des Memnonia, il faut renoncer à trouver dans ce mot le souvenir de tel ou tel roi ; on n'y neut voir autre chose qu'une altération du mot Mennou, m^jents. Seulement, les monuments de la rive occidentale taîent tous un caractère funéraire, et le temps a respecté ? f ' propos le Ramesséum pour nous permettre d'étudier 'était un Memnonium au grand complet, tout à la fois ^ ^ 1 dédié aux dieux protecteurs du roi, palais ou musée ^hr^? ^aue où ses victoires étaient retracées, et lieu de réu- , our les panégyries. Des collèges de prêtres étaient ^^^dé^pour y f'^ir® ^ *^"* jamais des cérémonies en l'honneur d i^qui l'avait construit. Ces fondations duraient encore au temps des Ptolémées, ainsi que l'ont appris les papyrus trouvés dans les tombeaux. Un Memnonium, semblable à ceux de Bamsès et d'Aménophis, semble donc avoir été principalement un splendide cénotaphe destiné, par son auteur, aux cérémonies qui devaient perpétuer parmi les peuples la mémoire du héros dont la momie reposait en paix dans les souterrains inviolables de Biban-el-molouk. Aménemhès III^ qui avait élevé la pyramide pour protéger son tombeau, avait dû néanmoins confier sa mémoire aux grandes salles du palais destinées aux assemblées et aux fêtes, et c'était là, certainement, le Memnonium indiqué à Strabon. Après avoir reconnu le Labaris de Manéthon, il reste à Vérifier un fait tout aussi considérable. Il semble, en vérité, que les questions les pl^s difficiles se soient donné rendezvous à cette dynastie. A elle appartenait, suivant la tradition nationale, le véritable Sésostris. Champollion, cependant, en étudiant la vie du grand conquérant Ramsès, avait

1>E M. LE CHEVALIER DE BUNSEN lOÔ

reconnu que les principaux traits de la légende de Sésostris appartenaient à ce roi ; cette notion devient chaque jour plus certaine et présente une sérieuse complication. Cette fois, c'est M. de Bunsen qui nous en fournit la solution avec ce discernement profond qu'il montre toujours dans l'appréciation des renseignements légués par les anciens. Lorsqu'on a lu avec attention son travail sur l'ensemble des récits qui composent la légende de Sésostris, on reste convaincu que les Grecs eux-mêmes ont connu sous ce nom plusieurs personnages différents : 1® un Sésonchosis (comme la liste actuelle de Manéthon nomme le premier Sésourtésen), à qui Dicéarque attribuait la division des castes, et qu'il plaçait 2.936 ans avant les olympiades ; 29 un Sésostris législateur qui, suivant Aristote, vivait bien longtemps avant Minos ; 3® un conquérant égyptien venu jusqu'en Asie Mineure, suivant Apollonius de Rhodes, le savant auteur des Argonautes, qui le plaçait à une antiquité bien supérieure à tous les souvenirs de la Grèce.

Que ces trois notions se rapportent à un même personnage ou à plusieurs rois, comme le pense M. de Bunsen, toujours est-il certain qu'elles se distinguent nettement sous le rapport chronologique des autres récits, qui sont principalement : 1** la légende de Séthos ou Séthosis, chef de la XIX* dynastie dans Manéthon, et rapportée plus au long par losèphe ; 2* les récits d'Hérodote sur Sésostris et de Diodore sur les deux Séoosis, dont les principaux traits, tels entre autres que les monuments de l'Asie Mineure, ne peuvent convenir qu'à Ramsès.

H est donc certain que les Grecs eux-mêmes, et surtout Técole savante d'Alexandrie, ont eu connaissance d'un Sésostris antérieur à Ramsès, et, si quelques souvenirs du récit d'Hérodote ont été introduits dans sa légende par quelque main grecque, toujours est-il que ce n'est pas une simple erreur qui a donné cette place au nom de Sésostris dans l'histoire nationale.

110 EXAMEN DE L'oUVRAGE

Le prédécesseur d'Aménemhès III doit donc être le héros

traditionnel. S^sos^m était plus qu'un demi-dieu; o il tenait,

» dit Manéthon, le premier rang après Osiris' ». Sésour-

tésen III avait-il aux yeux de la postérité cette auréole

divine ? Il est impossible d'en douter, lorsqu'on voit, tant de

siècles après sa mort, Thoutmès III lui consacrer le temple

de Semneh en Nubie. Ce fait est unique jusqu'ici dans

l'histoire monumentale de l'Egypte. Les plus grands

honneurs accordés aux souverains divinisés, suivant les

coutumes égyptiennes, sont : 1** l'introduction dans la triade

divine, surtout quand cet hommage est rendu longtemps

après la mort du personnage auquel il s'adresse; c'est

ainsi, par exemple, que Ramsès traita son aïeule, Ahmès

nofréori; 2° le culte public et perpétuel dans l'édifice

commémoratif du roi divinisé : nous en avons cité deux

exemples dans Aménophis III et le très ancien roi Snéf rou ;

3* le culte associé dans les temples avec celui des divers

dieux, c'est celui qu'indique la légende de tant de prêtres

des dieux N. et du roi N., c'est encore celui que les prêtres

accordent à Ptolémée Epiphane dans le décret de Rosette ;

4° l'identification avec le dieu à qui l'on donne la figure du

roi, et la représentation du roi lui-même, se rendant

hommage comme à un autre dieu, sont plutôt des flatteries

contemporaines.

Quant au temple de Semneh, consacré après tant de générations au souvenir spécial de Sésour tésen III, il prouve un degré de vénération bien supérieur. Dira-t-on que c'est le hasard qui amène encore en face du Sésostris de Manéthon le prince auquel ce culte a été rendu? Quel autre nom que celui de Sésostris pouvait réveiller à im si haut degré l'attention de Thoutmès ? Le temps et les révolutions, qui ont emporté les monuments de son règne, ne permettront peut-être pas de régler au juste la part que réclamait sa

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