DU VICOMTE EMMANUEL DE ROUGÉ XXXI
cours de cette notice, nous verrons qu'il annonce des publications d'œuvres littéraires et d'inscriptions auxquelles il ne donne pas suite, et, si l'on va au fond des choses, on devine aisément que les difficultés accumulées autour des ioapressions en sont la cause. Et le mal ne s'arrêta pas là. On sait comment les règlements absurdes de l'Imprimerie Nationale, en défendant absolument la vente d'une fonte et en réduisant à un minimum ridicule le prêt des caractères, ont empêché la diffusion de ce type admirable et favorisé celle du type inférieur qui fut plus tard créé en Allemagne par Lepsius et par son dessinateur Weidenbach. Je tiens de Rougé lui-même qu'au moment où il rédigea son catalogue, il essaya de procurer la modification de ces règlements; il échoua, comme bien d'autres après lui, contre l'opposition routinière du Directeur.
Ces voyages à travers les Musées et ces études minutieuses sur l'art et sur le syllabaire auraient dû^ ce semble, l'absorber tout entier. C'est à ce moment pourtant qu'il livra au public les résultats de ses recherches dans trois champs d'étude très différents. La religion égyptienne l'avait attiré dès ses débuts, mais, préoccupé avant tout du déchiffrement, il l'avait laissée de côté presque systématiquement. L'examen des inscriptions gravées sur une statuette naophore conservée à Rome, au Vatican, lui fournit l'occasion d'y revenir et de préciser les notions qu'il en avait acquises jusqu'alors. Champollion, puis Ampère, avaient su déjà qu'elle appartenait à un contemporain de Cambyse, qui avait vécu un moment dans l'intimité de ce prince, mais ils avaient été arrêtés par les difficultés de l'interprétation. Rougé traduisit les textes \ et de sa traduction des
1 . Mémoire sur la statuette naophore du Musée grégorien au Vatican, lu à l'Académie des iDScriptions et Belles-Lettres, le 14 mars 1851, publié dans la Rej>ue archéologique, 1851, t. VIII, p. 37-61 (tirage à part in-8*, de 24 p.), reproduit dans les Annales de Philosophie chrétienne, 1851, sous le titre Explication dlune inscription égyptienne
XXXII NOTICE BIOGRAPHIQUE
faits ressorti rent, qui en partie confirmèrent, en partie contredirent les récits qu'Hérodote nous a laissés de la conquête persane. Il constata en effet que, durant les premiers mois qui suivirent la victoire, Cambyse avait maintenu dans leurs charges tous les fonctionnaires égyptiens, même les prêtres, et qu'il n'avait rien négligé pour se concilier l'affection de ses nouveaux sujets. Il avait retiré les troupes étrangères du temple de Néith à Sais ; il avait été initié aux doctrines de la déesse et aux mystères d'Osiris par le grandprêtre Ouzharisniti\ celui-là même à qui nous devons la statue, puis il avait célébré le culte des dieux avec les mêmes rites que les Pharaons avaient accomplis avant lui. Après ses désastres de Libye et d'Ethiopie, il sévit contre les Égyptiens, et Ouzharisniti glisse discrètement sur ces dernières années du règne comme sur un temps de deuil; Darius lui confia le soin d'effacer les traces de la persécution, et l'inscription se termine par le panégyrique du souverain réparateur. C'était là, pour l'histoire politique, un document de premier ordre ; toutefois les allusions mythologiques dont il est semé parurent plus importantes alors que le récit des faits. « Votre attention », écrivait Rougé à l'éditeur des Annales de Philosophie chrétienne en lui communiquant l'article, c( se reportera principalement, j'en suis sûr d'avance, » sur cette doctrine élevée que les Égyptiens ont possédée » par rapport à l'essence divine d'un Etre suprême engen- » drant perpétuellement un second lui-même. Remarquez
prouoani que les Anciens Égyptiens ont connu la génération éternelle du fils deDieu^ et précédé d'ane lettre explicative de Rougé au Directeur des Annales, avec tirage à part in-8*, de 34 p. Rougé ne fut que médiocrement satisfait de la tournure apologétique donnée à cette reproduction. Dans des notes inédites qu'il rédigea pour le bénéfice de Desjardins, il présentait comme seule édition authentique de ce mémoire celle de la Reçue archéologique^ et il ajoutait : a il vaut mieux » le citer là que dans l'édition arrangée de M. Bonnetty. »
1. Rougé lisait ce nom Out'ahorsoun, et sa lecture fut admise par Ions ses contemporains.